Nov 22 2009

1984, la fête est finie!

Published by at 08:46 under Articles

SOURCE: http://lequotidien.editpress.lu – Pablo Chimienti

Le monde artistique a souvent porté le combat contre le sida. C’est encore le cas avec le magnifique film House of Boys, premier long de Jean-Claude Schlim, qui sort aujourd’hui en salle.

Frank, un jeune Britannique homosexuel, quitte, en 1984, le Luxembourg pour Amsterdam. Sans argent, il finit au House of boys, un cabaret homosexuel. Il y fait la connaissance de Jake, dont il tombe immédiatement amoureux. Un amour raidement gâché car Jake va vite tomber malade.

«J’ai vu, en 1995, mon ex-copain, Frank, mourir du sida dans des conditions affreuses. De cette image que j’avais un peu refoulée mais qui est revenue vers moi est né le projet de ce film.» C’est signé Jean-Claude Schlim. Une phrase poignante, comme son film. Car celui qui s’est fait un nom dans le monde du 7e art en tant que producteur exécutif est devenu pour ce House of boys scénariste et réalisateur. «Pas pour devenir réalisateur», mais bien pour «réaliser un film sur le sida», précise l’intéressé.
Et quel film! House of boys parvient à être aussi drôle que dramatique, aussi fou que sérieux, aussi extravagant que discret, aussi festif que sobre, aussi coloré qu’austère. Comme la vie, avec ses hauts et ses bas.
Dans ce cas précis, la vie de Frank, jeune Luxembourgeois, tout juste majeur, ayant fait son coming-out qui décide de quitter son quotidien bourgeois et tranquille pour vivre pleinement sa sexualité à Amsterdam. «Une ville cosmopolite avec des mœurs très ouvertes ou peuvent se retrouver tous les rejetés.»
Une vie divisée en deux avec une première partie faite de sexe, de drogue et de rock ‘n’ roll dans le House of boys, ce cabaret gay d’Amsterdam avec ces jeunes homosexuels pleins de vie, de folie, prêts à dévorer le monde. Puis une seconde partie faite de douleur, de souffrance, de déchéance physique, sentant l’odeur de la mort. Entre les deux? Un petit virus, encore méconnu en cette année 1984, appelé VIH.
Et le réalisateur traite les deux parties avec justesse et génie. Il y a du Priscilla folle du désert dans le personnage de Madame. Il y a du Hedwig and the Angry Inch dans les autres habitants hauts en couleur, sympathiques et attachants de cet étrange House of boys, un monde magique, idyllique comme celui d’un conte de fées, où tout le monde est beau, bon et aimant.
Un monde d’un kitsch assumé, mais dont le réalisateur refuse l’adjectif de caricatural. «Je suis homosexuel et je connais bien le milieu homosexuel et la culture homosexuelle, précise-t-il, alors, je ne vois pas comment des gens qui ne sont pas homosexuels et qui n’ont probablement pas ces connaissances peuvent décréter que la présentation que je fais de la communauté homosexuelle est caricaturale. J’ai montré ces années 80 comme je les ai connues, avec ce brin de folie positive qui s’est arrêté net entre 83 et 84 avec l’arrivée du sida, qui était même appelé au début “le cancer des gays”».
Une première partie pleine de belles références – et elles sont nombreuses – à la culture homosexuelleet d’une grande qualité artistique dont le seul but n’est pas de divertir. Comme l’ensemble du film, elles sont là pour porter une cause, celle embrassée par le réalisateur, à savoir réveiller une nouvelle fois les consciences pour la lutte contre le sida. Une cause clairement identifiée dans la seconde moitié du film plus proche, pour ainsi dire, des Nuits fauves que des films précédemment cités. Là, la fête est finie. Jake est malade du sida et Frank refuse de le laisser tomber. Tels Adam et Ève, ils sont exclus de leur paradis, représenté par ce House of boys.

Tristes réalités

Rapidement, la condition physique de Jake se dégrade. Et là, finies les couleurs vives et gaies, on est désormais dans le monde blanc immaculé de l’hôpital. Et les seuls «médicaments» que les médecins peuvent donner aux malades, c’est un peu d’écoute et de tendresse. Des réalités de l’époque traitées par le réalisateur avec une grande exactitude médicale jusque dans les moindres détails. Et si on ne tombe jamais ni dans le film médical, ni dans le voyeurisme malsain, le spectateur doit faire face à des images terrifiantes de la maladie et de ses conséquences.
C’est fort, sensible, sincère et touchant. Le tout est porté par une belle brochette d’acteurs de haut niveau, internationaux comme Udo Kier, Elias Mc Connell ou Stephen Fry, et Luxembourgeois : Sacha Ley, Luc Feit, Tom Leich, Jules Werner qui ont tenu à participer au projet, même dans de petits rôles. «Tout le monde était très mal payé, ce n’est donc certainement pas l’argent qui les a attirés», avoue le réalisateur reconnaissant.
Mais le conte de fées vécu par leurs personnages se termine par des comptes bien plus réels, voulus par le réalisateur juste avant le générique de fin : 30 millions de morts à cause du sida en 25 ans, 40 millions de personnes qui vivent avec le HIV. «Des chiffres effrayants, lance Jean-Claude Schlim, la plus grosse pandémie jamais connue, qui n’est pas encore finie, et malgré ça un pape qui se promène en Afrique en disant n’utilisez pas de capotes!», s’énerve-t-il. Effrayant, en effet. Et un film magnifique pour le rappeler!

House of boys, de Jean-Claude Schlim.

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SOURCE: http://lequotidien.editpress.lu – Pablo Chimienti

Le monde artistique a souvent porté le combat contre le sida. C’est encore le cas avec le magnifique film House of Boys, premier long de Jean-Claude Schlim, qui sort aujourd’hui en salle.

Frank, un jeune Britannique homosexuel, quitte, en 1984, le Luxembourg pour Amsterdam. Sans argent, il finit au House of boys, un cabaret homosexuel. Il y fait la connaissance de Jake, dont il tombe immédiatement amoureux. Un amour raidement gâché car Jake va vite tomber malade.

«J’ai vu, en 1995, mon ex-copain, Frank, mourir du sida dans des conditions affreuses. De cette image que j’avais un peu refoulée mais qui est revenue vers moi est né le projet de ce film.» C’est signé Jean-Claude Schlim. Une phrase poignante, comme son film. Car celui qui s’est fait un nom dans le monde du 7e art en tant que producteur exécutif est devenu pour ce House of boys scénariste et réalisateur. «Pas pour devenir réalisateur», mais bien pour «réaliser un film sur le sida», précise l’intéressé.
Et quel film! House of boys parvient à être aussi drôle que dramatique, aussi fou que sérieux, aussi extravagant que discret, aussi festif que sobre, aussi coloré qu’austère. Comme la vie, avec ses hauts et ses bas.
Dans ce cas précis, la vie de Frank, jeune Luxembourgeois, tout juste majeur, ayant fait son coming-out qui décide de quitter son quotidien bourgeois et tranquille pour vivre pleinement sa sexualité à Amsterdam. «Une ville cosmopolite avec des mœurs très ouvertes ou peuvent se retrouver tous les rejetés.»
Une vie divisée en deux avec une première partie faite de sexe, de drogue et de rock ‘n’ roll dans le House of boys, ce cabaret gay d’Amsterdam avec ces jeunes homosexuels pleins de vie, de folie, prêts à dévorer le monde. Puis une seconde partie faite de douleur, de souffrance, de déchéance physique, sentant l’odeur de la mort. Entre les deux? Un petit virus, encore méconnu en cette année 1984, appelé VIH.
Et le réalisateur traite les deux parties avec justesse et génie. Il y a du Priscilla folle du désert dans le personnage de Madame. Il y a du Hedwig and the Angry Inch dans les autres habitants hauts en couleur, sympathiques et attachants de cet étrange House of boys, un monde magique, idyllique comme celui d’un conte de fées, où tout le monde est beau, bon et aimant.
Un monde d’un kitsch assumé, mais dont le réalisateur refuse l’adjectif de caricatural. «Je suis homosexuel et je connais bien le milieu homosexuel et la culture homosexuelle, précise-t-il, alors, je ne vois pas comment des gens qui ne sont pas homosexuels et qui n’ont probablement pas ces connaissances peuvent décréter que la présentation que je fais de la communauté homosexuelle est caricaturale. J’ai montré ces années 80 comme je les ai connues, avec ce brin de folie positive qui s’est arrêté net entre 83 et 84 avec l’arrivée du sida, qui était même appelé au début “le cancer des gays”».
Une première partie pleine de belles références – et elles sont nombreuses – à la culture homosexuelleet d’une grande qualité artistique dont le seul but n’est pas de divertir. Comme l’ensemble du film, elles sont là pour porter une cause, celle embrassée par le réalisateur, à savoir réveiller une nouvelle fois les consciences pour la lutte contre le sida. Une cause clairement identifiée dans la seconde moitié du film plus proche, pour ainsi dire, des Nuits fauves que des films précédemment cités. Là, la fête est finie. Jake est malade du sida et Frank refuse de le laisser tomber. Tels Adam et Ève, ils sont exclus de leur paradis, représenté par ce House of boys.

Tristes réalités

Rapidement, la condition physique de Jake se dégrade. Et là, finies les couleurs vives et gaies, on est désormais dans le monde blanc immaculé de l’hôpital. Et les seuls «médicaments» que les médecins peuvent donner aux malades, c’est un peu d’écoute et de tendresse. Des réalités de l’époque traitées par le réalisateur avec une grande exactitude médicale jusque dans les moindres détails. Et si on ne tombe jamais ni dans le film médical, ni dans le voyeurisme malsain, le spectateur doit faire face à des images terrifiantes de la maladie et de ses conséquences.
C’est fort, sensible, sincère et touchant. Le tout est porté par une belle brochette d’acteurs de haut niveau, internationaux comme Udo Kier, Elias Mc Connell ou Stephen Fry, et Luxembourgeois : Sacha Ley, Luc Feit, Tom Leich, Jules Werner qui ont tenu à participer au projet, même dans de petits rôles. «Tout le monde était très mal payé, ce n’est donc certainement pas l’argent qui les a attirés», avoue le réalisateur reconnaissant.
Mais le conte de fées vécu par leurs personnages se termine par des comptes bien plus réels, voulus par le réalisateur juste avant le générique de fin : 30 millions de morts à cause du sida en 25 ans, 40 millions de personnes qui vivent avec le HIV. «Des chiffres effrayants, lance Jean-Claude Schlim, la plus grosse pandémie jamais connue, qui n’est pas encore finie, et malgré ça un pape qui se promène en Afrique en disant n’utilisez pas de capotes!», s’énerve-t-il. Effrayant, en effet. Et un film magnifique pour le rappeler!

House of boys, de Jean-Claude Schlim.

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