Nov 22 2008

Léa Pool au Luxembourg

Published by at 14:57 under Industry

Yves Jacques et Andrée Lachapelle tournent avec Léa Pool au Luxembourg

source: http://moncinema.cyberpresse.ca

Léa Pool entame la semaine prochaine le tournage d’Une belle mort au Luxembourg, a-t-on appris. Yves Jacques, Andrée Lachapelle, Jacques Godin, Aliocha Schneider, Martine France, Benoît Gouin et Marie-France Lambert font partie de la distribution.

Le film, inspiré par le roman de Gil Courtemanche, se déroule à Noël, dans une famille réunie autour d’un patriarche mourant (Jacques Godin). Femme, enfants et petits-enfants se déchirent alors sur le sort de ce père agonisant.

«C’est une réflexion sur la mort, sur le vieillissement, sur la façon dont on traite les gens qui sont en processus de vieillissement et de maladie. Tout se passe autour de la famille, autour du père, malade. Malgré tout, il y a un ton de comédie dans le drame», explique la productrice Lyse Lafontaine.

Fruit d’une coproduction majoritaire entre le Canada et le Luxembourg, le film se tourne en deux parties: au Luxembourg jusqu’à la mi-décembre, et au Québec, au printemps. Également productrice du plus récent film de Léa Pool, Maman est chez le coiffeur, Lyse Lafontaine se réjouit de retrouver la réalisatrice: «Je suis très heureuse, d’autant plus que l’on a été très contentes du résultat de Maman au box-office.»

Lyse Lafontaine et Équinoxe Films sont également associés, de façon minoritaire, à la production d’un long métrage avec la Suisse actuellement en tournage, Opération Casablanca, de Laurent Nègre (Il neige à Marrakech). Émile Proulx-Cloutier (Le déserteur) fait partie de la distribution.

Le jeune comédien y joue un Québécois converti à l’islam. À Genève, un complot se noue pour enlever le secrétaire général des Nations unies. Le héros du film est un jeune homme sans histoires, Saadi, qui se retrouve pris, malgré lui, dans ce complot.

«C’est une comédie qui se moque de tout: la police, le système politique, les enlèvements. Il y a un groupe marginal de terroristes, et Émile Proulx-Cloutier joue un converti. Tout est basé sur un quiproquo. C’est extrêmement original, de dédramatiser tout ça. C’est un peu comme Louis de Funès avec Rabbi Jacob», estime Lyse Lafontaine.

source: http://www.irisproductions.lu

Synopsis

Dans la maison des parents d’une famille traditionnelle réunie pour fêter Noël, un père autrefois violent et autoritaire, à présent diminué par un Parkinson rigide et une insuffisance cardiaque, n’en finit pas d’agoniser. Devant ce père en pleine déchéance, une épouse, une dizaine d’enfants et autant de petits-enfants essayent tant bien que mal de maintenir les apparences de la fête. Les conversations tournent rapidement autour de la maladie et des soins à apporter au père, mais aussi à cette mère dévouée qui, de jour en jour, rapetisse et s’épuise un peu plus. Un projet qui mobilise et divise la famille en deux catégories : les «médicaux » qui suivent les recommandations du neurologue et veulent faire éviter tout excès de table au père de 80 ans dont la nourriture reste l’unique plaisir et les «bouddhistes » qui préfèrent préserver une qualité de vie, une dignité au père plutôt que de faire de l’acharnement thérapeutique.
C’est le père qui occupe le centre du récit, comme il occupe le bout de la table. À moitié impotent, en difficulté avec les mots qu’il ne peut qu’éructer, avec la nourriture, qu’il n’arrive pas à porter correctement à la bouche, et quand il est debout toujours menacé de s’écraser sur le plancher, il est devenu une sorte de monstre de la nature encore plus inquiétant que lorsqu’il jouissait de tous ses moyens.
La mort du malade devient ainsi un sujet de discorde, et c’est le fils aîné, André, celui qui n’a jamais aimé son père (et qui revoit tout au long de cette longue soirée des moments cruciaux de son enfance où son père l’humiliait) qui élaborera avec son neveu adolescent (qui lui aime son grand-père) puis avec sa mère (qui comprend et sent tant de choses) un plan destiné à précipiter la mort du père (sorte de suicide assisté).
En dehors du père (de ses différents changements d’états physiques et émotifs tout au long du film), ce sont les liens qui unissent André, l’adolescent (Sam) et la mère (si petite et omniprésente) qui sont au cœur de notre histoire et de ses rebondissements. La mère, par son revirement final (le choix de mourir, elle aussi), accompagnera son mari dans une complicité, un dévouement et un amour étonnant. Mais, comme dans le livre, nous retiendrons notre souffle. Le fils répondra-t-il à la demande timide de sa mère ?  Nous ne la saurons pas. Tout ce que nous imaginerons, c’est que le père a eu une mort douce, si douce que d’autres pourraient avoir envie de le suivre…

Director’s notes

Lorsque j’ai lu une Belle mort de Gil Courtemanche, j’ai tout de suite eu la conviction qu’il y avait un film magnifique à faire, un film fort, bouleversant, provocateur , drôle et profondément humain. Un beau défi pour moi; car si l’émotion, la fragilité de la vie, la compassion font déjà partie de mon univers, il y a possibilité ici d’y ajouter  humour, réflexion sur nos sociétés et approche cinématographique originale.
La force d’un film adapté de ce roman tient à l’universalité de son propos (la maladie et la mort d’un parent) raconté à travers un drame individuel. Une confrontation très contemporaine sur le pouvoir médical qui tente de prolonger la vie sans tenir compte de la dignité humaine. Un film coup-de-poing sur ce moment crucial de la vie qui nous concerne tous: celui où les parents deviennent les enfants de leurs enfants. Comment assurer à nos parents une vie correcte, confortable, paisible, en attendant la mort. Le film touche au droit de mourir ou de vivre dans la dignité; il touche à notre propre mort annoncée.
J’aime les contrepoints forts entre le tragique et la comédie; j’aime cette réalité cruelle et presque documentaire (télé-réalité) mélangée à un univers festif, un presque huis clos qui permet un travail exceptionnel avec les acteurs et la caméra. Un défi comme le déclin de l’empire américain de Denys Arcand ou a Wedding de Robert Altman.

Le film ne sera jamais morbide, car il y a la vie autour qui grouille, qui questionne, qui essaie de comprendre, comme tous et toutes nous essayons de comprendre et d’aimer. La famille avec ses deux clans. Ses deux convictions profondes. Le suicide assisté n’est pas, comme dans Les Invasions barbares un projet de solidarité utopique, mais un sujet de discorde : d’un côté les médicaux et de l’autre les bouddhistes.

Propos universel et, en même temps, profondément québécois dont la structure et la composition peuvent mener à un film à la fois populaire par son discours et original par sa forme.

LE CASTING

Il y a d’un côté les acteurs qui portent le drame, la courbe dramatique et les émotions du film : le père, la mère, André, Sam, Isabelle. C’est à eux que nous nous attacherons, c’est eux que nous suivrons. L’enjeu, du père qu’il faut tuer ou aider à mourir, n’appartient qu’à ce groupe de personnages.
De l’autre côté, nous avons la famille qui ne participe aucunement à l’évolution du drame. Nous pourrions la comparer à un chœur grec qui porte des convictions et des idées préconçues sur la vie, la maladie et la mort. Un peu les porte-parole de ce que nous entendons chaque jour sur ces sujets. Cette famille a été divisée en deux clans : les médicaux et les bouddhistes. Ils n’ont pas d’existences propres : ce sont des voix, des masques, des stéréotypes de toutes les attitudes à l’égard de l’agonie lente des vieux condamnés. Ils glapissent, s’oublient et disent des énormités, s’attristent pour de fausses raisons. Ils jouent leur rôle familial. Ils sont la famille qu’ils persistent à maintenir. Ils sont plutôt drôles, mais pas caricaturaux. 
Le père : il a le Parkinson rigide et sa maladie ne peut que s’aggraver. Il parle de moins en moins et fait des bêtises de plus en plus. Cependant il entend tout et comprend tout. Ce qu’il aimait de la vie : dominer, diriger et parler. Voilà que cela lui échappe, qu’il ne peut ni parler, ni ordonner… Il est devenu un humilié permanent. Cela le rend bourru, capricieux, détestable, puéril, mais jamais haïssable. Il finit même par devenir  attachant. 

La mère : elle est aussi petite qu’omniprésente. Elle possède un appareil auditif qu’elle ferme quand les conflits risquent de survenir. Elle a été battue par son mari qu’elle appelle mari quand elle parle d’elle-même et « votre père » quand elle parle aux enfants. C’est la frêle femme forte. L’incarnation de la femme amour-devoir du passé québécois. On ne saura jamais si elle s’est mariée par amour. Ce qu’on sait c’est que dès que son mari est devenu malade elle a fait un trait sur le passé. Elle est maintenant sa mère, son infirmière, sa comptable mais comme c’est une femme de bien, elle n’en abuse pas. On dirait parfois qu’elle l’aime un peu. Appelons cela le devoir de tendresse. 

André : le fils aîné. Il a été battu et humilié par son père parce qu’il était plutôt rebelle et a vu son père se comporter en dictateur. Comédien et metteur en scène, il a eu quelques succès mais ne se prend pas pour une vedette. Il est beaucoup plus en paix avec lui-même depuis qu’il est tombé amoureux d’Isabelle. Il ne veut pas nécessairement régler ses comptes avec son père, mais il se demande si ce dernier va enfin avouer ses faiblesses et dire la vérité sur un certain passé, une tentative pour rétablir le lien père-fils qui n’existe quasiment plus. Il faut conserver l’ambiguïté de ses sentiments face à son père, tout l’intérêt est là. Il regarde son père avec un curieux mélange de compassion et de détachement un peu clinique lié à son manque d’amour ou alors à la peur de sa propre fin, pas si lointaine.

Sam : C’est un adolescent d’aujourd’hui, avec MP3, casquette de travers, Reebok aux pieds. Au lieu de jouer au basket comme ses copains, il joue aux échecs. Il porte un tee-shirt qui annonce Fisher le mythique champion du monde, le Magic Johnson des échecs. Il est plutôt timide et aime son grand-père parce qu’il ne fait que se réjouir de tout ce qu’il lui raconte. La mort pour lui est une question théorique ce qui lui permet de l’aborder franchement et sans détour. Il a vu son grand-père pleurer après avoir cassé un verre et cela l’a bouleversé. 

La narration n’est pas une béquilleElle ne raconte rien. C’est André qui se parle à lui-même. Et c’est dans la combinaison entre ce discours mental et celui qui est verbalisé dans les dialogues ou manifesté dans les actions que jaillissent la complexité de cette histoire et la véritable profondeur de son personnage principal. Sans être littéraire, la narration doit cependant conserver une certaine qualité de langage. Elle doit avant tout servir notre personnage principal (André) dans l’évolution de sa pensée. Elle peut accompagner l’action (résonance) ou être en opposition à l’action (dissonance).

 

APPROCHE VISUELLE

Les deux repas (Noël et l’anniversaire du père) seront filmés comme si nous assistions en temps réel à ces deux soirées, la caméra étant un invité voyeur. Le spectateur devient partie prenante de cet univers familial. Il doit se sentir concerné par ce qu’il voit et entend; il doit avoir envie d’intervenir, de se positionner. Il y a quelque chose du phénomène de la télé-réalité qui doit transparaître dans cette approche cinématographique. Les dialogues écrits seront toujours respectés, mais il y aura également place à une certaine spontanéité des acteurs, à une certaine improvisation contrôlée. Il faut éviter que le film devienne un huis-clos oppressif, il faut plutôt jouer sur l’idée du temps réel, dans lequel l’important et l’accessoire, le tragique et le futile s’expriment presque en même temps tout comme dans la vie. Les personnages secondaires ne sont pas des personnages mais des voix, des images rapides de télévision, des personnages grecs avec leur masque de sage, de mégère, d’emmerdeuse.

Cela nous renvoie à l’acidulé et très drôle et très attendrissant film de Robert Altman, The Wedding. Nous voulons nous inspirer de cette approche où la caméra tente de suivre la vie et les paroles qui sont plus rapides que la caméra. Il y aura donc surtout dans la première partie du film un côté reportage, télé-réalité sur une grande famille qui tourne autour d’un père qui n’en finit plus de mourir.La caméra légère, presque toujours en mouvement, restera près des acteurs et tentera de les suivre dans leurs moindres gestes, dans leurs émotions les plus ténues.

 

LES FLASH BACK

Les flash back sont des portes entre-ouvertes, brèves et minimalistes sur un passé révolu et éminemment subjectif. Même s’ils n’ont pas tous le même rythme et la même texture, l’ensemble est fugitif, en 8mm à la façon de Jacob Ladder de Adrian Lynn.

De cette juxtaposition entre le temps réel et immédiat et ces images brèves du passé doit  surgir une émotion troublante sur le temps qui passe, sur ce que la mémoire et la vie laisse comme traces, sur ce que l’on veut bien retenir ou laisser aller.

Les images du passé tournent autour d’une période extrêmement courte et obsessive, à la recherche d’une réponse jamais trouvée; elles sont liées à une blessure profonde chez André, et donnent aussi une clé à sa relation filiale. La pêche du doré et quelques autres réminiscences attachées à cette même période permettront à André et à son père de trouver une certaine paix.

DIRECTION ARTISTIQUE

Les intérieurs de la maison des Lévesque seront entièrement tournés en studio afin d’avoir plus de latitude au tournage. Le travail des accessoiristes est immense (j’en prévois au moins trois pour les deux repas).
La maison est cossue. Deux étages de briques rouges.

La porte d’entrée s’ouvre sur un vestibule. À droite, un escalier mène au sous-sol : on y trouve une table de ping-pong, un congélateur et la fournaise où le père a installé son atelier. 

Derrière la porte du vestibule, un hall d’entrée. 

À droite du hall, un escalier en bois verni qui mène vers les quatre chambres de l’étage. 

À gauche du hall, une large porte qui donne sur le salon double. Il y a le tourne-disque, le piano, trois reproductions de Renoir et un orgue Hammond. Le salon a été installé comme chambre pour le père, depuis qu’il ne peut plus monter l’escalier. On y a déménagé son lit. Dans un coin de la pièce, il y a un fauteuil muni d’un moteur. 

Droit devant, la porte de la cuisine. 

Derrière la maison, une salle de séjour a été construite qui s’ouvre sur la cuisine. C’est là que la famille se réunit pour les fêtes, c’est là qu’on mange. Pour Noël, on a installé une longue table, qui n’est pas une table, mais une suite de tables collées les unes aux autres 

 

LA MUSIQUE 

Je voudrais construire la trame sonore à partir de deux morceaux de Jean-Sébastien Bach dans Das wohltemprierte Klavir, Buch1,BWV 846-869 interprété par Till Fellner. 

 

CONCLUSION 

Un conte philosophique, une méditation sur le sens de la vie, sur l’apprivoisement de la mort, sur le sens de la famille. Un film populaire et intelligent qui devrait toucher par le tragique et le futile qui cohabitent dans ce récit sur la dignité humaine.

 

 

Léa Pool

 

 

 

Comments

comments

Yves Jacques et Andrée Lachapelle tournent avec Léa Pool au Luxembourg

source: http://moncinema.cyberpresse.ca

Léa Pool entame la semaine prochaine le tournage d’Une belle mort au Luxembourg, a-t-on appris. Yves Jacques, Andrée Lachapelle, Jacques Godin, Aliocha Schneider, Martine France, Benoît Gouin et Marie-France Lambert font partie de la distribution.

Le film, inspiré par le roman de Gil Courtemanche, se déroule à Noël, dans une famille réunie autour d’un patriarche mourant (Jacques Godin). Femme, enfants et petits-enfants se déchirent alors sur le sort de ce père agonisant.

«C’est une réflexion sur la mort, sur le vieillissement, sur la façon dont on traite les gens qui sont en processus de vieillissement et de maladie. Tout se passe autour de la famille, autour du père, malade. Malgré tout, il y a un ton de comédie dans le drame», explique la productrice Lyse Lafontaine.

Fruit d’une coproduction majoritaire entre le Canada et le Luxembourg, le film se tourne en deux parties: au Luxembourg jusqu’à la mi-décembre, et au Québec, au printemps. Également productrice du plus récent film de Léa Pool, Maman est chez le coiffeur, Lyse Lafontaine se réjouit de retrouver la réalisatrice: «Je suis très heureuse, d’autant plus que l’on a été très contentes du résultat de Maman au box-office.»

Lyse Lafontaine et Équinoxe Films sont également associés, de façon minoritaire, à la production d’un long métrage avec la Suisse actuellement en tournage, Opération Casablanca, de Laurent Nègre (Il neige à Marrakech). Émile Proulx-Cloutier (Le déserteur) fait partie de la distribution.

Le jeune comédien y joue un Québécois converti à l’islam. À Genève, un complot se noue pour enlever le secrétaire général des Nations unies. Le héros du film est un jeune homme sans histoires, Saadi, qui se retrouve pris, malgré lui, dans ce complot.

«C’est une comédie qui se moque de tout: la police, le système politique, les enlèvements. Il y a un groupe marginal de terroristes, et Émile Proulx-Cloutier joue un converti. Tout est basé sur un quiproquo. C’est extrêmement original, de dédramatiser tout ça. C’est un peu comme Louis de Funès avec Rabbi Jacob», estime Lyse Lafontaine.

source: http://www.irisproductions.lu

Synopsis

Dans la maison des parents d’une famille traditionnelle réunie pour fêter Noël, un père autrefois violent et autoritaire, à présent diminué par un Parkinson rigide et une insuffisance cardiaque, n’en finit pas d’agoniser. Devant ce père en pleine déchéance, une épouse, une dizaine d’enfants et autant de petits-enfants essayent tant bien que mal de maintenir les apparences de la fête. Les conversations tournent rapidement autour de la maladie et des soins à apporter au père, mais aussi à cette mère dévouée qui, de jour en jour, rapetisse et s’épuise un peu plus. Un projet qui mobilise et divise la famille en deux catégories : les «médicaux » qui suivent les recommandations du neurologue et veulent faire éviter tout excès de table au père de 80 ans dont la nourriture reste l’unique plaisir et les «bouddhistes » qui préfèrent préserver une qualité de vie, une dignité au père plutôt que de faire de l’acharnement thérapeutique.
C’est le père qui occupe le centre du récit, comme il occupe le bout de la table. À moitié impotent, en difficulté avec les mots qu’il ne peut qu’éructer, avec la nourriture, qu’il n’arrive pas à porter correctement à la bouche, et quand il est debout toujours menacé de s’écraser sur le plancher, il est devenu une sorte de monstre de la nature encore plus inquiétant que lorsqu’il jouissait de tous ses moyens.
La mort du malade devient ainsi un sujet de discorde, et c’est le fils aîné, André, celui qui n’a jamais aimé son père (et qui revoit tout au long de cette longue soirée des moments cruciaux de son enfance où son père l’humiliait) qui élaborera avec son neveu adolescent (qui lui aime son grand-père) puis avec sa mère (qui comprend et sent tant de choses) un plan destiné à précipiter la mort du père (sorte de suicide assisté).
En dehors du père (de ses différents changements d’états physiques et émotifs tout au long du film), ce sont les liens qui unissent André, l’adolescent (Sam) et la mère (si petite et omniprésente) qui sont au cœur de notre histoire et de ses rebondissements. La mère, par son revirement final (le choix de mourir, elle aussi), accompagnera son mari dans une complicité, un dévouement et un amour étonnant. Mais, comme dans le livre, nous retiendrons notre souffle. Le fils répondra-t-il à la demande timide de sa mère ?  Nous ne la saurons pas. Tout ce que nous imaginerons, c’est que le père a eu une mort douce, si douce que d’autres pourraient avoir envie de le suivre…

Director’s notes

Lorsque j’ai lu une Belle mort de Gil Courtemanche, j’ai tout de suite eu la conviction qu’il y avait un film magnifique à faire, un film fort, bouleversant, provocateur , drôle et profondément humain. Un beau défi pour moi; car si l’émotion, la fragilité de la vie, la compassion font déjà partie de mon univers, il y a possibilité ici d’y ajouter  humour, réflexion sur nos sociétés et approche cinématographique originale.
La force d’un film adapté de ce roman tient à l’universalité de son propos (la maladie et la mort d’un parent) raconté à travers un drame individuel. Une confrontation très contemporaine sur le pouvoir médical qui tente de prolonger la vie sans tenir compte de la dignité humaine. Un film coup-de-poing sur ce moment crucial de la vie qui nous concerne tous: celui où les parents deviennent les enfants de leurs enfants. Comment assurer à nos parents une vie correcte, confortable, paisible, en attendant la mort. Le film touche au droit de mourir ou de vivre dans la dignité; il touche à notre propre mort annoncée.
J’aime les contrepoints forts entre le tragique et la comédie; j’aime cette réalité cruelle et presque documentaire (télé-réalité) mélangée à un univers festif, un presque huis clos qui permet un travail exceptionnel avec les acteurs et la caméra. Un défi comme le déclin de l’empire américain de Denys Arcand ou a Wedding de Robert Altman.

Le film ne sera jamais morbide, car il y a la vie autour qui grouille, qui questionne, qui essaie de comprendre, comme tous et toutes nous essayons de comprendre et d’aimer. La famille avec ses deux clans. Ses deux convictions profondes. Le suicide assisté n’est pas, comme dans Les Invasions barbares un projet de solidarité utopique, mais un sujet de discorde : d’un côté les médicaux et de l’autre les bouddhistes.

Propos universel et, en même temps, profondément québécois dont la structure et la composition peuvent mener à un film à la fois populaire par son discours et original par sa forme.

LE CASTING

Il y a d’un côté les acteurs qui portent le drame, la courbe dramatique et les émotions du film : le père, la mère, André, Sam, Isabelle. C’est à eux que nous nous attacherons, c’est eux que nous suivrons. L’enjeu, du père qu’il faut tuer ou aider à mourir, n’appartient qu’à ce groupe de personnages.
De l’autre côté, nous avons la famille qui ne participe aucunement à l’évolution du drame. Nous pourrions la comparer à un chœur grec qui porte des convictions et des idées préconçues sur la vie, la maladie et la mort. Un peu les porte-parole de ce que nous entendons chaque jour sur ces sujets. Cette famille a été divisée en deux clans : les médicaux et les bouddhistes. Ils n’ont pas d’existences propres : ce sont des voix, des masques, des stéréotypes de toutes les attitudes à l’égard de l’agonie lente des vieux condamnés. Ils glapissent, s’oublient et disent des énormités, s’attristent pour de fausses raisons. Ils jouent leur rôle familial. Ils sont la famille qu’ils persistent à maintenir. Ils sont plutôt drôles, mais pas caricaturaux. 
Le père : il a le Parkinson rigide et sa maladie ne peut que s’aggraver. Il parle de moins en moins et fait des bêtises de plus en plus. Cependant il entend tout et comprend tout. Ce qu’il aimait de la vie : dominer, diriger et parler. Voilà que cela lui échappe, qu’il ne peut ni parler, ni ordonner… Il est devenu un humilié permanent. Cela le rend bourru, capricieux, détestable, puéril, mais jamais haïssable. Il finit même par devenir  attachant. 

La mère : elle est aussi petite qu’omniprésente. Elle possède un appareil auditif qu’elle ferme quand les conflits risquent de survenir. Elle a été battue par son mari qu’elle appelle mari quand elle parle d’elle-même et « votre père » quand elle parle aux enfants. C’est la frêle femme forte. L’incarnation de la femme amour-devoir du passé québécois. On ne saura jamais si elle s’est mariée par amour. Ce qu’on sait c’est que dès que son mari est devenu malade elle a fait un trait sur le passé. Elle est maintenant sa mère, son infirmière, sa comptable mais comme c’est une femme de bien, elle n’en abuse pas. On dirait parfois qu’elle l’aime un peu. Appelons cela le devoir de tendresse. 

André : le fils aîné. Il a été battu et humilié par son père parce qu’il était plutôt rebelle et a vu son père se comporter en dictateur. Comédien et metteur en scène, il a eu quelques succès mais ne se prend pas pour une vedette. Il est beaucoup plus en paix avec lui-même depuis qu’il est tombé amoureux d’Isabelle. Il ne veut pas nécessairement régler ses comptes avec son père, mais il se demande si ce dernier va enfin avouer ses faiblesses et dire la vérité sur un certain passé, une tentative pour rétablir le lien père-fils qui n’existe quasiment plus. Il faut conserver l’ambiguïté de ses sentiments face à son père, tout l’intérêt est là. Il regarde son père avec un curieux mélange de compassion et de détachement un peu clinique lié à son manque d’amour ou alors à la peur de sa propre fin, pas si lointaine.

Sam : C’est un adolescent d’aujourd’hui, avec MP3, casquette de travers, Reebok aux pieds. Au lieu de jouer au basket comme ses copains, il joue aux échecs. Il porte un tee-shirt qui annonce Fisher le mythique champion du monde, le Magic Johnson des échecs. Il est plutôt timide et aime son grand-père parce qu’il ne fait que se réjouir de tout ce qu’il lui raconte. La mort pour lui est une question théorique ce qui lui permet de l’aborder franchement et sans détour. Il a vu son grand-père pleurer après avoir cassé un verre et cela l’a bouleversé. 

La narration n’est pas une béquilleElle ne raconte rien. C’est André qui se parle à lui-même. Et c’est dans la combinaison entre ce discours mental et celui qui est verbalisé dans les dialogues ou manifesté dans les actions que jaillissent la complexité de cette histoire et la véritable profondeur de son personnage principal. Sans être littéraire, la narration doit cependant conserver une certaine qualité de langage. Elle doit avant tout servir notre personnage principal (André) dans l’évolution de sa pensée. Elle peut accompagner l’action (résonance) ou être en opposition à l’action (dissonance).

 

APPROCHE VISUELLE

Les deux repas (Noël et l’anniversaire du père) seront filmés comme si nous assistions en temps réel à ces deux soirées, la caméra étant un invité voyeur. Le spectateur devient partie prenante de cet univers familial. Il doit se sentir concerné par ce qu’il voit et entend; il doit avoir envie d’intervenir, de se positionner. Il y a quelque chose du phénomène de la télé-réalité qui doit transparaître dans cette approche cinématographique. Les dialogues écrits seront toujours respectés, mais il y aura également place à une certaine spontanéité des acteurs, à une certaine improvisation contrôlée. Il faut éviter que le film devienne un huis-clos oppressif, il faut plutôt jouer sur l’idée du temps réel, dans lequel l’important et l’accessoire, le tragique et le futile s’expriment presque en même temps tout comme dans la vie. Les personnages secondaires ne sont pas des personnages mais des voix, des images rapides de télévision, des personnages grecs avec leur masque de sage, de mégère, d’emmerdeuse.

Cela nous renvoie à l’acidulé et très drôle et très attendrissant film de Robert Altman, The Wedding. Nous voulons nous inspirer de cette approche où la caméra tente de suivre la vie et les paroles qui sont plus rapides que la caméra. Il y aura donc surtout dans la première partie du film un côté reportage, télé-réalité sur une grande famille qui tourne autour d’un père qui n’en finit plus de mourir.La caméra légère, presque toujours en mouvement, restera près des acteurs et tentera de les suivre dans leurs moindres gestes, dans leurs émotions les plus ténues.

 

LES FLASH BACK

Les flash back sont des portes entre-ouvertes, brèves et minimalistes sur un passé révolu et éminemment subjectif. Même s’ils n’ont pas tous le même rythme et la même texture, l’ensemble est fugitif, en 8mm à la façon de Jacob Ladder de Adrian Lynn.

De cette juxtaposition entre le temps réel et immédiat et ces images brèves du passé doit  surgir une émotion troublante sur le temps qui passe, sur ce que la mémoire et la vie laisse comme traces, sur ce que l’on veut bien retenir ou laisser aller.

Les images du passé tournent autour d’une période extrêmement courte et obsessive, à la recherche d’une réponse jamais trouvée; elles sont liées à une blessure profonde chez André, et donnent aussi une clé à sa relation filiale. La pêche du doré et quelques autres réminiscences attachées à cette même période permettront à André et à son père de trouver une certaine paix.

DIRECTION ARTISTIQUE

Les intérieurs de la maison des Lévesque seront entièrement tournés en studio afin d’avoir plus de latitude au tournage. Le travail des accessoiristes est immense (j’en prévois au moins trois pour les deux repas).
La maison est cossue. Deux étages de briques rouges.

La porte d’entrée s’ouvre sur un vestibule. À droite, un escalier mène au sous-sol : on y trouve une table de ping-pong, un congélateur et la fournaise où le père a installé son atelier. 

Derrière la porte du vestibule, un hall d’entrée. 

À droite du hall, un escalier en bois verni qui mène vers les quatre chambres de l’étage. 

À gauche du hall, une large porte qui donne sur le salon double. Il y a le tourne-disque, le piano, trois reproductions de Renoir et un orgue Hammond. Le salon a été installé comme chambre pour le père, depuis qu’il ne peut plus monter l’escalier. On y a déménagé son lit. Dans un coin de la pièce, il y a un fauteuil muni d’un moteur. 

Droit devant, la porte de la cuisine. 

Derrière la maison, une salle de séjour a été construite qui s’ouvre sur la cuisine. C’est là que la famille se réunit pour les fêtes, c’est là qu’on mange. Pour Noël, on a installé une longue table, qui n’est pas une table, mais une suite de tables collées les unes aux autres 

 

LA MUSIQUE 

Je voudrais construire la trame sonore à partir de deux morceaux de Jean-Sébastien Bach dans Das wohltemprierte Klavir, Buch1,BWV 846-869 interprété par Till Fellner. 

 

CONCLUSION 

Un conte philosophique, une méditation sur le sens de la vie, sur l’apprivoisement de la mort, sur le sens de la famille. Un film populaire et intelligent qui devrait toucher par le tragique et le futile qui cohabitent dans ce récit sur la dignité humaine.

 

 

Léa Pool

 

 

 

Comments

comments

No responses yet

Trackback URI | Comments RSS

Leave a Reply