Sep 03 2013

En version luxembourgeoise

Published by at 01:19 under Industry

SOURCE: http://www.lequotidien.lu

Le secteur du cinéma connaît un essor fulgurant au Luxembourg. Chaque semaine, Le Quotidien vous propose de découvrir un métier du cinéma. Rencontre avec Jean-Pierre Thilges, ancien critique et adaptateur.

Touche-à-tout mais avant tout fanatique de cinéma, Jean-Pierre Thilges a désormais un pied dans l’industrie en traduisant des scénarios, notamment en doublant la célèbre série Les Simpsons en langue luxembourgeoise. Une première.

De notre journaliste Audrey Somnard

C’est à l’âge de cinq ans que Jean-Pierre Thilges est tombé dans la marmite du cinéma, grâce à sa grand-mère. Cette dernière, férue de grands écrans, l’emmenait durant son enfance trois à quatre fois par semaine au cinéma. Et depuis, la passion ne l’a jamais quitté. Alors qu’il travaillait dans le secteur bancaire, Jean-Pierre Thilges est, depuis les années 1970, critique cinéma dans la presse luxembourgeoise. Pourtant à cette époque, le Grand-Duché était mal équipé côté salles : «Dans les années 1970, toutes les salles étaient vétustes, les programmations étaient mauvaises, bref, c’était la catastrophe. D’où l’essor des ciné-clubs. Avec 20 copains, on a mis toutes nos économies pour transformer un garage au Limpertsberg. Pour passer des films que les autres ne passaient pas, et cela a été un véritable succès.» Ce «garage» s’est agrandi en plusieurs salles pour donner naissance à Utopia, puis le même groupe a investi le Kirchberg pour créer en 1996 l’Utopolis.

En 2010, c’est la retraite anticipée pour Jean-Pierre Thilges, mais pas question de rester à la maison visionner des films. «Après des années à critiquer les films, j’ai voulu me lancer dans le monde du cinéma à proprement parler. J’ai pensé aux traductions que nécessitent les scénarios de coproductions luxembourgeoises. Puis Steve Schmit de RTL m’a contacté. Ils avaient acheté les droits de diffusion des Simpsons et cherchaient quelqu’un pour écrire les doublages en luxembourgeois. Depuis deux ans, je m’en charge et c’est très amusant!».

Le succès est tel que les diffusions du week-end devraient être étendues à une diffusion journalière. L’exercice amuse beaucoup Jean-Pierre Thilges : «Springfield (NDRL : ville fictive où se déroule la série Les Simpson), c’est petit comme le Luxembourg, tout le monde se connaît. La Fox m’envoie les scénarios originaux, à moi de les traduire et de les adapter. Je préfère trouver des équivalents luxembourgeois pour les personnages secondaires, par exemple.»

Des services secrets américains au SREL

D’ailleurs, ce dernier vient de finir l’adaptation de l’épisode The Falcon and the D’ohman en version originale. L’histoire d’un ancien employé des services secrets qui atterrit à la centrale nucléaire où travaille le personnage principal, Homer. Il n’en fallait pas plus pour que Jean-Pierre Thilges l’adapte à la sauce luxembourgeoise en donnant comme titre luxembourgeois «SREL. Oder net SREL». Un petit clin d’œil à l’actualité luxembourgeoise : «Je peux changer certaines choses et les adapter aux célébrités luxembourgeoises, RTL me laisse cette liberté.»

Une fois le texte traduit, il est envoyé aux studios Jeanne Linster à Frisange où les doublures sont enregistrées. «Les structures de phrases en anglais et en luxembourgeois sont relativement similaires. Je fais en sorte que la longueur des phrases colle. Et puis le mouvement des lèvres dans les dessins animés est quand même moins précis que dans les films, heureusement!», indique Jean-Pierre Thilges, qui passe un jour de traduction pour chaque épisode.

Ce dernier n’est pas pour autant un défenseur acharné de la langue luxembourgeoise : «Paradoxalement, je déteste les doublages, je regarde les films uniquement en VO. Mais pour la télévision, je ne suis pas puriste et je trouve rigolo que les enfants puissent regarder leur dessin animé en luxembourgeois. Mais ce n’est pas une démarche militante de ma part. Je ne comprends pas cette polémique sur les langues au Luxembourg, ma seule réserve étant pour les hôpitaux, car les personnes âgées ont besoin de pouvoir s’exprimer en luxembourgeois si elles le souhaitent. En attendant, je caresse le rêve que Disney souhaite doubler ses films en luxembourgeois. J’adorerais le faire!»

En plus des Simpsons, il a assuré la version luxembourgeoise des films d’animation Pinocchio, ainsi qu’Ernest et Célestine. Et a réalisé aussi les sous-titres de coproductions luxembourgeoises, comme le film Tip Top avec Sandrine Kiberlain et Isabelle Huppert, qui a été présenté à Cannes. Une belle carte de visite, alors que Jean-Pierre Thilges attend la confirmation d’une nouvelle série diffusée au Grand-Duché, qui devra être doublée en luxembourgeois. Un peu de patience…

Les atouts du doublage

Par rapport aux sous-titres, le doublage permet de se plonger davantage dans l’action. Cependant, si les voix des comédiens de doublage sont trop différentes de celles des comédiens originaux ou trop différentes du type de voix attendu compte tenu de la morphologie de l’acteur original, l’immersion peut en pâtir. Par ailleurs, le doublage peut poser des problèmes de fidélité à l’intrigue originale, notamment lorsque les personnages utilisent plusieurs langues différentes. Devant ce genre de difficultés, certains films optent pour une solution hybride, entre doublage et sous-titrage : ils font parler certains personnages dans une langue autre que celle du doublage, qui est sous-titrée. Dans le cas des coproductions internationales, cette méthode peut présenter un atout du point de vue de la crédibilité : dans la version française des Vacances de Mr. Bean, les acteurs anglophones parlent en anglais avec des sous-titres français et les acteurs francophones parlent français.

Un autre problème engendré est celui où un humour basé sur un jeu de mots – donc intraduisible – est nécessaire pour comprendre l’intrigue. Mais le doublage est utile dans les œuvres pour enfants qui ne sont pas encore capables de lire correctement les sous-titres.

Comments

comments

SOURCE: http://www.lequotidien.lu

Le secteur du cinéma connaît un essor fulgurant au Luxembourg. Chaque semaine, Le Quotidien vous propose de découvrir un métier du cinéma. Rencontre avec Jean-Pierre Thilges, ancien critique et adaptateur.

Touche-à-tout mais avant tout fanatique de cinéma, Jean-Pierre Thilges a désormais un pied dans l’industrie en traduisant des scénarios, notamment en doublant la célèbre série Les Simpsons en langue luxembourgeoise. Une première.

De notre journaliste Audrey Somnard

C’est à l’âge de cinq ans que Jean-Pierre Thilges est tombé dans la marmite du cinéma, grâce à sa grand-mère. Cette dernière, férue de grands écrans, l’emmenait durant son enfance trois à quatre fois par semaine au cinéma. Et depuis, la passion ne l’a jamais quitté. Alors qu’il travaillait dans le secteur bancaire, Jean-Pierre Thilges est, depuis les années 1970, critique cinéma dans la presse luxembourgeoise. Pourtant à cette époque, le Grand-Duché était mal équipé côté salles : «Dans les années 1970, toutes les salles étaient vétustes, les programmations étaient mauvaises, bref, c’était la catastrophe. D’où l’essor des ciné-clubs. Avec 20 copains, on a mis toutes nos économies pour transformer un garage au Limpertsberg. Pour passer des films que les autres ne passaient pas, et cela a été un véritable succès.» Ce «garage» s’est agrandi en plusieurs salles pour donner naissance à Utopia, puis le même groupe a investi le Kirchberg pour créer en 1996 l’Utopolis.

En 2010, c’est la retraite anticipée pour Jean-Pierre Thilges, mais pas question de rester à la maison visionner des films. «Après des années à critiquer les films, j’ai voulu me lancer dans le monde du cinéma à proprement parler. J’ai pensé aux traductions que nécessitent les scénarios de coproductions luxembourgeoises. Puis Steve Schmit de RTL m’a contacté. Ils avaient acheté les droits de diffusion des Simpsons et cherchaient quelqu’un pour écrire les doublages en luxembourgeois. Depuis deux ans, je m’en charge et c’est très amusant!».

Le succès est tel que les diffusions du week-end devraient être étendues à une diffusion journalière. L’exercice amuse beaucoup Jean-Pierre Thilges : «Springfield (NDRL : ville fictive où se déroule la série Les Simpson), c’est petit comme le Luxembourg, tout le monde se connaît. La Fox m’envoie les scénarios originaux, à moi de les traduire et de les adapter. Je préfère trouver des équivalents luxembourgeois pour les personnages secondaires, par exemple.»

Des services secrets américains au SREL

D’ailleurs, ce dernier vient de finir l’adaptation de l’épisode The Falcon and the D’ohman en version originale. L’histoire d’un ancien employé des services secrets qui atterrit à la centrale nucléaire où travaille le personnage principal, Homer. Il n’en fallait pas plus pour que Jean-Pierre Thilges l’adapte à la sauce luxembourgeoise en donnant comme titre luxembourgeois «SREL. Oder net SREL». Un petit clin d’œil à l’actualité luxembourgeoise : «Je peux changer certaines choses et les adapter aux célébrités luxembourgeoises, RTL me laisse cette liberté.»

Une fois le texte traduit, il est envoyé aux studios Jeanne Linster à Frisange où les doublures sont enregistrées. «Les structures de phrases en anglais et en luxembourgeois sont relativement similaires. Je fais en sorte que la longueur des phrases colle. Et puis le mouvement des lèvres dans les dessins animés est quand même moins précis que dans les films, heureusement!», indique Jean-Pierre Thilges, qui passe un jour de traduction pour chaque épisode.

Ce dernier n’est pas pour autant un défenseur acharné de la langue luxembourgeoise : «Paradoxalement, je déteste les doublages, je regarde les films uniquement en VO. Mais pour la télévision, je ne suis pas puriste et je trouve rigolo que les enfants puissent regarder leur dessin animé en luxembourgeois. Mais ce n’est pas une démarche militante de ma part. Je ne comprends pas cette polémique sur les langues au Luxembourg, ma seule réserve étant pour les hôpitaux, car les personnes âgées ont besoin de pouvoir s’exprimer en luxembourgeois si elles le souhaitent. En attendant, je caresse le rêve que Disney souhaite doubler ses films en luxembourgeois. J’adorerais le faire!»

En plus des Simpsons, il a assuré la version luxembourgeoise des films d’animation Pinocchio, ainsi qu’Ernest et Célestine. Et a réalisé aussi les sous-titres de coproductions luxembourgeoises, comme le film Tip Top avec Sandrine Kiberlain et Isabelle Huppert, qui a été présenté à Cannes. Une belle carte de visite, alors que Jean-Pierre Thilges attend la confirmation d’une nouvelle série diffusée au Grand-Duché, qui devra être doublée en luxembourgeois. Un peu de patience…

Les atouts du doublage

Par rapport aux sous-titres, le doublage permet de se plonger davantage dans l’action. Cependant, si les voix des comédiens de doublage sont trop différentes de celles des comédiens originaux ou trop différentes du type de voix attendu compte tenu de la morphologie de l’acteur original, l’immersion peut en pâtir. Par ailleurs, le doublage peut poser des problèmes de fidélité à l’intrigue originale, notamment lorsque les personnages utilisent plusieurs langues différentes. Devant ce genre de difficultés, certains films optent pour une solution hybride, entre doublage et sous-titrage : ils font parler certains personnages dans une langue autre que celle du doublage, qui est sous-titrée. Dans le cas des coproductions internationales, cette méthode peut présenter un atout du point de vue de la crédibilité : dans la version française des Vacances de Mr. Bean, les acteurs anglophones parlent en anglais avec des sous-titres français et les acteurs francophones parlent français.

Un autre problème engendré est celui où un humour basé sur un jeu de mots – donc intraduisible – est nécessaire pour comprendre l’intrigue. Mais le doublage est utile dans les œuvres pour enfants qui ne sont pas encore capables de lire correctement les sous-titres.

Comments

comments

No responses yet

Comments are closed at this time.

Trackback URI |