Jul 09 2010

Filmkritik: Mir wëllen net bleiwen

Published by at 01:01 under Industry

SOURCE: REVUE (via RTL) Auteur: Jean-Pierre Thilges

Certains Luxembourgeois ayant tendance à considérer leur pays comme le nombril du monde, il était temps qu’un film comme «Mir wëllen net bleiwen» remette les pendules à l’heure.

«A chaque fois que j’évoquais le Luxembourg chez des gens au Niger, on me jetait des regards incrédules ou on me parlait de machines à laver». Ce petit commentaire de Mariette Braquet pendant la conférence de presse après la présentation du film définit au mieux comment notre pays est (trop souvent) perçu à l’étranger – un coin perdu au centre de l’Europe où tout le monde gagne un fric fou et où les banques lavent de l’argent sale à longueur de journée. C’est évidemment le cliché idéal pour dénigrer les Luxembourgeois – surtout à un moment de l’histoire où même les vaches sacrées bancaires sont en train de vaciller sur leur trône suite à la crise financière. Mais même si pour d’aucuns, le Luxembourg n’est guère plus qu’un pet de mouche sur une mappemonde, ces éternelles jérémiades (non fondées!) de nos voisins plus ou moins jaloux nous font quand même chier.

Mariette Braquet travaille depuis belle lurette pour une ONG dans le Royaume du Gobir, situé sur la frontière entre le Niger et le Nigeria. Elle est l’un des personnages principaux (et aussi un des plus sympathiques) du nouveau documentaire de Pascal Becker et Yann Tonnar, «Mir wëllen net bleiwen», dont les auteurs sont allés trouver quatre Luxembourgeois qui, plutôt que de rester douillettement installés au coin du feu grand-ducal, ont choisi d’immigrer vers de lointaines contrées d’où, avec la distance géographique et celle des années, ils jettent un regard sur un pays qu’ils ont quitté volontairement. Fernand, Patrick et Josiane Elsen, une famille de fermiers, ont laissé derrière eux le sud du pays pour bâtir la ferme de leurs rêves dans les vastes étendues du Canada ; plutôt que d’accepter l’héritage d’un grand magasin en plein centre de la capitale, Claude Sternberg a choisi Jérusalem et Israël comme sa nouvelle patrie, où il a fondé une famille et où il travaille comme guide touristique (le multilinguisme des Luxembourgeois aidant) et comme jardinier; et Jos Spartz, originaire d’Echternach, s’est, depuis très, très longtemps installé en Indonésie où, soit à Jakarta soit dans la province de Lampung, il s’est acheté deux îles privées, il s’est crée son propre «Grand Duché» et où, grâce à l’argent qu’il a accumulé au fil des années, il tente de faire le bien autour de lui. Un cinquième personnage du film est Ronny Zachariah, un docteur d’origine sud-africaine qui, travaillant pour Médecins sans Frontières, a rencontré son épouse luxembourgeoise lors d’un séjour dans une zone de crise, et qui a choisi le Luxembourg pour s’y installer avec sa petite famille.

Si le film n’arrive pas vraiment à cerner ce qu’est un Luxembourgeois, cette créature mythique que l’on dit en voie de disparition et dont l’ultime spécimen sera un jour exposé au Musée des 3 Glands, les portraits de ces individus qui nous regardent du bout du monde et dont les images se chevauchent à travers des transitions souvent judicieuses, donnent néanmoins une sorte de fascinant puzzle de ce que nous autres Luxos sommes faits – chez nous, mais aussi au contact avec d’autres peuples qui sont nettement moins matérialistes que nous. Le film, dont la majeure partie est parlée en Luxembourgeois (sous-titré en français et en allemand) invite à un formidable voyage autour du globe, un voyage au cours duquel vous rencontrerez des personnages hauts en couleurs, souvent aimables, parfois agaçants et imbus d’eux-mêmes, inquiétants aussi dans leur opinions politiques, drôles par endroits, paternalistes aussi ou même pathétiques – vous les aurez au choix. Un choix éclectique qui vous fera soit sourire, soit grincer des dents, soit jeter les mains au ciel. Et ne sont-ce pas ce genre de réactions qui font un bon film. Alors qu’attendez-vous?

MIR WËLLEN NET BLEIWEN; Réalisé par Pascal Becker, Yann Tonnar; avec Marianne Braquet (Niger), Jos Spartz (Indonésie), les familles Elsen (Canada), Sternberg (Israël) et Zachariah (Luxembourg); Luxembourg 2010, 104 minutes; Cinés Utopia, Belval, Ariston, Kinosch.

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SOURCE: REVUE (via RTL) Auteur: Jean-Pierre Thilges

Certains Luxembourgeois ayant tendance à considérer leur pays comme le nombril du monde, il était temps qu’un film comme «Mir wëllen net bleiwen» remette les pendules à l’heure.

«A chaque fois que j’évoquais le Luxembourg chez des gens au Niger, on me jetait des regards incrédules ou on me parlait de machines à laver». Ce petit commentaire de Mariette Braquet pendant la conférence de presse après la présentation du film définit au mieux comment notre pays est (trop souvent) perçu à l’étranger – un coin perdu au centre de l’Europe où tout le monde gagne un fric fou et où les banques lavent de l’argent sale à longueur de journée. C’est évidemment le cliché idéal pour dénigrer les Luxembourgeois – surtout à un moment de l’histoire où même les vaches sacrées bancaires sont en train de vaciller sur leur trône suite à la crise financière. Mais même si pour d’aucuns, le Luxembourg n’est guère plus qu’un pet de mouche sur une mappemonde, ces éternelles jérémiades (non fondées!) de nos voisins plus ou moins jaloux nous font quand même chier.

Mariette Braquet travaille depuis belle lurette pour une ONG dans le Royaume du Gobir, situé sur la frontière entre le Niger et le Nigeria. Elle est l’un des personnages principaux (et aussi un des plus sympathiques) du nouveau documentaire de Pascal Becker et Yann Tonnar, «Mir wëllen net bleiwen», dont les auteurs sont allés trouver quatre Luxembourgeois qui, plutôt que de rester douillettement installés au coin du feu grand-ducal, ont choisi d’immigrer vers de lointaines contrées d’où, avec la distance géographique et celle des années, ils jettent un regard sur un pays qu’ils ont quitté volontairement. Fernand, Patrick et Josiane Elsen, une famille de fermiers, ont laissé derrière eux le sud du pays pour bâtir la ferme de leurs rêves dans les vastes étendues du Canada ; plutôt que d’accepter l’héritage d’un grand magasin en plein centre de la capitale, Claude Sternberg a choisi Jérusalem et Israël comme sa nouvelle patrie, où il a fondé une famille et où il travaille comme guide touristique (le multilinguisme des Luxembourgeois aidant) et comme jardinier; et Jos Spartz, originaire d’Echternach, s’est, depuis très, très longtemps installé en Indonésie où, soit à Jakarta soit dans la province de Lampung, il s’est acheté deux îles privées, il s’est crée son propre «Grand Duché» et où, grâce à l’argent qu’il a accumulé au fil des années, il tente de faire le bien autour de lui. Un cinquième personnage du film est Ronny Zachariah, un docteur d’origine sud-africaine qui, travaillant pour Médecins sans Frontières, a rencontré son épouse luxembourgeoise lors d’un séjour dans une zone de crise, et qui a choisi le Luxembourg pour s’y installer avec sa petite famille.

Si le film n’arrive pas vraiment à cerner ce qu’est un Luxembourgeois, cette créature mythique que l’on dit en voie de disparition et dont l’ultime spécimen sera un jour exposé au Musée des 3 Glands, les portraits de ces individus qui nous regardent du bout du monde et dont les images se chevauchent à travers des transitions souvent judicieuses, donnent néanmoins une sorte de fascinant puzzle de ce que nous autres Luxos sommes faits – chez nous, mais aussi au contact avec d’autres peuples qui sont nettement moins matérialistes que nous. Le film, dont la majeure partie est parlée en Luxembourgeois (sous-titré en français et en allemand) invite à un formidable voyage autour du globe, un voyage au cours duquel vous rencontrerez des personnages hauts en couleurs, souvent aimables, parfois agaçants et imbus d’eux-mêmes, inquiétants aussi dans leur opinions politiques, drôles par endroits, paternalistes aussi ou même pathétiques – vous les aurez au choix. Un choix éclectique qui vous fera soit sourire, soit grincer des dents, soit jeter les mains au ciel. Et ne sont-ce pas ce genre de réactions qui font un bon film. Alors qu’attendez-vous?

MIR WËLLEN NET BLEIWEN; Réalisé par Pascal Becker, Yann Tonnar; avec Marianne Braquet (Niger), Jos Spartz (Indonésie), les familles Elsen (Canada), Sternberg (Israël) et Zachariah (Luxembourg); Luxembourg 2010, 104 minutes; Cinés Utopia, Belval, Ariston, Kinosch.

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