Jun 09 2011

Le cinéma d’animation français en voie de délocalisation

Published by at 03:24 under Français,Industry

SOURCE: http://www.lesinrocks.com

Presque la moitié des longs métrages d’animation français de 2010 sont des coproductions menées avec la Belgique et le Luxembourg. Evasion fiscale ou simples partenariats européens ?

A quelques jours de l’ouverture du festival d’Annecy (du 6 au 11 juin), les premières grandes tendances du cinéma d’animation français pour cette année sont déjà connues : une création en hausse, une reconversion discrète à la technologie 3D, des succès à l’étranger (Titeuf), mais aussi un mouvement important de coproduction vers ses voisins européens. Deux pays en particulier s’imposent comme les nouveaux partenaires des studios d’animation français : la Belgique et le Luxembourg. Pour leurs impressionnants “viviers d’artistes” certes, mais aussi pour leurs politiques fiscales très favorables.

Sur les neuf longs métrages d’animation produits en France l’an dernier, quatre étaient des coproductions menées avec la Belgique et le Luxembourg : le “triangle d’or” de l’Europe selon le Variety. Dernier titre concerné : The Prodigies du jeune Antoine Charreyron, vanté un peu partout comme la révélation du cinéma d’animation bleu blanc rouge, mais dont la production (estimée à 50 millions de dollars) est partagée entre la France (Fidélité Films et Onyx Films), la société belge Scope Pictures, et la boîte luxembourgeoise Luxanimation (déjà engagée sur Titeuf).

L’alternative à un déficit de financement en France

Distribué à partir du 8 juin, The Prodigies (en VF La nuit des enfants Rois) est la synthèse parfaite de ce nouveau modèle économique de l’animation française : un patchwork entre plusieurs pôles créatifs (les auteurs en France; la Motion Capture à la société de SFX luxembourgeoise Luxanimation) et l’exploitation du système fiscal belge (ou Taxe Shelter) via la société Scope Pictures. Votées en 2002, ces mesures d’incitation fiscale (une exonération des bénéfices imposables à concurrence de 150% des sommes investies par une entreprise dans la production d’un film en Belgique) ont attiré de nombreux studios d’animation français en manque de financement :

“C’est une forme de délocalisation, confirme aux Inrocks le président de l’Association française du cinéma d’animation (AFCA), Denis Walgenwitz. Mais une délocalisation positive, car le cinéma d’animation français connaît une croissance –de qualité, de production- presque trop rapide depuis quelque temps : il a besoin de nouveaux moyens de financement.”

Et se tourne donc vers la Belgique et le Luxembourg, sortes de paradis fiscaux du cinéma où sont réalisés les futurs hits de l’animation française. Le cinéaste et producteur Pascal Herold, créateur du studio Delacave, a ainsi cofinancé avec les studios belges Nexus Factory les films en relief La véritable histoire du chat botté, Baba Yaga, et Cendrillon 3D (au budget pharaonique pour l’animation française de 15,2 millions d’euros). Au Luxembourg, c’est la société Melusine Productions qui attire le plus les studios français : après le génial Panique au village, elle coproduira Le Jour des Corneilles de Jean-Christophe Dessaint ou Tante Hilda de Jacques-Rémy Girerd.

“Sans ce système de coproduction avec la Belgique et le Luxembourg, beaucoup de projets seraient abandonnés, indique Denis Walgenwitz. C’est une chance pour le financement des films d’animation français, qui peut dépasser grâce à ces partenariats l’échelle de budget de 5 à 10 millions d’euros généralement admise. Là, nous avons des projets de plus grande envergure.”

Eviter les dérives d’un cinéma délocalisé

Interrogé par le Variety, le directeur de la Fédération des industries du cinéma, de l’audiovisuel et du multimédia (Ficam), Thierry de Segonzac, confirme le pouvoir d’attraction exercé par les politiques fiscales de la Belgique et du Luxembourg, où “les remboursements de taxes ne sont pas plafonnés à 1 million d’euros comme en France, mais peuvent aller jusqu’à 4 millions d’euros”.

Mais ces coproductions témoignent aussi d’une nouvelle volonté de partenariat européen selon Denis Walgenwitz, qui nuance un peu le portrait d’une délocalisation industrielle cynique :

“C’est une collaboration artistique entre plusieurs studios européens habitués à travailler ensemble, et bientôt cela concernera aussi l’Italie, l’Allemagne. Il ne faut pas oublier que c’est un système de coproduction, et que nous sommes donc dans une relation de gagnant-gagnant avec les studios étrangers.”

La proximité frontalière et la langue facilitent évidemment ces échanges, qui devraient aller en augmentant au cours des prochains mois. Le président de l’Association française du cinéma d’animation appelle néanmoins à la vigilance, pour éviter que les studios luxembourgeois et belges ne deviennent les seuls prestataires du cinéma d’animation français.

Romain Blondeau

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Presque la moitié des longs métrages d’animation français de 2010 sont des coproductions menées avec la Belgique et le Luxembourg. Evasion fiscale ou simples partenariats européens ?

A quelques jours de l’ouverture du festival d’Annecy (du 6 au 11 juin), les premières grandes tendances du cinéma d’animation français pour cette année sont déjà connues : une création en hausse, une reconversion discrète à la technologie 3D, des succès à l’étranger (Titeuf), mais aussi un mouvement important de coproduction vers ses voisins européens. Deux pays en particulier s’imposent comme les nouveaux partenaires des studios d’animation français : la Belgique et le Luxembourg. Pour leurs impressionnants “viviers d’artistes” certes, mais aussi pour leurs politiques fiscales très favorables.

Sur les neuf longs métrages d’animation produits en France l’an dernier, quatre étaient des coproductions menées avec la Belgique et le Luxembourg : le “triangle d’or” de l’Europe selon le Variety. Dernier titre concerné : The Prodigies du jeune Antoine Charreyron, vanté un peu partout comme la révélation du cinéma d’animation bleu blanc rouge, mais dont la production (estimée à 50 millions de dollars) est partagée entre la France (Fidélité Films et Onyx Films), la société belge Scope Pictures, et la boîte luxembourgeoise Luxanimation (déjà engagée sur Titeuf).

L’alternative à un déficit de financement en France

Distribué à partir du 8 juin, The Prodigies (en VF La nuit des enfants Rois) est la synthèse parfaite de ce nouveau modèle économique de l’animation française : un patchwork entre plusieurs pôles créatifs (les auteurs en France; la Motion Capture à la société de SFX luxembourgeoise Luxanimation) et l’exploitation du système fiscal belge (ou Taxe Shelter) via la société Scope Pictures. Votées en 2002, ces mesures d’incitation fiscale (une exonération des bénéfices imposables à concurrence de 150% des sommes investies par une entreprise dans la production d’un film en Belgique) ont attiré de nombreux studios d’animation français en manque de financement :

“C’est une forme de délocalisation, confirme aux Inrocks le président de l’Association française du cinéma d’animation (AFCA), Denis Walgenwitz. Mais une délocalisation positive, car le cinéma d’animation français connaît une croissance –de qualité, de production- presque trop rapide depuis quelque temps : il a besoin de nouveaux moyens de financement.”

Et se tourne donc vers la Belgique et le Luxembourg, sortes de paradis fiscaux du cinéma où sont réalisés les futurs hits de l’animation française. Le cinéaste et producteur Pascal Herold, créateur du studio Delacave, a ainsi cofinancé avec les studios belges Nexus Factory les films en relief La véritable histoire du chat botté, Baba Yaga, et Cendrillon 3D (au budget pharaonique pour l’animation française de 15,2 millions d’euros). Au Luxembourg, c’est la société Melusine Productions qui attire le plus les studios français : après le génial Panique au village, elle coproduira Le Jour des Corneilles de Jean-Christophe Dessaint ou Tante Hilda de Jacques-Rémy Girerd.

“Sans ce système de coproduction avec la Belgique et le Luxembourg, beaucoup de projets seraient abandonnés, indique Denis Walgenwitz. C’est une chance pour le financement des films d’animation français, qui peut dépasser grâce à ces partenariats l’échelle de budget de 5 à 10 millions d’euros généralement admise. Là, nous avons des projets de plus grande envergure.”

Eviter les dérives d’un cinéma délocalisé

Interrogé par le Variety, le directeur de la Fédération des industries du cinéma, de l’audiovisuel et du multimédia (Ficam), Thierry de Segonzac, confirme le pouvoir d’attraction exercé par les politiques fiscales de la Belgique et du Luxembourg, où “les remboursements de taxes ne sont pas plafonnés à 1 million d’euros comme en France, mais peuvent aller jusqu’à 4 millions d’euros”.

Mais ces coproductions témoignent aussi d’une nouvelle volonté de partenariat européen selon Denis Walgenwitz, qui nuance un peu le portrait d’une délocalisation industrielle cynique :

“C’est une collaboration artistique entre plusieurs studios européens habitués à travailler ensemble, et bientôt cela concernera aussi l’Italie, l’Allemagne. Il ne faut pas oublier que c’est un système de coproduction, et que nous sommes donc dans une relation de gagnant-gagnant avec les studios étrangers.”

La proximité frontalière et la langue facilitent évidemment ces échanges, qui devraient aller en augmentant au cours des prochains mois. Le président de l’Association française du cinéma d’animation appelle néanmoins à la vigilance, pour éviter que les studios luxembourgeois et belges ne deviennent les seuls prestataires du cinéma d’animation français.

Romain Blondeau

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