Feb 07 2014

Le Centre commun met la pression sur Delux

Published by at 06:40 under Delux

SOURCE: http://www.paperjam.lu

Delux Production est dans l’impasse depuis neuf mois, après avoir été obligée d’arrêter le tournage de Sexual Healing. Impayés, les techniciens du cinéma l’avaient laissé en sursis, mais aujourd’hui, c’est le Centre commun de la sécurité sociale qui met la pression.
Par : Véronique Poujol

L’huissier n’en était pas à sa première visite du siège de Delux Production à Roeser, mais mercredi 5 février, les choses se sont corsées avec une vente forcée du matériel et mobilier de bureau de la société de production audiovisuelle de Jimmy de Brabant. Selon les informations de paperJam.lu, la vente aurait rapporté un peu plus de 5.000 euros, une somme insuffisante pour rembourser la dette auprès du Centre commun de la sécurité sociale qui atteindrait 130.000 euros.

Contacté jeudi par la rédaction de paperJam.lu au siège de Delux, Jimmy de Brabant n’a pas souhaité s’exprimer. Tenu au secret professionnel, l’huissier de justice, ayant procédé au dépeçage de l’entreprise, n’a pas non plus voulu confirmer qui était à l’origine de cette procédure qui sonne comme un avant-goût de mise en faillite. L’huissier n’ayant pas récupéré le montant de la dette, il devra donc théoriquement procéder à un acte de carence, ce qui de facto signifie la faillite de Delux Production.

La société de production doit plus de deux millions d’euros à ses fournisseurs, principalement les techniciens ayant travaillé sur le tournage du film «Sexual Healing». Ce film porte sur la vie du chanteur de soul US Marvin Gaye, brutalement arrêté en avril 2013 après la défaillance du producteur américain. Il n’avait pas avancé les fonds nécessaires à la poursuite du projet. Cette suspension, faute d’argent, avait aussi laissé impayées les équipes de techniciens, faits de contrats à durée déterminée et d’indépendants.

Peur d’un Carousel bis

Les techniciens du tournage avaient pour l’essentiel été regroupés au sein de l’Association luxembourgeoise des techniciens de l’audiovisuel (Alta), parce qu’ils avaient été échaudés par la faillite du producteur luxembourgeois Carousel Pictures Company. Ils avaient décidé après le tournage de ne pas faire trop de tapage et de laisser une chance à la coproduction luxembourgeoise de trouver de nouveaux partenaires financiers pour que le film soit terminé, que l’argent rentre et que leurs factures soient honorées. Aussi, se contentèrent-ils d’adresser à Delux des lettres de mise en demeure en paiement des arrières de salaires pour les CDD et des honoraires pour les indépendants. Les techniciens avaient d’ailleurs peu d’autres choix que celui-ci dans la mesure où une mise en faillite pourrait faire courir le risque à la plupart d’entre eux de ne jamais être payés. Ce fut le cas lors de la retentissante faillite de Carrousel Production en 2007.

«Tout le monde a laissé une chance à Jimmy de Brabant pour trouver de nouveaux financements. Il nous a demandé de patienter pendant des mois, mais rien n’est venu», explique à paperJam.lu un technicien de l’audiovisuel auquel Delux doit près de 70.000 euros. «C’est dramatique, j’ai dû licencier deux personnes», poursuit-il. « Tant qu’il y a une chance, minime soit-elle, il faut continuer à tout faire pour que le film se fasse, car c’est la seule solution pour que tout le monde soit payé», souligne un document de l’Alta de décembre 2013.

Après une médiation du Filmfund avec le Centre commun de la sécurité sociale – un des principaux créanciers de Delux pour ne pas entreprendre de démarches officielles pour récupérer ses impayés – et des interventions auprès de nouveaux producteurs américains et des banquiers pour trouver les fonds nécessaires, les autorités luxembourgeoises ont fini par perdre patience et ont envoyé les huissiers.

Déjà fin janvier, Jimmy de Branbant, le patron de Delux, expliquait son silence face aux revendications des techniciens, en raison d’une coupure des lignes téléphoniques de la société. Encore actif fin décembre, le site internet du producteur luxembourgeois est lui aussi aux abonnés absents. Ses ordinateurs et bureaux ont été saisis.

Neuf millions qui n’arrivent pas

Dans un courriel qu’il a adressé à l’équipe de tournage le 31 janvier dernier, Jimmy de Brabant se voulait rassurant: «Sachez», écrivait-il, «que mon équipe et moi-même faisons tout notre possible pour pouvoir vous annoncer de vraies news le plus rapidement possible. Les choses avancent, mais je ne veux pas faire de nouvelle promesse non tenue… Je vous promets de revenir vers vous au courant de la semaine prochaine.»

Il est exact que le producteur luxembourgeois a tout fait pour trouver de nouveaux partenaires financiers pour terminer le film consacré à Marvin Gaye. Une lettre du 19 novembre 2013 de l’avocat de Delux à l’attention «des fournisseurs et techniciens du projet de production du film ‘Sexual Healing’ indiquait que des contrats de financement étaient en cours de finalisation avec la société Exodus Entertainment Bancorp de Los Angeles à travers sa filiale Infrastructure Risk management (IRM) pour investir 9 millions de dollars dans le film. Le contrat aurait dû être signé le 15 décembre. Il restait encore 2,5 millions d’euros à trouver pour boucler le volet financier.

Le frère de Jean-Claude Van Damne

De son côté, la société belge Banana Films de Jean-Luc Van Damne (frère de Jean-Claude), qui coproduit le film avec Delux, disait avoir bouclé un financement de 4,5 millions d’euros avec BNP Paribas Fortis Film Fund avec travers les tax-shelters belges. Mais cette société serait également confrontée à des difficultés, selon les informations de l’Alta.

La question est maintenant de savoir si la faillite de Delux et ses répercussions sans doute dramatiques sur l’industrie luxembourgeoise du film et ses emplois sont inéluctables. Des techniciens espèrent que la classe politique montrera cette fois un peu plus de sensibilité qu’elle n’en a eu en 2007 pour Carousel Pictures Company, dont la liquidation controversée est toujours en cours.

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Delux Production est dans l’impasse depuis neuf mois, après avoir été obligée d’arrêter le tournage de Sexual Healing. Impayés, les techniciens du cinéma l’avaient laissé en sursis, mais aujourd’hui, c’est le Centre commun de la sécurité sociale qui met la pression.
Par : Véronique Poujol

L’huissier n’en était pas à sa première visite du siège de Delux Production à Roeser, mais mercredi 5 février, les choses se sont corsées avec une vente forcée du matériel et mobilier de bureau de la société de production audiovisuelle de Jimmy de Brabant. Selon les informations de paperJam.lu, la vente aurait rapporté un peu plus de 5.000 euros, une somme insuffisante pour rembourser la dette auprès du Centre commun de la sécurité sociale qui atteindrait 130.000 euros.

Contacté jeudi par la rédaction de paperJam.lu au siège de Delux, Jimmy de Brabant n’a pas souhaité s’exprimer. Tenu au secret professionnel, l’huissier de justice, ayant procédé au dépeçage de l’entreprise, n’a pas non plus voulu confirmer qui était à l’origine de cette procédure qui sonne comme un avant-goût de mise en faillite. L’huissier n’ayant pas récupéré le montant de la dette, il devra donc théoriquement procéder à un acte de carence, ce qui de facto signifie la faillite de Delux Production.

La société de production doit plus de deux millions d’euros à ses fournisseurs, principalement les techniciens ayant travaillé sur le tournage du film «Sexual Healing». Ce film porte sur la vie du chanteur de soul US Marvin Gaye, brutalement arrêté en avril 2013 après la défaillance du producteur américain. Il n’avait pas avancé les fonds nécessaires à la poursuite du projet. Cette suspension, faute d’argent, avait aussi laissé impayées les équipes de techniciens, faits de contrats à durée déterminée et d’indépendants.

Peur d’un Carousel bis

Les techniciens du tournage avaient pour l’essentiel été regroupés au sein de l’Association luxembourgeoise des techniciens de l’audiovisuel (Alta), parce qu’ils avaient été échaudés par la faillite du producteur luxembourgeois Carousel Pictures Company. Ils avaient décidé après le tournage de ne pas faire trop de tapage et de laisser une chance à la coproduction luxembourgeoise de trouver de nouveaux partenaires financiers pour que le film soit terminé, que l’argent rentre et que leurs factures soient honorées. Aussi, se contentèrent-ils d’adresser à Delux des lettres de mise en demeure en paiement des arrières de salaires pour les CDD et des honoraires pour les indépendants. Les techniciens avaient d’ailleurs peu d’autres choix que celui-ci dans la mesure où une mise en faillite pourrait faire courir le risque à la plupart d’entre eux de ne jamais être payés. Ce fut le cas lors de la retentissante faillite de Carrousel Production en 2007.

«Tout le monde a laissé une chance à Jimmy de Brabant pour trouver de nouveaux financements. Il nous a demandé de patienter pendant des mois, mais rien n’est venu», explique à paperJam.lu un technicien de l’audiovisuel auquel Delux doit près de 70.000 euros. «C’est dramatique, j’ai dû licencier deux personnes», poursuit-il. « Tant qu’il y a une chance, minime soit-elle, il faut continuer à tout faire pour que le film se fasse, car c’est la seule solution pour que tout le monde soit payé», souligne un document de l’Alta de décembre 2013.

Après une médiation du Filmfund avec le Centre commun de la sécurité sociale – un des principaux créanciers de Delux pour ne pas entreprendre de démarches officielles pour récupérer ses impayés – et des interventions auprès de nouveaux producteurs américains et des banquiers pour trouver les fonds nécessaires, les autorités luxembourgeoises ont fini par perdre patience et ont envoyé les huissiers.

Déjà fin janvier, Jimmy de Branbant, le patron de Delux, expliquait son silence face aux revendications des techniciens, en raison d’une coupure des lignes téléphoniques de la société. Encore actif fin décembre, le site internet du producteur luxembourgeois est lui aussi aux abonnés absents. Ses ordinateurs et bureaux ont été saisis.

Neuf millions qui n’arrivent pas

Dans un courriel qu’il a adressé à l’équipe de tournage le 31 janvier dernier, Jimmy de Brabant se voulait rassurant: «Sachez», écrivait-il, «que mon équipe et moi-même faisons tout notre possible pour pouvoir vous annoncer de vraies news le plus rapidement possible. Les choses avancent, mais je ne veux pas faire de nouvelle promesse non tenue… Je vous promets de revenir vers vous au courant de la semaine prochaine.»

Il est exact que le producteur luxembourgeois a tout fait pour trouver de nouveaux partenaires financiers pour terminer le film consacré à Marvin Gaye. Une lettre du 19 novembre 2013 de l’avocat de Delux à l’attention «des fournisseurs et techniciens du projet de production du film ‘Sexual Healing’ indiquait que des contrats de financement étaient en cours de finalisation avec la société Exodus Entertainment Bancorp de Los Angeles à travers sa filiale Infrastructure Risk management (IRM) pour investir 9 millions de dollars dans le film. Le contrat aurait dû être signé le 15 décembre. Il restait encore 2,5 millions d’euros à trouver pour boucler le volet financier.

Le frère de Jean-Claude Van Damne

De son côté, la société belge Banana Films de Jean-Luc Van Damne (frère de Jean-Claude), qui coproduit le film avec Delux, disait avoir bouclé un financement de 4,5 millions d’euros avec BNP Paribas Fortis Film Fund avec travers les tax-shelters belges. Mais cette société serait également confrontée à des difficultés, selon les informations de l’Alta.

La question est maintenant de savoir si la faillite de Delux et ses répercussions sans doute dramatiques sur l’industrie luxembourgeoise du film et ses emplois sont inéluctables. Des techniciens espèrent que la classe politique montrera cette fois un peu plus de sensibilité qu’elle n’en a eu en 2007 pour Carousel Pictures Company, dont la liquidation controversée est toujours en cours.

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