Dec 03 2009

Ombre et lumière

Published by at 14:12 under Articles

SOURCE: http://le-jeudi.editpress.lu/

Premier long métrage du réalisateur luxembourgeois Max Jacoby, «Dust» apparaît comme une œuvre cinématographique pure. / Loïc Tanson

Dust24

Au milieu d’un monde qui semble hors du temps et démuni de toute trace de vie, un jeune homme et sa sœur jumelle vivent seuls dans la maison de leur enfance. Entourés par une nature qui a repris le dessus sur un environnement jadis marqué par l’empreinte de l’homme, Eli (Olly Alexander) et Élodie (Catherine Steadman) mènent une vie idyllique et heureuse, unis par un lien sentimental et charnel infrangible. Mais lors d’une de leur balades, ils tombent sur un homme mystérieux (Andrew Hawley) affalé au bord de la route. Cet étranger énigmatique va faire irruption dans leur vie et mettre leur amour à l’épreuve.

Fidèle à une conception du cinéma qui confère une place importante au spectateur sans le tenir par la main de la première à la dernière seconde, ce long-métrage tourné en anglais évite volontairement les ficelles scénaristiques manipulatrices, les gros plans omniprésents et la surdramatisation des enjeux.

Véritable pinceau

Poussé par une envie de donner vie à un monde situé entre le rêve et la réalité, Jacoby préfère offrir la possibilité au spectateur d’entrer dans le film, de découvrir les personnages et le monde envoûtant qu’ils habitent et de s’identifier à eux à sa manière. Sans mettre l’accent sur les émotions des personnages: mis à part dans quelques scènes clés du film, ceux-ci sont souvent cadrés de loin, de biais et même de dos.

Une lumière extrêmement naturaliste qui joue parfois de manière impressionnante avec les limites du perceptible – surtout dans les séquences de nuit éclairées par la lueur des bougies – souligne aussi cette volonté de garder une distance par rapport aux personnages, de les faire évoluer dans le noir afin de laisser le soin aux spectateurs de projeter sur eux leurs sentiments et leur vécu. Le film ne montre pas davantage les actions qui font avancer l’intrigue mais confronte le spectateur aux conséquences de celles-ci. Les dialogues parcimonieux et qui semblent sortis de la vie de tous les jours, évitent de leur côté toute information redondante.

De ce fait, le réalisateur donne des indices de lecture au fur et à mesure. À partir de cadrages d’une précision chirurgicale et d’un jeu constant entre le net et le flou, chaque image suggère les intentions plutôt que de les dénoter. Construit sur un rythme d’une lenteur affirmée – la moyenne par plan étant d’environ 36 secondes – Dust demande ainsi une lecture attentive qui pousse sans cesse à la réflexion. Un pari osé, mais réussi dans son ensemble, qui s’inscrit dans un moment de l’histoire du cinéma où le spectateur est de plus en plus formaté par une avalanche de films oppressant toute réflexion.

Si ce premier long métrage, unique à l’horizon du paysage cinématographique luxembourgeois, n’est pas sans défauts – telle sa fin qui laisse dubitative, ou une froideur impalpable émanant par moments des personnages – il se réclame pourtant d’un cinéma de plus en plus rare. Un cinéma doté d’une identité cinématographique forte, où le ressenti prime sur les leçons de morale, où un point de vue s’affirme de manière visuelle, et où la caméra devient un véritable pinceau dans les mains du concepteur du film, et non un objectif sans vie destiné à capter l’histoire racontée d’une façon quelconque. Et au final, c’est bien la manière dont les choses sont montrées qui donne son identité à un film, son essence au cinéma et sa pertinence au rôle du réalisateur.

Comments

comments

SOURCE: http://le-jeudi.editpress.lu/

Premier long métrage du réalisateur luxembourgeois Max Jacoby, «Dust» apparaît comme une œuvre cinématographique pure. / Loïc Tanson

Dust24

Au milieu d’un monde qui semble hors du temps et démuni de toute trace de vie, un jeune homme et sa sœur jumelle vivent seuls dans la maison de leur enfance. Entourés par une nature qui a repris le dessus sur un environnement jadis marqué par l’empreinte de l’homme, Eli (Olly Alexander) et Élodie (Catherine Steadman) mènent une vie idyllique et heureuse, unis par un lien sentimental et charnel infrangible. Mais lors d’une de leur balades, ils tombent sur un homme mystérieux (Andrew Hawley) affalé au bord de la route. Cet étranger énigmatique va faire irruption dans leur vie et mettre leur amour à l’épreuve.

Fidèle à une conception du cinéma qui confère une place importante au spectateur sans le tenir par la main de la première à la dernière seconde, ce long-métrage tourné en anglais évite volontairement les ficelles scénaristiques manipulatrices, les gros plans omniprésents et la surdramatisation des enjeux.

Véritable pinceau

Poussé par une envie de donner vie à un monde situé entre le rêve et la réalité, Jacoby préfère offrir la possibilité au spectateur d’entrer dans le film, de découvrir les personnages et le monde envoûtant qu’ils habitent et de s’identifier à eux à sa manière. Sans mettre l’accent sur les émotions des personnages: mis à part dans quelques scènes clés du film, ceux-ci sont souvent cadrés de loin, de biais et même de dos.

Une lumière extrêmement naturaliste qui joue parfois de manière impressionnante avec les limites du perceptible – surtout dans les séquences de nuit éclairées par la lueur des bougies – souligne aussi cette volonté de garder une distance par rapport aux personnages, de les faire évoluer dans le noir afin de laisser le soin aux spectateurs de projeter sur eux leurs sentiments et leur vécu. Le film ne montre pas davantage les actions qui font avancer l’intrigue mais confronte le spectateur aux conséquences de celles-ci. Les dialogues parcimonieux et qui semblent sortis de la vie de tous les jours, évitent de leur côté toute information redondante.

De ce fait, le réalisateur donne des indices de lecture au fur et à mesure. À partir de cadrages d’une précision chirurgicale et d’un jeu constant entre le net et le flou, chaque image suggère les intentions plutôt que de les dénoter. Construit sur un rythme d’une lenteur affirmée – la moyenne par plan étant d’environ 36 secondes – Dust demande ainsi une lecture attentive qui pousse sans cesse à la réflexion. Un pari osé, mais réussi dans son ensemble, qui s’inscrit dans un moment de l’histoire du cinéma où le spectateur est de plus en plus formaté par une avalanche de films oppressant toute réflexion.

Si ce premier long métrage, unique à l’horizon du paysage cinématographique luxembourgeois, n’est pas sans défauts – telle sa fin qui laisse dubitative, ou une froideur impalpable émanant par moments des personnages – il se réclame pourtant d’un cinéma de plus en plus rare. Un cinéma doté d’une identité cinématographique forte, où le ressenti prime sur les leçons de morale, où un point de vue s’affirme de manière visuelle, et où la caméra devient un véritable pinceau dans les mains du concepteur du film, et non un objectif sans vie destiné à capter l’histoire racontée d’une façon quelconque. Et au final, c’est bien la manière dont les choses sont montrées qui donne son identité à un film, son essence au cinéma et sa pertinence au rôle du réalisateur.

Comments

comments

No responses yet

Trackback URI | Comments RSS

Leave a Reply