Mar 06 2013

Emancipation

Published by at 18:09 under Discovery Zone

SOURCE: http://www.wort.lu

Emancipation – Gaston Carre

Le cinéma est le miroir de nos hantises et de nos aspirations, de nos préoccupations et inclinations. Plus que cela, le grand écran est un réflecteur des grandes mutations sociétales, un révélateur même dans la mesure où il exprime ces mutations avant qu’elles n’aient accédé, dans toute leur étendue, à la conscience de la collectivité. «Discovery Zone», le festival de cinéma de la ville de Luxembourg, convie ces jours-ci à sa troisième édition. Que révèlent les films à son affiche?

Ils révèlent notre attention à la marche du monde, en Iran ou en Afghanistan, notre sensibilité au sort des femmes de Kaboul ou aux égarements des adolescents serbes de l’après-guerre. Le festival «Discovery» pourrait faire sienne cette formule de Padre Belmiro prononcée lors d’une récente interview: «Ma langue est la fraternité et mon pays c’est le monde».

Mais ils révèlent aussi, ces films, des mutations souterraines en nos propres latitudes, en ces zones obscures de l’esprit collectif où s’accomplissent les transformations de nos moeurs, où se délitent des interdits et adviennent leur transgression. «Discovery» 2013, ainsi, propose en sélection officielle un film interdit aux moins de 18 ans, repoussant d’un cran les limites de ce que l’on pouvait jusqu’alors montrer et supporter dans le cadre d’une célébration institutionnelle du cinéma.

Le Luxembourg évolue. Vite, très vite même ces temps-ci – les évolutions d’importance se produisent par saccades plutôt qu’en flux continus. La projection officiellement validée d’un film contenant des scènes pornographiques n’est que cinéma, certes, mais intervient à un moment très particulier de notre histoire où le Luxembourg semble consentir à maintes émancipations par ailleurs.

Une évolution est en cours dans notre rapport à l’homosexualité, à la question du mariage d’individus de même sexe, de l’adoption d’enfants par ceux-ci. Evolution? Non: c’est une rupture qui est à l’oeuvre ici, creusant une faille où s’effritent nos convictions quant à ce que sont un homme, une femme, un couple, un enfant et la nature de l’acte dont celui-ci procède.

Des avancées ont été réalisées dans la problématique de la fin de vie «médicalement assistée». Des avancées qui de même induisent une douloureuse mise à l’épreuve de nos convictions quant à ce que sont la vie, la mort, la limite par-delà laquelle la vie n’est plus vivable et la mort une issue qui de notre propre main peut être provoquée.

Ces mutations, dira-t-on, sont à l’oeuvre partout, et nous sommes souvent en retard sur ce qui se pratique ailleurs dans le champ des émancipations radicales. En est-on si sûr? Et si le Luxembourg, au contraire, était plus rapide, plus audacieux que d’autres en certains domaines, comme l’instauration des «Fixer- stuff», que même la France hésite à adopter au vu de la concession morale que représente le fait de donner au toxicomane la seringue par quoi il s’administre ce qui le détruit?

Le Luxembourg va vite. Mais sommes-nous sûrs de vouloir courir ainsi, et d’adhérer pleinement, en toute conscience, aux mutations et aux ruptures qui se déploient sous nos yeux? N’y a-t-il pas risque que ce pays un jour soit effrayé par sa propre audace?

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Emancipation – Gaston Carre

Le cinéma est le miroir de nos hantises et de nos aspirations, de nos préoccupations et inclinations. Plus que cela, le grand écran est un réflecteur des grandes mutations sociétales, un révélateur même dans la mesure où il exprime ces mutations avant qu’elles n’aient accédé, dans toute leur étendue, à la conscience de la collectivité. «Discovery Zone», le festival de cinéma de la ville de Luxembourg, convie ces jours-ci à sa troisième édition. Que révèlent les films à son affiche?

Ils révèlent notre attention à la marche du monde, en Iran ou en Afghanistan, notre sensibilité au sort des femmes de Kaboul ou aux égarements des adolescents serbes de l’après-guerre. Le festival «Discovery» pourrait faire sienne cette formule de Padre Belmiro prononcée lors d’une récente interview: «Ma langue est la fraternité et mon pays c’est le monde».

Mais ils révèlent aussi, ces films, des mutations souterraines en nos propres latitudes, en ces zones obscures de l’esprit collectif où s’accomplissent les transformations de nos moeurs, où se délitent des interdits et adviennent leur transgression. «Discovery» 2013, ainsi, propose en sélection officielle un film interdit aux moins de 18 ans, repoussant d’un cran les limites de ce que l’on pouvait jusqu’alors montrer et supporter dans le cadre d’une célébration institutionnelle du cinéma.

Le Luxembourg évolue. Vite, très vite même ces temps-ci – les évolutions d’importance se produisent par saccades plutôt qu’en flux continus. La projection officiellement validée d’un film contenant des scènes pornographiques n’est que cinéma, certes, mais intervient à un moment très particulier de notre histoire où le Luxembourg semble consentir à maintes émancipations par ailleurs.

Une évolution est en cours dans notre rapport à l’homosexualité, à la question du mariage d’individus de même sexe, de l’adoption d’enfants par ceux-ci. Evolution? Non: c’est une rupture qui est à l’oeuvre ici, creusant une faille où s’effritent nos convictions quant à ce que sont un homme, une femme, un couple, un enfant et la nature de l’acte dont celui-ci procède.

Des avancées ont été réalisées dans la problématique de la fin de vie «médicalement assistée». Des avancées qui de même induisent une douloureuse mise à l’épreuve de nos convictions quant à ce que sont la vie, la mort, la limite par-delà laquelle la vie n’est plus vivable et la mort une issue qui de notre propre main peut être provoquée.

Ces mutations, dira-t-on, sont à l’oeuvre partout, et nous sommes souvent en retard sur ce qui se pratique ailleurs dans le champ des émancipations radicales. En est-on si sûr? Et si le Luxembourg, au contraire, était plus rapide, plus audacieux que d’autres en certains domaines, comme l’instauration des «Fixer- stuff», que même la France hésite à adopter au vu de la concession morale que représente le fait de donner au toxicomane la seringue par quoi il s’administre ce qui le détruit?

Le Luxembourg va vite. Mais sommes-nous sûrs de vouloir courir ainsi, et d’adhérer pleinement, en toute conscience, aux mutations et aux ruptures qui se déploient sous nos yeux? N’y a-t-il pas risque que ce pays un jour soit effrayé par sa propre audace?

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