Dec 08 2008

Thierry (inter-)national

Published by at 02:06 under Misc. Luxembourg,Screening Room

source: http://www.woxx.lu/ – Luc Caregari

« Inthierryview », l’hommage de Bausch à son acteur fétiche Thierry van Werveke est bien plus qu’un documentaire. C’est un film ambigu sur un type qui séduit malgré lui.

Les légendes et les mythes ont la peau dure, même avec un foie transplanté. Du moins pour Thierry van Werveke, cela semble être vrai. L’acteur luxembourgeois le plus connu à l’étranger, mais resté proche des gens « simples » et des comptoirs où ces derniers se croisent, est aussi un homme avec une biographie exceptionnelle.

De son enfance dans les milieux diplomatiques suisses en passant par des squats londoniens pendant la période d’explosion du punk et la misère du junkie à l’acteur internationalement reconnu, le parcours de « notre » Thierry « national » est atypique. Pour celles et ceux qui connaissent un peu la société luxembourgeoise et ses fonctionnements, un type comme van Werveke devrait être une nuisance. C’est un outsider, un drogué, un type qui carbure au whiskey, quelqu’un qui chie sur les conventions bourgeoises. Mais tout de même, ou peut-être juste à cause de cela, il a réussi à cristalliser les rêves de son public, à devenir une surface de projection pour tous les coincés du pays. Pourquoi ? La réponse est, en partie du moins, dans le film : « Parce que Thierry se donne toujours à 100 pour cent », explique le dramaturge Frank Feitler. D’autres semblent vouloir dire la même chose. Et c’est vrai que la seule présence de van Werveke sur un plateau de tournage, une scène de concert ou de théâtre, suffit à combler l’espace. Thierry van Werveke est un déchu qui a séduit tout un pays.

Car, parler d’acteur techniquement talenté n’est pas de mise avec lui. C’est Michael Haneke, réalisateur autrichien reconnu, qui l’explique le mieux quand il décrit comment il est tombé sur van Werveke : « J’avais vu une scène d’un de ces premiers films, il m’a immédiatement impressionné par son naturel. Il jouait un jeune homme en colère, qui s’expliquait avec un rival, la nuit dans une piscine presque vide. Je me suis dit que ce type était vraiment comme ça, qu’il ne jouait pas. Et qu’il était forcément bourré ». La confirmation viendra quelques minutes plus tard dans le film : en effet, Thierry van Werveke a absorbé une bouteille de cognac au cours de la nuit du tournage.

L’alcool est le fil rouge de la vie de cet acteur et musicien hors normes. Partout où il va, son alcoolisme l’accompagne. « Tout le monde savait que si Thierry se pointait avec une canette de Coca, ce n’était que la canette qui était de Coca-Cola », admet Andy Bausch lui-même. Et on sent un petit regret dans sa voix. Un peu comme s’il avait pu ou du moins dû essayer de sauver son ami avant que celui ne s’enfonce totalement dans son addiction, même si pour le moment encore, il a la vie sauve. Mais là est aussi le problème, Thierry van Werveke sobre, ça ne semble pas intéresser le public, ni l’acteur lui-même. L’alcool lui colle tellement à la peau qu’il peut difficilement s’en passer. Sauf quand les choses devenaient vraiment sérieuses, il a su freiner sa soif. L’acteur et réalisateur allemand Til Schweiger – à qui il doit son plus grand succès avec « Knockin’ On Heavens Door », raconte l’anecdote du premier jour de tournage où van Werveke s’est presque fait jeter, parce qu’il ne connaissait pas ses lignes et n’était pas forcément dans l’état idéal pour tourner.

C’est là le point tournant de tout le film : est-ce qu’une légende peut changer de peau ? Si tout le monde s’attend à un Thierry van Werveke ivre et rebelle, quelle chance aurait-il pour se présenter sous un autre jour ? La question pointe son nez pendant tout le film, mais restera sans réponse, même de la part du principal intéressé. Dommage certes, mais compréhensible. Van Werveke n’a jamais été un crâne d’oeuf qui se pose des questions, et s’il a vécu sa vie dans le feu de l’action, ce n’est pas un choix délibéré de sa part – c’est son destin. Même s’il se peut que les attentes du public envers l’image qu’il incarne aient encouragé sa chute, il est resté fidèle à eux – parce qu’il en avait besoin. C’est une de ses ex qui le dit : « Après Troublemaker, Thierry s’est mis à déconner un peu. D’un jour à l’autre, des inconnus le saluaient et c’était très important pour lui d’avoir enfin de la reconnaissance après être passé par le bas ».

« Inthierryview » est un film complet sur la vie de Thierry van Werveke, l’acteur, le musicien, l’homme en soi – toutes les facettes s’y retrouvent. En plus, le montage – avec quelques scènes de re-enactment – est rapide, beau à voir et même irréverencieux de temps à autre. A voir.

« Inthierryview », à l’Utopolis.

 

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source: http://www.woxx.lu/ – Luc Caregari

« Inthierryview », l’hommage de Bausch à son acteur fétiche Thierry van Werveke est bien plus qu’un documentaire. C’est un film ambigu sur un type qui séduit malgré lui.

Les légendes et les mythes ont la peau dure, même avec un foie transplanté. Du moins pour Thierry van Werveke, cela semble être vrai. L’acteur luxembourgeois le plus connu à l’étranger, mais resté proche des gens « simples » et des comptoirs où ces derniers se croisent, est aussi un homme avec une biographie exceptionnelle.

De son enfance dans les milieux diplomatiques suisses en passant par des squats londoniens pendant la période d’explosion du punk et la misère du junkie à l’acteur internationalement reconnu, le parcours de « notre » Thierry « national » est atypique. Pour celles et ceux qui connaissent un peu la société luxembourgeoise et ses fonctionnements, un type comme van Werveke devrait être une nuisance. C’est un outsider, un drogué, un type qui carbure au whiskey, quelqu’un qui chie sur les conventions bourgeoises. Mais tout de même, ou peut-être juste à cause de cela, il a réussi à cristalliser les rêves de son public, à devenir une surface de projection pour tous les coincés du pays. Pourquoi ? La réponse est, en partie du moins, dans le film : « Parce que Thierry se donne toujours à 100 pour cent », explique le dramaturge Frank Feitler. D’autres semblent vouloir dire la même chose. Et c’est vrai que la seule présence de van Werveke sur un plateau de tournage, une scène de concert ou de théâtre, suffit à combler l’espace. Thierry van Werveke est un déchu qui a séduit tout un pays.

Car, parler d’acteur techniquement talenté n’est pas de mise avec lui. C’est Michael Haneke, réalisateur autrichien reconnu, qui l’explique le mieux quand il décrit comment il est tombé sur van Werveke : « J’avais vu une scène d’un de ces premiers films, il m’a immédiatement impressionné par son naturel. Il jouait un jeune homme en colère, qui s’expliquait avec un rival, la nuit dans une piscine presque vide. Je me suis dit que ce type était vraiment comme ça, qu’il ne jouait pas. Et qu’il était forcément bourré ». La confirmation viendra quelques minutes plus tard dans le film : en effet, Thierry van Werveke a absorbé une bouteille de cognac au cours de la nuit du tournage.

L’alcool est le fil rouge de la vie de cet acteur et musicien hors normes. Partout où il va, son alcoolisme l’accompagne. « Tout le monde savait que si Thierry se pointait avec une canette de Coca, ce n’était que la canette qui était de Coca-Cola », admet Andy Bausch lui-même. Et on sent un petit regret dans sa voix. Un peu comme s’il avait pu ou du moins dû essayer de sauver son ami avant que celui ne s’enfonce totalement dans son addiction, même si pour le moment encore, il a la vie sauve. Mais là est aussi le problème, Thierry van Werveke sobre, ça ne semble pas intéresser le public, ni l’acteur lui-même. L’alcool lui colle tellement à la peau qu’il peut difficilement s’en passer. Sauf quand les choses devenaient vraiment sérieuses, il a su freiner sa soif. L’acteur et réalisateur allemand Til Schweiger – à qui il doit son plus grand succès avec « Knockin’ On Heavens Door », raconte l’anecdote du premier jour de tournage où van Werveke s’est presque fait jeter, parce qu’il ne connaissait pas ses lignes et n’était pas forcément dans l’état idéal pour tourner.

C’est là le point tournant de tout le film : est-ce qu’une légende peut changer de peau ? Si tout le monde s’attend à un Thierry van Werveke ivre et rebelle, quelle chance aurait-il pour se présenter sous un autre jour ? La question pointe son nez pendant tout le film, mais restera sans réponse, même de la part du principal intéressé. Dommage certes, mais compréhensible. Van Werveke n’a jamais été un crâne d’oeuf qui se pose des questions, et s’il a vécu sa vie dans le feu de l’action, ce n’est pas un choix délibéré de sa part – c’est son destin. Même s’il se peut que les attentes du public envers l’image qu’il incarne aient encouragé sa chute, il est resté fidèle à eux – parce qu’il en avait besoin. C’est une de ses ex qui le dit : « Après Troublemaker, Thierry s’est mis à déconner un peu. D’un jour à l’autre, des inconnus le saluaient et c’était très important pour lui d’avoir enfin de la reconnaissance après être passé par le bas ».

« Inthierryview » est un film complet sur la vie de Thierry van Werveke, l’acteur, le musicien, l’homme en soi – toutes les facettes s’y retrouvent. En plus, le montage – avec quelques scènes de re-enactment – est rapide, beau à voir et même irréverencieux de temps à autre. A voir.

« Inthierryview », à l’Utopolis.

 

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