May 18 2011

Le rock «made in Luxembourg»

Published by at 01:27 under Français,Reviews

SOURCE: http://www.lejeudi.lu

Dans son documentaire, le jeune réalisateur Govinda Van Maele suit six groupes de rock/ métal luxembourgeois pendant un été entier. Au centre des interrogations: faut-il tout laisser tomber pour la musique?
Anne-Laure Letellier

We might as well fail a été présenté en avant-première dans le cadre de la sélection «Hot Docs» de la première édition du festival Discovery Zone. Une discussion intéressante a suivi la projection en présence du réalisateur, du directeur de la Rockhal Olivier Toth et de quelques musiciens luxembourgeois.
Interrogé sur le but de son film, Govinda Van Maele y expliquait qu’il voulait capter quelque chose de ce qui signifiait être jeune et créatif en 2008 au Luxembourg. Peu de gens soupçonnent en effet l’existence d’une scène rock aussi dynamique au Luxembourg. Se pencher sur la scène locale n’était donc pas une mauvaise idée, d’autant plus que cette dernière a connu une croissance sans précédent ces dernières années.
Govinda van Maele, d’origine belge et sri-lankaise, n’a pas fait d’école de cinéma, mais a appris le métier sur le tas. C’est une rencontre avec le producteur Pol Cruchten de la société Red Lion, qui lance sa carrière de cinéaste. Il travaille pour Red Lion sur le court métrage remarqué Josh (2006), puis en tant que directeur de la photographie sur le documentaire autrichien Muezzin.

Ouvrir des portes

Même s’il est un grand amateur de rock, Govinda Van Maele n’a jamais fait partie d’un groupe de musique. Avec ce documentaire, le jeune cinéaste voulait à tout prix faire un film accessible à tout le monde et pas uniquement aux gens engagés dans la musique. Il a donc évité de trop axer le film sur les problèmes des musiciens et a privilégié une approche différente du sujet, indépendante de la structure interne de la scène rock.
Une trentaine de groupes ont été interviewés pour le film et six groupes ont finalement été retenus, dont deux n’existent plus aujourd’hui: Tvesla, Black-out Beauty, Miaow Miaow, Mutiny on the Bounty, Eternal Tango et Defdump. Le film commence avec un groupe assez jeune, pas très connu, se poursuit par des groupes déjà plus établis et se termine par un groupe très connu, Defdump, qui jouait son dernier concert pendant le tournage.
En suivant les six groupes dans leurs répétitions et concerts, We might as well fail soulève le problème récurrent des groupes de rock luxembourgeois, à savoir que la plupart des musiciens n’arrivent pas à en vivre. Le film montre les difficultés et les conflits qui peuvent se présenter pendant une carrière musicale, la plupart tournant autour de l’interrogation cruciale s’il faut «tout laisser tomber pour la musique?».
Pour Govinda Van Maele, la situation de la scène rock luxembourgeoise aujourd’hui est comparable à celle de l’industrie du film dans les années 80, lorsque personne ne vivait de la réalisation de films. Il a fallu que quelques personnes poussent les barrières, financent des films de leurs propres poches, ouvrent des sociétés de production et convainquent le gouvernement de soutenir des films. Le film montre qu’on en est à peu près au même stade dans la scène musicale, c’est-à-dire qu’il est pratiquement impossible de gagner sa vie en faisant de la musique, mais certaines personnes tentent le coup quand même, à l’image de Defdump (présenté comme un pionnier) et d’Eternal Tango. Ils ne réussiront peut être pas, mais ils feront avancer les choses et ouvriront des portes pour les musiciens de demain. Dans le film, l’argument avancé pour expliquer que si peu de groupes lâchent tout pour leur musique est que la vie au Luxembourg est trop confortable et que la plupart des musiciens ne sont pas prêts à sacrifier ce train de vie. L’explication paraît quelque peu facile, mais semble assez bien refléter l’esprit du musicien luxembourgeois.
L’esthétique du documentaire se veut «brute». Les images de concert sont entrecoupées d’interviews où Govinda Van Maele donne la parole aux musiciens des différents groupes. Même si on a parfois l’impression de tourner en rond, surtout sur la question récurrente de savoir s’ils seraient prêts à tout abandonner pour la musique, We might as well fail dresse un portrait intéressant d’une scène rock en pleine ébullition.

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SOURCE: http://www.lejeudi.lu

Dans son documentaire, le jeune réalisateur Govinda Van Maele suit six groupes de rock/ métal luxembourgeois pendant un été entier. Au centre des interrogations: faut-il tout laisser tomber pour la musique?
Anne-Laure Letellier

We might as well fail a été présenté en avant-première dans le cadre de la sélection «Hot Docs» de la première édition du festival Discovery Zone. Une discussion intéressante a suivi la projection en présence du réalisateur, du directeur de la Rockhal Olivier Toth et de quelques musiciens luxembourgeois.
Interrogé sur le but de son film, Govinda Van Maele y expliquait qu’il voulait capter quelque chose de ce qui signifiait être jeune et créatif en 2008 au Luxembourg. Peu de gens soupçonnent en effet l’existence d’une scène rock aussi dynamique au Luxembourg. Se pencher sur la scène locale n’était donc pas une mauvaise idée, d’autant plus que cette dernière a connu une croissance sans précédent ces dernières années.
Govinda van Maele, d’origine belge et sri-lankaise, n’a pas fait d’école de cinéma, mais a appris le métier sur le tas. C’est une rencontre avec le producteur Pol Cruchten de la société Red Lion, qui lance sa carrière de cinéaste. Il travaille pour Red Lion sur le court métrage remarqué Josh (2006), puis en tant que directeur de la photographie sur le documentaire autrichien Muezzin.

Ouvrir des portes

Même s’il est un grand amateur de rock, Govinda Van Maele n’a jamais fait partie d’un groupe de musique. Avec ce documentaire, le jeune cinéaste voulait à tout prix faire un film accessible à tout le monde et pas uniquement aux gens engagés dans la musique. Il a donc évité de trop axer le film sur les problèmes des musiciens et a privilégié une approche différente du sujet, indépendante de la structure interne de la scène rock.
Une trentaine de groupes ont été interviewés pour le film et six groupes ont finalement été retenus, dont deux n’existent plus aujourd’hui: Tvesla, Black-out Beauty, Miaow Miaow, Mutiny on the Bounty, Eternal Tango et Defdump. Le film commence avec un groupe assez jeune, pas très connu, se poursuit par des groupes déjà plus établis et se termine par un groupe très connu, Defdump, qui jouait son dernier concert pendant le tournage.
En suivant les six groupes dans leurs répétitions et concerts, We might as well fail soulève le problème récurrent des groupes de rock luxembourgeois, à savoir que la plupart des musiciens n’arrivent pas à en vivre. Le film montre les difficultés et les conflits qui peuvent se présenter pendant une carrière musicale, la plupart tournant autour de l’interrogation cruciale s’il faut «tout laisser tomber pour la musique?».
Pour Govinda Van Maele, la situation de la scène rock luxembourgeoise aujourd’hui est comparable à celle de l’industrie du film dans les années 80, lorsque personne ne vivait de la réalisation de films. Il a fallu que quelques personnes poussent les barrières, financent des films de leurs propres poches, ouvrent des sociétés de production et convainquent le gouvernement de soutenir des films. Le film montre qu’on en est à peu près au même stade dans la scène musicale, c’est-à-dire qu’il est pratiquement impossible de gagner sa vie en faisant de la musique, mais certaines personnes tentent le coup quand même, à l’image de Defdump (présenté comme un pionnier) et d’Eternal Tango. Ils ne réussiront peut être pas, mais ils feront avancer les choses et ouvriront des portes pour les musiciens de demain. Dans le film, l’argument avancé pour expliquer que si peu de groupes lâchent tout pour leur musique est que la vie au Luxembourg est trop confortable et que la plupart des musiciens ne sont pas prêts à sacrifier ce train de vie. L’explication paraît quelque peu facile, mais semble assez bien refléter l’esprit du musicien luxembourgeois.
L’esthétique du documentaire se veut «brute». Les images de concert sont entrecoupées d’interviews où Govinda Van Maele donne la parole aux musiciens des différents groupes. Même si on a parfois l’impression de tourner en rond, surtout sur la question récurrente de savoir s’ils seraient prêts à tout abandonner pour la musique, We might as well fail dresse un portrait intéressant d’une scène rock en pleine ébullition.

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