Feb 03 2009

Fenêtre sur «court»

Published by at 22:10 under Misc. Luxembourg,Screening Room

source: http://lequotidien.editpress.lu/news/129/ARTICLE/2197/2009-02-03.html

Du journaliste Pablo Chimienti

Vendredi, tandis qu’à Clermont-Ferrand s’ouvrait la 31 e édition du festival international du Court Métrage , avec le film Chungking Dream de Jean-Louis Schuller représentant le Grand-Duché, les producteurs Lucil Film et Paul-Thiltges Distributions, présentaient au CineBelval, leurs nouveaux courts : X on a Map de Jeff Desom et Dawning de Ben Andrews. L’occasion pour se replonger dans ce milieu du court métrage luxembourgeois. 

Pas facile, vendredi dernier, d’accéder à la grande salle du CineBelval. Ses 541 places assises étaient d’ailleurs les bienvenues pour accueillir tout ce beau monde venu assister à l’avant-première de Dawning et de X on a Map, les derniers courts métrages issus, respectivement, des maisons de production Paul-Thiltges Distributions et Lucil Film.
Deux films au rendu final très différent, mais qui cachent derrière la pellicule un bon nombre de points communs: ils sont tous les deux luxembourgeois, ils ont tous les deux reçu des aides financières du Fonds national de soutien de la production audiovisuelle, il s’agit de deux premiers films, ils sont tous les deux en anglais, ils ont été tournés à une semaine d’intervalle et, en grande partie, avec la même équipe. Assez de raisons pour que les producteurs décident de les présenter ensemble en avant-première. «C’est aussi une manière d’avoir deux fois plus de public», rigole Jeff Desom, le réalisateur de X on a Map.
X on a Map était très attendu. Le film est une antiutopie joliment rétro. Dans un pays indéterminé, mais où, visiblement, les libertés individuelles sont réduites au minimum, un jeune cartographe rêve d’Amérique. Il est dessinateur de cartes géographiques. Un jour, dans l’ascenseur de son entreprise, il rencontre une fille qui, elle, plie ces mêmes cartes. Rapidement, ils se donnent des rendez-vous secrets et, l’amour naissant, partagent leurs rêves. Pendant ces rendez-vous intimes, ils regardent un vieux film sur l’histoire de Christophe Colomb. Une mise en abyme réjouissante et folklorique – avec Jean-François Wolff en Colomb – tournée, volontairement avec des bouts de ficelles, à l’instar d’un Michel Gondry.
Basé sur une histoire de l’Autrichien Arthur Schnitzler, le film X on a Map, initialement prévu en luxembourgeois, a finalement été tourné en anglais. «On voulait le tourner en luxembourgeois, parce qu’on trouvait assez drôle cette idée de jouer avec le mot “Amérique”, explique le producteur, Bernard Michaux. Malheureusement, nous n’avons pas trouvé de comédien pour jouer le rôle principal.» Ainsi, si Vicky Krieps, qui interprète le personnage féminin, est bien luxembourgeoise, la production a finalement dû regarder vers l’étranger pour trouver son héros. Le choix s’est porté sur l’Écossais Sean Biggerstaff, dont Jeff Desom aime rappeler qu’«il a déjà joué dans des films comme Harry Potter ou Cashback ».
Et si ce petit bijou visuel n’est pas tout à fait le premier film de Jeff Desom – qui a déjà remporté le Lëtzebuerger Filmpräis du court métrage en 2007 avec son The Plot Spoiler – il reste tout de même «(son) premier depuis ma sortie de l’école de cinéma», explique le réalisateur. Une œuvre qui fait preuve, déjà, d’une grande maturité que ce soit dans le scénario, dans la direction d’acteurs ou encore dans la photographie.

Films luxembourgeois, mais en anglais

Le parti pris photographique est également à relever dans le court métrage de Ben Andrews, Dawning. Tourné en grande partie dans une boîte de nuit, le grain et cette couleur rouge omniprésente emmènent le spectateur, dès le premier coup d’œil, dans le monde de la nuit. Un monde dans lequel se perd Mark. «C’est l’histoire d’un mec qui va à une soirée avec sa copine et quelques potes. Il fait la fête mais, le lendemain, il se réveille et a oublié tout ce qui s’est passé. L’histoire du film, c’est justement la reconstruction de la soirée par le personnage, comme des morceaux d’un puzzle. Et tout ça aura, évidemment, des conséquences intéressantes», annonce le réalisateur. Le résultat donne un film plus classique et moderne que le précédent et pas totalement dépourvu de maladresses. «Il y a des moments, comme la scène dans la cuisine, où on n’est pas à 100%, reconnaît Jules Werner, qui joue le rôle de Mark. Mais ce ne sont que des détails». «Dans l’ensemble, le film est très réussi», poursuit le comédien. Les réactions des invités de l’avant-première lui donnent d’ailleurs raison.
Le réalisateur se permet même de diriger le spectateur vers de fausses pistes avant de le remettre, avec l’intelligence du montage, dans le droit chemin. Un choix risqué, mais payant!
Le fait que ces deux films soient en langue anglaise, sans choquer, ne passe pas non plus inaperçu. Jules Werner, aussi à l’aise avec la langue de Shakespeare, qu’avec celle de Molière ou de Dicks, tente une explication : «Je pense que c’est dû à toute une nouvelle génération de réalisateurs et de comédiens qui viennent d’écoles de ciné anglaises. Il y a quelques années, la plupart des professionnels du secteur venaient plutôt de l’INSAS ou l’IAD en Belgique et préféraient travailler en français». « Dawning aurait pu être tourné en luxembourgeois, mais comme Ben est anglais, il a écrit son film en anglais», ajoute simplement le comédien.


Une nouvelle vague du cinéma luxembourgeois

Anglais ou pas, Guy Daleiden, le directeur du FONSPA, se dit heureux. «Sans vouloir les comparer, parce que les deux films sont bien différents, je trouve qu’il s’agit de deux films très originaux et nouveauxDawning se joue dans un milieu peu connu au Luxembourg, celui des anglophones du Grand-Duché. Ça se ressent d’ailleurs dans la technique et dans le genre de production, avec une façon de travailler très originale avec beaucoup de mouvements et cette lumière vraiment très présente. Dans X on a Map, il y a un superbe mélange d’univers extraordinaires et aussi une façon de filmer très particulière. C’est vraiment quelque chose de différent par rapport au cinéma classique luxembourgeois
Pour Guy Daleiden, c’est la modification en 2007 de loi sur la production audiovisuelle qui porte ses fruits. Selon lui, non seulement elle permet au Grand-Duché d’attirer ainsi de plus en plus de coproductions internationales mais, en plus, ça permet de former des techniciens de talent et de développer des productions autochtones de qualité.
Reste un dernier problème, celui de la communication avec le public. Plus de 400 personnes ont découvert Dawning et X on a Map vendredi, mais il est désormais impossible pour le grand public de découvrir les deux films.
«C’est vrai, pour les courts métrages, il y a un vrai problème d’exploitation», reconnait Guy Daleiden. Les deux films devraient, pour l’heure, suivre le parcours habituel des festivals internationaux de courts métrages. «Après, si on trouve un long métrage, pas trop long, avec une histoire qui collerait bien avec celle de X on a Map, alors on aimerait bien le montrer dans les salles de cinéma luxembourgeoises, reprend Bernard Michaux. Mais pas avant 2010
Autre possibilité étudiée par le FONSPA, l’édition, comme en 2007, d’un DVD réunissant des courts luxembourgeois. Rien, par contre, ne penche pour le moment vers la mise en place d’un festival du court métrage au Luxembourg, même si le directeur du FONSPA se dit prêt «à aider des projets de la sorte».
À noter simplement que, dans le cadre de son cycle «Films made in Luxembourg», le CNA présente le samedi 14 février sur RTL, quatre courts métrages récents : Mona de Marc Barnig, No Star de Christian Neuman, Josh de Govinda Van Maele et Derrière la tête de Sebastian Tasch.
En attendant plus, c’est déjà ça de pris!

Comments

comments

source: http://lequotidien.editpress.lu/news/129/ARTICLE/2197/2009-02-03.html

Du journaliste Pablo Chimienti

Vendredi, tandis qu’à Clermont-Ferrand s’ouvrait la 31 e édition du festival international du Court Métrage , avec le film Chungking Dream de Jean-Louis Schuller représentant le Grand-Duché, les producteurs Lucil Film et Paul-Thiltges Distributions, présentaient au CineBelval, leurs nouveaux courts : X on a Map de Jeff Desom et Dawning de Ben Andrews. L’occasion pour se replonger dans ce milieu du court métrage luxembourgeois. 

Pas facile, vendredi dernier, d’accéder à la grande salle du CineBelval. Ses 541 places assises étaient d’ailleurs les bienvenues pour accueillir tout ce beau monde venu assister à l’avant-première de Dawning et de X on a Map, les derniers courts métrages issus, respectivement, des maisons de production Paul-Thiltges Distributions et Lucil Film.
Deux films au rendu final très différent, mais qui cachent derrière la pellicule un bon nombre de points communs: ils sont tous les deux luxembourgeois, ils ont tous les deux reçu des aides financières du Fonds national de soutien de la production audiovisuelle, il s’agit de deux premiers films, ils sont tous les deux en anglais, ils ont été tournés à une semaine d’intervalle et, en grande partie, avec la même équipe. Assez de raisons pour que les producteurs décident de les présenter ensemble en avant-première. «C’est aussi une manière d’avoir deux fois plus de public», rigole Jeff Desom, le réalisateur de X on a Map.
X on a Map était très attendu. Le film est une antiutopie joliment rétro. Dans un pays indéterminé, mais où, visiblement, les libertés individuelles sont réduites au minimum, un jeune cartographe rêve d’Amérique. Il est dessinateur de cartes géographiques. Un jour, dans l’ascenseur de son entreprise, il rencontre une fille qui, elle, plie ces mêmes cartes. Rapidement, ils se donnent des rendez-vous secrets et, l’amour naissant, partagent leurs rêves. Pendant ces rendez-vous intimes, ils regardent un vieux film sur l’histoire de Christophe Colomb. Une mise en abyme réjouissante et folklorique – avec Jean-François Wolff en Colomb – tournée, volontairement avec des bouts de ficelles, à l’instar d’un Michel Gondry.
Basé sur une histoire de l’Autrichien Arthur Schnitzler, le film X on a Map, initialement prévu en luxembourgeois, a finalement été tourné en anglais. «On voulait le tourner en luxembourgeois, parce qu’on trouvait assez drôle cette idée de jouer avec le mot “Amérique”, explique le producteur, Bernard Michaux. Malheureusement, nous n’avons pas trouvé de comédien pour jouer le rôle principal.» Ainsi, si Vicky Krieps, qui interprète le personnage féminin, est bien luxembourgeoise, la production a finalement dû regarder vers l’étranger pour trouver son héros. Le choix s’est porté sur l’Écossais Sean Biggerstaff, dont Jeff Desom aime rappeler qu’«il a déjà joué dans des films comme Harry Potter ou Cashback ».
Et si ce petit bijou visuel n’est pas tout à fait le premier film de Jeff Desom – qui a déjà remporté le Lëtzebuerger Filmpräis du court métrage en 2007 avec son The Plot Spoiler – il reste tout de même «(son) premier depuis ma sortie de l’école de cinéma», explique le réalisateur. Une œuvre qui fait preuve, déjà, d’une grande maturité que ce soit dans le scénario, dans la direction d’acteurs ou encore dans la photographie.

Films luxembourgeois, mais en anglais

Le parti pris photographique est également à relever dans le court métrage de Ben Andrews, Dawning. Tourné en grande partie dans une boîte de nuit, le grain et cette couleur rouge omniprésente emmènent le spectateur, dès le premier coup d’œil, dans le monde de la nuit. Un monde dans lequel se perd Mark. «C’est l’histoire d’un mec qui va à une soirée avec sa copine et quelques potes. Il fait la fête mais, le lendemain, il se réveille et a oublié tout ce qui s’est passé. L’histoire du film, c’est justement la reconstruction de la soirée par le personnage, comme des morceaux d’un puzzle. Et tout ça aura, évidemment, des conséquences intéressantes», annonce le réalisateur. Le résultat donne un film plus classique et moderne que le précédent et pas totalement dépourvu de maladresses. «Il y a des moments, comme la scène dans la cuisine, où on n’est pas à 100%, reconnaît Jules Werner, qui joue le rôle de Mark. Mais ce ne sont que des détails». «Dans l’ensemble, le film est très réussi», poursuit le comédien. Les réactions des invités de l’avant-première lui donnent d’ailleurs raison.
Le réalisateur se permet même de diriger le spectateur vers de fausses pistes avant de le remettre, avec l’intelligence du montage, dans le droit chemin. Un choix risqué, mais payant!
Le fait que ces deux films soient en langue anglaise, sans choquer, ne passe pas non plus inaperçu. Jules Werner, aussi à l’aise avec la langue de Shakespeare, qu’avec celle de Molière ou de Dicks, tente une explication : «Je pense que c’est dû à toute une nouvelle génération de réalisateurs et de comédiens qui viennent d’écoles de ciné anglaises. Il y a quelques années, la plupart des professionnels du secteur venaient plutôt de l’INSAS ou l’IAD en Belgique et préféraient travailler en français». « Dawning aurait pu être tourné en luxembourgeois, mais comme Ben est anglais, il a écrit son film en anglais», ajoute simplement le comédien.


Une nouvelle vague du cinéma luxembourgeois

Anglais ou pas, Guy Daleiden, le directeur du FONSPA, se dit heureux. «Sans vouloir les comparer, parce que les deux films sont bien différents, je trouve qu’il s’agit de deux films très originaux et nouveauxDawning se joue dans un milieu peu connu au Luxembourg, celui des anglophones du Grand-Duché. Ça se ressent d’ailleurs dans la technique et dans le genre de production, avec une façon de travailler très originale avec beaucoup de mouvements et cette lumière vraiment très présente. Dans X on a Map, il y a un superbe mélange d’univers extraordinaires et aussi une façon de filmer très particulière. C’est vraiment quelque chose de différent par rapport au cinéma classique luxembourgeois
Pour Guy Daleiden, c’est la modification en 2007 de loi sur la production audiovisuelle qui porte ses fruits. Selon lui, non seulement elle permet au Grand-Duché d’attirer ainsi de plus en plus de coproductions internationales mais, en plus, ça permet de former des techniciens de talent et de développer des productions autochtones de qualité.
Reste un dernier problème, celui de la communication avec le public. Plus de 400 personnes ont découvert Dawning et X on a Map vendredi, mais il est désormais impossible pour le grand public de découvrir les deux films.
«C’est vrai, pour les courts métrages, il y a un vrai problème d’exploitation», reconnait Guy Daleiden. Les deux films devraient, pour l’heure, suivre le parcours habituel des festivals internationaux de courts métrages. «Après, si on trouve un long métrage, pas trop long, avec une histoire qui collerait bien avec celle de X on a Map, alors on aimerait bien le montrer dans les salles de cinéma luxembourgeoises, reprend Bernard Michaux. Mais pas avant 2010
Autre possibilité étudiée par le FONSPA, l’édition, comme en 2007, d’un DVD réunissant des courts luxembourgeois. Rien, par contre, ne penche pour le moment vers la mise en place d’un festival du court métrage au Luxembourg, même si le directeur du FONSPA se dit prêt «à aider des projets de la sorte».
À noter simplement que, dans le cadre de son cycle «Films made in Luxembourg», le CNA présente le samedi 14 février sur RTL, quatre courts métrages récents : Mona de Marc Barnig, No Star de Christian Neuman, Josh de Govinda Van Maele et Derrière la tête de Sebastian Tasch.
En attendant plus, c’est déjà ça de pris!

Comments

comments

No responses yet

Trackback URI | Comments RSS

Leave a Reply