May 09 2008

Réfractaire en tournage

Published by at 17:10 under Misc. Luxembourg

Les circonstances de la Seconde Guerre mondiale ont amené certains à choisir l’insoumission et de résister face aux nazis. Une soixantaine d’années plus tard, ceux qui n’ont pas vécu cette douloureuse période se questionnent sur l’attitude qu’ils auraient adoptée. L’intrigue du film «Réfractaire», actuellement en tournage, s’articule autour de cette interrogation.

Je me suis souvent demandé quels choix j’aurais faits en temps de guerre. Il est plus confortable de se voir en héros qu’en collaborateur ou encore en tortionnaire. Je pense qu’il faut envisager la réponse à cette question avec beaucoup d’humilité et qu’une bonne partie de la réponse dépend de l’équation précitée. Le producteur-réalisateur Nicolas Steil apporte une piste de réflexion pour répondre à cette difficile question en s’attaquant à l’histoire des réfractaires, ces jeunes hommes qui refusèrent d’être enrôlés de force dans la Wehrmacht pendant la Seconde Guerre mondiale.

 

Olivier Tasch

LE JEUDI

 

Pour son premier long métrage en tant que réalisateur, Steil raconte le parcours de François (interprété par Grégoire Le Prince-Ringuet), jeune homme de vingt et un ans, dont le père, collabo, l’a obligé à aller à l’université en Allemagne. A son retour, il n’a pas beaucoup de choix: soit être enrôlé de force, soit choisir la clandestinité en devenant un réfractaire.
L’histoire de ceux qui refusent de se soumettre commence réellement le 30 août 1942, lorsque le gauleiter Gustav Simon annonce l’enrôlement de force des hommes nés entre 1920 et 1924 dans l’armée hitlérienne, ceux nés entre 1925 et 1927 les années suivantes. Selon Nicolas Steil, cette décision du Reich est déterminante car au Luxembourg, la résistance est réellement devenue effective à partir du moment où les nazis ont commis l’erreur de s’attaquer à la jeunesse et donc à l’espoir.

La fin de l’innocence

Le protagoniste de Réfractaire fait ainsi partie de ces Luxembourgeois pleins d’espoir qui, à l’idée de revêtir l’uniforme nazi, ont préféré la clandestinité. François ira donc se cacher dans une mine. Quoi de plus naturel donc de choisir pour le tournage le musée national des Mines de Rumelange? Des conditions de travail éprouvantes pour l’équipe du film, il ne fait guère plus de dix degré et le taux d’humidité est de plus de 90%.
Rien, pourtant, comparé à ce qu’ont pu vivre les réfractaires dans leur cachettes de l’époque. L’une d’elles se trouvait précisément à Rumelange où, le 28 avril 1944, trois insoumis se terrèrent dans la mine Prince Henri. Ils y furent rapidement rejoints par vingt-trois autres hommes et s’y cachèrent pendant quatre long mois. Nicolas Steil parle d’un décor fabuleux qui s’étend sur des kilomètres qui nous permettra d’approcher la vérité de cette époque, mais n’a pourtant pas la prétention de nous raconter cet épisode et a choisi la fiction pour élargir le sujet de son film.
Au delà des réfractaires, c’est l’histoire du chemin initiatique d’un jeune homme qui, en l’espace d’un mois, devient un adulte […], il fera montre d’un comportement que l’on peut qualifier d’héroïque, alors que rien ne semblait le prédestiner à faire partie de ce mythe.
C’est enfin une question, décidément d’actualité, sur l’identité luxembourgeoise. Une partie de la réponse semblerait donc se trouver dans la Seconde Guerre mondiale. Car les réfractaires, en s’opposant à l’enrôlement de force, ont par la même occasion refusé la perte de leur nationalité luxembourgeoise. Selon Steil, c’est aussi l’identité du pays qui fut attaquée: Annexé par l’Allemagne […], le Luxembourg a failli être dépersonnalisé par cette période sombre de l’histoire.

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Les circonstances de la Seconde Guerre mondiale ont amené certains à choisir l’insoumission et de résister face aux nazis. Une soixantaine d’années plus tard, ceux qui n’ont pas vécu cette douloureuse période se questionnent sur l’attitude qu’ils auraient adoptée. L’intrigue du film «Réfractaire», actuellement en tournage, s’articule autour de cette interrogation.

Je me suis souvent demandé quels choix j’aurais faits en temps de guerre. Il est plus confortable de se voir en héros qu’en collaborateur ou encore en tortionnaire. Je pense qu’il faut envisager la réponse à cette question avec beaucoup d’humilité et qu’une bonne partie de la réponse dépend de l’équation précitée. Le producteur-réalisateur Nicolas Steil apporte une piste de réflexion pour répondre à cette difficile question en s’attaquant à l’histoire des réfractaires, ces jeunes hommes qui refusèrent d’être enrôlés de force dans la Wehrmacht pendant la Seconde Guerre mondiale.

 

Olivier Tasch

LE JEUDI

 

Pour son premier long métrage en tant que réalisateur, Steil raconte le parcours de François (interprété par Grégoire Le Prince-Ringuet), jeune homme de vingt et un ans, dont le père, collabo, l’a obligé à aller à l’université en Allemagne. A son retour, il n’a pas beaucoup de choix: soit être enrôlé de force, soit choisir la clandestinité en devenant un réfractaire.
L’histoire de ceux qui refusent de se soumettre commence réellement le 30 août 1942, lorsque le gauleiter Gustav Simon annonce l’enrôlement de force des hommes nés entre 1920 et 1924 dans l’armée hitlérienne, ceux nés entre 1925 et 1927 les années suivantes. Selon Nicolas Steil, cette décision du Reich est déterminante car au Luxembourg, la résistance est réellement devenue effective à partir du moment où les nazis ont commis l’erreur de s’attaquer à la jeunesse et donc à l’espoir.

La fin de l’innocence

Le protagoniste de Réfractaire fait ainsi partie de ces Luxembourgeois pleins d’espoir qui, à l’idée de revêtir l’uniforme nazi, ont préféré la clandestinité. François ira donc se cacher dans une mine. Quoi de plus naturel donc de choisir pour le tournage le musée national des Mines de Rumelange? Des conditions de travail éprouvantes pour l’équipe du film, il ne fait guère plus de dix degré et le taux d’humidité est de plus de 90%.
Rien, pourtant, comparé à ce qu’ont pu vivre les réfractaires dans leur cachettes de l’époque. L’une d’elles se trouvait précisément à Rumelange où, le 28 avril 1944, trois insoumis se terrèrent dans la mine Prince Henri. Ils y furent rapidement rejoints par vingt-trois autres hommes et s’y cachèrent pendant quatre long mois. Nicolas Steil parle d’un décor fabuleux qui s’étend sur des kilomètres qui nous permettra d’approcher la vérité de cette époque, mais n’a pourtant pas la prétention de nous raconter cet épisode et a choisi la fiction pour élargir le sujet de son film.
Au delà des réfractaires, c’est l’histoire du chemin initiatique d’un jeune homme qui, en l’espace d’un mois, devient un adulte […], il fera montre d’un comportement que l’on peut qualifier d’héroïque, alors que rien ne semblait le prédestiner à faire partie de ce mythe.
C’est enfin une question, décidément d’actualité, sur l’identité luxembourgeoise. Une partie de la réponse semblerait donc se trouver dans la Seconde Guerre mondiale. Car les réfractaires, en s’opposant à l’enrôlement de force, ont par la même occasion refusé la perte de leur nationalité luxembourgeoise. Selon Steil, c’est aussi l’identité du pays qui fut attaquée: Annexé par l’Allemagne […], le Luxembourg a failli être dépersonnalisé par cette période sombre de l’histoire.

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