Mar 20 2013

Cinéma français : les évasions barbares

Published by at 03:51 under Français,Industry

SOURCE: http://next.liberation.fr

«En 2012, 70% des films français de plus de 10 millions d’euros de budget, mais aussi près de 38% de la production globale française ont été délocalisés vers la Belgique ou le Luxembourg.» L’ingénieur du son et mixeur Eric Tisserand a essayé de profiter de son césar (Cloclo), afin d’attirer l’attention des politiques et du public sur la tendance alarmante à la fuite des tournages et postproductions sous des cieux plus rémunérateurs et fiscalement riant que les nôtres. Mais son discours n’a guère été compris faute d’être entendu, la machine à gags de l’émission de télé détestant les mauvaises nouvelles. L’instauration en 2003 par nos voisins belges du «tax shelter», incitant à l’investissement privé dans la production audiovisuelle ou encore les conditions très avantageuses offertes par le Luxembourg (charges patronales et salariales allégées, Fonds national de soutien à la production, programme d’aides sélectives…) expliquent le désir irrépressible des producteurs pour ces contrées mitoyennes aussi bien pour y tourner leurs films que pour les monter ou mixer. Le système profite aux techniciens et acteurs belges et/ou luxembourgeois, puisque l’argent investi par ces territoires doit être dépensé en les embauchant et en recourant aux infrastructures techniques locales. On peut décider qu’on s’en fiche, que c’est l’Europe des frontières ouvertes, mais les professionnels français, directement concernés par ces délocalisations (les différents chefs de postes de tournages, les monteurs, les mixeurs…), commencent à tirer la sonnette d’alarme. Et il est vrai qu’il est assez cocasse de se dire que le dernier Astérix a été entièrement fabriqué en hors-sol français au profit de Malte, de la Hongrie et de l’Irlande. La Ficam (la Fédération des industries du cinéma, de l’audiovisuel et du multimédia) publie régulièrement un état des lieux de cette fragilisation d’une filière industrielle, citant de nombreux autres cas de délocalisation partielle ou totale pour des films récents, sortis ou encore à venir : Möbius d’Eric Rochant (Belgique et Luxembourg), l’Ecume des jours de Michel Gondry, Abus de faiblesse de Catherine Breillat (Belgique), la Belle et la Bête de Christophe Gans (tourné en studios, en Allemagne)… Avec à la clé, outre des mécanismes de correction encore à inventer pour rapatrier les troupes, une question sensible : pourquoi ces films, tout ou partie tournés à l’étranger, bénéficient-ils à 100% de la remontée du compte de soutien ? Car, les producteurs sont ainsi doublement vernis : choyé chez les voisins qui pratiquent le dumping fiscal et industriel, et dorloté à la maison par une politique protectionniste de taxe sur les tickets de cinéma.

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«En 2012, 70% des films français de plus de 10 millions d’euros de budget, mais aussi près de 38% de la production globale française ont été délocalisés vers la Belgique ou le Luxembourg.» L’ingénieur du son et mixeur Eric Tisserand a essayé de profiter de son césar (Cloclo), afin d’attirer l’attention des politiques et du public sur la tendance alarmante à la fuite des tournages et postproductions sous des cieux plus rémunérateurs et fiscalement riant que les nôtres. Mais son discours n’a guère été compris faute d’être entendu, la machine à gags de l’émission de télé détestant les mauvaises nouvelles. L’instauration en 2003 par nos voisins belges du «tax shelter», incitant à l’investissement privé dans la production audiovisuelle ou encore les conditions très avantageuses offertes par le Luxembourg (charges patronales et salariales allégées, Fonds national de soutien à la production, programme d’aides sélectives…) expliquent le désir irrépressible des producteurs pour ces contrées mitoyennes aussi bien pour y tourner leurs films que pour les monter ou mixer. Le système profite aux techniciens et acteurs belges et/ou luxembourgeois, puisque l’argent investi par ces territoires doit être dépensé en les embauchant et en recourant aux infrastructures techniques locales. On peut décider qu’on s’en fiche, que c’est l’Europe des frontières ouvertes, mais les professionnels français, directement concernés par ces délocalisations (les différents chefs de postes de tournages, les monteurs, les mixeurs…), commencent à tirer la sonnette d’alarme. Et il est vrai qu’il est assez cocasse de se dire que le dernier Astérix a été entièrement fabriqué en hors-sol français au profit de Malte, de la Hongrie et de l’Irlande. La Ficam (la Fédération des industries du cinéma, de l’audiovisuel et du multimédia) publie régulièrement un état des lieux de cette fragilisation d’une filière industrielle, citant de nombreux autres cas de délocalisation partielle ou totale pour des films récents, sortis ou encore à venir : Möbius d’Eric Rochant (Belgique et Luxembourg), l’Ecume des jours de Michel Gondry, Abus de faiblesse de Catherine Breillat (Belgique), la Belle et la Bête de Christophe Gans (tourné en studios, en Allemagne)… Avec à la clé, outre des mécanismes de correction encore à inventer pour rapatrier les troupes, une question sensible : pourquoi ces films, tout ou partie tournés à l’étranger, bénéficient-ils à 100% de la remontée du compte de soutien ? Car, les producteurs sont ainsi doublement vernis : choyé chez les voisins qui pratiquent le dumping fiscal et industriel, et dorloté à la maison par une politique protectionniste de taxe sur les tickets de cinéma.

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