Apr 29 2011

Discovery Zone: Un festival de caractère

Published by at 12:21 under Articles,Festival,Français

SOURCE: http://www.lequotidien.lu – Pablo Chimienti

Une capitale comme Luxembourg doit avoir son festival de cinéma.

Tous les professionnels du secteur semblent s’accorder là-dessus. Mais pas n’importe quel festival. L’échec, aussi bien auprès de la presse et du milieu que du public, de Dir’Actors – le festival né lors de l’année culturelle 2007 et organisé pendant trois ans – le prouve. Les éminences grises de l’ASBL Luxembourg City Film Festival ont donc revu leur copie. Elles laissent de côté l’idée des acteurs-réalisateurs et les paillettes et proposent à la place Discovery Zone, un festival de caractère, centré sur des films différents de ce que le grand public grand-ducal a l’habitude de voir en salle. Un beau pari!

Il faut retravailler les fondamentaux!», entend-on souvent après une défaite lors d’un match de rugby. Une de ces expressions fleuries dont l’ovalie a le secret pour dire qu’avant de penser aux beaux gestes, il faut assurer les gestes de base.
Une expression que les organisateurs de Luxembourg City Film Festival semblent avoir fait leur au moment de l’arrêt du festival Dir’Actors et de son remplacement par le nouveau Discovery Zone. Ainsi, on a pu entendre, venant de différents responsablesde la manifestation : fini «le bling-bling», finis «les effets d’annonce et les promesses non tenues», fini «le festival franco-français organisé à Luxembourg», fini «le produit d’importation», fini «le film en tant que simple produit de consommation culturelle», finis «les films qui sortiront de toute manière dans le circuit commercial habituel», etc.
Désormais, le festival sera «un produit local, créé pour le Luxembourg à partir des réalités sociales et culturelles du Luxembourg», note le nouveau chargé de programmation et relations publiques, Alexis Juncosa. «Un festival qui fait le choix de la qualité et qui se concentre sur les films, ajoute Gladys Lazareff, en charge de la coordination générale de la manifestation. Si les équipes du film viennent ensuite à Luxembourg, tant mieux, sinon, tant pis, mais ce n’est pas pour ça que nous allons changer notre programme.»
«Discovery Zone est un festival à la fois plus modeste dans les moyens mais aussi plus ambitieux, car il se veut une véritable réflexion sur le cinéma et sur la cinéphilie d’aujourd’hui», assure de son côté le conservateur de la Cinémathèque, Claude Bertemes. «On espère donner au spectateur luxembourgeois toutes les clefs pour devenir un vrai cinéphile. On veut l’inciter à s’intéresser au cinéma d’art et d’essai, à l’insolite, au singulier, au novateur et qu’il ne se contente plus des seuls blockbusters», ajoute Nicole Dahlen, en charge de la programmation jeune public.


Les grands de demain

La nouvelle manifestation se veut une vraie «zone de découverte». Neuf jours pendant lesquels cinéphiles et simples spectateurs pourront voir des films qu’ils ont très peu de chances de (re)voir ailleurs, que ce soit au cinéma ou sur les grandes chaînes de télévision. La programmation comprend 28 longs métrages, dix courts, deux épisodes d’une série télé et un programme spécial pour enfants du Crazy Cinématographe avec des films muets datant des premières décennies du cinéma. Et le terme de découverte prend tout son sens au regard de la sélection. Car, en dehors de deux films – le documentaire Cave of Forgotten Dreams et la fiction Fata Morgana signés Werner Herzog – aucun autre grand cinéaste n’est présent dans cette sélection. «On a là de grandes stars de demain», assurent par contre les responsables.
«Discover:selected», la sélection officielle, s’appuie sur des films internationaux de fiction inédits au Luxembourg, choisis pour leur potentiel de découverte exceptionnel, leur originalité et leur impertinence. Beaucoup d’entre eux ont même été primés dans les grands festivals internationaux (Sundance, Berlinale, Cannes, Venise, Toronto, festival du Nouveau Monde de Montréal, Rotterdam…), sans pour autant toucher ensuite le grand public.
«Discover Hot Docs», qui présente une sélection de documentaires produits pour le grand écran et qui traitent du réel selon un angle personnel et original et abordent des questions socioculturelles, cinématographiques et sociétales, offre, tout comme la sélection, un espace unique de découverte esthétique et thématique. Troisième grand axe du festival, la sélection jeunesse «Discover 6/18» : une programmation variée et originale, encadrée par des activités qui permettront aux enfants et aux adolescents de découvrir le monde du cinéma.
Une grande place sera également donnée aux longs et aux courts métrages réalisés ou (co)produits au Luxembourg tandis qu’«Open Discover» proposera de jeter un œil sur le cinéma des Balkans.
«Ce sont tous des films qui ont de la gueule, lance Alexis Juncosa. Notre seul vrai défi, c’est de faire en sorte que les gens entrent une fois dans une salle. Une fois à l’intérieur, il n’y a que des films de grande qualité et très originaux. Il faut juste que les gens aient la curiosité de venir voir. Après, je suis sûr que dès qu’ils auront vu un film de la sélection, ils voudront en voir d’autres!»

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POURQUOI EST-CE IMPORTANT D’ORGANISER UN FESTIVAL À LUXEMBOURG?

Claude Bertemes (conservateur de la Cinémathèque)

C’est important pour une capitale comme Luxembourg d’héberger un grand festival de cinéma, ça donne une image dynamique. D’autant plus que le secteur du cinéma est très vivant chez nous. Si ça n’existait pas ça laisserait un vide, pour le milieu et pour le public. Un festival c’est une fête du cinéma qui propose aux spectateurs de voir des films différents et pas juste du prémâché et du remâché hollywoodien. Et puis, c’est important quand à l’éducation à l’image. Il faut toujours penser à un jeune public pour qu’il ne perde pas le contact, pas tant avec les films, mais aussi avec la salle de cinéma.

Octavie Modert (ministre de la Culture)

J’ai toujours préconisé qu’il faut une place pour la jeune création au Luxembourg. Un festival est une plate-forme pour que les films des jeunes créateurs luxembourgeois, qui sont souvent des documentaires ou des courts métrages, puissent être vus. D’autant plus que c’est en misant sur la jeune création que nous pouvons encore nous distinguer des grands festivals internationaux. On pourrait avoir de grandes stars ici en investissant beaucoup plus, mais ce serait un mauvais investissement. C’est la qualité qui doit compter avant tout. On doit donc proposer un festival moins glamour et plus “pépinière”.

Guy Daleiden (directeur du Fonspa)

Un festival c’est toujours un événement important de promotion du 7e art. Pendant ce laps de temps, les films se trouvent vraiment sous les feux des projecteurs et on se concentre plus sur le cinéma. C’est donc très bien. Après, un festival de cinéma à Luxembourg se doit de promouvoir le secteur national. C’est le moment idéal pour montrer au grand public des œuvres autochtones ou du moins tournées ici. Ça met en avant le cinéma grand-ducal et ça montre au public le dynamisme et la qualité du travail des cinéastes et des techniciens luxembourgeois.

Paul Thiltges (président de l’Union luxembourgeoise des producteurs)

Voir un festival ça ne peut qu’être intéressant et enrichissant pour tout le monde. Déjà pour la découverte de la production cinématographique indigène. Et puis parce que ça fait venir des professionnels – réalisateurs, producteurs, etc. – à Luxembourg. Je me rappelle du festival du Film allemand qui existait il y a une trentaine d’années, c’était toujours très intéressant. On a une occasion unique pour démarrer un bon festival, il ne faut pas lâcher à cause de débuts laborieux! Même si c’est modeste, c’est important d’en avoir un quand on a une production comme la nôtre.

Lydie Polfer (échevin à la Culture de Luxembourg)

Un festival est un moment festif primordial dans une ville. D’autant plus avec cette nouvelle formule qui, d’un côté, propose des films et des activités pour les plus jeunes et, de l’autre, met l’accent sur le cinéma d’un pays ou d’une région. Le premier point est important car les jeunes sont les visiteurs et les spectateurs de demain. C’est pour ça que toutes nos maisons culturelles, théâtres, musées, etc. proposent des activités pour jeunes. Le second, parce que dans une ville multiculturelle, qui compte 65% d’habitants non uxembourgeois, il est important de donner de la place à la culture de nos concitoyens.

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«Une vraie zone de découverte» (Entretien avec notre journaliste Pablo Chimienti)

En quelques mois seulement et avec des moyens réduits, l’équipe de coordination de Discovery Zone a mis sur pied, depuis Luxembourg, tout le festival. À quelques heures de la soirée d’ouverture les traits sont tirés, les téléphones sonnent sans arrêt, le temps presse, mais les membres de la coordination continuent leur efforts pour que tout soit prêt, sans faille. Ils ont malgré tout trouvé quelques instants pour présenter la genèse et l’esprit de cette première édition.

Comment est né ce nouveau festival. On sait qu’il remplace Dir’Actors, mais encore?
Nicole Dahlen (membre de l’équipe organisatrice, responsable de la programmation jeune public): L’ASBL du Luxembourg Film Festival qui organisait Dir’Actors – et qui organise maintenant Discovery Zone – s’est rendue compte qu’après trois éditions, les retours du festival n’étaient pas vraiment ceux que ses membres voulaient. Ils ont donc décidé d’arrêter le festival et commencé à réfléchir à un nouveau concept.

Comment en êtes-vous arrivé à Discovery Zone ?
L’idée était de créer quelque chose de plus frais et de plus jeune. Il y a vraiment cette envie d’attirer le jeune, voire très jeune public, et c’est pour ça que la programmation jeunesse est très développée. On se donne une vraie mission pédagogique. On espère aussi donner au public luxembourgeois toutes les clefs pour devenir un vrai cinéphile. On voulait aussi ne pas trop s’enfermer dans des cases pour pouvoir présenter une programmation éclectique.

Pour la programmation, vous vous êtes pris comment?
Le comité exécutif du festival a nommé un comité artistique. On voulait absolument avoir une équipe sur place, à Luxembourg, pour réfléchir sur le contenu du festival, pour y inclure tous les acteurs nationaux du secteur.

Et sur les écrans, ça donne quoi?
Des films qui ont un esprit de découverte, sans tomber pour autant dans l’avant-gardisme. Ce sont des films frais, festifs… Et on peut dire qu’on est assez fiers de la sélection. On a un bon cocktail de films étonnants et détonants. Pour cette première édition on a eu très peu de temps, donc on a beaucoup regardé ce qui s’était passé dans les grands festivals internationaux de ces derniers mois. On y a déniché quelques perles rares. Ce sont des films qui ont été remarqués, souvent primés, mais qui ont peu de chance de sortir en salle à Luxembourg. Les cinéphiles en auront pour leur argent. Mais ce sont aussi des films qui devraient toucher le spectateur lambda. C’est un bon compromis entre l’extrême cinéphilie et le très grand public.

Pour qu’un festival marche, ne faut-il pas un jury, un prix, etc.?
Oui. Effectivement. Mais cette année, on a écarté cette possibilité parce qu’on savait qu’on n’aurait pas le temps de mettre ça en place correctement. On a préféré se concentrer sur la base: une bonne sélection de films.

À la conférence de presse de présentation, vous avez assuré qu’il y aurait une “vraie ambiance festive”. Comment comptez-vous y parvenir?
C’est un défi et aussi un souci. Principalement logistique. On n’a ni les moyens financiers, ni le temps pour organiser de grandes soirées ou créer un espace entièrement dédié au festival. On adorerait faire ça, on en a très envie mais, pour cette année, la seule ressource que nous avons c’est notre présence. L’équipe sera donc toujours présente dans les lieux de projection, on mettra en contact le public et les invités du festival, on leur proposera toujours de boire un verre et de discuter du film après les séances. Il y aura des lieux où on peut se rencontrer. L’Art Café près de la Cinémathèque sera ouvert le soir pendant le festival et puis l’Utopia a été refait et est plus accueillant que par le passé. Samedi il y aura une soirée Balkans avec un concert qui suivra les films. Et puis, il y aura une fête d’ouverture et de clôture. De petits événements qui devraient faire en sorte que les gens restent et ne partent pas dès la fin du film.

Après la longue liste de promesses de stars et le bling-bling de Dir’Actors, ne tombez-vous pas dans l’extrême inverse? La liste des invités a été annoncée la semaine dernière et il n’y a pas vraiment de noms célèbres. N’avez-vous pas peur de devenir, d’un côté, trop élitistes et, de l’autre, trop locaux?
Non. Ce qui est vrai c’est qu’on n’a jamais promis de grandes star ou un tapis rouge. On s’est occupé avant tout du concept et des films. Ce n’est qu’après avoir terminé la programmation qu’on a commencé à inviter des gens. Et on a tout de même une belle liste d’invités. Il y a de très bons professionnels mais, c’est vrai, ce ne sont pas des peoples. Par contre, non, ni le festival, ni les films programmés ne peuvent être catalogués comme élitistes. Au contraire, notre grand défi pour ce festivalc’est l’éducation à l’image, car on prépare ici le public de demain.

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Pour les jeunes

Les jeunes à partir de 6 ans seront particulièrement choyés pendant les neuf jours de Discovery Zone. Les organisateurs, conscients de l’importance de l’éducation à l’image, leur ont consacré un grand pan de leur programmation avec «Discover 6/18». Une sélection de onze films – fictions, animations, documentaires – touchant des sujets auxquels enfants ou adolescents devraient être particulièrement sensibles: premières amours, violence, guerre, suicide… En plus de ces films projetés en salle, la Cinémathèque ressort pour l’occasion, sur la place du Théâtre, son chapiteau du Crazy Cinématographe. Elle y proposera un programme de films du tout début du XXe siècle, spécialement conçu pour les enfants, avec des films de trucages, burlesques et comiques, accompagnés par un piano, un bruitiste et une équipe d’animateurs. Toutes les projections en salle et sous chapiteau seront encadrées par des activités qui permettront aux enfants et aux adolescents de découvrir le monde du cinéma, mais aussi d’exercer leur propre créativité et leur esprit critique. Des ateliers sont également prévus par catégories d’âge.

www.discoveryzone.lu

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SOURCE: http://www.lequotidien.lu – Pablo Chimienti

Une capitale comme Luxembourg doit avoir son festival de cinéma.

Tous les professionnels du secteur semblent s’accorder là-dessus. Mais pas n’importe quel festival. L’échec, aussi bien auprès de la presse et du milieu que du public, de Dir’Actors – le festival né lors de l’année culturelle 2007 et organisé pendant trois ans – le prouve. Les éminences grises de l’ASBL Luxembourg City Film Festival ont donc revu leur copie. Elles laissent de côté l’idée des acteurs-réalisateurs et les paillettes et proposent à la place Discovery Zone, un festival de caractère, centré sur des films différents de ce que le grand public grand-ducal a l’habitude de voir en salle. Un beau pari!

Il faut retravailler les fondamentaux!», entend-on souvent après une défaite lors d’un match de rugby. Une de ces expressions fleuries dont l’ovalie a le secret pour dire qu’avant de penser aux beaux gestes, il faut assurer les gestes de base.
Une expression que les organisateurs de Luxembourg City Film Festival semblent avoir fait leur au moment de l’arrêt du festival Dir’Actors et de son remplacement par le nouveau Discovery Zone. Ainsi, on a pu entendre, venant de différents responsablesde la manifestation : fini «le bling-bling», finis «les effets d’annonce et les promesses non tenues», fini «le festival franco-français organisé à Luxembourg», fini «le produit d’importation», fini «le film en tant que simple produit de consommation culturelle», finis «les films qui sortiront de toute manière dans le circuit commercial habituel», etc.
Désormais, le festival sera «un produit local, créé pour le Luxembourg à partir des réalités sociales et culturelles du Luxembourg», note le nouveau chargé de programmation et relations publiques, Alexis Juncosa. «Un festival qui fait le choix de la qualité et qui se concentre sur les films, ajoute Gladys Lazareff, en charge de la coordination générale de la manifestation. Si les équipes du film viennent ensuite à Luxembourg, tant mieux, sinon, tant pis, mais ce n’est pas pour ça que nous allons changer notre programme.»
«Discovery Zone est un festival à la fois plus modeste dans les moyens mais aussi plus ambitieux, car il se veut une véritable réflexion sur le cinéma et sur la cinéphilie d’aujourd’hui», assure de son côté le conservateur de la Cinémathèque, Claude Bertemes. «On espère donner au spectateur luxembourgeois toutes les clefs pour devenir un vrai cinéphile. On veut l’inciter à s’intéresser au cinéma d’art et d’essai, à l’insolite, au singulier, au novateur et qu’il ne se contente plus des seuls blockbusters», ajoute Nicole Dahlen, en charge de la programmation jeune public.


Les grands de demain

La nouvelle manifestation se veut une vraie «zone de découverte». Neuf jours pendant lesquels cinéphiles et simples spectateurs pourront voir des films qu’ils ont très peu de chances de (re)voir ailleurs, que ce soit au cinéma ou sur les grandes chaînes de télévision. La programmation comprend 28 longs métrages, dix courts, deux épisodes d’une série télé et un programme spécial pour enfants du Crazy Cinématographe avec des films muets datant des premières décennies du cinéma. Et le terme de découverte prend tout son sens au regard de la sélection. Car, en dehors de deux films – le documentaire Cave of Forgotten Dreams et la fiction Fata Morgana signés Werner Herzog – aucun autre grand cinéaste n’est présent dans cette sélection. «On a là de grandes stars de demain», assurent par contre les responsables.
«Discover:selected», la sélection officielle, s’appuie sur des films internationaux de fiction inédits au Luxembourg, choisis pour leur potentiel de découverte exceptionnel, leur originalité et leur impertinence. Beaucoup d’entre eux ont même été primés dans les grands festivals internationaux (Sundance, Berlinale, Cannes, Venise, Toronto, festival du Nouveau Monde de Montréal, Rotterdam…), sans pour autant toucher ensuite le grand public.
«Discover Hot Docs», qui présente une sélection de documentaires produits pour le grand écran et qui traitent du réel selon un angle personnel et original et abordent des questions socioculturelles, cinématographiques et sociétales, offre, tout comme la sélection, un espace unique de découverte esthétique et thématique. Troisième grand axe du festival, la sélection jeunesse «Discover 6/18» : une programmation variée et originale, encadrée par des activités qui permettront aux enfants et aux adolescents de découvrir le monde du cinéma.
Une grande place sera également donnée aux longs et aux courts métrages réalisés ou (co)produits au Luxembourg tandis qu’«Open Discover» proposera de jeter un œil sur le cinéma des Balkans.
«Ce sont tous des films qui ont de la gueule, lance Alexis Juncosa. Notre seul vrai défi, c’est de faire en sorte que les gens entrent une fois dans une salle. Une fois à l’intérieur, il n’y a que des films de grande qualité et très originaux. Il faut juste que les gens aient la curiosité de venir voir. Après, je suis sûr que dès qu’ils auront vu un film de la sélection, ils voudront en voir d’autres!»

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POURQUOI EST-CE IMPORTANT D’ORGANISER UN FESTIVAL À LUXEMBOURG?

Claude Bertemes (conservateur de la Cinémathèque)

C’est important pour une capitale comme Luxembourg d’héberger un grand festival de cinéma, ça donne une image dynamique. D’autant plus que le secteur du cinéma est très vivant chez nous. Si ça n’existait pas ça laisserait un vide, pour le milieu et pour le public. Un festival c’est une fête du cinéma qui propose aux spectateurs de voir des films différents et pas juste du prémâché et du remâché hollywoodien. Et puis, c’est important quand à l’éducation à l’image. Il faut toujours penser à un jeune public pour qu’il ne perde pas le contact, pas tant avec les films, mais aussi avec la salle de cinéma.

Octavie Modert (ministre de la Culture)

J’ai toujours préconisé qu’il faut une place pour la jeune création au Luxembourg. Un festival est une plate-forme pour que les films des jeunes créateurs luxembourgeois, qui sont souvent des documentaires ou des courts métrages, puissent être vus. D’autant plus que c’est en misant sur la jeune création que nous pouvons encore nous distinguer des grands festivals internationaux. On pourrait avoir de grandes stars ici en investissant beaucoup plus, mais ce serait un mauvais investissement. C’est la qualité qui doit compter avant tout. On doit donc proposer un festival moins glamour et plus “pépinière”.

Guy Daleiden (directeur du Fonspa)

Un festival c’est toujours un événement important de promotion du 7e art. Pendant ce laps de temps, les films se trouvent vraiment sous les feux des projecteurs et on se concentre plus sur le cinéma. C’est donc très bien. Après, un festival de cinéma à Luxembourg se doit de promouvoir le secteur national. C’est le moment idéal pour montrer au grand public des œuvres autochtones ou du moins tournées ici. Ça met en avant le cinéma grand-ducal et ça montre au public le dynamisme et la qualité du travail des cinéastes et des techniciens luxembourgeois.

Paul Thiltges (président de l’Union luxembourgeoise des producteurs)

Voir un festival ça ne peut qu’être intéressant et enrichissant pour tout le monde. Déjà pour la découverte de la production cinématographique indigène. Et puis parce que ça fait venir des professionnels – réalisateurs, producteurs, etc. – à Luxembourg. Je me rappelle du festival du Film allemand qui existait il y a une trentaine d’années, c’était toujours très intéressant. On a une occasion unique pour démarrer un bon festival, il ne faut pas lâcher à cause de débuts laborieux! Même si c’est modeste, c’est important d’en avoir un quand on a une production comme la nôtre.

Lydie Polfer (échevin à la Culture de Luxembourg)

Un festival est un moment festif primordial dans une ville. D’autant plus avec cette nouvelle formule qui, d’un côté, propose des films et des activités pour les plus jeunes et, de l’autre, met l’accent sur le cinéma d’un pays ou d’une région. Le premier point est important car les jeunes sont les visiteurs et les spectateurs de demain. C’est pour ça que toutes nos maisons culturelles, théâtres, musées, etc. proposent des activités pour jeunes. Le second, parce que dans une ville multiculturelle, qui compte 65% d’habitants non uxembourgeois, il est important de donner de la place à la culture de nos concitoyens.

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«Une vraie zone de découverte» (Entretien avec notre journaliste Pablo Chimienti)

En quelques mois seulement et avec des moyens réduits, l’équipe de coordination de Discovery Zone a mis sur pied, depuis Luxembourg, tout le festival. À quelques heures de la soirée d’ouverture les traits sont tirés, les téléphones sonnent sans arrêt, le temps presse, mais les membres de la coordination continuent leur efforts pour que tout soit prêt, sans faille. Ils ont malgré tout trouvé quelques instants pour présenter la genèse et l’esprit de cette première édition.

Comment est né ce nouveau festival. On sait qu’il remplace Dir’Actors, mais encore?
Nicole Dahlen (membre de l’équipe organisatrice, responsable de la programmation jeune public): L’ASBL du Luxembourg Film Festival qui organisait Dir’Actors – et qui organise maintenant Discovery Zone – s’est rendue compte qu’après trois éditions, les retours du festival n’étaient pas vraiment ceux que ses membres voulaient. Ils ont donc décidé d’arrêter le festival et commencé à réfléchir à un nouveau concept.

Comment en êtes-vous arrivé à Discovery Zone ?
L’idée était de créer quelque chose de plus frais et de plus jeune. Il y a vraiment cette envie d’attirer le jeune, voire très jeune public, et c’est pour ça que la programmation jeunesse est très développée. On se donne une vraie mission pédagogique. On espère aussi donner au public luxembourgeois toutes les clefs pour devenir un vrai cinéphile. On voulait aussi ne pas trop s’enfermer dans des cases pour pouvoir présenter une programmation éclectique.

Pour la programmation, vous vous êtes pris comment?
Le comité exécutif du festival a nommé un comité artistique. On voulait absolument avoir une équipe sur place, à Luxembourg, pour réfléchir sur le contenu du festival, pour y inclure tous les acteurs nationaux du secteur.

Et sur les écrans, ça donne quoi?
Des films qui ont un esprit de découverte, sans tomber pour autant dans l’avant-gardisme. Ce sont des films frais, festifs… Et on peut dire qu’on est assez fiers de la sélection. On a un bon cocktail de films étonnants et détonants. Pour cette première édition on a eu très peu de temps, donc on a beaucoup regardé ce qui s’était passé dans les grands festivals internationaux de ces derniers mois. On y a déniché quelques perles rares. Ce sont des films qui ont été remarqués, souvent primés, mais qui ont peu de chance de sortir en salle à Luxembourg. Les cinéphiles en auront pour leur argent. Mais ce sont aussi des films qui devraient toucher le spectateur lambda. C’est un bon compromis entre l’extrême cinéphilie et le très grand public.

Pour qu’un festival marche, ne faut-il pas un jury, un prix, etc.?
Oui. Effectivement. Mais cette année, on a écarté cette possibilité parce qu’on savait qu’on n’aurait pas le temps de mettre ça en place correctement. On a préféré se concentrer sur la base: une bonne sélection de films.

À la conférence de presse de présentation, vous avez assuré qu’il y aurait une “vraie ambiance festive”. Comment comptez-vous y parvenir?
C’est un défi et aussi un souci. Principalement logistique. On n’a ni les moyens financiers, ni le temps pour organiser de grandes soirées ou créer un espace entièrement dédié au festival. On adorerait faire ça, on en a très envie mais, pour cette année, la seule ressource que nous avons c’est notre présence. L’équipe sera donc toujours présente dans les lieux de projection, on mettra en contact le public et les invités du festival, on leur proposera toujours de boire un verre et de discuter du film après les séances. Il y aura des lieux où on peut se rencontrer. L’Art Café près de la Cinémathèque sera ouvert le soir pendant le festival et puis l’Utopia a été refait et est plus accueillant que par le passé. Samedi il y aura une soirée Balkans avec un concert qui suivra les films. Et puis, il y aura une fête d’ouverture et de clôture. De petits événements qui devraient faire en sorte que les gens restent et ne partent pas dès la fin du film.

Après la longue liste de promesses de stars et le bling-bling de Dir’Actors, ne tombez-vous pas dans l’extrême inverse? La liste des invités a été annoncée la semaine dernière et il n’y a pas vraiment de noms célèbres. N’avez-vous pas peur de devenir, d’un côté, trop élitistes et, de l’autre, trop locaux?
Non. Ce qui est vrai c’est qu’on n’a jamais promis de grandes star ou un tapis rouge. On s’est occupé avant tout du concept et des films. Ce n’est qu’après avoir terminé la programmation qu’on a commencé à inviter des gens. Et on a tout de même une belle liste d’invités. Il y a de très bons professionnels mais, c’est vrai, ce ne sont pas des peoples. Par contre, non, ni le festival, ni les films programmés ne peuvent être catalogués comme élitistes. Au contraire, notre grand défi pour ce festivalc’est l’éducation à l’image, car on prépare ici le public de demain.

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Pour les jeunes

Les jeunes à partir de 6 ans seront particulièrement choyés pendant les neuf jours de Discovery Zone. Les organisateurs, conscients de l’importance de l’éducation à l’image, leur ont consacré un grand pan de leur programmation avec «Discover 6/18». Une sélection de onze films – fictions, animations, documentaires – touchant des sujets auxquels enfants ou adolescents devraient être particulièrement sensibles: premières amours, violence, guerre, suicide… En plus de ces films projetés en salle, la Cinémathèque ressort pour l’occasion, sur la place du Théâtre, son chapiteau du Crazy Cinématographe. Elle y proposera un programme de films du tout début du XXe siècle, spécialement conçu pour les enfants, avec des films de trucages, burlesques et comiques, accompagnés par un piano, un bruitiste et une équipe d’animateurs. Toutes les projections en salle et sous chapiteau seront encadrées par des activités qui permettront aux enfants et aux adolescents de découvrir le monde du cinéma, mais aussi d’exercer leur propre créativité et leur esprit critique. Des ateliers sont également prévus par catégories d’âge.

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