Nov 28 2009

La Régate de Bernard Bellefroid

Published by at 19:14 under Articles

SOURCE: www.land.lu – Fränk Grotz

C’est l’heure de vérité…
Avec La Régate, Bernard Bellefroid a signé un premier long-métrage dont l’intensité est à la mesure des émotions qui semblent l’habiter

… pour le cinéma luxembourgeois ! Non seulement parce que la remise du Filmpräis, le 4 décembre, approche, mais aussi parce que les avant-premières, dans le cadre des Journées du film luxembourgeois, font preuve d’une implication très personnelle de la part de leurs réalisateurs. Après House of Boys, dans lequel Jean-Claude Schlim revient sur une partie tragique de sa propre vie, c’était au tour de Bernard Bellefroid de présenter La Régate, drame qui replonge lui aussi un cinéaste dans son propre passé douloureux. Un investissement courageux qui mérite du respect, même si on ignore dans quelles séquences précises l’intrigue du film correspond à la vie de son auteur. Bellefroid, qui s’est montré timide, voire même apeuré lors de son discours d’introduction, a en effet signé un premier long-métrage dont l’intensité est à la mesure des émotions qui semblent l’habiter.

Son protagoniste, le jeune Alexandre (Joffrey Verbruggen), vit avec son père Thierry (Thierry Hancisse), alcoolique et violent. Le quotidien de l’amour passionnel qui noue père et fils est marqué par les problèmes financiers, les tensions et les coups qu’Alexandre doit subir régulièrement. Dans un de ses accès agressifs, Thierry vient d’entailler son fils dans la jambe. La cicatrice physique et morale de cette blessure a mené l’adolescent à quitter pendant un mois son activité favorite, l’aviron. Son entraîneur Sergi (Sergi López) et sa copine Muriel (Pénélope Levêque) sont déçus et interprètent son absence comme un caprice. Ainsi, la vie continue pour Alexandre, entre les heures de sports réjouissants et les moments terrifiants avec son père, que le réalisateur choisit de séparer par des coupures nettes dans la musique du film, signée Claudine Muno. Un choix formel marquant et efficace, même si les airs très légers de la jeune chansonnière luxembourgeoise semblent trop décalés de la violence de l’intrigue et ses textes trop descriptifs par rapport aux images que l’on voit.

Pour le personnage principal, le refuge qu’il trouve dans le monde de l’aviron se transforme lui aussi en lieu hostile, avec l’apparition de Pablo, qui devient rapidement un concurrent redoutable au sein du club. Deux conflits à gérer dans deux vies très différentes. Un poids psychologique immense pour le personnage et un grand défi pour le jeune acteur qui l’incarne. Joffrey Verbruggen arrive à s’introduire dans la douleur constante d’Alexandre, mais reste trop figé dans ses expressions. Dans le rôle du père, Thierry Hancisse convainc par sa présence, et Pénélope Levêque par l’aisance naturelle de son jeu. Sergi López quand à lui sait plaire une fois de plus par son jeu minimaliste.

La délimitation des décors et la proximité physique entre caméra et acteurs devient presque étouffante à force, mais représente bien le manque d’issues pour Alexandre. La répétitivité de certaines séquences qui indique encore l’implication émotionnelle du réalisateur dans les événements, agit de même sur le spectateur ; dure à supporter en vue du caractère cru des images, justifiée pour démontrer la longueur cruelle du calvaire.

La Régate est un drame violent et intense qui ne s’adresse pas aux âmes sensibles. Peu inventif dans sa cinématographie, la force du film réside surtout dans la sincérité de son approche sans concessions. Un exemple tragique parmi tant d’autres pour un destin partagé par des centaines de jeunes au quotidien.

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SOURCE: www.land.lu – Fränk Grotz

C’est l’heure de vérité…
Avec La Régate, Bernard Bellefroid a signé un premier long-métrage dont l’intensité est à la mesure des émotions qui semblent l’habiter

… pour le cinéma luxembourgeois ! Non seulement parce que la remise du Filmpräis, le 4 décembre, approche, mais aussi parce que les avant-premières, dans le cadre des Journées du film luxembourgeois, font preuve d’une implication très personnelle de la part de leurs réalisateurs. Après House of Boys, dans lequel Jean-Claude Schlim revient sur une partie tragique de sa propre vie, c’était au tour de Bernard Bellefroid de présenter La Régate, drame qui replonge lui aussi un cinéaste dans son propre passé douloureux. Un investissement courageux qui mérite du respect, même si on ignore dans quelles séquences précises l’intrigue du film correspond à la vie de son auteur. Bellefroid, qui s’est montré timide, voire même apeuré lors de son discours d’introduction, a en effet signé un premier long-métrage dont l’intensité est à la mesure des émotions qui semblent l’habiter.

Son protagoniste, le jeune Alexandre (Joffrey Verbruggen), vit avec son père Thierry (Thierry Hancisse), alcoolique et violent. Le quotidien de l’amour passionnel qui noue père et fils est marqué par les problèmes financiers, les tensions et les coups qu’Alexandre doit subir régulièrement. Dans un de ses accès agressifs, Thierry vient d’entailler son fils dans la jambe. La cicatrice physique et morale de cette blessure a mené l’adolescent à quitter pendant un mois son activité favorite, l’aviron. Son entraîneur Sergi (Sergi López) et sa copine Muriel (Pénélope Levêque) sont déçus et interprètent son absence comme un caprice. Ainsi, la vie continue pour Alexandre, entre les heures de sports réjouissants et les moments terrifiants avec son père, que le réalisateur choisit de séparer par des coupures nettes dans la musique du film, signée Claudine Muno. Un choix formel marquant et efficace, même si les airs très légers de la jeune chansonnière luxembourgeoise semblent trop décalés de la violence de l’intrigue et ses textes trop descriptifs par rapport aux images que l’on voit.

Pour le personnage principal, le refuge qu’il trouve dans le monde de l’aviron se transforme lui aussi en lieu hostile, avec l’apparition de Pablo, qui devient rapidement un concurrent redoutable au sein du club. Deux conflits à gérer dans deux vies très différentes. Un poids psychologique immense pour le personnage et un grand défi pour le jeune acteur qui l’incarne. Joffrey Verbruggen arrive à s’introduire dans la douleur constante d’Alexandre, mais reste trop figé dans ses expressions. Dans le rôle du père, Thierry Hancisse convainc par sa présence, et Pénélope Levêque par l’aisance naturelle de son jeu. Sergi López quand à lui sait plaire une fois de plus par son jeu minimaliste.

La délimitation des décors et la proximité physique entre caméra et acteurs devient presque étouffante à force, mais représente bien le manque d’issues pour Alexandre. La répétitivité de certaines séquences qui indique encore l’implication émotionnelle du réalisateur dans les événements, agit de même sur le spectateur ; dure à supporter en vue du caractère cru des images, justifiée pour démontrer la longueur cruelle du calvaire.

La Régate est un drame violent et intense qui ne s’adresse pas aux âmes sensibles. Peu inventif dans sa cinématographie, la force du film réside surtout dans la sincérité de son approche sans concessions. Un exemple tragique parmi tant d’autres pour un destin partagé par des centaines de jeunes au quotidien.

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