Oct 14 2010

Une table ronde sur les illégaux

Published by at 12:03 under Blackboard

SOURCE: http://www.lequotidien.lu/les-loisirs/16045.htmlPablo Chimienti

Dans le cadre de la sortie du film, Iris Production organise un débat sur «La situation des illégaux et de leurs conditions de vie dans les centres de rétention, en Europe et au Luxembourg», demain (AUJOURD’HUI) à 19h à Neumünster en présence des ministres de la Justice et de l’Immigration, du médiateur, du directeur du centre de rétention, de l’ancien président de l’ASTI, du directeur de l’abbaye de Neumünster et du producteur d’Iris.

Dans le cadre de la sortie du film, Iris Production organise un débat sur «La situation des illégaux et de leurs conditions de vie dans les centres de rétention, en Europe et au Luxembourg», demain à 19h à Neumünster en présence des ministres de la Justice et de l’Immigration, du médiateur, du directeur du centre de rétention, de l’ancien président de l’ASTI, du directeur de l’abbaye de Neumünster et du producteur d’Iris.
Entrée libre.

«La douceur de l’inhumanité»

C’est un film-choc. De ceux qui, comme Indigènes de Rachid Bouchareb, peuvent faire bouger les choses, changer la société.
Illégal est un acte de résistance face à l’injustice. Un cri du cœur. Mais aussi, et avant tout, un très beau film, poignant, nerveux, psychologiquement violent. Une fiction tournée en caméra sur épaule pour être au plus près des personnages et raconter une histoire réaliste à défaut d’être réelle. Celle de cette mère Courage sans papiers arrêtée suite à un banal contrôle de police et placée dans un centre de rétention, sans son fils adolescent. Une jeune Russe interprétée avec brio par la Belge Anne Coesens. Sans misérabilisme ni angélisme, le réalisateur réussit un coup de maître. Rencontre.
Entretien avec notre journaliste Pablo Chimienti

Qu’est-ce qui vous a donné envie de raconter cette histoire?
Olivier Masset-Depasse: C’est venu très simplement au détour d’un sujet vu à la télé. Je connaissais quelques sans-papiers dans mon entourage, mais pas grand-chose sur les centres fermés. Mais à force d’entendre des phrases comme “prison pour innocents”, “prison pour enfants”… je me suis intéressé à ça. D’autant que j’avais l’un de ces centres vraiment tout près de chez moi. J’ai donc senti un malaise. De là est née l’obsession de savoir ce qui se passe derrière ces grilles et l’envie de vouloir faire quelque chose, en l’occurrence un film.

Vous êtes donc allé voir derrière ces murs.
Oui, j’ai fait une enquête pendant un an, avec un journaliste du Soir et un juriste de la Ligue des droits de l’Homme. Ils m’ont permis de rentrer plusieurs fois dans ces centres et d’avoir une bonne imprégnation émotionnelle et aussi une bonne idée de ce qui s’y passe.

Un point est étonnant dans votre film; sauf à la fin, tout le monde est très poli: les flics, les gardiens du centre… C’est vraiment pour montrer que ce ne sont pas les humains, mais le système qui est mauvais?
Oui. C’est aussi pour ça que le film s’intitule Illégal, au masculin. Pour moi c’est le système qui est illégal, parce qu’il pousse les gens à la dérive. Cela dit, il y a, pour moi, quelques méchants dans le film. Mais il était important de montrer la douceur de l’inhumanité. Tout le monde vous fait croire que tout va bien se passer, mais on ment et on manipule pour destabiliser la personne.
Anne Coesens: Personnellement, ce que je trouve terrible c’est qu’ils ont tous l’air blasé. Il n’y a aucune agressivité, c’est vrai, mais aucune humanité non plus.

Vous réussissez, a contrario, à redonner une grande humanité à ces gens enfermés dans ce centre, entre un peu de racisme ordinaire et beaucoup de solidarité. Et aussi, simplement, ces problèmes quotidiens, comme ces enfants qui ne veulent pas manger.
Olivier Masset-Depasse: D’autant que la bouffe est dégueulasse. Mais oui. Le film tire vers le thriller psychologique, sur le combat de cette mère Courage contre un système et la déprime, mais d’une manière “punchie”. C’était important parce que ces gens vivent dans un thriller permanent.

Vous filmez caméra sur épaule, pour être au plus près des personnages. Mais est-ce que vous n’en abusez pas un peu, sur des plans fixes, par exemple?
Non, c’est un choix organique. Il faut arriver à garder la vibration du cadre dans un sujet qui ne bouge pas trop. Ça donne un effet de réalité. Je m’inscris dans cette tendance de recréation de la réalité; on n’est pas dans du documentaire, chaque mouvement de caméra et chaque vibration est donc calculée.

C’est une histoire qui se déroule en Belgique, pourtant aucun personnage n’a un accent belge.
Ça se passe en Belgique et la procédure est belge, mais je voulais cette histoire la plus universelle possible. En tout cas européenne.

Prix SACD à Cannes, Grand Prix à Angoulême, finaliste du prix Lux du Parlement européen, candidature pour les Oscars… en dehors du sentiment de réussite, qu’est-ce que ça représente?
C’est un sujet assez dur, donc tout ce qui peut mettre en lumière le film est bon à prendre. D’autant plus que les gens, comme ça traite des sans-papiers, peuvent penser que c’est glauque, alors que ce n’est pas le cas. C’est un film qui fait réfléchir, mais c’est surtout poignant et intense. C’est donc, en plus de la reconnaissance, un soutien. Après, le plus important, à la fin, c’est que le film soit partagé avec le public pour faire passer le message.

Illégal, d’Olivier Masset-Depasse.

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SOURCE: http://www.lequotidien.lu/les-loisirs/16045.htmlPablo Chimienti

Dans le cadre de la sortie du film, Iris Production organise un débat sur «La situation des illégaux et de leurs conditions de vie dans les centres de rétention, en Europe et au Luxembourg», demain (AUJOURD’HUI) à 19h à Neumünster en présence des ministres de la Justice et de l’Immigration, du médiateur, du directeur du centre de rétention, de l’ancien président de l’ASTI, du directeur de l’abbaye de Neumünster et du producteur d’Iris.

Dans le cadre de la sortie du film, Iris Production organise un débat sur «La situation des illégaux et de leurs conditions de vie dans les centres de rétention, en Europe et au Luxembourg», demain à 19h à Neumünster en présence des ministres de la Justice et de l’Immigration, du médiateur, du directeur du centre de rétention, de l’ancien président de l’ASTI, du directeur de l’abbaye de Neumünster et du producteur d’Iris.
Entrée libre.

«La douceur de l’inhumanité»

C’est un film-choc. De ceux qui, comme Indigènes de Rachid Bouchareb, peuvent faire bouger les choses, changer la société.
Illégal est un acte de résistance face à l’injustice. Un cri du cœur. Mais aussi, et avant tout, un très beau film, poignant, nerveux, psychologiquement violent. Une fiction tournée en caméra sur épaule pour être au plus près des personnages et raconter une histoire réaliste à défaut d’être réelle. Celle de cette mère Courage sans papiers arrêtée suite à un banal contrôle de police et placée dans un centre de rétention, sans son fils adolescent. Une jeune Russe interprétée avec brio par la Belge Anne Coesens. Sans misérabilisme ni angélisme, le réalisateur réussit un coup de maître. Rencontre.
Entretien avec notre journaliste Pablo Chimienti

Qu’est-ce qui vous a donné envie de raconter cette histoire?
Olivier Masset-Depasse: C’est venu très simplement au détour d’un sujet vu à la télé. Je connaissais quelques sans-papiers dans mon entourage, mais pas grand-chose sur les centres fermés. Mais à force d’entendre des phrases comme “prison pour innocents”, “prison pour enfants”… je me suis intéressé à ça. D’autant que j’avais l’un de ces centres vraiment tout près de chez moi. J’ai donc senti un malaise. De là est née l’obsession de savoir ce qui se passe derrière ces grilles et l’envie de vouloir faire quelque chose, en l’occurrence un film.

Vous êtes donc allé voir derrière ces murs.
Oui, j’ai fait une enquête pendant un an, avec un journaliste du Soir et un juriste de la Ligue des droits de l’Homme. Ils m’ont permis de rentrer plusieurs fois dans ces centres et d’avoir une bonne imprégnation émotionnelle et aussi une bonne idée de ce qui s’y passe.

Un point est étonnant dans votre film; sauf à la fin, tout le monde est très poli: les flics, les gardiens du centre… C’est vraiment pour montrer que ce ne sont pas les humains, mais le système qui est mauvais?
Oui. C’est aussi pour ça que le film s’intitule Illégal, au masculin. Pour moi c’est le système qui est illégal, parce qu’il pousse les gens à la dérive. Cela dit, il y a, pour moi, quelques méchants dans le film. Mais il était important de montrer la douceur de l’inhumanité. Tout le monde vous fait croire que tout va bien se passer, mais on ment et on manipule pour destabiliser la personne.
Anne Coesens: Personnellement, ce que je trouve terrible c’est qu’ils ont tous l’air blasé. Il n’y a aucune agressivité, c’est vrai, mais aucune humanité non plus.

Vous réussissez, a contrario, à redonner une grande humanité à ces gens enfermés dans ce centre, entre un peu de racisme ordinaire et beaucoup de solidarité. Et aussi, simplement, ces problèmes quotidiens, comme ces enfants qui ne veulent pas manger.
Olivier Masset-Depasse: D’autant que la bouffe est dégueulasse. Mais oui. Le film tire vers le thriller psychologique, sur le combat de cette mère Courage contre un système et la déprime, mais d’une manière “punchie”. C’était important parce que ces gens vivent dans un thriller permanent.

Vous filmez caméra sur épaule, pour être au plus près des personnages. Mais est-ce que vous n’en abusez pas un peu, sur des plans fixes, par exemple?
Non, c’est un choix organique. Il faut arriver à garder la vibration du cadre dans un sujet qui ne bouge pas trop. Ça donne un effet de réalité. Je m’inscris dans cette tendance de recréation de la réalité; on n’est pas dans du documentaire, chaque mouvement de caméra et chaque vibration est donc calculée.

C’est une histoire qui se déroule en Belgique, pourtant aucun personnage n’a un accent belge.
Ça se passe en Belgique et la procédure est belge, mais je voulais cette histoire la plus universelle possible. En tout cas européenne.

Prix SACD à Cannes, Grand Prix à Angoulême, finaliste du prix Lux du Parlement européen, candidature pour les Oscars… en dehors du sentiment de réussite, qu’est-ce que ça représente?
C’est un sujet assez dur, donc tout ce qui peut mettre en lumière le film est bon à prendre. D’autant plus que les gens, comme ça traite des sans-papiers, peuvent penser que c’est glauque, alors que ce n’est pas le cas. C’est un film qui fait réfléchir, mais c’est surtout poignant et intense. C’est donc, en plus de la reconnaissance, un soutien. Après, le plus important, à la fin, c’est que le film soit partagé avec le public pour faire passer le message.

Illégal, d’Olivier Masset-Depasse.

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