May 06 2011

Rage against the machine?

Published by at 01:42 under Articles,Français

SOURCE: Luxemburger Wort, 05.05.11

Le festival Discovery Zone a permis de découvrir, en projection presse, le documentaire “We might as well fail” de Govinda van Maele, à l’affiche dès demain à l’Utopolis. Produite par la société Red Lion, la réalisation de Van Maele dresse le portrait de la scène rock au Grand-Duché, avec ses paradoxes et ses ambiguités, et pointe le criant hiatus entre ses manifestations “hardcore” et la placidité apparente du pays dans lequel cette scène est en train de s’affirmer. Par Gaston Carré

Scène inaugurale: la fête nationale. Son cortège, ses fanfares et sa ferveur populaire. Dans les bars et cafés de la ville basse cependant des jeunes s’ennuient et rêvent de gloire, qui pour maints d’entre eux a le visage du rock, de ses stars, de sa légende dorée. Longue est la route vers cette gloire-là mais les plus détérminés s’y engagent. Une scène rock au Luxembourg est éclose, dont les premières planches furent posées dans les caves des résidences familiales.
Govinda van Maele montre les rockeurs in spe. Au plus près. Dans leur vérité, à la fois épique et pathétique. Il semble que le réalisateur luxembourgeois, qui a fait ses premiers pas cinématographiques au service de la société Red Lion qui aujourd’hui produit son documentaire, ait planté ses caméras au pied même des scènes les plus enfumées et les plus tonitruantes. Ces caméras qui se veulent réalistes ne s’en montrent pas moins complaisantes à l’égard des musiciens qu’elles captent, jouant volontiers des plans brouillés et autres effets tremblés qui à l’écran contribuent à l’imagerie canonique du rock, et il y a une évidente empathie de Van Maele en regard des groupes retenus pour son florilège – Tvesla, Black-out Beauty, Miaow-Miaow, Mutiny on the Bounty, Eternal Tango, Defdump.
Or à intervalles réguliers son documentaire balance entre interviews de musiciens et images de concerts d’une part, images du Luxembourg d’autre part, saisi dans la placidité “bovine” qui jadis fut raillée par Henry Miller. Et autant le pays est affiché en ses dehors lourds et quiets, autant sont virulents les groupes qui y voient le jour – loin de la chansonette gentillette le rock made in Luxembourg génère des embrasements qui impressioneraient même les franges les plus “hard” des scènes new-yorkaises ou londoniennes.

Le rock comme part maudite du Luxembourg?

L’intention de Van Maele réside-t-elle dans la mise au jour de se contraste, de ce hiatus? La scène rock comme part maudite d’un pays qui ignorerait ses propres zones d’ombre? Cette intention, le cas échéants, bute sur les contradictions qui animent les musiciens filmés, sans que l’on sache toujours si cette butées apparaît à l’insu du réalisateur ou si elle procède d’une intention de second degré.
Le fait est que nos rockeurs expriment pour la société qui est la leur une exécration bien tempérée, et s’exercent au rock avec les amplis des marques les meilleures. Le fait encore est que ces musiciens déplorent le “manque de moyens” (labels, circuits…) qui selon eux caractériserait le Luxembourg, mais se voient bien vite dotés des salles, matériels et autres outils que le Centre de Ressources de la Rockhal met à leur disposition. Le fait enfin est que ces musiciens s’emploient à des passions pour le moins modérées – finis les temps de papa où l’on se vouait au rock corps et âme, quoi qu’il en coûte: les rockeurs des temps présents considèrent qu’il est un temps pour tout, pour le rock d’abord, pour le retour aux réalités ensuite, et l’on devine que la plupart d’entre eux, pour allumés qu’ils soient par leur rêve de grandeur rock’n’rollienne, n’en savent pas moins qu’ils finiront instituteurs ou éducateurs.
Certains d’entre eux vont loin cependant, comme Eternal Tango, qui mène ces temps-ci une assez belle carrière. D’autres cependant, comme Defdump, raccrochent leurs guitares aux clous. Tous cependant s’accordent sur une certitude: il fallait le faire, il fallait essayer, faute de quoi on aurait eu des regrets une vie durant. C’est cette certitude-là que Govinda van Maele somme toute a filmée, grâce à quoi il livre là, avec “We might as well fail”, une indispensable contribution post-bauschienne à la mythologie du rock made in Luxembourg.

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SOURCE: Luxemburger Wort, 05.05.11

Le festival Discovery Zone a permis de découvrir, en projection presse, le documentaire “We might as well fail” de Govinda van Maele, à l’affiche dès demain à l’Utopolis. Produite par la société Red Lion, la réalisation de Van Maele dresse le portrait de la scène rock au Grand-Duché, avec ses paradoxes et ses ambiguités, et pointe le criant hiatus entre ses manifestations “hardcore” et la placidité apparente du pays dans lequel cette scène est en train de s’affirmer. Par Gaston Carré

Scène inaugurale: la fête nationale. Son cortège, ses fanfares et sa ferveur populaire. Dans les bars et cafés de la ville basse cependant des jeunes s’ennuient et rêvent de gloire, qui pour maints d’entre eux a le visage du rock, de ses stars, de sa légende dorée. Longue est la route vers cette gloire-là mais les plus détérminés s’y engagent. Une scène rock au Luxembourg est éclose, dont les premières planches furent posées dans les caves des résidences familiales.
Govinda van Maele montre les rockeurs in spe. Au plus près. Dans leur vérité, à la fois épique et pathétique. Il semble que le réalisateur luxembourgeois, qui a fait ses premiers pas cinématographiques au service de la société Red Lion qui aujourd’hui produit son documentaire, ait planté ses caméras au pied même des scènes les plus enfumées et les plus tonitruantes. Ces caméras qui se veulent réalistes ne s’en montrent pas moins complaisantes à l’égard des musiciens qu’elles captent, jouant volontiers des plans brouillés et autres effets tremblés qui à l’écran contribuent à l’imagerie canonique du rock, et il y a une évidente empathie de Van Maele en regard des groupes retenus pour son florilège – Tvesla, Black-out Beauty, Miaow-Miaow, Mutiny on the Bounty, Eternal Tango, Defdump.
Or à intervalles réguliers son documentaire balance entre interviews de musiciens et images de concerts d’une part, images du Luxembourg d’autre part, saisi dans la placidité “bovine” qui jadis fut raillée par Henry Miller. Et autant le pays est affiché en ses dehors lourds et quiets, autant sont virulents les groupes qui y voient le jour – loin de la chansonette gentillette le rock made in Luxembourg génère des embrasements qui impressioneraient même les franges les plus “hard” des scènes new-yorkaises ou londoniennes.

Le rock comme part maudite du Luxembourg?

L’intention de Van Maele réside-t-elle dans la mise au jour de se contraste, de ce hiatus? La scène rock comme part maudite d’un pays qui ignorerait ses propres zones d’ombre? Cette intention, le cas échéants, bute sur les contradictions qui animent les musiciens filmés, sans que l’on sache toujours si cette butées apparaît à l’insu du réalisateur ou si elle procède d’une intention de second degré.
Le fait est que nos rockeurs expriment pour la société qui est la leur une exécration bien tempérée, et s’exercent au rock avec les amplis des marques les meilleures. Le fait encore est que ces musiciens déplorent le “manque de moyens” (labels, circuits…) qui selon eux caractériserait le Luxembourg, mais se voient bien vite dotés des salles, matériels et autres outils que le Centre de Ressources de la Rockhal met à leur disposition. Le fait enfin est que ces musiciens s’emploient à des passions pour le moins modérées – finis les temps de papa où l’on se vouait au rock corps et âme, quoi qu’il en coûte: les rockeurs des temps présents considèrent qu’il est un temps pour tout, pour le rock d’abord, pour le retour aux réalités ensuite, et l’on devine que la plupart d’entre eux, pour allumés qu’ils soient par leur rêve de grandeur rock’n’rollienne, n’en savent pas moins qu’ils finiront instituteurs ou éducateurs.
Certains d’entre eux vont loin cependant, comme Eternal Tango, qui mène ces temps-ci une assez belle carrière. D’autres cependant, comme Defdump, raccrochent leurs guitares aux clous. Tous cependant s’accordent sur une certitude: il fallait le faire, il fallait essayer, faute de quoi on aurait eu des regrets une vie durant. C’est cette certitude-là que Govinda van Maele somme toute a filmée, grâce à quoi il livre là, avec “We might as well fail”, une indispensable contribution post-bauschienne à la mythologie du rock made in Luxembourg.

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