Apr 20 2012

Le grand échiquier

Published by at 01:35 under Français,Iris Production,Reviews

SOURCE: http://www.lequotidien.lu

D’Symmetrie vum Päiperlek marque le retour de Paul Scheuer et Maisy Hausemer derrière la caméra, pour une fiction familiale «made in Luxembourg», empreinte de surréalisme.

Singulier, ce film l’est assurément, avec l’histoire d’un écrivain en fin de vie, qui s’invente tout un monde pour mieux supporter son existence en déclin. Tourné au Grand-Duché, avec des acteurs du cru et une trame nationale, cette création, qui se veut un hommage à Roger Manderscheid, oscille entre rêve et réalité. Parfois maladroitement.

De notre journaliste Grégory Cimatti

Ces derniers temps, le cinéma luxembourgeois semble sortir de sa réserve. De l’audace et de l’originalité, tels sont les maîtres mots de cet élan fédérateur. Il y a peu, on avait eu le droit à un Hot, Hot, Hot des plus rafraîchissants, sacrant sa réalisatrice, Beryl Koltz, comme une valeur à suivre. Là, avec D’Symmetrie vum Päiperlek, on retrouve un duo qui, dans les années 70 et 80, signa quelques pépites du cinéma grand-ducal (Congé fir e Mord, Mumm Sweet Mumm) : Paul Scheuer et sa complice Maisy Hausemer.

Bien sûr, ce n’est pas la même génération, et encore moins la même approche cinématographique, mais le ton, dégagé de toute retenue et réserve, ouvre des perspectives réjouissantes. Normal, donc, que ces deux-là, aussi scénaristes de ce dernier long métrage, soient repartis du dernier Filmpräis avec le prix de la meilleure contribution artistique. Déjà durant le tournage du film, Nicolas Steil, président d’Iris, avait avoué son coup de cœur pour l’histoire, décalée à souhait et profondément ancrée dans la réalité du pays. «Du surréalisme à la luxembourgeoise», promettait-il il y a quelques mois. Il ne s’est pas trompé…

Du gris à la couleur

Allons y gaiement, donc, en compagnie de Roger (incarné par Marc Olinger), écrivain luxembourgeois – dans un hommage avoué à la folie littéraire du feu Roger Manderscheid – qui, après un banal accident, se retrouve bien malgré lui à L’Âge d’Or, centre de réhabilitation et d’accueil pour personnes âgées. Épicurien porté sur la bouteille, il voit sa condition nouvelle comme un calvaire.

S’inspirant du personnel qui l’entoure, et notamment la jeune infirmière Sofia (Marie Jung), il s’invente alors un nouveau monde, entre réalité et fiction, entre rêve et fantaisie, qu’il transpose dans un roman. Fan devant l’Éternel d’échecs – on le voit jouer dès le début du film avec sa nièce – il va alors devenir le mentor de la nouvelle championne du monde, la Luxembourgeoise Sophie Latour, qui, par cette victoire, s’attire les foudres d’un certain Gregori Sczyrkutah (Fred Frenay), débarqué de l’imaginaire Syldavie et mécontent de voir sa domination écrasée par une femme. Comme à l’époque du grand Kasparov, il va faire appel à la machine et à son ingénieur Max von Allmen (Luc Schiltz) pour écraser sa rivale.

Ici, l’échiquier est à voir comme une parabole de la vie. Le combat y est âpre, mais doit toujours se faire «dans le plaisir», martèle Roger, aussi bien dans la réalité que dans son fantasme d’écrivain. Pour mieux distinguer ces deux mondes à la fois parallèles et convergents, les réalisateurs ont pris soin de jouer sur la couleur, cendreuse quand l’action se situe dans la maison de retraite. Oui, la vérité est bien plus triste que les rêves, une remarque d’autant plus valable pour ceux qui n’en espèrent plus rien.

Ainsi, l’homme de lettres «met de la couleur là où il y a du gris», histoire de se sentir plus léger, et emmène tout son entourage dans ce sillage chimérique, fait de papillons multicolores et de perroquet bleu. Là, s’agite une belle brochette de comédiens bien connus au pays. On y trouve même les deux vétérans Marie-Paule von Roesegn et Fernand Fox, sans oublier Steve Karier, assez drôle dans son rôle de «kapo», tiré à quatre épingles dans ses habits de militaire en compagnie de ses acolytes, à l’absurdité contagieuse. Seul bémol, la prestation poussive de l’héroïne, qui ne convainc pas.

Dans le lot des mécontentements figurent aussi en bonne place une entame un peu scabreuse – où l’on peut s’y perdre facilement en raison d’un manque de souffle – et des clichés en pagaille, censés valoriser les atouts du Grand-Duché (fête populaire, vignes, et l’usante référence aux Schleck). Mais s’il y en a un qui mérite une palme, c’est bien Carlo Thiel, chef opérateur et responsable de l’image, qui signe là l’une des plus belles photographies jamais réalisées par un technicien luxembourgeois. Preuve en est, une nouvelle fois, que les choses avancent. Et dans le bon sens.

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SOURCE: http://www.lequotidien.lu

D’Symmetrie vum Päiperlek marque le retour de Paul Scheuer et Maisy Hausemer derrière la caméra, pour une fiction familiale «made in Luxembourg», empreinte de surréalisme.

Singulier, ce film l’est assurément, avec l’histoire d’un écrivain en fin de vie, qui s’invente tout un monde pour mieux supporter son existence en déclin. Tourné au Grand-Duché, avec des acteurs du cru et une trame nationale, cette création, qui se veut un hommage à Roger Manderscheid, oscille entre rêve et réalité. Parfois maladroitement.

De notre journaliste Grégory Cimatti

Ces derniers temps, le cinéma luxembourgeois semble sortir de sa réserve. De l’audace et de l’originalité, tels sont les maîtres mots de cet élan fédérateur. Il y a peu, on avait eu le droit à un Hot, Hot, Hot des plus rafraîchissants, sacrant sa réalisatrice, Beryl Koltz, comme une valeur à suivre. Là, avec D’Symmetrie vum Päiperlek, on retrouve un duo qui, dans les années 70 et 80, signa quelques pépites du cinéma grand-ducal (Congé fir e Mord, Mumm Sweet Mumm) : Paul Scheuer et sa complice Maisy Hausemer.

Bien sûr, ce n’est pas la même génération, et encore moins la même approche cinématographique, mais le ton, dégagé de toute retenue et réserve, ouvre des perspectives réjouissantes. Normal, donc, que ces deux-là, aussi scénaristes de ce dernier long métrage, soient repartis du dernier Filmpräis avec le prix de la meilleure contribution artistique. Déjà durant le tournage du film, Nicolas Steil, président d’Iris, avait avoué son coup de cœur pour l’histoire, décalée à souhait et profondément ancrée dans la réalité du pays. «Du surréalisme à la luxembourgeoise», promettait-il il y a quelques mois. Il ne s’est pas trompé…

Du gris à la couleur

Allons y gaiement, donc, en compagnie de Roger (incarné par Marc Olinger), écrivain luxembourgeois – dans un hommage avoué à la folie littéraire du feu Roger Manderscheid – qui, après un banal accident, se retrouve bien malgré lui à L’Âge d’Or, centre de réhabilitation et d’accueil pour personnes âgées. Épicurien porté sur la bouteille, il voit sa condition nouvelle comme un calvaire.

S’inspirant du personnel qui l’entoure, et notamment la jeune infirmière Sofia (Marie Jung), il s’invente alors un nouveau monde, entre réalité et fiction, entre rêve et fantaisie, qu’il transpose dans un roman. Fan devant l’Éternel d’échecs – on le voit jouer dès le début du film avec sa nièce – il va alors devenir le mentor de la nouvelle championne du monde, la Luxembourgeoise Sophie Latour, qui, par cette victoire, s’attire les foudres d’un certain Gregori Sczyrkutah (Fred Frenay), débarqué de l’imaginaire Syldavie et mécontent de voir sa domination écrasée par une femme. Comme à l’époque du grand Kasparov, il va faire appel à la machine et à son ingénieur Max von Allmen (Luc Schiltz) pour écraser sa rivale.

Ici, l’échiquier est à voir comme une parabole de la vie. Le combat y est âpre, mais doit toujours se faire «dans le plaisir», martèle Roger, aussi bien dans la réalité que dans son fantasme d’écrivain. Pour mieux distinguer ces deux mondes à la fois parallèles et convergents, les réalisateurs ont pris soin de jouer sur la couleur, cendreuse quand l’action se situe dans la maison de retraite. Oui, la vérité est bien plus triste que les rêves, une remarque d’autant plus valable pour ceux qui n’en espèrent plus rien.

Ainsi, l’homme de lettres «met de la couleur là où il y a du gris», histoire de se sentir plus léger, et emmène tout son entourage dans ce sillage chimérique, fait de papillons multicolores et de perroquet bleu. Là, s’agite une belle brochette de comédiens bien connus au pays. On y trouve même les deux vétérans Marie-Paule von Roesegn et Fernand Fox, sans oublier Steve Karier, assez drôle dans son rôle de «kapo», tiré à quatre épingles dans ses habits de militaire en compagnie de ses acolytes, à l’absurdité contagieuse. Seul bémol, la prestation poussive de l’héroïne, qui ne convainc pas.

Dans le lot des mécontentements figurent aussi en bonne place une entame un peu scabreuse – où l’on peut s’y perdre facilement en raison d’un manque de souffle – et des clichés en pagaille, censés valoriser les atouts du Grand-Duché (fête populaire, vignes, et l’usante référence aux Schleck). Mais s’il y en a un qui mérite une palme, c’est bien Carlo Thiel, chef opérateur et responsable de l’image, qui signe là l’une des plus belles photographies jamais réalisées par un technicien luxembourgeois. Preuve en est, une nouvelle fois, que les choses avancent. Et dans le bon sens.

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