May 17 2011

Trois documentaires de co-production transfrontalière

Published by at 00:06 under Français

SOURCE: http://www.lasemaine.fr

semaine

“L’Epopée de la Grande Région”

Après 3 ans de travail, de tournage, de réflexion et de concertation, le thionvillois Stéphane Bubel, le Luxembourgeois Donato Rotunno et le Sarrois Rüdiger Mörsdorf ont élaboré une série de 3 documentaires : “Eurobabel”, “Blà Blà Blà” et “le Chuchotement de la Grande Région”. Un projet inédit de co-production transfrontalière.

Le premier film se penche sur les langues véhiculées au sein de la Grande Région dans une approche à la fois poétique et ludique. Le second film, dans un style plus décalé et ironique, évoque le problème de la Culture, et le dernier film, quasi mystique, aborde l’Histoire et les origines de la Grande Région. Trois composantes de l’identité d’un peuple, qui poussent chacun des spectateurs à se poser une question primordiale: la Grande Région existe-t-elle vraiment ? Interview à trois voix.

Qu’est ce qui, dans vos parcours personnels, vous a incité à aborder le thème de la Grande Région ?

SB : Je suis producteur de films depuis 10 ans avec la société La Bascule. Je suis né à Thionville. Nombre de mes amis travaillent au Luxembourg. J’ai donc été sensibilisé très tôt à cet espace. C’est le quotidien de plus de 100 000 personnes. C’est aussi là que de grands hommes ont fait bouger l’échiquier politique peu de temps après la Seconde Guerre mondiale.

DR : Je suis producteur de films depuis 16 ans à Tarantula. C’est le premier acteur dans le paysage luxembourgeois. Nous traitons les longs métrages de fiction et les films d’auteur. Des films engagés, qui se questionnent sur l’identité avec un regard sociétal. Ce projet de co-production GR doit convaincre, amener des parties culturellement différentes à travailler ensemble. Le challenge était de surmonter ces difficultés pour élaborer quelque chose en commun.

RM : Je suis diplômé de l’École de Cinéma et Télévision de Munich et chercheur en sciences sociales. J’ai toujours été intéressé par les films qui racontent une histoire d’identité. Mon film précédent intitulé “Le rêve éclaté de l’Europe” représente pour moi le début de ma réflexion sur la GR. J’ai été heureux de prendre part à ce projet spécial.

Pourquoi est-ce important pour vous de la faire connaître ?

SB : Une culture commune propre au Luxembourg, à la Sarre, à la Lorraine à la Rhénanie Palatinat et à la Wallonie existe. Avant, la population partageait quelque chose, se rencontrait et faisait le même métier. La frontière était artificielle et la langue parlée n’était pas la même. Aujourd’hui, les frontières sont ouvertes mais cette culture commune n’existe plus.

DR : La Grande Région existe et personne ne la voit. C’est pourtant le cœur battant de l’Europe. Il y a là une acceptation de la transgression des frontières qui n’existe nulle part ailleurs. C’est un grand laboratoire européen, une incroyable masse de réflexion qu’il nous incombe de faire connaître.

RM : La GR est un concept d’espoir. Je suis convaincu que raconter la spécificité de cette région permet d’en apprendre beaucoup sur l’Europe.

Quelle serait votre définition personnelle de la Grande Région ?

SB : Elle serait plurielle. C’est une utopie qu’on a réellement envie de voir exister et dont chacun porte un morceau au plus profond de soi-même.

DR : Elle est mixte et constituée d’énormément de niveaux. C’est une région qui n’existe pas sur les cartes et pourtant elle existe en réalité. Il y a une contradiction de son existence. Personne n’arrive à la définir et pourtant elle est là.

RM : C’est la région de l’Europe, dans la mémoire des Celtes, des Romains, des païens et des chrétiens, où il n’y a pas de fragmentation.

Selon vous, la Grande Région n’est-elle pas une entité artificielle d’un point de vue linguistique ? Une douce illusion ?

SB : Il y a une volonté très forte de dépasser sa nationalité mais elle se heurte trop souvent à la barrière de la langue. C’est dramatique que deux voisins, l’un français et l’autre allemand doivent utiliser l’anglais comme langue véhiculaire pour pouvoir se comprendre.

DR : La multitude des langues est une richesse, une ouverture à l’esprit et à la culture de l’autre. Regardez les enfants. Ils n’ont aucune difficulté à passer d’une langue à l’autre. Si on manipulait tous les langues, ce serait un énorme avantage pour la GR.

RM : De toute évidence, la GR est une utopie qui comprend également les barrières linguistiques. Mais ce sont les différences qui sont les plus intéressantes.

L’approche transfrontalière de ce film a-t-elle modifié la manière d’envisager vos prochains documentaires ?

SB : Cet espace reste là comme une résonance. A présent, j’aurais du mal à envisager un sujet sans prendre le recul de la GR. Ce qui en ressort devient différent. Regardez la Moselle. Je la connais bien sur sa portion française mais je souhaiterais désormais aller à Coblence pour voir où elle se jette dans le Rhin. C’est la même Moselle. Il y a une sorte de continuité. Poursuivons notre chemin outre-frontière. C’est tellement plus beau de fabriquer un pont entre les deux rives pour découvrir et s’ouvrir aux autres. Que ceux qui doutent encore de cette GR viennent voir ces films. L’espace est là, l’utopie réside simplement dans la façon dont les gens doivent se l’approprier.

DR : Je produis en ce moment deux longs métrages. L’un d’entre eux est la suite de mon premier documentaire réalisé il y a 10 ans, sur l’identité des italiens au Luxembourg. Je continue donc de travailler sur le regard de l’autre. Nous offrons là un triptyque de documentaires à nos spectateurs. C’est un cadeau où chacun prélèvera ce qu’il lui semble bon de prendre.

RM : Plusieurs projets sont prévus, dont l’un continuera certainement à raconter la suite de l’histoire de la GR. Car la plus grande des opportunités offerte par la Grande Région est la possibilité d’apprécier la valeur des différences.

Comments

comments

SOURCE: http://www.lasemaine.fr

semaine

“L’Epopée de la Grande Région”

Après 3 ans de travail, de tournage, de réflexion et de concertation, le thionvillois Stéphane Bubel, le Luxembourgeois Donato Rotunno et le Sarrois Rüdiger Mörsdorf ont élaboré une série de 3 documentaires : “Eurobabel”, “Blà Blà Blà” et “le Chuchotement de la Grande Région”. Un projet inédit de co-production transfrontalière.

Le premier film se penche sur les langues véhiculées au sein de la Grande Région dans une approche à la fois poétique et ludique. Le second film, dans un style plus décalé et ironique, évoque le problème de la Culture, et le dernier film, quasi mystique, aborde l’Histoire et les origines de la Grande Région. Trois composantes de l’identité d’un peuple, qui poussent chacun des spectateurs à se poser une question primordiale: la Grande Région existe-t-elle vraiment ? Interview à trois voix.

Qu’est ce qui, dans vos parcours personnels, vous a incité à aborder le thème de la Grande Région ?

SB : Je suis producteur de films depuis 10 ans avec la société La Bascule. Je suis né à Thionville. Nombre de mes amis travaillent au Luxembourg. J’ai donc été sensibilisé très tôt à cet espace. C’est le quotidien de plus de 100 000 personnes. C’est aussi là que de grands hommes ont fait bouger l’échiquier politique peu de temps après la Seconde Guerre mondiale.

DR : Je suis producteur de films depuis 16 ans à Tarantula. C’est le premier acteur dans le paysage luxembourgeois. Nous traitons les longs métrages de fiction et les films d’auteur. Des films engagés, qui se questionnent sur l’identité avec un regard sociétal. Ce projet de co-production GR doit convaincre, amener des parties culturellement différentes à travailler ensemble. Le challenge était de surmonter ces difficultés pour élaborer quelque chose en commun.

RM : Je suis diplômé de l’École de Cinéma et Télévision de Munich et chercheur en sciences sociales. J’ai toujours été intéressé par les films qui racontent une histoire d’identité. Mon film précédent intitulé “Le rêve éclaté de l’Europe” représente pour moi le début de ma réflexion sur la GR. J’ai été heureux de prendre part à ce projet spécial.

Pourquoi est-ce important pour vous de la faire connaître ?

SB : Une culture commune propre au Luxembourg, à la Sarre, à la Lorraine à la Rhénanie Palatinat et à la Wallonie existe. Avant, la population partageait quelque chose, se rencontrait et faisait le même métier. La frontière était artificielle et la langue parlée n’était pas la même. Aujourd’hui, les frontières sont ouvertes mais cette culture commune n’existe plus.

DR : La Grande Région existe et personne ne la voit. C’est pourtant le cœur battant de l’Europe. Il y a là une acceptation de la transgression des frontières qui n’existe nulle part ailleurs. C’est un grand laboratoire européen, une incroyable masse de réflexion qu’il nous incombe de faire connaître.

RM : La GR est un concept d’espoir. Je suis convaincu que raconter la spécificité de cette région permet d’en apprendre beaucoup sur l’Europe.

Quelle serait votre définition personnelle de la Grande Région ?

SB : Elle serait plurielle. C’est une utopie qu’on a réellement envie de voir exister et dont chacun porte un morceau au plus profond de soi-même.

DR : Elle est mixte et constituée d’énormément de niveaux. C’est une région qui n’existe pas sur les cartes et pourtant elle existe en réalité. Il y a une contradiction de son existence. Personne n’arrive à la définir et pourtant elle est là.

RM : C’est la région de l’Europe, dans la mémoire des Celtes, des Romains, des païens et des chrétiens, où il n’y a pas de fragmentation.

Selon vous, la Grande Région n’est-elle pas une entité artificielle d’un point de vue linguistique ? Une douce illusion ?

SB : Il y a une volonté très forte de dépasser sa nationalité mais elle se heurte trop souvent à la barrière de la langue. C’est dramatique que deux voisins, l’un français et l’autre allemand doivent utiliser l’anglais comme langue véhiculaire pour pouvoir se comprendre.

DR : La multitude des langues est une richesse, une ouverture à l’esprit et à la culture de l’autre. Regardez les enfants. Ils n’ont aucune difficulté à passer d’une langue à l’autre. Si on manipulait tous les langues, ce serait un énorme avantage pour la GR.

RM : De toute évidence, la GR est une utopie qui comprend également les barrières linguistiques. Mais ce sont les différences qui sont les plus intéressantes.

L’approche transfrontalière de ce film a-t-elle modifié la manière d’envisager vos prochains documentaires ?

SB : Cet espace reste là comme une résonance. A présent, j’aurais du mal à envisager un sujet sans prendre le recul de la GR. Ce qui en ressort devient différent. Regardez la Moselle. Je la connais bien sur sa portion française mais je souhaiterais désormais aller à Coblence pour voir où elle se jette dans le Rhin. C’est la même Moselle. Il y a une sorte de continuité. Poursuivons notre chemin outre-frontière. C’est tellement plus beau de fabriquer un pont entre les deux rives pour découvrir et s’ouvrir aux autres. Que ceux qui doutent encore de cette GR viennent voir ces films. L’espace est là, l’utopie réside simplement dans la façon dont les gens doivent se l’approprier.

DR : Je produis en ce moment deux longs métrages. L’un d’entre eux est la suite de mon premier documentaire réalisé il y a 10 ans, sur l’identité des italiens au Luxembourg. Je continue donc de travailler sur le regard de l’autre. Nous offrons là un triptyque de documentaires à nos spectateurs. C’est un cadeau où chacun prélèvera ce qu’il lui semble bon de prendre.

RM : Plusieurs projets sont prévus, dont l’un continuera certainement à raconter la suite de l’histoire de la GR. Car la plus grande des opportunités offerte par la Grande Région est la possibilité d’apprécier la valeur des différences.

Comments

comments

No responses yet

Trackback URI | Comments RSS

Leave a Reply