Jan 22 2009

L’anti-héros

Published by at 01:38 under Misc. Luxembourg

An der WOXX fënnt den Luc Caregari Wieder zum Doud vum Thierry van Werveke:

Avec Thierry van Werveke disparaît un des seuls acteurs luxembourgeois capables de se faire connaître à l’étranger – en même temps apparaissent des mécanismes sociétaux plutôt moches.

 

En examinant les faits tels qu’ils sont, on a du mal à le croire : comment un underdog comme van Werveke, qui le temps de sa vie ne s’est apparemment pas beaucoup différencié de son rôle-phare de Johny Chicago dans le désormais légendaire « Troublemaker » d’Andy 
Bausch. Comment un punk, junkie et alcoolique de surcroît, en est-il arrivé à émouvoir tout un pays ? Comment expliquer qu’on lui rende hommage dans des journaux aussi conservateurs que le Wort, alors que d’habitude ces colonnes sont réservées aux personnes vertueuses et pieuses ?

Pour le dire d’emblée : on peut être sûr que Thierry de là-haut est toujours en train de pisser à la raie du cul des bénis-oui-oui qu’il détestait tant qu’il était encore en vie. Si on en est arrivé là, c’est qu’il doit y avoir un intérêt de la classe politique à s’approprier l’image d’un outlaw comme Thierry van Werveke savait les incarner, tant il excellait dans l’art de se donner lui-même. Cet intérêt est, somme toute, vite trouvé : il s’agit de fric et d’influence, deux des ingrédients qui font que le monde tourne, mais pas rond.

Récapitulons : avec « Troublemaker », van Werveke et Bausch ont donné naissance au film « typiquement luxembourgeois », un peu malhabile avec des faiblesses de scénario mais bon enfant et surtout très proche du peuple. A l’époque, on ne donnait pas grand-chose de ces premiers balbutiements d’un cinéma bien de chez nous, mais entretemps, les choses ont changé : l’industrie du film est même attirée exprès par un tax shelter et on fait tout ce qu’on peut pour promouvoir les « Films made in Luxembourg » – même si on a tendance à oublier les intérimaires et techniciens, mais bon, passons ?

Cette nouvelle tendance à (s’) investir dans la production audiovisuelle est surtout motivée par le souci de diversification de l’économie nationale et c’est en partie du moins une très bonne idée. Juste que pour y arriver, on avait besoin d’un cheval de bataille, d’une figure de proue qu’on pouvait montrer à l’étranger. Ce fût la naissance du « Thierry national », le gentleman baroudeur. Avec « Inthierryview », le dernier film de 
Bausch consacré à Thierry van Werveke, l’acteur lui-même a été pris de court par son succès et il a même légèrement pété les plombs quand les gens se sont mis à le reconnaître dans la rue. Lui, l’ex-clodo qui ne donnait d’habitude que ses autographes pour signer ses dépositions dans les commissariats de police, propulsé dans le monde du showbiz. Que ce monde pouvait dévorer et se servir d’une personnalité pour arriver à ses fins, ne lui est sûrement qu’apparu sur le tard. Et peut-être même qu’il s’en tapait, car tant qu’il était encore en vie, il pouvait toujours se défendre des appropriations.

Après sa disparition, les choses sont plus compliquées et on peut s’imaginer qu’en ce moment des milliers d’aiguilles sont en train de tisser une belle légende pour Thierry van Werveke. Une légende bien méritée en somme, car on oublie trop souvent qu’à part d’être un « original », il était un acteur et chanteur de grand talent, pourvu d’une authenticité à couper le souffle. Mais tout cela disparaîtra derrière la légende. Ce qui n’est pas mal non plus après tout. Juste que le paradoxe reste : que des gens qui n’avaient rien à voir avec lui se dorent sous son soleil et que finalement, le troublemaker a perdu son match contre la société qui aura bientôt fini de le digérer tout entier.

 

 

Comments

comments

An der WOXX fënnt den Luc Caregari Wieder zum Doud vum Thierry van Werveke:

Avec Thierry van Werveke disparaît un des seuls acteurs luxembourgeois capables de se faire connaître à l’étranger – en même temps apparaissent des mécanismes sociétaux plutôt moches.

 

En examinant les faits tels qu’ils sont, on a du mal à le croire : comment un underdog comme van Werveke, qui le temps de sa vie ne s’est apparemment pas beaucoup différencié de son rôle-phare de Johny Chicago dans le désormais légendaire « Troublemaker » d’Andy 
Bausch. Comment un punk, junkie et alcoolique de surcroît, en est-il arrivé à émouvoir tout un pays ? Comment expliquer qu’on lui rende hommage dans des journaux aussi conservateurs que le Wort, alors que d’habitude ces colonnes sont réservées aux personnes vertueuses et pieuses ?

Pour le dire d’emblée : on peut être sûr que Thierry de là-haut est toujours en train de pisser à la raie du cul des bénis-oui-oui qu’il détestait tant qu’il était encore en vie. Si on en est arrivé là, c’est qu’il doit y avoir un intérêt de la classe politique à s’approprier l’image d’un outlaw comme Thierry van Werveke savait les incarner, tant il excellait dans l’art de se donner lui-même. Cet intérêt est, somme toute, vite trouvé : il s’agit de fric et d’influence, deux des ingrédients qui font que le monde tourne, mais pas rond.

Récapitulons : avec « Troublemaker », van Werveke et Bausch ont donné naissance au film « typiquement luxembourgeois », un peu malhabile avec des faiblesses de scénario mais bon enfant et surtout très proche du peuple. A l’époque, on ne donnait pas grand-chose de ces premiers balbutiements d’un cinéma bien de chez nous, mais entretemps, les choses ont changé : l’industrie du film est même attirée exprès par un tax shelter et on fait tout ce qu’on peut pour promouvoir les « Films made in Luxembourg » – même si on a tendance à oublier les intérimaires et techniciens, mais bon, passons ?

Cette nouvelle tendance à (s’) investir dans la production audiovisuelle est surtout motivée par le souci de diversification de l’économie nationale et c’est en partie du moins une très bonne idée. Juste que pour y arriver, on avait besoin d’un cheval de bataille, d’une figure de proue qu’on pouvait montrer à l’étranger. Ce fût la naissance du « Thierry national », le gentleman baroudeur. Avec « Inthierryview », le dernier film de 
Bausch consacré à Thierry van Werveke, l’acteur lui-même a été pris de court par son succès et il a même légèrement pété les plombs quand les gens se sont mis à le reconnaître dans la rue. Lui, l’ex-clodo qui ne donnait d’habitude que ses autographes pour signer ses dépositions dans les commissariats de police, propulsé dans le monde du showbiz. Que ce monde pouvait dévorer et se servir d’une personnalité pour arriver à ses fins, ne lui est sûrement qu’apparu sur le tard. Et peut-être même qu’il s’en tapait, car tant qu’il était encore en vie, il pouvait toujours se défendre des appropriations.

Après sa disparition, les choses sont plus compliquées et on peut s’imaginer qu’en ce moment des milliers d’aiguilles sont en train de tisser une belle légende pour Thierry van Werveke. Une légende bien méritée en somme, car on oublie trop souvent qu’à part d’être un « original », il était un acteur et chanteur de grand talent, pourvu d’une authenticité à couper le souffle. Mais tout cela disparaîtra derrière la légende. Ce qui n’est pas mal non plus après tout. Juste que le paradoxe reste : que des gens qui n’avaient rien à voir avec lui se dorent sous son soleil et que finalement, le troublemaker a perdu son match contre la société qui aura bientôt fini de le digérer tout entier.

 

 

Comments

comments

One response so far

One Response to “L’anti-héros”

  1. adminon 03 Feb 2009 at 19:25

    source: TELECRAN

    Äddi, Thierry!

    Thierry van Werveke ist tot. Der populäre Luxemburger Schauspieler starb nach langer Krankheit in der Nacht zum 12. Januar 2009 im Alter von 50 Jahren.

    von Télécran Chefredakteur Claude François

    Sein Freund Andy Bausch hat ihm Ende 2008 eine filmische Hommage gewidmet: Der Dokumentarfilm „inThierryView“ hat, wie alle Luxemburger Filmproduktionen mit „Thierry national“, sein Publikum gefunden und läuft in der aktuellen Programmwoche in den Kinos Utopia (Limpertsberg), Starlight (Düdelingen) und Kinosch (Esch/Alzette).

    Thierry van Wervekes Karriere ist sehr eng mit dem Filmschaffen von Andy Bausch verwoben. Beide lernten sich Anfang der 80-er Jahre kennen, als Bausch, der Filmfreak aus Düdelingen, davon träumte, Profi zu werden. Mit van Werveke drehte er zunächst ein paar abstruse Kurzfilme wie „Stefan“ oder „Lupowitz“ (1982), bis Bausch die Mittel fand, um Langspielfilme zu drehen. Mit „Troublemaker“ landeten Bausch, van Werveke und sein Leinwandkumpel Änder Frings 1988 einen großen Coup – die handgemachte Gangsterkomödie mit ebenso vielen Witzen wie Ungreimtheiten ist (nicht nur in Luxemburg) zu einem Kultfilm geworden – beim Festival in La Clusaz brachte die Rolle des kumpelhaften Losers „Johnny Chicago“ van Werveke sogar den Darstellerpreis ein!

    Thierry van Werveke entschied sich, aus der Schauspielerei einen Beruf zu machen. Es war van Wervekes Rettung vor dem möglichen Abgleiten in eine noch stärkere Drogen- und Alkoholabhängigkeit: die Sucht gehört ebenso zu van Wervekes Biografie wie sein künstlerisches Talent und sein Charisma.

    Bauschs Filme wurden immer professioneller, und immer wieder kreuzten sich die Wege der beiden, sei es bei deutschen TV-Produktionen wie „Ex und hopp“ (1990) oder bei Luxemburger Spielfilmen wie „Three Shake-A-Leg-Steps to Heaven“ (1993). Mit der Zeit konnte van Werveke sich in Deutschland einen Namen machen – in den Neunzigern erlangte er in TV- und Filmkreisen ein solides Renommee, das ihm zahlreiche Engegements einbrachte. 1997 landete der sympathische Charakterkopf mit „Knockin’ on Heaven’s Door“ an der Seite von Til Schweiger, Moritz Bleibtreu und Jan-Josef Liefers einen Millionenhit, der seinen Ruhm festigte. Van Werveke wurde für zahlreiche Film- und TV-Produktionen verpflichtet, seine Karriere war auf dem Höhepunkt.

    In Luxemburg war Thierry van Werveke längst ein Star, oder eher noch ein Promi zum Anfassen, dank seiner populären Rollen in Filmen wie „Back in Trouble“ (1998) oder „Le club des chômeurs“ (für den er 2003 mit dem Luxemburger Filmpreis ausgezeichnet wurde), aber auch aufgrund seiner extrovertierten Auftritte als Frontsänger der Rockgruppe „Nazz Nazz“. Van Werveke entdeckte die Theaterbühne und wagte sich sogar, unter der Regie von Frank Hoffmann, auf die Bretter als Shakespeares „Hamlet“ (2005).

    Nach „Deepfrozen“ (2006) wollte Thierry van Werveke 2008 wieder mit Andy Bausch zusammen arbeiten – Ende 2007 aber traf ihn die Diagnose einer schweren Krankheit. Obwohl eine Lebertransplantation erfolgreich verlief und er im April 2008 in Marl den Adolf-Grimme-Preis für die ZDF/arte-Produktion „Eine andere Liga“ in Empfang nehmen konnte, war sein Gesundheitszustand zu unstabil, um für ein größeres Projekt vor der Kamera stehen zu können.

    Er fand aber Spaß daran, sich selbst unter der Regie seines Freundes Andy ein Denkmal zu setzen: „Lassen wir uns noch schnell einen Film über mich machen, ehe ich ‚hopps’ bin“, sagte Thierry van Werveke Ende 2007. Mit entwaffnender Ehrlichkeit und seinem typischen rabenschwarzen Humor blickt van Werveke im Dokumentarfilm „inThierryView“ zurück auf seine Karriere und seine Filme, aber auch seine schwierige Kindheit und die Exzesse, die seine Jugend, die sein Leben begleitet haben. Die Doku „inThierryView“ versteht sich letztlich als eine Hommage an den Menschen und an den Künstler, und nicht zuletzt ist der Film auch eine wundervolle Liebeserklärung von Thierry an seine Frau Danielle, die für ihn sein „ein und alles“ war.

    Andy Bausch erfuhr die traurige Nachricht vom Tod seines Freundes am Morgen des 12. Januar, durch einen Anruf eines Radiojournalisten: ob er die Meldung von Thierry van Wervekes Tod bestätigen könnte? Bausch kamen die Tränen, er war „emotional geschockt“, aber trotzdem bereit, dem Journalisten seine Gefühle mitzuteilen. Es folgten viele weitere Interviews und Stellungnahmen, und für Télécran schrieb Andy Bausch folgende Zeilen auf Luxemburgisch:

    „Eisen Thierry ass net méi do! Ech sinn net wierklech iwwerrascht, well dee schnellen Abschied war virauszegesinn, mais ech si schockéiert! Wat e Verloscht! Wat e Verloscht fir Lëtzebuerg! Fir de Lëtzebuerger Film, eisen Theater. Mais vläicht hu se am Himmel jo och gudde Béier, an d´ginn der jo genuch vu senge Collegen, déi op hie waarden.

    Et brecht engem d’Häerz, wann een op Facebook oder soss Condoléance-Websäite geet: d’Leit haten den Thierry esou gär…
    Wéi soll een do nach weider Filmer maan? Den nächste Film gëtt deemno leider net mam Thierry, mais fir den Thierry, well dat wollt en absolut maan: den nächste Film.“

    Dieser nächste Film, für den Andy Bausch mit Thierry van Werveke im Februar erste Gefängnis-Szenen drehen wollte, heißt „Trouble No More“. Es wird der letzte Teil der „Troublemaker“-Trilogie werden. Nicht mit Thierry van Werveke, aber „für ihn“. Für Thierry.

Trackback URI | Comments RSS

Leave a Reply