Jul 26 2009

Tarantula’s Fragonard

Published by at 01:21 under Industry

source: http://lequotidien.editpress.lu – Pablo Chimienti

C’est un documentaire-fiction que tourne en ce moment la maison de production Tarantula. Ou si on veut une «fiction historique» centrée sur l’anatomiste Honoré Fragonard. L’auteur-réalisateur, Jacques Donjean, s’applique à faire revivre ce personnage étrange à travers son journal intime et la correspondance imaginaire qu’il aurait pu échanger avec des personnages illustres de son époque. Un 52 minutes à découvrir, a priori, avant la fin de l’année, sur la RTBF.

C’est une drôle d’agitation qui sévit, lundi soir, sur la petite place devant l’ancien palais de justice de Luxembourg. La paille a recouvert les pavés et une multitude de petites mains s’affairent autour d’une inquiétante guillotine. Une guillotine de cinéma, fort heureusement, présentée pour les besoins de Fragonard… le Frankenstein français?, le documentaire-fiction de Jacques Donjean sur l’anatomiste français du XVIIIe siècle. Une guillotine venue rappeler que le médecin a participé aux moments les plus obscurs de la Révolution française.

Et, alors même que le monde du septième art est, d’habitude, fort jaloux de ses secrets, et donc interdit au public jusqu’à la sortie en salle du film, là, une petite foule de curieux se relayent sur le petit trottoir de la rue du Nord qui surplombe la scène et ne ratent pas une miette du tournage : préparation, répétition, discussions, précisions de la scripte, volontés du cadreur, ordres du réalisateur, va-et-vient des figurants en costume d’époque… Habitué au seul cadre, voici que le public découvre et profite du hors cadre. «C’est sympa, lance Yoann, 13ans, c’est la première fois que je vois un tournage de cinéma.» «C’est vrai, on a l’impression, nous aussi de faire partie du film», ajoute Carine, sa mère.

Cinéma hors-cadre

«Mais parfois, c’est un peu long», rétorque le garçon. Comment ne pas lui donner raison? Tels sont les temps nécessaires à la réalisation d’un film. Chaque scène nécessite une longue préparation, de nombreuses discussions, une mise en place précise… Enfin, le moment tant attendu : «Attention. Moteur. On tourne… Coupez!» Le tout n’aura duré que deux secondes. Il faut dire que la guillotine coupe sec et vite. «Coupez! C’est le cas de le dire!», plaisante l’équipe de tournage. Heureusement, ça reste du cinéma et ce n’est pas une vraie tête qui tombe de la terrible machine.
Pas très crédible tout ça. À l’écran ça risque de se voir, alors voilà qu’on installe, inconfortablement, un comédien dans la guillotine. À l’écran, la tête qui va tomber, ce sera la sienne. Et tout sera parfaitement raccord. Un bon quart d’heure est déjà passé depuis le tournage de la scène précédente. Une. Deux. Trois. Quatre. Cinq prises seront nécessaires pour ce tout petit plan.
Peu importe, le public, qui domine la scène, immortalise ces instants uniques et se prête au jeu sans rechigner. On se tait quand le silence est demandé, on se déplace quand on entre, malencontreusement, dans le champ et on coupe même son téléphone portable quand c’est demandé par le régisseur.
Un appareil photo mitraille. Deux touristes coréens, arrivés là un peu par hasard, au gré de leur découverte de la capitale, en profitent pour ramener au pays des souvenirs différents. Seul regret : «On ne voit aucun acteur célèbre!»
Bruno Todeschini (nommé aux Césars en 2004 pour son rôle dans Son frère, de Patrice Chéreau) était pourtant présent pendant ces deux jours de tournage au Grand-Duché. Pas sûr, cependant, qu’il soit très connu en Corée du Sud.
L’équipe de tournage a désormais quitté le pays pour poursuivre ce Fragonard… à Paris. Il faudra désormais attendre sa programmation télé pour en voir le résultat!

———

Fragonard et les écorchés

Honoré Fragonard (1732-1799), médecin anatomiste français, a connu la célébrité pour ses écorchés, qui sont conservés dans le musée Fragonard (École nationale vétérinaire de Maisons-Alfort). Il fut une figure extravagante et énigmatique du siècle des Lumières. Scientifique brillant, il a poussé à sa perfection l’art de la dissection, en réalisant des coupes anatomiques d’une qualité exceptionnelle, grâce à une méthode de conservation des corps qui est toujours inconnue à se jour.
Il était également le cousin germain de Jean Honoré Fragonard, l’un des plus illustres peintre du XVIIIe siècle. Passionné par le monde des arts, il fréquenta le peintre David et bon nombre de personnalités du monde artistique de l’époque.
Praticien de génie, il défend l’esprit scientifique contre la morale religieuse. Pour l’Église, le corps et l’âme sont indissociablement liés. Ce concept va être mis à mal par ce médecin qui ne s’ intéresse qu’à la «mécanique» de la machine humaine, simple matériau nécessaire à la réalisation de ses travaux. Individualiste et introverti, Fragonard caresse toujours l’espoir de devenir un «artiste à part entière», mais son œuvre à lui est faite de chair et de sang.
Au crépuscule de sa vie, il va prendre part à la Révolution française, en défendant la cause du peuple. Proche des figures de proue de la Révolution, il prit part à ces événements marquants qui jetteront les bases de l’histoire contemporaine.

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source: http://lequotidien.editpress.lu – Pablo Chimienti

C’est un documentaire-fiction que tourne en ce moment la maison de production Tarantula. Ou si on veut une «fiction historique» centrée sur l’anatomiste Honoré Fragonard. L’auteur-réalisateur, Jacques Donjean, s’applique à faire revivre ce personnage étrange à travers son journal intime et la correspondance imaginaire qu’il aurait pu échanger avec des personnages illustres de son époque. Un 52 minutes à découvrir, a priori, avant la fin de l’année, sur la RTBF.

C’est une drôle d’agitation qui sévit, lundi soir, sur la petite place devant l’ancien palais de justice de Luxembourg. La paille a recouvert les pavés et une multitude de petites mains s’affairent autour d’une inquiétante guillotine. Une guillotine de cinéma, fort heureusement, présentée pour les besoins de Fragonard… le Frankenstein français?, le documentaire-fiction de Jacques Donjean sur l’anatomiste français du XVIIIe siècle. Une guillotine venue rappeler que le médecin a participé aux moments les plus obscurs de la Révolution française.

Et, alors même que le monde du septième art est, d’habitude, fort jaloux de ses secrets, et donc interdit au public jusqu’à la sortie en salle du film, là, une petite foule de curieux se relayent sur le petit trottoir de la rue du Nord qui surplombe la scène et ne ratent pas une miette du tournage : préparation, répétition, discussions, précisions de la scripte, volontés du cadreur, ordres du réalisateur, va-et-vient des figurants en costume d’époque… Habitué au seul cadre, voici que le public découvre et profite du hors cadre. «C’est sympa, lance Yoann, 13ans, c’est la première fois que je vois un tournage de cinéma.» «C’est vrai, on a l’impression, nous aussi de faire partie du film», ajoute Carine, sa mère.

Cinéma hors-cadre

«Mais parfois, c’est un peu long», rétorque le garçon. Comment ne pas lui donner raison? Tels sont les temps nécessaires à la réalisation d’un film. Chaque scène nécessite une longue préparation, de nombreuses discussions, une mise en place précise… Enfin, le moment tant attendu : «Attention. Moteur. On tourne… Coupez!» Le tout n’aura duré que deux secondes. Il faut dire que la guillotine coupe sec et vite. «Coupez! C’est le cas de le dire!», plaisante l’équipe de tournage. Heureusement, ça reste du cinéma et ce n’est pas une vraie tête qui tombe de la terrible machine.
Pas très crédible tout ça. À l’écran ça risque de se voir, alors voilà qu’on installe, inconfortablement, un comédien dans la guillotine. À l’écran, la tête qui va tomber, ce sera la sienne. Et tout sera parfaitement raccord. Un bon quart d’heure est déjà passé depuis le tournage de la scène précédente. Une. Deux. Trois. Quatre. Cinq prises seront nécessaires pour ce tout petit plan.
Peu importe, le public, qui domine la scène, immortalise ces instants uniques et se prête au jeu sans rechigner. On se tait quand le silence est demandé, on se déplace quand on entre, malencontreusement, dans le champ et on coupe même son téléphone portable quand c’est demandé par le régisseur.
Un appareil photo mitraille. Deux touristes coréens, arrivés là un peu par hasard, au gré de leur découverte de la capitale, en profitent pour ramener au pays des souvenirs différents. Seul regret : «On ne voit aucun acteur célèbre!»
Bruno Todeschini (nommé aux Césars en 2004 pour son rôle dans Son frère, de Patrice Chéreau) était pourtant présent pendant ces deux jours de tournage au Grand-Duché. Pas sûr, cependant, qu’il soit très connu en Corée du Sud.
L’équipe de tournage a désormais quitté le pays pour poursuivre ce Fragonard… à Paris. Il faudra désormais attendre sa programmation télé pour en voir le résultat!

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Fragonard et les écorchés

Honoré Fragonard (1732-1799), médecin anatomiste français, a connu la célébrité pour ses écorchés, qui sont conservés dans le musée Fragonard (École nationale vétérinaire de Maisons-Alfort). Il fut une figure extravagante et énigmatique du siècle des Lumières. Scientifique brillant, il a poussé à sa perfection l’art de la dissection, en réalisant des coupes anatomiques d’une qualité exceptionnelle, grâce à une méthode de conservation des corps qui est toujours inconnue à se jour.
Il était également le cousin germain de Jean Honoré Fragonard, l’un des plus illustres peintre du XVIIIe siècle. Passionné par le monde des arts, il fréquenta le peintre David et bon nombre de personnalités du monde artistique de l’époque.
Praticien de génie, il défend l’esprit scientifique contre la morale religieuse. Pour l’Église, le corps et l’âme sont indissociablement liés. Ce concept va être mis à mal par ce médecin qui ne s’ intéresse qu’à la «mécanique» de la machine humaine, simple matériau nécessaire à la réalisation de ses travaux. Individualiste et introverti, Fragonard caresse toujours l’espoir de devenir un «artiste à part entière», mais son œuvre à lui est faite de chair et de sang.
Au crépuscule de sa vie, il va prendre part à la Révolution française, en défendant la cause du peuple. Proche des figures de proue de la Révolution, il prit part à ces événements marquants qui jetteront les bases de l’histoire contemporaine.

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