Sep 08 2010

La poésie à trois images par seconde

Published by at 14:10 under Articles,Français,Industry

SOURCE: http://www.lequotidien.lu – Romain Van Dyck

Dans un garage d’Ettelbruck transformé en studio de tournage, une équipe de fondus du septième art s’affaire jusqu’à demain pour capturer les ultimes images de Mappamundi , le dernier moyen métrage de la Luxembourgeoise Bady Minck, réalisé en stop-motion. Une technique qui demande une patience infinie : le tournage a débuté en 2008! Mais le résultat devrait en valoir la peine…

Le silence règne sur le plateau.
Portant un costume de «cartographe cosmique», son imposante coiffure mi-organique mi-bionique reliée à sa table de commande, la Luxembourgeoise Roxanne Oberlé attend sagement la prochaine scène.
La réalisatrice, Bady Minck, donne enfin le feu vert et le tournage débute, comme n’importe quel autre tournage… à ceci près que la caméra est remplacée par un appareil photo.
Installé sur un rail, l’appareil se déclenche par saccades régulières, l’obturateur égrainant ses «clics» comme une horloge un peu folle.
Et l’actrice de s’affairer sur ses touches de commande factices, exécutant chacun de ses gestes avec une lenteur surprenante…
Deux minutes après, le travelling est terminé et le producteur Alexander Dumreicher-Ivanceanu révèle enfin les secrets de ce tournage inhabituel: «Cette séquence a été tournée en stop-motion, c’est-à-dire image par image à l’aide d’un appareil photo. À la différence d’une caméra qui filme au rythme de 24 images par seconde, l’appareil en capture trois par seconde, ce qui oblige les acteurs à travailler huit fois plus lentement afin de conserver une certaine fluidité de mouvement.»
La jeune actrice Roxanne Oberlé est d’ailleurs à ce point concentrée qu’elle continue de se mouvoir avec lenteur en sortant de sa table de commande futuriste…
Quelques instants suffisent pour découvrir sur ordinateur la scène fraîchement filmée, et le résultat est prometteur. Les 400 clichés pris par l’appareil ont été mis bout à bout pour former une séquence d’animation de 16 secondes, où chaque geste, chaque battement de cil prend une dimension hypnotique.
Là se trouve l’intérêt du stop-motion, explique le producteur : «Bien sûr, cela peut paraître surprenant d’utiliser le stop-motion plutôt qu’une simple caméra, puisqu’il ne s’agit pas, comme souvent, de personnages en pâte à modeler mais d’êtres humains. Mais cette technique offre une qualité de mouvement, un rendu inégalable. C’est cette poésie que recherche Bady Minck.»

Une science souvent inexacte

Bien que pressée par le timing, la réalisatrice prend plaisir à présenter le moyen métrage Mappamundi, un projet de longue haleine, puisqu’il a débuté il y a près de quatre ans.
Tout a commencé par une passion: «Je m’intéresse depuis longtemps à la cartographie. Mais j’ai vite remarqué que les cartes sont extrêmement subjectives, car ceux qui les font sont souvent tentés de modifier certains critères, comme l’échelle, pour satisfaire à certains impératifs, et ceci même encore aujourd’hui! À partir de là, j’ai fait des recherches pendant près de deux ans pour essayer de voir comment Homo sapiens percevait le monde à travers l’histoire, depuis sa naissance jusqu’à aujourd’hui.»
Ses recherches l’ont menée très loin: elle présente ainsi un objet utilisé dans le film, la reproduction de ce qui est considéré comme la plus ancienne carte réalisée par Homo sapiens: un morceau d’os de mammouth sur lequel est gravé – hypothétiquement- un territoire, et qui remonte à 15000 avant Jésus-Christ.
Mappamundi est donc un surprenant film hybride, entre documentaire et science-fiction. Les personnages de ce moyen métrage d’une vingtaine de minutes effectuent un voyage dans le temps qui débute il y a 700 millions d’années pour s’achever 250 millions d’années dans le futur. De leur vaisseau spatial, les «cartographes cosmiques» assistent à la dérive des continents et l’apparition d’Homo sapiens plus de 70000 ans avant notre ère, avant d’observer ce qui attend nos lointains successeurs : la disparition de la mer Méditerranée, le rapprochement de l’Australie et du continent asiatique…

Sale temps pour les migrants

Un fil rouge allégorique tend ce voyage, explique la réalisatrice : la propension de l’homme à voyager, à migrer pour survivre ou refaire sa vie sous des cieux plus cléments, bien que nos contemporains tendent de plus en plus à entraver cette «activité naturelle…»
Débuté à l’automne 2008, le tournage est sur le point de s’achever: «Tout devrait être dans la boîte d’ici mercredi (NDLR : demain)», se réjouit Alexander Dumreicher-Ivanceanu. Avec Bady Minck, il dirige la société luxembourgeoise Minotaurus Film qui produit ce film avec les sociétés autrichiennes Amour Fou et Oikodrom.
Restera ensuite – et ce n’est pas une mince affaire, promet le producteur- à assembler toutes les pièces du puzzle, mais aussi à créer la bande-son et à ajouter du texte, l’appareil photo ne pouvant évidemment capturer ces éléments sonores…
Bref, un véritable travail de fourmi qui justifie la durée de tournage exceptionnellement longue pour un moyen métrage, et qui devrait aboutir à la sortie du film courant 2011.
Et comme l’assurent ses concepteurs, Mappamundi a déjà sa place bien réservée parmi les grands festivals du septième art…

www.minotaurusfilm.lu

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SOURCE: http://www.lequotidien.lu – Romain Van Dyck

Dans un garage d’Ettelbruck transformé en studio de tournage, une équipe de fondus du septième art s’affaire jusqu’à demain pour capturer les ultimes images de Mappamundi , le dernier moyen métrage de la Luxembourgeoise Bady Minck, réalisé en stop-motion. Une technique qui demande une patience infinie : le tournage a débuté en 2008! Mais le résultat devrait en valoir la peine…

Le silence règne sur le plateau.
Portant un costume de «cartographe cosmique», son imposante coiffure mi-organique mi-bionique reliée à sa table de commande, la Luxembourgeoise Roxanne Oberlé attend sagement la prochaine scène.
La réalisatrice, Bady Minck, donne enfin le feu vert et le tournage débute, comme n’importe quel autre tournage… à ceci près que la caméra est remplacée par un appareil photo.
Installé sur un rail, l’appareil se déclenche par saccades régulières, l’obturateur égrainant ses «clics» comme une horloge un peu folle.
Et l’actrice de s’affairer sur ses touches de commande factices, exécutant chacun de ses gestes avec une lenteur surprenante…
Deux minutes après, le travelling est terminé et le producteur Alexander Dumreicher-Ivanceanu révèle enfin les secrets de ce tournage inhabituel: «Cette séquence a été tournée en stop-motion, c’est-à-dire image par image à l’aide d’un appareil photo. À la différence d’une caméra qui filme au rythme de 24 images par seconde, l’appareil en capture trois par seconde, ce qui oblige les acteurs à travailler huit fois plus lentement afin de conserver une certaine fluidité de mouvement.»
La jeune actrice Roxanne Oberlé est d’ailleurs à ce point concentrée qu’elle continue de se mouvoir avec lenteur en sortant de sa table de commande futuriste…
Quelques instants suffisent pour découvrir sur ordinateur la scène fraîchement filmée, et le résultat est prometteur. Les 400 clichés pris par l’appareil ont été mis bout à bout pour former une séquence d’animation de 16 secondes, où chaque geste, chaque battement de cil prend une dimension hypnotique.
Là se trouve l’intérêt du stop-motion, explique le producteur : «Bien sûr, cela peut paraître surprenant d’utiliser le stop-motion plutôt qu’une simple caméra, puisqu’il ne s’agit pas, comme souvent, de personnages en pâte à modeler mais d’êtres humains. Mais cette technique offre une qualité de mouvement, un rendu inégalable. C’est cette poésie que recherche Bady Minck.»

Une science souvent inexacte

Bien que pressée par le timing, la réalisatrice prend plaisir à présenter le moyen métrage Mappamundi, un projet de longue haleine, puisqu’il a débuté il y a près de quatre ans.
Tout a commencé par une passion: «Je m’intéresse depuis longtemps à la cartographie. Mais j’ai vite remarqué que les cartes sont extrêmement subjectives, car ceux qui les font sont souvent tentés de modifier certains critères, comme l’échelle, pour satisfaire à certains impératifs, et ceci même encore aujourd’hui! À partir de là, j’ai fait des recherches pendant près de deux ans pour essayer de voir comment Homo sapiens percevait le monde à travers l’histoire, depuis sa naissance jusqu’à aujourd’hui.»
Ses recherches l’ont menée très loin: elle présente ainsi un objet utilisé dans le film, la reproduction de ce qui est considéré comme la plus ancienne carte réalisée par Homo sapiens: un morceau d’os de mammouth sur lequel est gravé – hypothétiquement- un territoire, et qui remonte à 15000 avant Jésus-Christ.
Mappamundi est donc un surprenant film hybride, entre documentaire et science-fiction. Les personnages de ce moyen métrage d’une vingtaine de minutes effectuent un voyage dans le temps qui débute il y a 700 millions d’années pour s’achever 250 millions d’années dans le futur. De leur vaisseau spatial, les «cartographes cosmiques» assistent à la dérive des continents et l’apparition d’Homo sapiens plus de 70000 ans avant notre ère, avant d’observer ce qui attend nos lointains successeurs : la disparition de la mer Méditerranée, le rapprochement de l’Australie et du continent asiatique…

Sale temps pour les migrants

Un fil rouge allégorique tend ce voyage, explique la réalisatrice : la propension de l’homme à voyager, à migrer pour survivre ou refaire sa vie sous des cieux plus cléments, bien que nos contemporains tendent de plus en plus à entraver cette «activité naturelle…»
Débuté à l’automne 2008, le tournage est sur le point de s’achever: «Tout devrait être dans la boîte d’ici mercredi (NDLR : demain)», se réjouit Alexander Dumreicher-Ivanceanu. Avec Bady Minck, il dirige la société luxembourgeoise Minotaurus Film qui produit ce film avec les sociétés autrichiennes Amour Fou et Oikodrom.
Restera ensuite – et ce n’est pas une mince affaire, promet le producteur- à assembler toutes les pièces du puzzle, mais aussi à créer la bande-son et à ajouter du texte, l’appareil photo ne pouvant évidemment capturer ces éléments sonores…
Bref, un véritable travail de fourmi qui justifie la durée de tournage exceptionnellement longue pour un moyen métrage, et qui devrait aboutir à la sortie du film courant 2011.
Et comme l’assurent ses concepteurs, Mappamundi a déjà sa place bien réservée parmi les grands festivals du septième art…

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