Apr 09 2008

Le Luxembourg, eldorado du cinéma suisse

Published by at 10:49 under Misc. Luxembourg

Le Grand Duché attire les coproductions helvétiques et européennes grâce à une politique efficace. Le pays a par ailleurs développé un précieux savoir faire en matière de cinéma. Un exemple à suivre?

par PATRICIA MEUNIER dans www.largeur.com

Le Luxembourg, ses banques, ses institutions européennes, son fisc discret et… son industrie du cinéma! Le petit pays (460’000 habitants) attire un nombre impressionnant de productions étrangères et, en particulier, suisses. 

Le Luxembourg a en effet mis en place une politique active et attractive afin de développer son industrie cinématographique. L’Etat y injecte de l’argent dans les productions aussi bien locales qu’étrangères. Mais ce n’est pas tout: un système d’exonération fiscale a été mis en place pour les entreprises qui investissent dans la production audiovisuelle. 

De quoi fortement augmenter l’enveloppe budgétaire étatique: du coup, le Luxembourg finance des long-métrages de fiction pour près de 44 millions de francs par an, ce qui est énorme si l’on compare ce chiffre aux 9 millions de francs que dépense la Confédération suisse pour prendre un point de comparaison. 

Certaines conditions sont bien sûr requises pour pouvoir bénéficier de ces fonds. «Il faut notamment travailler avec des professionnels luxembourgeois et effectuer une partie du tournage sur place», résume Bénédicte Hermesse, directrice de production indépendante au Luxembourg. 

Du coup, le pays a développé ses compétences dans la branche. «On a affaire à des gens polyglottes qui font beaucoup de films et qui ont donc développé un très bon savoir-faire», confirme le producteur suisse Jean-Marie Gindraux. La variété du décor reste certes limitée, mais la ville offre une certaine similitude avec les grandes villes européennes et possède d’une importante infrastructure en matière de studios. 

Les cinéastes étrangers s’y déplacent avant tout pour y trouver des sous. «Le coût moyen d’un film suisse s’élève à trois millions et demi de francs, explique Gérard Ruey de CAB Productions à Lausanne. Or, les montants reçus de Berne et les moyens mobilisables en Suisse pour une fiction ne dépassent généralement pas deux millions. Nous devons nous débrouiller pour lever les fonds restants.» 

D’ailleurs, c’est grâce notamment aux financements du Luxembourg que Xavier Ruiz («Neutre») commencera le tournage de son long métrage, intitulé «Verso», le mois prochain. Une partie du film sera produite au Luxembourg, l’autre à Genève. 

«Nous sommes venu chercher une coproduction financière, explique Jean-Marie Gindraux, producteur exécutif du film. En plus, le Luxembourg offre une bonne opportunité de travailler en extérieur et en intérieur. Une partie du scénario peut y être tournée, parce que la ville offre des similitudes avec la cité de Calvin.» 

Les exemples du même style pullulent. Entre mai et juillet, les films suisses-allemands «Räuberinnen» de Carla Lia Monti et «Der Fürsorger», de Lutz Konermann seront tournés au Luxembourg. 

En automne dernier, le tournage de «Tausend Ozeane (Mille Océans)» de Luki Frieden y a notamment pris place, tout comme «Luftbusiness» de Dominique de Rivaz. Son producteur, CAB Productions, avait d’ailleurs déjà effectué un passage sur place pour «Retour à Gorée» de Pierre-Yves Borgeaud. «Nos dossiers remplissaient les conditions pour un financement luxembourgeois, et les lieux convenaient au scénario», dit Gérard Ruey de CAB productions. 

Ce n’est donc pas un hasard si Nicolas Bideau, chef de la section cinéma de l’Office fédéral de la culture, souhaite renforcer cette fructueuse collaboration: «Si l’Allemagne et la France restent nos partenaires naturels, le Luxembourg met de l’argent à disposition pour des projets suisses, aussi bien francophones qu’alémaniques. Suite à cet essor de coproductions, nous cherchons à renforcer les liens avec nos homologues luxembourgeois. Un nouvel accord est d’ailleurs actuellement en discussion.» 

Mais plutôt que d’exporter la réalisation et le financement de ses films, la Suisse ne pourrait-elle pas implémenter un système comparable d’exonération fiscale, déjà en pratique pour attirer des multinationales de la lessive ou de l’informatique? 

«Soutenir le cinéma avec des exonérations revient à renoncer à mener une politique culturelle et laisser le marché décider, répond Nicolas Bideau. Or, la Confédération tient à conduire sa politique du cinéma. Cependant, les villes et les cantons restent libres de proposer des aides au cinéma sous forme d’investissements privés défiscalisés. Une telle politique fiscale pourrait d’ailleurs à mon avis compléter favorablement l’action sélective de la Confédération.» 

En attendant, la Suisse attire toujours les réalisateurs indiens qui viennent tourner dans les Alpes, mais les cinéastes helvètes, eux, sont partis filmer dans les rues de Luxembourg… 

——- 
Une version de cet article est parue dans L’Hebdo du 3 avril 2008.

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Le Grand Duché attire les coproductions helvétiques et européennes grâce à une politique efficace. Le pays a par ailleurs développé un précieux savoir faire en matière de cinéma. Un exemple à suivre?

par PATRICIA MEUNIER dans www.largeur.com

Le Luxembourg, ses banques, ses institutions européennes, son fisc discret et… son industrie du cinéma! Le petit pays (460’000 habitants) attire un nombre impressionnant de productions étrangères et, en particulier, suisses. 

Le Luxembourg a en effet mis en place une politique active et attractive afin de développer son industrie cinématographique. L’Etat y injecte de l’argent dans les productions aussi bien locales qu’étrangères. Mais ce n’est pas tout: un système d’exonération fiscale a été mis en place pour les entreprises qui investissent dans la production audiovisuelle. 

De quoi fortement augmenter l’enveloppe budgétaire étatique: du coup, le Luxembourg finance des long-métrages de fiction pour près de 44 millions de francs par an, ce qui est énorme si l’on compare ce chiffre aux 9 millions de francs que dépense la Confédération suisse pour prendre un point de comparaison. 

Certaines conditions sont bien sûr requises pour pouvoir bénéficier de ces fonds. «Il faut notamment travailler avec des professionnels luxembourgeois et effectuer une partie du tournage sur place», résume Bénédicte Hermesse, directrice de production indépendante au Luxembourg. 

Du coup, le pays a développé ses compétences dans la branche. «On a affaire à des gens polyglottes qui font beaucoup de films et qui ont donc développé un très bon savoir-faire», confirme le producteur suisse Jean-Marie Gindraux. La variété du décor reste certes limitée, mais la ville offre une certaine similitude avec les grandes villes européennes et possède d’une importante infrastructure en matière de studios. 

Les cinéastes étrangers s’y déplacent avant tout pour y trouver des sous. «Le coût moyen d’un film suisse s’élève à trois millions et demi de francs, explique Gérard Ruey de CAB Productions à Lausanne. Or, les montants reçus de Berne et les moyens mobilisables en Suisse pour une fiction ne dépassent généralement pas deux millions. Nous devons nous débrouiller pour lever les fonds restants.» 

D’ailleurs, c’est grâce notamment aux financements du Luxembourg que Xavier Ruiz («Neutre») commencera le tournage de son long métrage, intitulé «Verso», le mois prochain. Une partie du film sera produite au Luxembourg, l’autre à Genève. 

«Nous sommes venu chercher une coproduction financière, explique Jean-Marie Gindraux, producteur exécutif du film. En plus, le Luxembourg offre une bonne opportunité de travailler en extérieur et en intérieur. Une partie du scénario peut y être tournée, parce que la ville offre des similitudes avec la cité de Calvin.» 

Les exemples du même style pullulent. Entre mai et juillet, les films suisses-allemands «Räuberinnen» de Carla Lia Monti et «Der Fürsorger», de Lutz Konermann seront tournés au Luxembourg. 

En automne dernier, le tournage de «Tausend Ozeane (Mille Océans)» de Luki Frieden y a notamment pris place, tout comme «Luftbusiness» de Dominique de Rivaz. Son producteur, CAB Productions, avait d’ailleurs déjà effectué un passage sur place pour «Retour à Gorée» de Pierre-Yves Borgeaud. «Nos dossiers remplissaient les conditions pour un financement luxembourgeois, et les lieux convenaient au scénario», dit Gérard Ruey de CAB productions. 

Ce n’est donc pas un hasard si Nicolas Bideau, chef de la section cinéma de l’Office fédéral de la culture, souhaite renforcer cette fructueuse collaboration: «Si l’Allemagne et la France restent nos partenaires naturels, le Luxembourg met de l’argent à disposition pour des projets suisses, aussi bien francophones qu’alémaniques. Suite à cet essor de coproductions, nous cherchons à renforcer les liens avec nos homologues luxembourgeois. Un nouvel accord est d’ailleurs actuellement en discussion.» 

Mais plutôt que d’exporter la réalisation et le financement de ses films, la Suisse ne pourrait-elle pas implémenter un système comparable d’exonération fiscale, déjà en pratique pour attirer des multinationales de la lessive ou de l’informatique? 

«Soutenir le cinéma avec des exonérations revient à renoncer à mener une politique culturelle et laisser le marché décider, répond Nicolas Bideau. Or, la Confédération tient à conduire sa politique du cinéma. Cependant, les villes et les cantons restent libres de proposer des aides au cinéma sous forme d’investissements privés défiscalisés. Une telle politique fiscale pourrait d’ailleurs à mon avis compléter favorablement l’action sélective de la Confédération.» 

En attendant, la Suisse attire toujours les réalisateurs indiens qui viennent tourner dans les Alpes, mais les cinéastes helvètes, eux, sont partis filmer dans les rues de Luxembourg… 

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Une version de cet article est parue dans L’Hebdo du 3 avril 2008.

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