Jul 29 2007
Etre et vivre avec

Professionnels et amateurs se côtoient sur ce film d’une dizaine de minutes, qui devrait sortir début septembre sur les écrans.
l’Article dans le “comment”

Professionnels et amateurs se côtoient sur ce film d’une dizaine de minutes, qui devrait sortir début septembre sur les écrans.
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source:
LE QUOTIDIEN
Grégory Cimatti
L’école de l’exclusion
Professionnels et amateurs se côtoient sur ce film d’une dizaine de minutes, qui devrait sortir
début septembre sur les écrans.
L’heure est aux vacances. Le lycée de Grevenmacher, sous un ciel noir et pesant, sonne creux. Quelques personnes hantent toutefois les lieux, du personnel administratif et technique oeuvrant pour la nouvelle saison. Bizarrement, à l’étage, une salle de classe reste éclairée. La 201. Derrière une porte ébréchée, portant les stigmates du temps, des lycéens, studieux, semblent combler le retard devant une carte de géographie. Les cahiers sont ouverts, et malgré la touffeur de la pièce, tout le monde est à l’écoute.
Séances de rattrapage? Accros des études? Seules les caméras et l’activité de ce petit monde, en mouvement permanent, trahissent la véritable raison de ces devoirs estivaux. Oui, on se trouve bien sur un tournage, celui du court métrage Être et vivre avec de Henri-Pierre Plais. Le coup de gueule de l’acteur Nilton Martins, réclamant un silence de cathédrale à un couloir animé, et le «clap» lançant la séquence, confirme l’impression. Action…
Durant cinq jours, partagé entre ici et Remich, c’est la jeunesse qui s’exprime par le biais de la caméra. Un majorité d’amateurs, et quelques professionnels du milieu, ou plutôt en passe de le devenir – on y trouve notamment Sacha Bachim, auteur de Who’s Quentin l’année dernière – parlent d’exclusion. De cette cour d’école, apparemment insouciante, mais où se trame de véritables drames humains. Gavée par la télévision, régie par de nombreux codes, des fringues à la manière de se comporter, l’adolescence est sans pitié pour ceux qui sortent des normes, bien malgré eux.
Henri-Pierre Plais, comédien réalisateur de son état, en a lui-même subit les affres. «J’ai longtemps été victime de mon physique». Plutôt maigre, il partage sa souffrance avec Nilton Martins, de son côté plus bouffi. Tous deux jouent leur propre rôle, sous les pseudonymes d’Éric et Arnaud, mal dans leur peau, comme tous les jeunes de leur âge, et victimes d’harcélement par Nicolas, forcément beau et grand. «Habituellement, on s’attache à l’évolution d’un seul personnage, précise le garçon. Là, les deux évoluent en parallèle, avant de se rapprocher».
Voilà pour la trame de ce petit film d’une dizaine de minutes. Derrière cette réflexion, en arrière plan, il y a les drames de Colombine ou de Virginie, sanglants massacres, inexplicables et inexpliqués. Là, on s’attache au déclencheur, à cette méchanceté souvent innocente qui conduit certains jeunes à péter les plombs, pour une vengeance envers les autres ou lui-même. «C’est la vie des lycéens au lycée», commente sobrement Henri-Pierre Plais, dans un haussement d’épaules.
Mais le Luxembourg, réputé si tranquille, peut-il être un jour, à son tour, victime d’un carnage? «Pourquoi pas, intervient Nilton Martins. La violence est partout, et personne n’est à l’abri d’un acte démesuré. Mais le Grand Duché n’est pas notre cible. On symbolise plutôt un lycée situé quelque part en Europe, jusqu’alors à l’abri de ces faits divers».
Arnaud et Éric, dans leur descente aux enfers, franchiront-ils le pas pour un bain de sang? La question reste en suspens. En tout cas, ce court métrage, totalement pédagogique, a le mérite de s’attacher à un problème contemporain, dans un monde d’apparences et d’images, ou les plus malheureux ne sont pas forcément ce que l’on croit.
Adolf Elassal, le producteur, lui, est aux anges. Durant ces cinq jours, la joyeuse troupe s’est merveilleusement bien faite au tournage. Un vraie camaraderie s’est même installée au sein du groupe, au point de prendre le sujet de l’exclusion à contre pied. C’est peut-être ce qui la conduit, avec le réalisateur, a atténuer la chute. «Pour finir, on a tablé sur quelque chose de plus souple, moins brut».
Pour le reste, il faudra attendre la sortie en salle prévu début septembre, peu de temps avant le fameux festival international du film au pays, le «DirActor’s Cut», consacrant les acteurs qui deviennent réalisateurs, aussi jeunes soient-ils… Henri-Pierre Plais, passé à l’occasion derrière l’objectif, en rêve déjà. «Ça serait une première… pour une première au pays», sourit-il. Si c’est le cas, il faudra faire une croix sur Berlin, qui favorise l’exclusivité mondial. Heureusement, il y a encore Cannes.
De toute façon, on risque malgré tout d’entendre parler d’eux les prochains mois. Adolf Elassal promet en effet de réaliser son premier film à Luxembourg en 2008, et avec la même équipe de tournage, tandis que le jeune parisien compte déjà transformer son court en long métrage, «histoire de l’étoffer». Une bonne idée pour un sujet qui ne risque pas de se tarir de sitôt.
Note d’intention :
Eric et Arnaud sont deux lycéens handicapés par leur différence. Le premier et presque anorexique, le second, presque obèse. Ils ne se connaissent pas mais leurs souffrances sont mises en parallèle toute au long de l’histoire. Les deux garçons, sont rejetés de la même manière par une société qui met au premier plan l’apparence. Chacun aimerait se faire accepter mais le rejet, les moqueries, la mechanceté, la violence des autres deviennent peu à peu insuportables (…)