Dec 01 2010

Deux histoires au pas de course

Published by at 01:11 under Articles,Français

SOURCE: http://www.lequotidien.lu/culture/17474.htmlPablo Chimienti

Loïc Tanson et Thierry Besseling font partie du paysage cinématographique luxembourgeois depuis des années déjà. Technique, critique, distribution, ils en ont touché presque tous les aspects.

Un petit-fils et son grand-père ont beau être parents, avoir des liens de sang et s’aimer sincèrement, il n’en demeurent pas moins des étrangers l’un pour l’autre. Tel est le sens profond de Laaf, ce court métrage intimiste d’une quinzaine de minutes réalisé à quatre mains par les inséparables Loïc Tanson et Thierry Besseling et produit par Anne Schroeder pour Samsa Film.

Un récit qui se joue sur une seule soirée, celle de la Toussaint quand, une fois la nuit tombée, David et ses copains se retrouvent au cimetière, pour faire les fous et qu’ils vont mettre la pagaille entre bataille de bouquets de fleurs, courses poursuites entre les tombes et aussi quelques tags et autres actes de vandalisme.
Des gamineries auxquelles assiste le grand-père de David depuis les fenêtres de sa maison. Un homme hanté par la mort, pendant la guerre et en grande partie par sa faute, de son grand frère, enterré en contre-bas.

Fossé générationnel

«L’idée était de parler de la jeunesse d’aujourd’hui; de raconter une histoire qui aurait pu être quelque chose qu’on aurait vécu Loïc et moi, dans notre jeunesse, de la lier à une autre époque, celle de la guerre, et à un personnage qui a un tout autre vécu et par là montrer en quoi réside notre manière de comprendre ou pas l’autre», résume Thierry Besseling. «Le petit-fils et le grand-père ont envie d’aller l’un envers l’autre, sans pour autant se comprendre vraiment. Il y a un fossé générationnel entre eux et ils vivent dans des mondes complètement différents. Ce n’est vraiment pas évident», précise-t-il.
Deux histoires que les deux réalisateurs ont dû condenser en un petit quart d’heure. Avec une réussite certaine. Le montage reproduit dans la forme le fond de l’histoire, ce fossé insurmontable entre les deux générations. Les réalisateurs accompagnent le grand-père avec calme et en laissant tourner la caméra, tandis qu’ils suivent le jeune caméra sur épaule, de manière nerveuse et avec un montage à 100 à l’heure.
Deux mondes bien distincts

La scène où le grand-père revit ce moment du passé quand son frère se sacrifie pour le sauver, est par contre moins heureuse avec ce train qui entrecoupe la scène et ces personnages tantôt de face, tantôt de profil. Onirique, certes, mais bon… C’est là que le frère lui ordonne de courir, «laaf» en luxembourgeois. «C’est un moment clé du film, parce que ce sacrifice va apporter toute la culpabilité avec laquelle le vieux vit encore aujourd’hui. Le plan successif, montre, au contraire, le jeune qui court et qui s’arrête car il prend la décision de ne pas s’enfuir, mais, au contraire de retourner au cimetière et d’assumer ses actes.»
Malgré ces quelques critiques, Laaf reste bien pensé, admirablement bien joué et réalisé avec maîtrise. Reste que, quand les réalisateurs ont enfin réussi à plonger le spectateur dans cette histoire et dans cette ambiance, le film se termine. Dommage, on en voudrait bien encore. «Je pense, au contraire, que le film tient la route, se défend le réalisateur. On peut le revoir plusieurs fois et continuer à repérer des choses. Notre productrice proposait de créer une discussion, à la fin, entre le jeune et le vieux, mais on ne voulait pas ça car, malgré ce rapprochement, il ne vont pas pour autant entamer une véritable communication. Ils vont rester dans deux mondes bien distincts.»

Laaf, court métrage de Loïc Tanson et Thierry Besseling.

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SOURCE: http://www.lequotidien.lu/culture/17474.htmlPablo Chimienti

Loïc Tanson et Thierry Besseling font partie du paysage cinématographique luxembourgeois depuis des années déjà. Technique, critique, distribution, ils en ont touché presque tous les aspects.

Un petit-fils et son grand-père ont beau être parents, avoir des liens de sang et s’aimer sincèrement, il n’en demeurent pas moins des étrangers l’un pour l’autre. Tel est le sens profond de Laaf, ce court métrage intimiste d’une quinzaine de minutes réalisé à quatre mains par les inséparables Loïc Tanson et Thierry Besseling et produit par Anne Schroeder pour Samsa Film.

Un récit qui se joue sur une seule soirée, celle de la Toussaint quand, une fois la nuit tombée, David et ses copains se retrouvent au cimetière, pour faire les fous et qu’ils vont mettre la pagaille entre bataille de bouquets de fleurs, courses poursuites entre les tombes et aussi quelques tags et autres actes de vandalisme.
Des gamineries auxquelles assiste le grand-père de David depuis les fenêtres de sa maison. Un homme hanté par la mort, pendant la guerre et en grande partie par sa faute, de son grand frère, enterré en contre-bas.

Fossé générationnel

«L’idée était de parler de la jeunesse d’aujourd’hui; de raconter une histoire qui aurait pu être quelque chose qu’on aurait vécu Loïc et moi, dans notre jeunesse, de la lier à une autre époque, celle de la guerre, et à un personnage qui a un tout autre vécu et par là montrer en quoi réside notre manière de comprendre ou pas l’autre», résume Thierry Besseling. «Le petit-fils et le grand-père ont envie d’aller l’un envers l’autre, sans pour autant se comprendre vraiment. Il y a un fossé générationnel entre eux et ils vivent dans des mondes complètement différents. Ce n’est vraiment pas évident», précise-t-il.
Deux histoires que les deux réalisateurs ont dû condenser en un petit quart d’heure. Avec une réussite certaine. Le montage reproduit dans la forme le fond de l’histoire, ce fossé insurmontable entre les deux générations. Les réalisateurs accompagnent le grand-père avec calme et en laissant tourner la caméra, tandis qu’ils suivent le jeune caméra sur épaule, de manière nerveuse et avec un montage à 100 à l’heure.
Deux mondes bien distincts

La scène où le grand-père revit ce moment du passé quand son frère se sacrifie pour le sauver, est par contre moins heureuse avec ce train qui entrecoupe la scène et ces personnages tantôt de face, tantôt de profil. Onirique, certes, mais bon… C’est là que le frère lui ordonne de courir, «laaf» en luxembourgeois. «C’est un moment clé du film, parce que ce sacrifice va apporter toute la culpabilité avec laquelle le vieux vit encore aujourd’hui. Le plan successif, montre, au contraire, le jeune qui court et qui s’arrête car il prend la décision de ne pas s’enfuir, mais, au contraire de retourner au cimetière et d’assumer ses actes.»
Malgré ces quelques critiques, Laaf reste bien pensé, admirablement bien joué et réalisé avec maîtrise. Reste que, quand les réalisateurs ont enfin réussi à plonger le spectateur dans cette histoire et dans cette ambiance, le film se termine. Dommage, on en voudrait bien encore. «Je pense, au contraire, que le film tient la route, se défend le réalisateur. On peut le revoir plusieurs fois et continuer à repérer des choses. Notre productrice proposait de créer une discussion, à la fin, entre le jeune et le vieux, mais on ne voulait pas ça car, malgré ce rapprochement, il ne vont pas pour autant entamer une véritable communication. Ils vont rester dans deux mondes bien distincts.»

Laaf, court métrage de Loïc Tanson et Thierry Besseling.

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