Mar 24 2010

Troisième trouble

Published by at 10:59 under Articles,Français

SOURCE: France Clarinval http://lequotidien.editpress.lu/

L’épilogue de la trilogie Troublemaker sort 22 ans après le premier film. Trouble No More reprend l’essentiel des ingrédients des précédents films, sauf bien sûr Johnny Chicago, dont l’ombre plane sur tout le film.

Cela faisait des années qu’Andy Bausch rêvait de son Trouble No More, comme Johnny Chicago rêvait d’Amérique. Il a dû se résoudre à tourner sans son acteur fétiche, Thierry van Werveke, tout en accordant au personnage la place qui lui revient. Et ça marche.
Andy Bausch sait qu’il est attendu au tournant. Ajouter un épisode à sa saga à succès des Troublemaker n’était déjà pas si facile, mais le tourner après la mort de Thierry van Werveke, incarnation omnipotente de Johnny Chicago, «troublemaker» numéro un, relevait
de la gageure. S’il a dû adapter le scénario en sortant de sa manche Ray, le frère du fameux Johnny, et troquer le personnage contre son urne funéraire, le réalisateur et scénariste a travaillé avec l’ombre bienveillante de son ami disparu. «Il voulait que le film se fasse avec ou sans lui, je n’ai pas hésité longtemps.»
Alors donc, 22 ans après Troublemaker et douze ans après Back in Trouble, revoilà nos gangsters à la petite semaine qui refont parler d’eux. Johnny Chicago s’est fait abattre par les flics lors d’un braquage ridicule. Son meilleur ami, Chuck Moreno (Ender Frings), est bien décidé à lui rendre hommage. Et pour ça, il commence par s’évader de prison pour convaincre Ray, le frère de Johnny (Marco Lorenzini) de l’aider à exaucer le rêve du défunt : aller en Amérique.
Évidemment, rien n’est simple quand on est cavale. Et encore moins quand on se coltine une bande de bras cassés, au mieux juste empotés et inexpérimentés, comme Jorsch (Nitlon Martins), au pire, complètement tarés de la gâchette comme Zizou (Hervé Sogne). C’est aussi sans compter sur le fait que Jenny, la femme de Johnny (Nicole Max), n’est pas d’accord avec ces plans qu’elle sait foireux et que Tess, sa fille (Nora Koenig), a eu l’idée stu- pide de devenir flic.
Tout ce bon monde joue au chat et à la souris, aux gendarmes et aux voleurs (parce que les cow-boys et les Indiens, c’est de l’autre côté de l’Atlantique) dans un Luxembourg intemporel et passablement décati. On ne voit ni les perles architecturales ni le luxe automobile ou les restos à la mode.
Avec Andy Bausch, les affaires se règlent dans les cabarets ou au jeu de quilles, les murs s’effritent, les vêtements ne sont pas à la mode et le pressing est le dernier endroit où on cause. Les gangsters sont attendrissants tellement ils sont maladroits, tournés vers leurs rêves inaccessibles et, finalement, bonne pâte. Même quand ils cognent, on est avec eux et on souhaite de tout cœur qu’ils réussissent leur malheureuse entreprise.
Si le personnage de Ray a été ajouté à la troisième mouture du scénario, les autres étaient déjà écrits. «Je voulais déplacer l’intérêt vers un groupe de personnages plutôt qu’un seul», explique le réalisateur. La nouveauté est aussi l’apparition de personnages francopho- nes, à l’image de Zizou, la petite frappe qui a passé la frontière, des employés du Cactus (Alain Holtgen, Norbert Rutilli) ou du beauf en décapotable (Joël Delsaut, qui par ailleurs prête sa silhouette aux appari- tions furtives de Johnny Chicago). «Cela correspond mieux à la réalité du Luxembourg actuel», argue le réalisateur.
Les dialogues sont particulièrement croustillants et bourrés de références luxemburgo-luxembourgeoises qui ne passent pas toujours dans les sous-titres. L’humour est moins potache que dans Le Club des chômeurs, même si une certaine vulgarité demeure, pour coller aux personnages.
L’irrévérence est toujours de mise, notamment vis-à-vis de la famille grand-ducale. «Je m’en moque, certes, mais avec une certaine tendresse. Dans le fond, on sent bien que je les aime.» Andy Bausch a aussi eu envie de travailler avec les acteurs qu’il aime, comme André Jung – c’est leur septième film en commun – qui est un commissaire aussi sournois que désespéré ou Luc Feit, qui a sans doute les répliques les plus drôles du film. On repère encore des têtes connues (Jean- François Wolff, Steve Karier, Josiane Peiffer, Fred Frenay…) et on se dit qu’on est en famille.
Certes, on n’est pas dans le grand film d’action à l’américaine, ni dans le drame social à la française. Le film fonctionne pour ce qu’il est. Pas seulement comme épilogue de la trilogie, mais comme un film à part entière qui se tient, notamment grâce à une très bonne photo de Carlo Thiel et le son de Bruno Tarrière (qui vient d’ailleurs de remporter le César du meilleur son pour Le Concert), «mes deux héros techn iques», comme les appelle désormais le réalisateur.
L’ombre de Thierry plane dans de nombreuses scènes, au propre comme au figuré. Des astuces de montage rendent les flashes-back crédibles et on sent bien que tous les comédiens ont eu à cœur de res- pecter sa mémoire.

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SOURCE: France Clarinval http://lequotidien.editpress.lu/

L’épilogue de la trilogie Troublemaker sort 22 ans après le premier film. Trouble No More reprend l’essentiel des ingrédients des précédents films, sauf bien sûr Johnny Chicago, dont l’ombre plane sur tout le film.

Cela faisait des années qu’Andy Bausch rêvait de son Trouble No More, comme Johnny Chicago rêvait d’Amérique. Il a dû se résoudre à tourner sans son acteur fétiche, Thierry van Werveke, tout en accordant au personnage la place qui lui revient. Et ça marche.
Andy Bausch sait qu’il est attendu au tournant. Ajouter un épisode à sa saga à succès des Troublemaker n’était déjà pas si facile, mais le tourner après la mort de Thierry van Werveke, incarnation omnipotente de Johnny Chicago, «troublemaker» numéro un, relevait
de la gageure. S’il a dû adapter le scénario en sortant de sa manche Ray, le frère du fameux Johnny, et troquer le personnage contre son urne funéraire, le réalisateur et scénariste a travaillé avec l’ombre bienveillante de son ami disparu. «Il voulait que le film se fasse avec ou sans lui, je n’ai pas hésité longtemps.»
Alors donc, 22 ans après Troublemaker et douze ans après Back in Trouble, revoilà nos gangsters à la petite semaine qui refont parler d’eux. Johnny Chicago s’est fait abattre par les flics lors d’un braquage ridicule. Son meilleur ami, Chuck Moreno (Ender Frings), est bien décidé à lui rendre hommage. Et pour ça, il commence par s’évader de prison pour convaincre Ray, le frère de Johnny (Marco Lorenzini) de l’aider à exaucer le rêve du défunt : aller en Amérique.
Évidemment, rien n’est simple quand on est cavale. Et encore moins quand on se coltine une bande de bras cassés, au mieux juste empotés et inexpérimentés, comme Jorsch (Nitlon Martins), au pire, complètement tarés de la gâchette comme Zizou (Hervé Sogne). C’est aussi sans compter sur le fait que Jenny, la femme de Johnny (Nicole Max), n’est pas d’accord avec ces plans qu’elle sait foireux et que Tess, sa fille (Nora Koenig), a eu l’idée stu- pide de devenir flic.
Tout ce bon monde joue au chat et à la souris, aux gendarmes et aux voleurs (parce que les cow-boys et les Indiens, c’est de l’autre côté de l’Atlantique) dans un Luxembourg intemporel et passablement décati. On ne voit ni les perles architecturales ni le luxe automobile ou les restos à la mode.
Avec Andy Bausch, les affaires se règlent dans les cabarets ou au jeu de quilles, les murs s’effritent, les vêtements ne sont pas à la mode et le pressing est le dernier endroit où on cause. Les gangsters sont attendrissants tellement ils sont maladroits, tournés vers leurs rêves inaccessibles et, finalement, bonne pâte. Même quand ils cognent, on est avec eux et on souhaite de tout cœur qu’ils réussissent leur malheureuse entreprise.
Si le personnage de Ray a été ajouté à la troisième mouture du scénario, les autres étaient déjà écrits. «Je voulais déplacer l’intérêt vers un groupe de personnages plutôt qu’un seul», explique le réalisateur. La nouveauté est aussi l’apparition de personnages francopho- nes, à l’image de Zizou, la petite frappe qui a passé la frontière, des employés du Cactus (Alain Holtgen, Norbert Rutilli) ou du beauf en décapotable (Joël Delsaut, qui par ailleurs prête sa silhouette aux appari- tions furtives de Johnny Chicago). «Cela correspond mieux à la réalité du Luxembourg actuel», argue le réalisateur.
Les dialogues sont particulièrement croustillants et bourrés de références luxemburgo-luxembourgeoises qui ne passent pas toujours dans les sous-titres. L’humour est moins potache que dans Le Club des chômeurs, même si une certaine vulgarité demeure, pour coller aux personnages.
L’irrévérence est toujours de mise, notamment vis-à-vis de la famille grand-ducale. «Je m’en moque, certes, mais avec une certaine tendresse. Dans le fond, on sent bien que je les aime.» Andy Bausch a aussi eu envie de travailler avec les acteurs qu’il aime, comme André Jung – c’est leur septième film en commun – qui est un commissaire aussi sournois que désespéré ou Luc Feit, qui a sans doute les répliques les plus drôles du film. On repère encore des têtes connues (Jean- François Wolff, Steve Karier, Josiane Peiffer, Fred Frenay…) et on se dit qu’on est en famille.
Certes, on n’est pas dans le grand film d’action à l’américaine, ni dans le drame social à la française. Le film fonctionne pour ce qu’il est. Pas seulement comme épilogue de la trilogie, mais comme un film à part entière qui se tient, notamment grâce à une très bonne photo de Carlo Thiel et le son de Bruno Tarrière (qui vient d’ailleurs de remporter le César du meilleur son pour Le Concert), «mes deux héros techn iques», comme les appelle désormais le réalisateur.
L’ombre de Thierry plane dans de nombreuses scènes, au propre comme au figuré. Des astuces de montage rendent les flashes-back crédibles et on sent bien que tous les comédiens ont eu à cœur de res- pecter sa mémoire.

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