Sep 18 2013

Brancheur de son

Published by at 01:56 under Industry

SOURCE: http://www.lequotidien.lu

Le secteur du cinéma connaît un essor fulgurant au Luxembourg. Chaque semaine, Le Quotidien vous propose de découvrir un métier du septième art. Rencontre avec Michel Schillings, mixeur. De notre journaliste Audrey Somnard

Si le spectateur ne s’en rend pas vraiment compte, l’ambiance d’un film tient souvent aux sons. La fluidité des dialogues, la bande-son, les bruitages: tout cela tient à un travail d’orfèvre orchestré par le mixeur son, qui intervient à la toute fin du processus de création d’un film.

C’est le moment de la «détection» dans le processus de production d’un film. Le réalisateur et le monteur se réunissent avec l’équipe son, c’est-à-dire le monteur son, qui est intervenu sur les dialogues et les sons additionnels, et le mixeur, responsable final de la bande-son, ainsi que le responsable de la postsyncronisation (plus familièrement, la postsyncro). Tout ce petit monde se penche sur la matière sonore qui a été constituée lors du tournage. «C’est autant une démarche artistique que technique, explique Michel Schillings, dans son studio son au Filmland (Kehlen) qui plonge dans les conditions de visionnage telles qu’on les connaît sur grand écran. Nous devons étudier le son plan par plan et détecter les bruits non désirables : un avion dans un film d’époque, un bruit de caméra, un ventilateur, un groupe électrogène, un frigo dans une scène de bar qui a été loué pour le tournage. Nous devons déterminer à quel point ces “bruits” peuvent être gênants.»

Rien n’est laissé au hasard

Parfois, des choses doivent être modifiées. Par exemple, les comédiens sont invités à réenregistrer un nouveau texte, pour coller aux modifications du scénario. Il suffit parfois d’ajouter des voix d’une conversation téléphonique, d’un présentateur d’informations à la télévision. «Nous allons chercher en général un vrai journaliste télé, pour que le ton y soit.» L’équipe travaille toujours ensemble pour prendre ces décisions, et c’est bien souvent la première fois que le réalisateur et monteur voient leur film sur un grand écran.

Sur un tournage, toute trace sonore de présence humaine est éliminée pour n’enregistrer que les voix principales. Il faut alors enregistrer séparément tous les bruits d’ambiance : «Normalement, le preneur de son enregistre les figurants après le tournage de la scène, mais parfois ça ne colle pas. Il faut alors appeler des comédiens de doublage pour ajouter ces bruits d’ambiance. Cela rajoute une journée de travail. Parfois, on nous demande de reprendre des sons, mais en règle général le plus gros est fait. Mais le terme “rattraper” est beaucoup utilisé!», raconte Michel Schillings. Et si l’exigence de qualité finale est toujours la même, plus il y a de rattrapages à faire, plus cela prend du temps. Et en général la production a beaucoup de mal à en donner, les budgets étant plutôt serrés.

Le premier jour de réunion de «détection» est souvent le lieu de la première rencontre entre le réalisateur et le mixeur. Il y a alors toute une atmosphère de travail qui s’installe. Sur des films en coproduction, comme c’est presque toujours le cas au Luxembourg, le réalisateur n’a souvent pas pu choisir toute ses collaborateurs. Il faut souvent composer avec les membres d’une équipe composée de Français, Belges et Luxembourgeois : «Il y a souvent une appréhension au départ du réalisateur, car le son est vraiment très important dans un film. Mais en général ça les rassure de rencontrer des francophones.»

En ce qui concerne le son, Michel Schillings estime que 80 % de ce qui a été enregistré au tournage sera gardé. Et rien n’est laissé au hasard : «Au tournage, tous les bruits sont éliminés, il faut donc les reconstituer par des bruitages. Par exemple, il faudra le bruit d’une lourde porte, alors que la production n’a utilisé qu’une porte bas de gamme pour le tournage.» Et rien que la reconstitution de tous les bruits du film représente une à trois semaines de travail, entre le travail du mixeur et celui du bruiteur. En parallèle, le monteur dialogues a quatre semaines de travail en général : «C’est un travail de dentelière qui est souvent sous-estimé. Il évite pas mal de postsyncro et propose au mixage la meilleure prise son. Il gomme tous les petits bruits de bouche que les comédiens peuvent faire, ceci afin de livrer une matière la plus pure possible.»

«Gérer la dynamique et la rythmique d’un film»

Le rôle du mixeur est alors de porter la vision d’un film, du point de vue sonore : «C’est à nous de gérer la dynamique et la rythmique d’un film, il faut sentir la veine sonore d’un film. Le réalisateur est un chef d’orchestre, mais il a parfois du mal à communiquer sa vision. C’est avec mon expérience que j’arrive à percevoir ce que le réalisateur veut faire de son film.» Ce qui représente le plus de travail pour le mixeur, ce sont les dialogues : «C’est techniquement le plus prenant, car il faut tout trier afin de préparer le film à la version internationale, sans les voix. Je dresse le squelette du film. Pour son film La Vie d’une autre, Sylvie Testud s’est enthousiasmée de voir comment on pouvait jouer sur la justesse des comédiens. Pour le film Boule et Bill, l’enfant jouant Boule a paniqué pendant le tournage, et il a fallu de plus “raboter” son accent belge. Ce qui, finalement, a permis de démontrer l’importance de notre métier.»

Puis, après les dialogues, le mixeur intègre les bruitages et l’ambiance du film. Une étape incontournable qui peut faire basculer un film : «Il faut faire coïncider tous les éléments, car c’est le son qui amène la troisième dimension. Tous les sons participent à l’émotion du film. Pour le film Une histoire d’amour, d’Hélène Fillières, avec Benoît Poelevoorde et Laetitia Casta, la réalisatrice ne s’est pas rendu compte de l’importance du son. C’était son premier film. Nous avons retravaillé le film pendant douze jours. C’est aussi mon rôle d’accompagner le réalisateur et de lui apporter mon expérience, surtout lorsqu’il s’agit de premier film. Mixer c’est choisir, alors évidemment on ne peut pas faire plaisir à tout le monde…»

Profession mixeur

Au cinéma, un mixeur, ou ingénieur du son de mixage (en anglais, re-recording mixer), est le dernier intervenant à apport créatif dans la chaîne de postproduction sonore. Le mixeur a la charge de mélanger, équilibrer, harmoniser toutes les différentes pistes sonores afin élaborer la bande-son finale du film. Il doit mettre en œuvre des choix esthétiques et techniques, tout en répondant aux attentes du réalisateur et du producteur.

L’apparition de la stéréo, aux alentours des années 80, a complexifié le travail du mixage, le passage au tout-numérique a fortement modifié les mœurs. Le mixage multicanal 5.1 et la montée en puissance des DAW (digital audio workstation), qui sont des ordinateurs dédiés à l’enregistrement, au montage et au mixage, bouleversent et remettent en question les métiers, les usages et les règles établies.

La console de mixage est devenue aussi une «surface de contrôle», c’est-à-dire une immense télécommande. L’automation, qui permet l’enregistrement et la reproduction automatique des mouvements des faders et de toutes les actions effectuées par le mixeur, s’est généralisée.

Les techniques de prémixage physique tendent à disparaître, remplacées par ce que l’on appelle l’«once pass», c’est-à-dire que tous les éléments source (quelquefois plusieurs centaines) restent accessibles à tout moment ou à chaque étape du mixage.

Ces évolutions permettent de retoucher, modifier et rectifier le mixage à n’importe quel moment : par exemple après une projection test (preview).

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SOURCE: http://www.lequotidien.lu

Le secteur du cinéma connaît un essor fulgurant au Luxembourg. Chaque semaine, Le Quotidien vous propose de découvrir un métier du septième art. Rencontre avec Michel Schillings, mixeur. De notre journaliste Audrey Somnard

Si le spectateur ne s’en rend pas vraiment compte, l’ambiance d’un film tient souvent aux sons. La fluidité des dialogues, la bande-son, les bruitages: tout cela tient à un travail d’orfèvre orchestré par le mixeur son, qui intervient à la toute fin du processus de création d’un film.

C’est le moment de la «détection» dans le processus de production d’un film. Le réalisateur et le monteur se réunissent avec l’équipe son, c’est-à-dire le monteur son, qui est intervenu sur les dialogues et les sons additionnels, et le mixeur, responsable final de la bande-son, ainsi que le responsable de la postsyncronisation (plus familièrement, la postsyncro). Tout ce petit monde se penche sur la matière sonore qui a été constituée lors du tournage. «C’est autant une démarche artistique que technique, explique Michel Schillings, dans son studio son au Filmland (Kehlen) qui plonge dans les conditions de visionnage telles qu’on les connaît sur grand écran. Nous devons étudier le son plan par plan et détecter les bruits non désirables : un avion dans un film d’époque, un bruit de caméra, un ventilateur, un groupe électrogène, un frigo dans une scène de bar qui a été loué pour le tournage. Nous devons déterminer à quel point ces “bruits” peuvent être gênants.»

Rien n’est laissé au hasard

Parfois, des choses doivent être modifiées. Par exemple, les comédiens sont invités à réenregistrer un nouveau texte, pour coller aux modifications du scénario. Il suffit parfois d’ajouter des voix d’une conversation téléphonique, d’un présentateur d’informations à la télévision. «Nous allons chercher en général un vrai journaliste télé, pour que le ton y soit.» L’équipe travaille toujours ensemble pour prendre ces décisions, et c’est bien souvent la première fois que le réalisateur et monteur voient leur film sur un grand écran.

Sur un tournage, toute trace sonore de présence humaine est éliminée pour n’enregistrer que les voix principales. Il faut alors enregistrer séparément tous les bruits d’ambiance : «Normalement, le preneur de son enregistre les figurants après le tournage de la scène, mais parfois ça ne colle pas. Il faut alors appeler des comédiens de doublage pour ajouter ces bruits d’ambiance. Cela rajoute une journée de travail. Parfois, on nous demande de reprendre des sons, mais en règle général le plus gros est fait. Mais le terme “rattraper” est beaucoup utilisé!», raconte Michel Schillings. Et si l’exigence de qualité finale est toujours la même, plus il y a de rattrapages à faire, plus cela prend du temps. Et en général la production a beaucoup de mal à en donner, les budgets étant plutôt serrés.

Le premier jour de réunion de «détection» est souvent le lieu de la première rencontre entre le réalisateur et le mixeur. Il y a alors toute une atmosphère de travail qui s’installe. Sur des films en coproduction, comme c’est presque toujours le cas au Luxembourg, le réalisateur n’a souvent pas pu choisir toute ses collaborateurs. Il faut souvent composer avec les membres d’une équipe composée de Français, Belges et Luxembourgeois : «Il y a souvent une appréhension au départ du réalisateur, car le son est vraiment très important dans un film. Mais en général ça les rassure de rencontrer des francophones.»

En ce qui concerne le son, Michel Schillings estime que 80 % de ce qui a été enregistré au tournage sera gardé. Et rien n’est laissé au hasard : «Au tournage, tous les bruits sont éliminés, il faut donc les reconstituer par des bruitages. Par exemple, il faudra le bruit d’une lourde porte, alors que la production n’a utilisé qu’une porte bas de gamme pour le tournage.» Et rien que la reconstitution de tous les bruits du film représente une à trois semaines de travail, entre le travail du mixeur et celui du bruiteur. En parallèle, le monteur dialogues a quatre semaines de travail en général : «C’est un travail de dentelière qui est souvent sous-estimé. Il évite pas mal de postsyncro et propose au mixage la meilleure prise son. Il gomme tous les petits bruits de bouche que les comédiens peuvent faire, ceci afin de livrer une matière la plus pure possible.»

«Gérer la dynamique et la rythmique d’un film»

Le rôle du mixeur est alors de porter la vision d’un film, du point de vue sonore : «C’est à nous de gérer la dynamique et la rythmique d’un film, il faut sentir la veine sonore d’un film. Le réalisateur est un chef d’orchestre, mais il a parfois du mal à communiquer sa vision. C’est avec mon expérience que j’arrive à percevoir ce que le réalisateur veut faire de son film.» Ce qui représente le plus de travail pour le mixeur, ce sont les dialogues : «C’est techniquement le plus prenant, car il faut tout trier afin de préparer le film à la version internationale, sans les voix. Je dresse le squelette du film. Pour son film La Vie d’une autre, Sylvie Testud s’est enthousiasmée de voir comment on pouvait jouer sur la justesse des comédiens. Pour le film Boule et Bill, l’enfant jouant Boule a paniqué pendant le tournage, et il a fallu de plus “raboter” son accent belge. Ce qui, finalement, a permis de démontrer l’importance de notre métier.»

Puis, après les dialogues, le mixeur intègre les bruitages et l’ambiance du film. Une étape incontournable qui peut faire basculer un film : «Il faut faire coïncider tous les éléments, car c’est le son qui amène la troisième dimension. Tous les sons participent à l’émotion du film. Pour le film Une histoire d’amour, d’Hélène Fillières, avec Benoît Poelevoorde et Laetitia Casta, la réalisatrice ne s’est pas rendu compte de l’importance du son. C’était son premier film. Nous avons retravaillé le film pendant douze jours. C’est aussi mon rôle d’accompagner le réalisateur et de lui apporter mon expérience, surtout lorsqu’il s’agit de premier film. Mixer c’est choisir, alors évidemment on ne peut pas faire plaisir à tout le monde…»

Profession mixeur

Au cinéma, un mixeur, ou ingénieur du son de mixage (en anglais, re-recording mixer), est le dernier intervenant à apport créatif dans la chaîne de postproduction sonore. Le mixeur a la charge de mélanger, équilibrer, harmoniser toutes les différentes pistes sonores afin élaborer la bande-son finale du film. Il doit mettre en œuvre des choix esthétiques et techniques, tout en répondant aux attentes du réalisateur et du producteur.

L’apparition de la stéréo, aux alentours des années 80, a complexifié le travail du mixage, le passage au tout-numérique a fortement modifié les mœurs. Le mixage multicanal 5.1 et la montée en puissance des DAW (digital audio workstation), qui sont des ordinateurs dédiés à l’enregistrement, au montage et au mixage, bouleversent et remettent en question les métiers, les usages et les règles établies.

La console de mixage est devenue aussi une «surface de contrôle», c’est-à-dire une immense télécommande. L’automation, qui permet l’enregistrement et la reproduction automatique des mouvements des faders et de toutes les actions effectuées par le mixeur, s’est généralisée.

Les techniques de prémixage physique tendent à disparaître, remplacées par ce que l’on appelle l’«once pass», c’est-à-dire que tous les éléments source (quelquefois plusieurs centaines) restent accessibles à tout moment ou à chaque étape du mixage.

Ces évolutions permettent de retoucher, modifier et rectifier le mixage à n’importe quel moment : par exemple après une projection test (preview).

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