Oct 02 2012

Luxembourg côté pile

Published by at 17:06 under Français,Samsa

SOURCE: http://www.lequotidien.lu

lequotidien

Demain sort Doudege Wénkel, de Christophe Wagner, un polar grand-ducal voulant présenter le «côté sombre du Luxembourg» avec un Jules Werner et un André Jung au sommet de leur art. De notre journaliste Pablo Chimienti

Des projections-tests, deux projections de presse, une avant-première privée hier, une autre publique ce soir– qui affiche complet– rarement la sortie d’un film luxembourgeois a créé un tel buzz. Doudege Wénkel, premier long métrage de fiction de Christophe Wagner– connu pour ses documentaires Ligne de vie (2001), Doheem (2004) ou encore Luxembourg, USA (2007)– devrait donc faire date. Il est annoncé comme le «premier polar luxembourgeois». Il propose, en tout cas, un récit et une image du Luxembourg inédits.

La nuit, c’est bien connu, tous les chats sont gris et les vrais noctambules rarement innocents comme des nouveau-nés. C’est dans une ambiance de polar, ultranoire, ultraglauque, de celle que l’on croit bien souvent réservée aux mégapoles nord-américaines, que Christophe Wagner entraîne, dès le générique, les spectateurs de son Doudege Wénkel. Quatre-vingt-seize minutes où l’on ne verra que rarement le jour, et très peu la lumière du soleil pour mieux rester dans une zone d’ombre.

L’histoire est celle d’Olivier Faber, un flic pas du tout ordinaire. Un flic aussi doué et honnête que désabusé et violent. Un écorché vif poussé par les fantômes du passé et ses secrets personnels à se couper des autres, à traîner dans les bars tard dans la nuit, pour trouver un peu de réconfort dans le goulot d’une bouteille de whisky ou dans les bras d’un coup de passage. Un de ces flics habitués aux conseils de discipline et aux mises à pied… Mais quand son frère – flic, époux et fils modèle – est assassiné dans d’étranges circonstances, il tient absolument à faire partie de l’enquête.

Malgré l’opposition de certains, sa requête sera acceptée par son supérieur, Hastert, homme secret et étrange qui semble avoir ses raisons pour satisfaire cette demande.

Un concentré de Luxembourg

Faber va se lancer alors corps et âme à la recherche de l’assassin de son frère, ce qui l’entraînera dans une sombre affaire mêlant prostitution, proxénétisme, drogue, corruption, vengeances personnelles et même criminalité financière internationale. Un labyrinthe réussi, surprenant, plein de rebondissements mais qui se perd, un peu, dans les méandres des structures de cette Vetera Investments et de ses magouilles financières multinationales. Soit, rien de trop gênant. Le récit intimiste, lui, est une leçon du genre qui n’a rien à envier à des productions étrangères aux budgets bien plus généreux.

Le film, 100 % grand-ducal dans son récit (20 % belge au niveau de la production), est une réussite. Scénario maîtrisé – avec de la profondeur, du rythme, des flashes-back réussis, etc. – réalisation ultrastricte et nerveuse avec un grand nombre de très gros plans, caméra sur épaule, des images magnifiquement sombres tournées en 16 mm pour donner un aspect plus brut à l’ensemble, des acteurs au top de leur forme. Le casting entier est remarquable bien que la palme revienne au duo Jules Werner (Faber)/André Jung (Hastert). Et les dialogues font mouche – principalement en luxembourgeois mais multilingues à l’image de ce qu’est vraiment le Grand-Duché… Tout se tient. Tout «fait sens» comme on dit souvent au Luxembourg.

Luxembourg, qui est d’ailleurs un des personnages principaux du film. Sous la pluie et à travers l’obscurité, Christophe Wagner nous donne une image rare de notre capitale, une ville comme on ne l’a peut-être jamais vue, voire imaginée, entre Kirchberg, place d’Armes, animalerie Josy Welter, quartier de la Gare ou encore Schueberfouer. Un concentré de Luxembourg qui n’a rien d’une carte postale, au contraire.

Le film nous en montre les coulisses, les faces cachées, le côté pile, avec ses prostituées, ses drogués, ses paumés, ses squats… Le résultat n’est certainement pas une très bonne pub pour le tourisme, ni d’ailleurs pour la police grand-ducale – qui est pourtant partenaire du film – mais certainement un excellent moment de cinéma. Et c’est tout ce qui compte.

————————————————————————————–

«C’est sympa de jouer un mec “on the edge”»

Depuis Nuits d’Arabie, on ne vous avait pas autant vu dans un film. Vous interprétez un sacré personnage, comment avez-vous vécu ça?

Jules Werner : On est toujours content quand quelqu’un vous propose un rôle de ce genre-là. C’est un premier rôle. Et c’était un sacré challenge pour moi, j’avais une sacrée responsabilité sur mes épaules, mais c’est sympa de jouer un mec un peu “on the edge” (NDLR : sur le fil du rasoir)…

… un peu?

(rires) Oui, d’accord, mon personnage est très “on the edge”. C’est assez incroyable d’interpréter un type qui porte une telle rage à l’intérieur. Il essaye de la supprimer ou du moins de la canaliser, mais bon, il n’y arrive pas toujours et donc ça finit par claquer. Quand on joue un personnage, il faut se mettre le plus possible dans sa peau. J’ai donc dû faire beaucoup de musculation, perdre pas mal de “speck” et gagner en musculature… C’est assez normal qu’un flic comme lui soit en bonne forme. C’était important pour la crédibilité du film d’autant que j’avais des scènes de poursuite très physiques.

En dehors de votre rôle, quel est votre point de vue sur le résultat final?

Je suis très content. Ce film amène vraiment une nouvelle esthétique au cinéma luxembourgeois avec cette ambiance très glauque et sale. Je pense que c’est un bon pas en avant pour notre cinéma national.

«Quelque chose de nouveau au cinéma luxembourgeois»

Le film qui sort demain en salle correspond-il à ce que vous aviez rêvé?

Christophe Wagner (réalisateur) : Oui, je suis assez content du résultat. J’ai revu le film, je ne sais pas combien de fois, il y a toujours des petites choses que je remarque à gauche ou à droite, mais je suis très content du jeu des acteurs, de ma réalisation, du montage, de l’image… Je trouve qu’on a fait de bonnes choses avec les moyens et les temps qu’on avait à disposition. J’aurais peut-être changé quelques petites choses dans le scénario, mais bon… Je trouve qu’on a tous fait du bon boulot. Je pense que ce film apporte vraiment quelque chose de nouveau au cinéma luxembourgeois.

Vous venez du documentaire, c’est votre première fiction. Qu’est-ce qui vous a donné envie d’aller aussi loin dans le côté obscur et glauque? Quand on pense au Luxembourg, on pense plutôt à un endroit propret.

J’ai voulu aller au bout des choses. Je voulais quelque chose de vraiment sombre aussi bien au niveau de l’histoire que des personnages. Il me fallait donc la pluie, des histoires qui se passent la nuit, une ambiance très sombre. Et puis des films montrant le côté propret du Luxembourg il y en a déjà eu plein, on voulait aller dans la direction opposée.

Ce qu’on entend c’est que Doudege Wénkel est l’anticarte postale du Luxembourg.

Absolument! Cela dit, je ne suis pas sûr qu’on soit, dans la réalité, à l’abri d’histoires de ce genre au Grand-Duché.

Cela dit, quand vos personnages partent du côté de la Moselle, il y a tout de même quelques belles images touristiques. Que font-elles là?

Oui, c’est vrai, ces images peuvent sembler plus touristiques, mais là, l’histoire est encore au début. L’idée était surtout de sortir un peu le récit du cadre de la ville. Mais c’est vrai que c’est la seule exception dans cette envie de ne pas montrer de belles images déjà trop vues du Luxembourg.

Vous avez par contre tenu à rester au plus près de la réalité. Les personnages parlent principalement luxembourgeois, mais la mère d’Olivier, elle, parle français. Les prostituées sont souvent des filles de l’Est, il y a des personnages aux noms portugais ou italiens… C’est important?

Oui, je ne voulais pas m’appesantir dessus, mais c’est ça la réalité au Luxembourg. Je suis luxembourgeois, mais j’ai plein d’amis avec qui je parle français, ma mère est belge, on passe donc facilement d’une langue à l’autre. Je voulais que ce mélange soit présent dans le film

On a rarement vu Jules Werner comme ça au cinéma. C’est vous qui l’avez poussé, c’est lui qui s’est beaucoup donné, c’est le personnage qui demande ça?

Le personnage oui, bien sûr, et on a beaucoup travaillé là-dessus. Mais Jules s’est aussi investi à 110 % dans le rôle. Plus que ce que j’espérais d’ailleurs. Il était vraiment dedans, il a beaucoup donné de lui, même lors des répétitions.

Vous avez obtenu 2,5 millions de budget…

… oui et 35 ou 36 jours de tournage. Ce n’est vraiment pas beaucoup. On a tourné quasiment sans filet, sans décors de rechange en cas de mauvais temps… On était vraiment limite à tous les niveaux.

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SOURCE: http://www.lequotidien.lu

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Demain sort Doudege Wénkel, de Christophe Wagner, un polar grand-ducal voulant présenter le «côté sombre du Luxembourg» avec un Jules Werner et un André Jung au sommet de leur art. De notre journaliste Pablo Chimienti

Des projections-tests, deux projections de presse, une avant-première privée hier, une autre publique ce soir– qui affiche complet– rarement la sortie d’un film luxembourgeois a créé un tel buzz. Doudege Wénkel, premier long métrage de fiction de Christophe Wagner– connu pour ses documentaires Ligne de vie (2001), Doheem (2004) ou encore Luxembourg, USA (2007)– devrait donc faire date. Il est annoncé comme le «premier polar luxembourgeois». Il propose, en tout cas, un récit et une image du Luxembourg inédits.

La nuit, c’est bien connu, tous les chats sont gris et les vrais noctambules rarement innocents comme des nouveau-nés. C’est dans une ambiance de polar, ultranoire, ultraglauque, de celle que l’on croit bien souvent réservée aux mégapoles nord-américaines, que Christophe Wagner entraîne, dès le générique, les spectateurs de son Doudege Wénkel. Quatre-vingt-seize minutes où l’on ne verra que rarement le jour, et très peu la lumière du soleil pour mieux rester dans une zone d’ombre.

L’histoire est celle d’Olivier Faber, un flic pas du tout ordinaire. Un flic aussi doué et honnête que désabusé et violent. Un écorché vif poussé par les fantômes du passé et ses secrets personnels à se couper des autres, à traîner dans les bars tard dans la nuit, pour trouver un peu de réconfort dans le goulot d’une bouteille de whisky ou dans les bras d’un coup de passage. Un de ces flics habitués aux conseils de discipline et aux mises à pied… Mais quand son frère – flic, époux et fils modèle – est assassiné dans d’étranges circonstances, il tient absolument à faire partie de l’enquête.

Malgré l’opposition de certains, sa requête sera acceptée par son supérieur, Hastert, homme secret et étrange qui semble avoir ses raisons pour satisfaire cette demande.

Un concentré de Luxembourg

Faber va se lancer alors corps et âme à la recherche de l’assassin de son frère, ce qui l’entraînera dans une sombre affaire mêlant prostitution, proxénétisme, drogue, corruption, vengeances personnelles et même criminalité financière internationale. Un labyrinthe réussi, surprenant, plein de rebondissements mais qui se perd, un peu, dans les méandres des structures de cette Vetera Investments et de ses magouilles financières multinationales. Soit, rien de trop gênant. Le récit intimiste, lui, est une leçon du genre qui n’a rien à envier à des productions étrangères aux budgets bien plus généreux.

Le film, 100 % grand-ducal dans son récit (20 % belge au niveau de la production), est une réussite. Scénario maîtrisé – avec de la profondeur, du rythme, des flashes-back réussis, etc. – réalisation ultrastricte et nerveuse avec un grand nombre de très gros plans, caméra sur épaule, des images magnifiquement sombres tournées en 16 mm pour donner un aspect plus brut à l’ensemble, des acteurs au top de leur forme. Le casting entier est remarquable bien que la palme revienne au duo Jules Werner (Faber)/André Jung (Hastert). Et les dialogues font mouche – principalement en luxembourgeois mais multilingues à l’image de ce qu’est vraiment le Grand-Duché… Tout se tient. Tout «fait sens» comme on dit souvent au Luxembourg.

Luxembourg, qui est d’ailleurs un des personnages principaux du film. Sous la pluie et à travers l’obscurité, Christophe Wagner nous donne une image rare de notre capitale, une ville comme on ne l’a peut-être jamais vue, voire imaginée, entre Kirchberg, place d’Armes, animalerie Josy Welter, quartier de la Gare ou encore Schueberfouer. Un concentré de Luxembourg qui n’a rien d’une carte postale, au contraire.

Le film nous en montre les coulisses, les faces cachées, le côté pile, avec ses prostituées, ses drogués, ses paumés, ses squats… Le résultat n’est certainement pas une très bonne pub pour le tourisme, ni d’ailleurs pour la police grand-ducale – qui est pourtant partenaire du film – mais certainement un excellent moment de cinéma. Et c’est tout ce qui compte.

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«C’est sympa de jouer un mec “on the edge”»

Depuis Nuits d’Arabie, on ne vous avait pas autant vu dans un film. Vous interprétez un sacré personnage, comment avez-vous vécu ça?

Jules Werner : On est toujours content quand quelqu’un vous propose un rôle de ce genre-là. C’est un premier rôle. Et c’était un sacré challenge pour moi, j’avais une sacrée responsabilité sur mes épaules, mais c’est sympa de jouer un mec un peu “on the edge” (NDLR : sur le fil du rasoir)…

… un peu?

(rires) Oui, d’accord, mon personnage est très “on the edge”. C’est assez incroyable d’interpréter un type qui porte une telle rage à l’intérieur. Il essaye de la supprimer ou du moins de la canaliser, mais bon, il n’y arrive pas toujours et donc ça finit par claquer. Quand on joue un personnage, il faut se mettre le plus possible dans sa peau. J’ai donc dû faire beaucoup de musculation, perdre pas mal de “speck” et gagner en musculature… C’est assez normal qu’un flic comme lui soit en bonne forme. C’était important pour la crédibilité du film d’autant que j’avais des scènes de poursuite très physiques.

En dehors de votre rôle, quel est votre point de vue sur le résultat final?

Je suis très content. Ce film amène vraiment une nouvelle esthétique au cinéma luxembourgeois avec cette ambiance très glauque et sale. Je pense que c’est un bon pas en avant pour notre cinéma national.

«Quelque chose de nouveau au cinéma luxembourgeois»

Le film qui sort demain en salle correspond-il à ce que vous aviez rêvé?

Christophe Wagner (réalisateur) : Oui, je suis assez content du résultat. J’ai revu le film, je ne sais pas combien de fois, il y a toujours des petites choses que je remarque à gauche ou à droite, mais je suis très content du jeu des acteurs, de ma réalisation, du montage, de l’image… Je trouve qu’on a fait de bonnes choses avec les moyens et les temps qu’on avait à disposition. J’aurais peut-être changé quelques petites choses dans le scénario, mais bon… Je trouve qu’on a tous fait du bon boulot. Je pense que ce film apporte vraiment quelque chose de nouveau au cinéma luxembourgeois.

Vous venez du documentaire, c’est votre première fiction. Qu’est-ce qui vous a donné envie d’aller aussi loin dans le côté obscur et glauque? Quand on pense au Luxembourg, on pense plutôt à un endroit propret.

J’ai voulu aller au bout des choses. Je voulais quelque chose de vraiment sombre aussi bien au niveau de l’histoire que des personnages. Il me fallait donc la pluie, des histoires qui se passent la nuit, une ambiance très sombre. Et puis des films montrant le côté propret du Luxembourg il y en a déjà eu plein, on voulait aller dans la direction opposée.

Ce qu’on entend c’est que Doudege Wénkel est l’anticarte postale du Luxembourg.

Absolument! Cela dit, je ne suis pas sûr qu’on soit, dans la réalité, à l’abri d’histoires de ce genre au Grand-Duché.

Cela dit, quand vos personnages partent du côté de la Moselle, il y a tout de même quelques belles images touristiques. Que font-elles là?

Oui, c’est vrai, ces images peuvent sembler plus touristiques, mais là, l’histoire est encore au début. L’idée était surtout de sortir un peu le récit du cadre de la ville. Mais c’est vrai que c’est la seule exception dans cette envie de ne pas montrer de belles images déjà trop vues du Luxembourg.

Vous avez par contre tenu à rester au plus près de la réalité. Les personnages parlent principalement luxembourgeois, mais la mère d’Olivier, elle, parle français. Les prostituées sont souvent des filles de l’Est, il y a des personnages aux noms portugais ou italiens… C’est important?

Oui, je ne voulais pas m’appesantir dessus, mais c’est ça la réalité au Luxembourg. Je suis luxembourgeois, mais j’ai plein d’amis avec qui je parle français, ma mère est belge, on passe donc facilement d’une langue à l’autre. Je voulais que ce mélange soit présent dans le film

On a rarement vu Jules Werner comme ça au cinéma. C’est vous qui l’avez poussé, c’est lui qui s’est beaucoup donné, c’est le personnage qui demande ça?

Le personnage oui, bien sûr, et on a beaucoup travaillé là-dessus. Mais Jules s’est aussi investi à 110 % dans le rôle. Plus que ce que j’espérais d’ailleurs. Il était vraiment dedans, il a beaucoup donné de lui, même lors des répétitions.

Vous avez obtenu 2,5 millions de budget…

… oui et 35 ou 36 jours de tournage. Ce n’est vraiment pas beaucoup. On a tourné quasiment sans filet, sans décors de rechange en cas de mauvais temps… On était vraiment limite à tous les niveaux.

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