Aug 08 2013

«J’aimerais faire plus de films ici»

Published by at 01:00 under Acting,Industry

SOURCE: http://www.lequotidien.lu

Le secteur du cinéma connaît un essor fulgurant au Luxembourg depuis une vingtaine d’années. Chaque jeudi, Le Quotidien vous propose de découvrir un métier du cinéma. Rencontre aujourd’hui avec un acteur.

Le métier d’acteur concerne de plus en plus de Luxembourgeois. Aujourd’hui on dénombre plus d’une centaine de comédiens professionnels au Grand-Duché. Bien évidemment, tous ne connaissent pas le même succès, mais ce chiffre prouve qu’il est possible de vivre de ce métier au Luxembourg. Jules Werner fait partie de cette jeune génération qui s’est fait un nom dans le paysage cinématographique européen. Il nous parle de son parcours mais aussi des difficultés pour réussir dans le milieu.

De notre collaborateur Mathieu Rosan

D’où vous vient cette envie de faire du cinéma et de devenir acteur?

Jules Werner : C’est quelque chose que j’ai toujours voulu faire, depuis mon plus jeune âge je dirais. Mon envie de faire du cinéma est venue naturellement. Je dirais que ça a commencé en primaire où j’avais déjà comme rêve de faire des films, et ça a pris plus d’ampleur à l’adolescence.

Quelle est la démarche à suivre si on veut devenir acteur quand on est luxembourgeois?

Au Luxembourg, il y a quelque chose qui marche bien, c’est le conservatoire. Pour les jeunes Luxembourgeois qui veulent avoir un premier contact avec le monde théâtral et la comédie, c’est vraiment très bien. Personnellement, j’ai commencé là-bas en prenant des cours de diction et d’art dramatique. J’en garde un très bon souvenir. Après cela, je suis entré dans le monde théâtral via le théâtre du Centaure à Luxembourg. Ça m’a permis d’avoir une petite expérience au théâtre et de commencer à me familiariser avec cet univers. En parallèle, j’ai passé mon bac et tout de suite après, je suis parti à Londres pour faire une école de comédien.

Que s’est-il passé après votre école d’art dramatique? Êtes-vous resté à Londres?

Oui, l’école m’a permis d’avoir pas mal de contacts avec différents directeurs de casting et metteurs en scène en Angleterre. Je faisais également partie d’une troupe spécialisée dans les pièces de Shakespeare. Ce fut pour moi une belle expérience pour apprendre concrètement le métier et appliquer ce que j’avais appris à l’école. Je suis resté sept ans à Londres avant de revenir à Luxembourg.

Comment s’est passé votre retour au pays?

Quand je suis rentré au Luxembourg, j’ai retrouvé de vieux contacts. Dans notre pays, les directeurs de casting et de théâtre sont tellement contents quand il y a des nouvelles têtes qu’ils sautent dessus! (rire) Je pense qu’en arrivant, c’est toujours assez simple de trouver son chemin mais c’est après que tout se complique. Où il faut un peu bosser, on va dire…

Quelles sont les difficultés que peut rencontrer un Luxembourgeois qui voudrait faire ce métier?

Il y a des avantages et des inconvénients quand on veut être comédien ou acteur dans notre pays. D’un côté, les contacts se font plus facilement du fait qu’il n’y ait pas beaucoup de monde. Mais d’un autre côté, les gens en ont souvent assez de voir toujours les mêmes têtes partout. Il y a un souhait de régénérer les visages qu’on voit habituellement dans le milieu. Pour les coproductions, c’est toujours plus compliqué, notamment par rapport à l’accent que l’on peut avoir dans certains films.

Existe-t-il des différences dans la façon de travailler entre les réalisateurs luxembourgeois et les autres?

Non, le métier reste globalement le même. Qu’on travaille avec un réalisateur luxembourgeois ou venant d’un autre pays, les exigences sont les mêmes. En revanche, on a ici au Luxembourg quelque chose qui me plaît beaucoup et qui est pour moi un avantage : c’est que l’on est au milieu des écoles françaises, anglaises et allemandes. On a donc un style de mise en scène et une façon de jouer qui sont un mélange de toutes ces influences. On a la chance de pouvoir reprendre les différents points positifs de chacune de ces écoles. Mais, à part ce langage théâtral qui vient de toute l’Europe, la façon de travailler reste la même qu’on travaille en France, au Luxembourg ou ailleurs. On fait le même métier, donc les bases restent les mêmes.

Les relations sont-elles bonnes entre les différents acteurs du pays?

Oui, tout se passe bien. Il y a toujours des petites jalousies, mais ça, c’est inévitable! En général, c’est un lieu où on est obligés de bien s’entendre. Le monde du cinéma est, ici, tellement petit et on se croise tellement souvent qu’on est obligés de bien s’accorder entre nous. Le contraire serait compliqué à gérer… Mais oui, en général, il y a une bonne ambiance.

Beaucoup d’acteurs comme vous arrivent-ils à vivre de ce métier au Luxembourg?

Je pense que oui, même si, malgré tout, j’ai une vision plutôt pessimiste sur la situation des acteurs dans le pays. Je suis parfois inquiet pour l’avenir : si on a réussi à créer des opportunités pour beaucoup de jeunes dans ce métier, le problème actuel reste que les jeunes qui sont partis faire des études de théâtre reviennent, et l’offre que l’on pourra leur offrir dans les prochaines années va diminuer. Le cinéma luxembourgeois fonctionne malheureusement par vagues, et on a parfois beaucoup de projets qui arrivent en même temps, et après plus rien! On a un problème de régularité. C’est ce genre de soucis que je me fais pour l’avenir.

Malgré tout, par rapport à l’étranger, on s’en sort plutôt bien. Vous n’imaginez pas le nombre de comédiens qui servent des mojitos dans les bars à Londres! Concernant les chiffres, je pense qu’il y a environ une centaine d’acteurs et de comédiens qui arrivent à vivre de ce métier au Luxembourg. Je suis cogérant du site actors.lu et on a déjà entre 60 et 70 comédiens répertoriés, sachant, bien entendu, que tous les acteurs luxembourgeois ne sont pas inscrits sur le site.

Avec quel genre de rôle vous sentez-vous le plus proche?

Avec l’expérience, j’ai une vision différente, et maintenant, je privilégie les personnes avec qui je travaille plutôt que le rôle. Pour moi, c’est le plus important! Si on travaille avec des personnes avec qui le courant ne passe pas, ça ne m’intéresse pas.

Généralement, êtes-vous plus attiré par les films luxembourgeois ou par les productions étrangères?

Si je pouvais, j’aimerais faire plus de films ici, au Luxembourg. Ce serait mon rêve. Il m’arrive d’avoir des films dans des coproductions, mais c’est plutôt rare.

Justement, vous avez tourné dans le premier polar de l’histoire luxembourgeoise. Ce fut une bonne expérience?

Oui, superbe! Une bonne équipe, une bonne ambiance, c’est un des projets dans lequel j’ai pris le plus de plaisir. J’aimerais que ce genre de film se fasse plus souvent dans le pays.

Est-ce plus difficile pour un acteur luxembourgeois de réussir à faire son trou dans le métier?

Je le pense, oui. Il y a déjà le souci de l’accent pour un film en français ou en allemand, ce qui est compliqué à gérer. Au théâtre, dans un spectacle vivant, c’est moins le cas, mais au cinéma, ça jure beaucoup plus si on tourne dans un film français et que l’on doit jouer un Français, car il y a toujours une petite touche d’accent qui peut poser problème avec certains rôles.

Quelle vision avez-vous du cinéma luxembourgeois?

Je pense qu’il y a un problème avec ce que veulent les politiques actuellement. Étant donné qu’ils donnent beaucoup d’argent pour aider le cinéma, ils sont vitaux dans notre processus. Le souci, c’est qu’il y a une différence entre subventionner la création locale et vouloir vendre l’image du pays. En ce moment, ils veulent que les productions nationales sortent du pays, fassent des tournées et s’exportent, mais cela coûte beaucoup plus d’argent et on doit investir toujours plus. Je pense qu’il faut d’abord continuer à investir dans la création pour encore améliorer le niveau, et ensuite, on pourra choisir une ou deux œuvres et essayer de les vendre à l’étranger. Il ne faut surtout pas oublier les jeunes qui ont fait beaucoup de sacrifices pour faire des études de théâtre et qui, maintenant, sont de retour ici alors qu’il y a moins de boulot. Avant d’essayer de diffuser en Europe, il faut financer la création. Le politicien veut montrer une image du Luxembourg, mais je pense qu’il faut créer avant de vendre.

Une belle filmographie!

En plus des différents films luxembourgeois comme Doudége Wenkel ou Elle ne pleure pas, elle chante, Jules Werner a eu l’occasion de tourner dans plusieurs longs métrages internationaux. Des films dans lesquels il lui est arrivé de côtoyer certains des plus grands acteurs mondiaux, comme ce fut le cas dans le film Möbius, où on le retrouve aux côtés de l’acteur français Jean Dujardin qui a récemment obtenu l’Oscar du meilleur acteur. Un film qui a attiré plus d’un million de spectateurs en France. Dans le film La Traversée, il donne la réplique à l’humoriste Michaël Youn.

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SOURCE: http://www.lequotidien.lu

Le secteur du cinéma connaît un essor fulgurant au Luxembourg depuis une vingtaine d’années. Chaque jeudi, Le Quotidien vous propose de découvrir un métier du cinéma. Rencontre aujourd’hui avec un acteur.

Le métier d’acteur concerne de plus en plus de Luxembourgeois. Aujourd’hui on dénombre plus d’une centaine de comédiens professionnels au Grand-Duché. Bien évidemment, tous ne connaissent pas le même succès, mais ce chiffre prouve qu’il est possible de vivre de ce métier au Luxembourg. Jules Werner fait partie de cette jeune génération qui s’est fait un nom dans le paysage cinématographique européen. Il nous parle de son parcours mais aussi des difficultés pour réussir dans le milieu.

De notre collaborateur Mathieu Rosan

D’où vous vient cette envie de faire du cinéma et de devenir acteur?

Jules Werner : C’est quelque chose que j’ai toujours voulu faire, depuis mon plus jeune âge je dirais. Mon envie de faire du cinéma est venue naturellement. Je dirais que ça a commencé en primaire où j’avais déjà comme rêve de faire des films, et ça a pris plus d’ampleur à l’adolescence.

Quelle est la démarche à suivre si on veut devenir acteur quand on est luxembourgeois?

Au Luxembourg, il y a quelque chose qui marche bien, c’est le conservatoire. Pour les jeunes Luxembourgeois qui veulent avoir un premier contact avec le monde théâtral et la comédie, c’est vraiment très bien. Personnellement, j’ai commencé là-bas en prenant des cours de diction et d’art dramatique. J’en garde un très bon souvenir. Après cela, je suis entré dans le monde théâtral via le théâtre du Centaure à Luxembourg. Ça m’a permis d’avoir une petite expérience au théâtre et de commencer à me familiariser avec cet univers. En parallèle, j’ai passé mon bac et tout de suite après, je suis parti à Londres pour faire une école de comédien.

Que s’est-il passé après votre école d’art dramatique? Êtes-vous resté à Londres?

Oui, l’école m’a permis d’avoir pas mal de contacts avec différents directeurs de casting et metteurs en scène en Angleterre. Je faisais également partie d’une troupe spécialisée dans les pièces de Shakespeare. Ce fut pour moi une belle expérience pour apprendre concrètement le métier et appliquer ce que j’avais appris à l’école. Je suis resté sept ans à Londres avant de revenir à Luxembourg.

Comment s’est passé votre retour au pays?

Quand je suis rentré au Luxembourg, j’ai retrouvé de vieux contacts. Dans notre pays, les directeurs de casting et de théâtre sont tellement contents quand il y a des nouvelles têtes qu’ils sautent dessus! (rire) Je pense qu’en arrivant, c’est toujours assez simple de trouver son chemin mais c’est après que tout se complique. Où il faut un peu bosser, on va dire…

Quelles sont les difficultés que peut rencontrer un Luxembourgeois qui voudrait faire ce métier?

Il y a des avantages et des inconvénients quand on veut être comédien ou acteur dans notre pays. D’un côté, les contacts se font plus facilement du fait qu’il n’y ait pas beaucoup de monde. Mais d’un autre côté, les gens en ont souvent assez de voir toujours les mêmes têtes partout. Il y a un souhait de régénérer les visages qu’on voit habituellement dans le milieu. Pour les coproductions, c’est toujours plus compliqué, notamment par rapport à l’accent que l’on peut avoir dans certains films.

Existe-t-il des différences dans la façon de travailler entre les réalisateurs luxembourgeois et les autres?

Non, le métier reste globalement le même. Qu’on travaille avec un réalisateur luxembourgeois ou venant d’un autre pays, les exigences sont les mêmes. En revanche, on a ici au Luxembourg quelque chose qui me plaît beaucoup et qui est pour moi un avantage : c’est que l’on est au milieu des écoles françaises, anglaises et allemandes. On a donc un style de mise en scène et une façon de jouer qui sont un mélange de toutes ces influences. On a la chance de pouvoir reprendre les différents points positifs de chacune de ces écoles. Mais, à part ce langage théâtral qui vient de toute l’Europe, la façon de travailler reste la même qu’on travaille en France, au Luxembourg ou ailleurs. On fait le même métier, donc les bases restent les mêmes.

Les relations sont-elles bonnes entre les différents acteurs du pays?

Oui, tout se passe bien. Il y a toujours des petites jalousies, mais ça, c’est inévitable! En général, c’est un lieu où on est obligés de bien s’entendre. Le monde du cinéma est, ici, tellement petit et on se croise tellement souvent qu’on est obligés de bien s’accorder entre nous. Le contraire serait compliqué à gérer… Mais oui, en général, il y a une bonne ambiance.

Beaucoup d’acteurs comme vous arrivent-ils à vivre de ce métier au Luxembourg?

Je pense que oui, même si, malgré tout, j’ai une vision plutôt pessimiste sur la situation des acteurs dans le pays. Je suis parfois inquiet pour l’avenir : si on a réussi à créer des opportunités pour beaucoup de jeunes dans ce métier, le problème actuel reste que les jeunes qui sont partis faire des études de théâtre reviennent, et l’offre que l’on pourra leur offrir dans les prochaines années va diminuer. Le cinéma luxembourgeois fonctionne malheureusement par vagues, et on a parfois beaucoup de projets qui arrivent en même temps, et après plus rien! On a un problème de régularité. C’est ce genre de soucis que je me fais pour l’avenir.

Malgré tout, par rapport à l’étranger, on s’en sort plutôt bien. Vous n’imaginez pas le nombre de comédiens qui servent des mojitos dans les bars à Londres! Concernant les chiffres, je pense qu’il y a environ une centaine d’acteurs et de comédiens qui arrivent à vivre de ce métier au Luxembourg. Je suis cogérant du site actors.lu et on a déjà entre 60 et 70 comédiens répertoriés, sachant, bien entendu, que tous les acteurs luxembourgeois ne sont pas inscrits sur le site.

Avec quel genre de rôle vous sentez-vous le plus proche?

Avec l’expérience, j’ai une vision différente, et maintenant, je privilégie les personnes avec qui je travaille plutôt que le rôle. Pour moi, c’est le plus important! Si on travaille avec des personnes avec qui le courant ne passe pas, ça ne m’intéresse pas.

Généralement, êtes-vous plus attiré par les films luxembourgeois ou par les productions étrangères?

Si je pouvais, j’aimerais faire plus de films ici, au Luxembourg. Ce serait mon rêve. Il m’arrive d’avoir des films dans des coproductions, mais c’est plutôt rare.

Justement, vous avez tourné dans le premier polar de l’histoire luxembourgeoise. Ce fut une bonne expérience?

Oui, superbe! Une bonne équipe, une bonne ambiance, c’est un des projets dans lequel j’ai pris le plus de plaisir. J’aimerais que ce genre de film se fasse plus souvent dans le pays.

Est-ce plus difficile pour un acteur luxembourgeois de réussir à faire son trou dans le métier?

Je le pense, oui. Il y a déjà le souci de l’accent pour un film en français ou en allemand, ce qui est compliqué à gérer. Au théâtre, dans un spectacle vivant, c’est moins le cas, mais au cinéma, ça jure beaucoup plus si on tourne dans un film français et que l’on doit jouer un Français, car il y a toujours une petite touche d’accent qui peut poser problème avec certains rôles.

Quelle vision avez-vous du cinéma luxembourgeois?

Je pense qu’il y a un problème avec ce que veulent les politiques actuellement. Étant donné qu’ils donnent beaucoup d’argent pour aider le cinéma, ils sont vitaux dans notre processus. Le souci, c’est qu’il y a une différence entre subventionner la création locale et vouloir vendre l’image du pays. En ce moment, ils veulent que les productions nationales sortent du pays, fassent des tournées et s’exportent, mais cela coûte beaucoup plus d’argent et on doit investir toujours plus. Je pense qu’il faut d’abord continuer à investir dans la création pour encore améliorer le niveau, et ensuite, on pourra choisir une ou deux œuvres et essayer de les vendre à l’étranger. Il ne faut surtout pas oublier les jeunes qui ont fait beaucoup de sacrifices pour faire des études de théâtre et qui, maintenant, sont de retour ici alors qu’il y a moins de boulot. Avant d’essayer de diffuser en Europe, il faut financer la création. Le politicien veut montrer une image du Luxembourg, mais je pense qu’il faut créer avant de vendre.

Une belle filmographie!

En plus des différents films luxembourgeois comme Doudége Wenkel ou Elle ne pleure pas, elle chante, Jules Werner a eu l’occasion de tourner dans plusieurs longs métrages internationaux. Des films dans lesquels il lui est arrivé de côtoyer certains des plus grands acteurs mondiaux, comme ce fut le cas dans le film Möbius, où on le retrouve aux côtés de l’acteur français Jean Dujardin qui a récemment obtenu l’Oscar du meilleur acteur. Un film qui a attiré plus d’un million de spectateurs en France. Dans le film La Traversée, il donne la réplique à l’humoriste Michaël Youn.

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