Oct 24 2011

Le Jeudi review of HOT HOT HOT

Published by at 01:25 under Français,Reviews,Samsa

SOURCE: http://www.lejeudi.lu

jeudi

Un poisson nommé Ferdinand

Tourné en anglais par une réalisatrice et une équipe luxembourgeoises, «Hot Hot Hot» est le premier long-métrage de Beryl Koltz. Il confirme son goût pour les univers bizarres, les personnages décalés et un humour saugrenu plutôt original.
Viviane Thill

Tout commence dans un aquarium. C’est un espace bizarre, un aquarium. Il protège et confine les poissons qui le peuplent, les sépare du monde extérieur par une paroi invisible et les condamne à tourner en rond à l’infini. Ferdinand (Rob Stanley) n’est pas un poisson mais partage avec ces animaux l’absence de poils sur la tête et il s’y identifie parfaitement, plus précisément au plus minuscule et fragile d’entre eux.
Petit homme anxieux et introverti d’une quarantaine d’années, Ferdinand a décidé une fois pour toutes que l’aquarium où il travaille était le seul endroit où il pouvait fonctionner à peu près normalement. L’unique personne avec laquelle il entretient un semblant de relation est sa sœur, aussi mal en point que lui mais qui se réfugie dans l’alcool et la drogue au lieu du silence de la mer.
Le jour où la société propriétaire de «Fishland» décide de rénover l’aquarium et, pour cela, déménage ses poissons et ses employés, le choc est rude. Ferdinand voudrait se retrancher du monde comme la tortue dans sa carapace ou le scaphandrier dans son scaphandre, mais on ne lui laisse pas le choix et, s’il veut retrouver «son» aquarium après la rénovation, il faudra qu’il passe par la case «Finnish Turkish Delight».
Le voilà donc brutalement éjecté de l’univers froid et bleu de «Fishland» pour être envoyé dans celui, moite et sensuel, des saunas et hammams. Un endroit où, au grand effroi de Ferdinand, les clients et surtout les clientes se promènent nu(e)s, même si tous et toutes ne ressemblent pas aux mannequins photoshopés qui, sur l’affiche à l’entrée, promettent amour et bonheur aux usagers des lieux. S’ils (elles) restent habillé(e)s, les employé(e)s ne lui semblent pas moins angoissant(e)s, à commencer par son chef, Knut, macho et dragueur invétéré, autoritaire et très bête. Knut ne paraît toutefois pas impressionner Mary-Ann (Joanna Scanlan), la bonne âme des lieux. Ni d’ailleurs Isadora (Amber Doyle), la technicienne de surface au physique aussi étrangement anguleux qu’est sa façon de se mouvoir, qui semble cultiver des penchants sadomasos et photographie en cachette les clients sous la douche. Et encore moins Yvonne (Jane Goddard), appréciée par les usagers du sauna pour ses talents très particuliers en matière de löyly.

Récit d’une métamorphose

Ferdinand éprouve d’abord le plus grand mal à s’habituer à son nouveau lieu de travail et se réfugie à l’occasion sous la lumière bleutée du banc solaire, mais lorsque Knut, au grand soulagement de ses collègues et du spectateur, part en congé de paternité, le «Finnish Turkish Delight» trouve un nouvel équilibre dont Ferdinand, contre toute attente, devient l’élément central. Il tombe même amoureux de Ling (Wendy Kweh), la douce masseuse aveugle qui l’aidera à se remettre en harmonie avec ses sens et son corps.
Hot Hot Hot est le récit d’une métamorphose. Mais bien qu’elle débute par un baiser, ce n’est pas celle de la vilaine grenouille en beau prince charmant. L’un des buts de Beryl Koltz en tournant ce film était de donner à voir autre chose que la beauté formatée imposée en général par médias. Ou, pour le dire autrement, de montrer que d’être une grenouille n’empêche pas de vivre une belle histoire d’amour. Comme déjà dans le court-métrage Starfly, Beryl Koltz met en scène un homme (interprété par le même acteur dans les deux films) enfermé dans sa carapace qui sera sauvé par une femme, par la musique… et par la sexualité! Un petit homme chauve et une femme très enveloppée vont donc s’aimer passionnément et très sensuellement dans cette comédie romantique un peu particulière.
L’univers onirique et coloré de Beryl Koltz rapproche stylistiquement son film de la bande dessinée avec ses aplats de couleurs, ses personnages très typés et ses interludes farfelus, dont un numéro dansé chorégraphié par Jean-Guillaume Weis. En même temps, elle tire le meilleur des décors de saunas et de hammams, revus et corrigés par la décoratrice Christina Schaffer. Mais le film doit aussi beaucoup à ses acteurs, tous excellents, à commencer par Rob Stanley, acteur fétiche de Beryl Koltz, qui aurait pu se passer d’une voix off un peu invasive pour faire exister son personnage aussi insolite que touchant.
Mais si Ferdinand est, comme il le dit avec lucidité, un peu étrange, le «Finnish-Turkish Delight» paraît à ses yeux tout aussi excentrique. L’air de rien, le film relativise sans cesse, avec humour et tendresse, la notion même de «normalité» et rappelle qu’il existe une réalité autre que celle que voudrait nous vendre la publicité. Moins parfaite certes, mais qui peut s’avérer tout aussi enrichissante. Et il dit aussi qu’on a le droit d’oublier parfois ses soucis pour prendre le parti de la vie, comme finit par le faire Ferdinand, qui, dans le dernier plan, replonge dans l’eau… mais cette fois il n’est plus seul et n’a besoin ni de scaphandre ni de carapace!

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Un poisson nommé Ferdinand

Tourné en anglais par une réalisatrice et une équipe luxembourgeoises, «Hot Hot Hot» est le premier long-métrage de Beryl Koltz. Il confirme son goût pour les univers bizarres, les personnages décalés et un humour saugrenu plutôt original.
Viviane Thill

Tout commence dans un aquarium. C’est un espace bizarre, un aquarium. Il protège et confine les poissons qui le peuplent, les sépare du monde extérieur par une paroi invisible et les condamne à tourner en rond à l’infini. Ferdinand (Rob Stanley) n’est pas un poisson mais partage avec ces animaux l’absence de poils sur la tête et il s’y identifie parfaitement, plus précisément au plus minuscule et fragile d’entre eux.
Petit homme anxieux et introverti d’une quarantaine d’années, Ferdinand a décidé une fois pour toutes que l’aquarium où il travaille était le seul endroit où il pouvait fonctionner à peu près normalement. L’unique personne avec laquelle il entretient un semblant de relation est sa sœur, aussi mal en point que lui mais qui se réfugie dans l’alcool et la drogue au lieu du silence de la mer.
Le jour où la société propriétaire de «Fishland» décide de rénover l’aquarium et, pour cela, déménage ses poissons et ses employés, le choc est rude. Ferdinand voudrait se retrancher du monde comme la tortue dans sa carapace ou le scaphandrier dans son scaphandre, mais on ne lui laisse pas le choix et, s’il veut retrouver «son» aquarium après la rénovation, il faudra qu’il passe par la case «Finnish Turkish Delight».
Le voilà donc brutalement éjecté de l’univers froid et bleu de «Fishland» pour être envoyé dans celui, moite et sensuel, des saunas et hammams. Un endroit où, au grand effroi de Ferdinand, les clients et surtout les clientes se promènent nu(e)s, même si tous et toutes ne ressemblent pas aux mannequins photoshopés qui, sur l’affiche à l’entrée, promettent amour et bonheur aux usagers des lieux. S’ils (elles) restent habillé(e)s, les employé(e)s ne lui semblent pas moins angoissant(e)s, à commencer par son chef, Knut, macho et dragueur invétéré, autoritaire et très bête. Knut ne paraît toutefois pas impressionner Mary-Ann (Joanna Scanlan), la bonne âme des lieux. Ni d’ailleurs Isadora (Amber Doyle), la technicienne de surface au physique aussi étrangement anguleux qu’est sa façon de se mouvoir, qui semble cultiver des penchants sadomasos et photographie en cachette les clients sous la douche. Et encore moins Yvonne (Jane Goddard), appréciée par les usagers du sauna pour ses talents très particuliers en matière de löyly.

Récit d’une métamorphose

Ferdinand éprouve d’abord le plus grand mal à s’habituer à son nouveau lieu de travail et se réfugie à l’occasion sous la lumière bleutée du banc solaire, mais lorsque Knut, au grand soulagement de ses collègues et du spectateur, part en congé de paternité, le «Finnish Turkish Delight» trouve un nouvel équilibre dont Ferdinand, contre toute attente, devient l’élément central. Il tombe même amoureux de Ling (Wendy Kweh), la douce masseuse aveugle qui l’aidera à se remettre en harmonie avec ses sens et son corps.
Hot Hot Hot est le récit d’une métamorphose. Mais bien qu’elle débute par un baiser, ce n’est pas celle de la vilaine grenouille en beau prince charmant. L’un des buts de Beryl Koltz en tournant ce film était de donner à voir autre chose que la beauté formatée imposée en général par médias. Ou, pour le dire autrement, de montrer que d’être une grenouille n’empêche pas de vivre une belle histoire d’amour. Comme déjà dans le court-métrage Starfly, Beryl Koltz met en scène un homme (interprété par le même acteur dans les deux films) enfermé dans sa carapace qui sera sauvé par une femme, par la musique… et par la sexualité! Un petit homme chauve et une femme très enveloppée vont donc s’aimer passionnément et très sensuellement dans cette comédie romantique un peu particulière.
L’univers onirique et coloré de Beryl Koltz rapproche stylistiquement son film de la bande dessinée avec ses aplats de couleurs, ses personnages très typés et ses interludes farfelus, dont un numéro dansé chorégraphié par Jean-Guillaume Weis. En même temps, elle tire le meilleur des décors de saunas et de hammams, revus et corrigés par la décoratrice Christina Schaffer. Mais le film doit aussi beaucoup à ses acteurs, tous excellents, à commencer par Rob Stanley, acteur fétiche de Beryl Koltz, qui aurait pu se passer d’une voix off un peu invasive pour faire exister son personnage aussi insolite que touchant.
Mais si Ferdinand est, comme il le dit avec lucidité, un peu étrange, le «Finnish-Turkish Delight» paraît à ses yeux tout aussi excentrique. L’air de rien, le film relativise sans cesse, avec humour et tendresse, la notion même de «normalité» et rappelle qu’il existe une réalité autre que celle que voudrait nous vendre la publicité. Moins parfaite certes, mais qui peut s’avérer tout aussi enrichissante. Et il dit aussi qu’on a le droit d’oublier parfois ses soucis pour prendre le parti de la vie, comme finit par le faire Ferdinand, qui, dans le dernier plan, replonge dans l’eau… mais cette fois il n’est plus seul et n’a besoin ni de scaphandre ni de carapace!

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