Nov 21 2010

“Dernier étage gauche gauche” : Hippolyte Girardot, huissier saisi par la crise des banlieues

Published by at 01:50 under Articles,Français

SOURCE: http://www.lemonde.fr – Jacques Mandelbaum
La question des banlieues et des violences urbaines, si dramatique soit-elle, ne saurait échapper au registre de la comédie cinématographique. L’entreprise nécessite toutefois un sacré doigté pour échapper aux écueils qui la guettent, qu’il s’agisse du cynisme, du paternalisme ou de la pure et simple inconséquence. Premier long métrage d’Angelo Cianci, Dernier étage gauche gauche relève cette gageure avec toute la délicatesse et le brio requis.

Nous voici donc plongés dans une cité de banlieue non déterminée, à une date presque quelconque, disons le 11 septembre. Au pied d’une HLM, un groupe de personnages officiels se réunit pour une opération éclair, la saisie des biens d’un locataire indélicat. A leur tête, l’huissier François Echeveria (Hippolyte Girardot), pilote d’un scooter gros cube à l’aisance autoritaire, qui vient exécuter sa mission sans états d’âme particuliers. Le groupe, escorté par quelques membres de la force publique, se dirige vers l’appartement du sieur Mohand (Fellag), un quinquagénaire d’origine kabyle mélancolique et sans histoire, contrairement à son fils, Salem (Aymen Saïdi), un jeune agité du bocal qui a élevé le maniement de l’injure au rang des beaux-arts.

Réservoir à fantasmes

Tandis qu’Echevaria s’apprête à pénétrer de force dans ledit appartement, le jeune Salem, pistolet au poing, oppose une résistance à laquelle se joint, solidaire, son père. La courte lutte qui s’ensuit de part et d’autre de la porte a pour effet d’aspirer Echevaria à l’intérieur du logis avant qu’elle ne se referme à double tour sur les trois hommes.

Le film commence en vérité ici, sous les auspices du huis clos et du malentendu qui s’aggrave. La panique de Salem, dépositaire d’un kilo de cocaïne appartenant à un caïd du quartier, y trouve son explication, de même que la manière dont la banlieue, foyer d’une ségrégation socio-ethnique qui a logiquement dégénéré, est devenue le réservoir à fantasmes et à instrumentalisations politiques que l’on connaît.

Aucun discours ni dialogue édifiant ne vient pour autant soutenir ce point de vue, qui se dégage avec d’autant plus de force d’une situation tragi-comique bien enlevée, et servie par d’excellents acteurs. L’action se situe donc sur un double front. Intérieur, avec les relations étranges qui se nouent entre Mohand, Salem et leur “otage”, François. Extérieur, avec l’arrivée du préfet (Michel Vuillermoz, dont chaque apparition cinématographique est décidément un enchantement), du GIGN et des télévisions, et le spectre du terrorisme qui met de l’huile sur le feu.

Ce qui rend le film précieux, si l’on peut dire, est le bien-fondé et la justesse de sa drôlerie, qui relève en dernier ressort d’un humanisme bien senti. Conforté par la manière dont il s’empare, sans complaisance ni manichéisme, d’une situation dont il montre à la fois les raisons implicites de la dégradation et le degré d’absurdité qu’elle peut atteindre.

Comments

comments

SOURCE: http://www.lemonde.fr – Jacques Mandelbaum
La question des banlieues et des violences urbaines, si dramatique soit-elle, ne saurait échapper au registre de la comédie cinématographique. L’entreprise nécessite toutefois un sacré doigté pour échapper aux écueils qui la guettent, qu’il s’agisse du cynisme, du paternalisme ou de la pure et simple inconséquence. Premier long métrage d’Angelo Cianci, Dernier étage gauche gauche relève cette gageure avec toute la délicatesse et le brio requis.

Nous voici donc plongés dans une cité de banlieue non déterminée, à une date presque quelconque, disons le 11 septembre. Au pied d’une HLM, un groupe de personnages officiels se réunit pour une opération éclair, la saisie des biens d’un locataire indélicat. A leur tête, l’huissier François Echeveria (Hippolyte Girardot), pilote d’un scooter gros cube à l’aisance autoritaire, qui vient exécuter sa mission sans états d’âme particuliers. Le groupe, escorté par quelques membres de la force publique, se dirige vers l’appartement du sieur Mohand (Fellag), un quinquagénaire d’origine kabyle mélancolique et sans histoire, contrairement à son fils, Salem (Aymen Saïdi), un jeune agité du bocal qui a élevé le maniement de l’injure au rang des beaux-arts.

Réservoir à fantasmes

Tandis qu’Echevaria s’apprête à pénétrer de force dans ledit appartement, le jeune Salem, pistolet au poing, oppose une résistance à laquelle se joint, solidaire, son père. La courte lutte qui s’ensuit de part et d’autre de la porte a pour effet d’aspirer Echevaria à l’intérieur du logis avant qu’elle ne se referme à double tour sur les trois hommes.

Le film commence en vérité ici, sous les auspices du huis clos et du malentendu qui s’aggrave. La panique de Salem, dépositaire d’un kilo de cocaïne appartenant à un caïd du quartier, y trouve son explication, de même que la manière dont la banlieue, foyer d’une ségrégation socio-ethnique qui a logiquement dégénéré, est devenue le réservoir à fantasmes et à instrumentalisations politiques que l’on connaît.

Aucun discours ni dialogue édifiant ne vient pour autant soutenir ce point de vue, qui se dégage avec d’autant plus de force d’une situation tragi-comique bien enlevée, et servie par d’excellents acteurs. L’action se situe donc sur un double front. Intérieur, avec les relations étranges qui se nouent entre Mohand, Salem et leur “otage”, François. Extérieur, avec l’arrivée du préfet (Michel Vuillermoz, dont chaque apparition cinématographique est décidément un enchantement), du GIGN et des télévisions, et le spectre du terrorisme qui met de l’huile sur le feu.

Ce qui rend le film précieux, si l’on peut dire, est le bien-fondé et la justesse de sa drôlerie, qui relève en dernier ressort d’un humanisme bien senti. Conforté par la manière dont il s’empare, sans complaisance ni manichéisme, d’une situation dont il montre à la fois les raisons implicites de la dégradation et le degré d’absurdité qu’elle peut atteindre.

Comments

comments

No responses yet

Trackback URI | Comments RSS

Leave a Reply