Aug 27 2013

Tout pour la musique

Published by at 01:29 under Industry,Music

SOURCE: http://www.lequotidien.lu

Le secteur du cinéma connaît un essor fulgurant au Luxembourg. Chaque semaine, Le Quotidien vous propose de découvrir un métier du cinéma. Rencontre aujourd’hui avec un compositeur de musique de film.

Né dans une famille de musiciens, André Dziezuk a poussé sa passion jusqu’à enseigner la musique au Conservatoire et à composer pour des réalisateurs. Tout se fait ou presque dans le studio installé dans sa maison, à Volmerange-les-Mines.

De notre journaliste Audrey Somnard

Le musicien a fait du chemin depuis qu’il jouait enfant dans l’orchestre de bal de son père. «Je n’ai pas vraiment choisi de composer des musiques de film. Ça s’est un peu imposé à moi, et j’en suis très content», explique André Dziezuk. C’est sa rencontre avec Marc Mergen, devenu son ami et avec qui il jouait du jazz puis de l’electro pour le plaisir, qui a été déterminante. Un ami musicien avait eu une commande de musique de film : le réalisateur voulait de la musique electro, mais il n’y connaissait rien. André et Marc s’y attelleront et le film en question, Une liaison pornographique, gagnera quelques prix, et la notoriété des musiciens est désormais acquise.

Depuis, André Dziezuk enchaîne les projets, courts et longs métrages, documentaires et publicités. Dans 75 % des cas, la musique doit coller à l’image au moment de la postproduction. Les délais sont donc assez courts : «Tout tient à la relation qu’on entretient avec le réalisateur. J’ai la chance d’avoir toujours eu de belles expériences. J’aime autant travailler avec des gens expérimentés comme Sandrine Bonnaire ou Sylvie Testud qu’avec des jeunes pour accompagner leur maturation.» Mais une tendance qui vient d’Hollywood inquiète un peu André Dziezuk : «Ce qui se fait de plus en plus aux États-Unis, c’est que de la musique est placée avant même que le compositeur intervienne. On recycle de la musique de film déjà existante, ce qui permet de donner un certain confort sonore lors des prévisualisations du film, de lui donner un aspect déjà fini.»

Faire preuve d’une grande culture musicale

Le compositeur reconnaît ne faire partie que d’un élément de la chaîne et se dit plutôt artisan. Pour composer des musiques de film, il faut faire preuve d’une grande culture musicale : «J’ai passé le tiers de ma vie à écouter de la musique. Lors des discussions avec le réalisateur, il faut pouvoir montrer différentes références, être capable de passer du symphonique au jazz, en passant par l’electro. Certains réalisateurs ont une idée très précise de ce qu’ils veulent, d’autres s’y intéressent moins. C’est là qu’il faut savoir être réactif et proposer des choses avant de vraiment s’y mettre.»

Concrètement, au cours de rencontres appelées «spotting sessions», le compositeur et le réalisateur se concertent pour décider où sera placée la musique. «C’est un constant “work in progress”. Au début, je regarde plusieurs fois le film et je mets des marqueurs. Heureusement, les séquenceurs sont là pour pallier les aléas du montage. Si on enlève quelques secondes d’images, il faut que la musique suive aussi.»

Et si André Dziezuk a bien quelques instruments dans son studio, la réalité c’est que tout se passe aujourd’hui à l’ordinateur avec des bases de données de sons géantes : «Chaque note de chaque instrument est répertoriée. Cela permet d’arriver avec quelque chose de prémixé et de très réaliste. Pour les petits budgets, on s’en tient parfois là, pour le reste, on enregistre alors avec des musiciens de studio, et il faut alors que j’écrive toutes les musiques en partition. Finalement je ne pratique des instruments qu’avec mes élèves au Conservatoire. Je n’en ai plus vraiment besoin pour composer des musiques de film.»

En ce moment, André Dziezuk travaille sur deux projets : un documentaire, car le genre utilise de plus en plus la musique, et une publicité. Il ne lui reste souvent pas beaucoup de temps pour composer pour lui-même : «J’écris pour moi entre deux projets, même si ça s’enchaîne, mais en réalité chaque musique est associée à un film. Il est quasiment impossible pour moi d’utiliser une musique ailleurs, elle fait partie d’un univers précis. Dire qu’on est compositeur de film, c’est un peu magique auprès des gens, alors que finalement je me considère comme un artisan.»

Quelques grands noms

À l’aube du cinéma, le son n’existait pas. Cependant, la projection de film était souvent accompagnée par un piano ou même par un orchestre, pour des raisons multiples : couvrir le bruit du projecteur, rassurer les spectateurs dans le noir, distraire l’oreille, renforcer le découpage mais aussi le lien entre les différentes scènes du film, prolonger la tradition des spectacles «audiovisuels» antérieurs au cinéma muet. Puis en 1909, les films Edison éditent Suggestion for Music, un catalogue dans lequel chaque action ou émotion est associée à une ou plusieurs mélodies extraites du répertoire classique.

À l’ère du numérique (depuis 1990), au départ fort inspirées (Hans Zimmer, Alan Silvestri, Danny Elfman, James Horner…), les partitions se ressemblent aujourd’hui de plus en plus, en particulier du fait de sociétés de production telles que Media Venture/Remote Control. Mais l’originalité et l’ambition restent encore présentes (notamment grâce à James Newton Howard, Howard Shore et Thomas Newman… ainsi qu’à la nouvelle génération constituée, entre autres, de Harry Gregson-Williams, David Arnold, Michael Giacchino, John Powell, Alexandre Desplat,…). De nombreuses innovations de la musique de film proviennent également de Hans Zimmer (utilisation des chœurs dans des musiques d’action depuis USS Alabama, mixité des musiques électronique et symphonique…).

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Le secteur du cinéma connaît un essor fulgurant au Luxembourg. Chaque semaine, Le Quotidien vous propose de découvrir un métier du cinéma. Rencontre aujourd’hui avec un compositeur de musique de film.

Né dans une famille de musiciens, André Dziezuk a poussé sa passion jusqu’à enseigner la musique au Conservatoire et à composer pour des réalisateurs. Tout se fait ou presque dans le studio installé dans sa maison, à Volmerange-les-Mines.

De notre journaliste Audrey Somnard

Le musicien a fait du chemin depuis qu’il jouait enfant dans l’orchestre de bal de son père. «Je n’ai pas vraiment choisi de composer des musiques de film. Ça s’est un peu imposé à moi, et j’en suis très content», explique André Dziezuk. C’est sa rencontre avec Marc Mergen, devenu son ami et avec qui il jouait du jazz puis de l’electro pour le plaisir, qui a été déterminante. Un ami musicien avait eu une commande de musique de film : le réalisateur voulait de la musique electro, mais il n’y connaissait rien. André et Marc s’y attelleront et le film en question, Une liaison pornographique, gagnera quelques prix, et la notoriété des musiciens est désormais acquise.

Depuis, André Dziezuk enchaîne les projets, courts et longs métrages, documentaires et publicités. Dans 75 % des cas, la musique doit coller à l’image au moment de la postproduction. Les délais sont donc assez courts : «Tout tient à la relation qu’on entretient avec le réalisateur. J’ai la chance d’avoir toujours eu de belles expériences. J’aime autant travailler avec des gens expérimentés comme Sandrine Bonnaire ou Sylvie Testud qu’avec des jeunes pour accompagner leur maturation.» Mais une tendance qui vient d’Hollywood inquiète un peu André Dziezuk : «Ce qui se fait de plus en plus aux États-Unis, c’est que de la musique est placée avant même que le compositeur intervienne. On recycle de la musique de film déjà existante, ce qui permet de donner un certain confort sonore lors des prévisualisations du film, de lui donner un aspect déjà fini.»

Faire preuve d’une grande culture musicale

Le compositeur reconnaît ne faire partie que d’un élément de la chaîne et se dit plutôt artisan. Pour composer des musiques de film, il faut faire preuve d’une grande culture musicale : «J’ai passé le tiers de ma vie à écouter de la musique. Lors des discussions avec le réalisateur, il faut pouvoir montrer différentes références, être capable de passer du symphonique au jazz, en passant par l’electro. Certains réalisateurs ont une idée très précise de ce qu’ils veulent, d’autres s’y intéressent moins. C’est là qu’il faut savoir être réactif et proposer des choses avant de vraiment s’y mettre.»

Concrètement, au cours de rencontres appelées «spotting sessions», le compositeur et le réalisateur se concertent pour décider où sera placée la musique. «C’est un constant “work in progress”. Au début, je regarde plusieurs fois le film et je mets des marqueurs. Heureusement, les séquenceurs sont là pour pallier les aléas du montage. Si on enlève quelques secondes d’images, il faut que la musique suive aussi.»

Et si André Dziezuk a bien quelques instruments dans son studio, la réalité c’est que tout se passe aujourd’hui à l’ordinateur avec des bases de données de sons géantes : «Chaque note de chaque instrument est répertoriée. Cela permet d’arriver avec quelque chose de prémixé et de très réaliste. Pour les petits budgets, on s’en tient parfois là, pour le reste, on enregistre alors avec des musiciens de studio, et il faut alors que j’écrive toutes les musiques en partition. Finalement je ne pratique des instruments qu’avec mes élèves au Conservatoire. Je n’en ai plus vraiment besoin pour composer des musiques de film.»

En ce moment, André Dziezuk travaille sur deux projets : un documentaire, car le genre utilise de plus en plus la musique, et une publicité. Il ne lui reste souvent pas beaucoup de temps pour composer pour lui-même : «J’écris pour moi entre deux projets, même si ça s’enchaîne, mais en réalité chaque musique est associée à un film. Il est quasiment impossible pour moi d’utiliser une musique ailleurs, elle fait partie d’un univers précis. Dire qu’on est compositeur de film, c’est un peu magique auprès des gens, alors que finalement je me considère comme un artisan.»

Quelques grands noms

À l’aube du cinéma, le son n’existait pas. Cependant, la projection de film était souvent accompagnée par un piano ou même par un orchestre, pour des raisons multiples : couvrir le bruit du projecteur, rassurer les spectateurs dans le noir, distraire l’oreille, renforcer le découpage mais aussi le lien entre les différentes scènes du film, prolonger la tradition des spectacles «audiovisuels» antérieurs au cinéma muet. Puis en 1909, les films Edison éditent Suggestion for Music, un catalogue dans lequel chaque action ou émotion est associée à une ou plusieurs mélodies extraites du répertoire classique.

À l’ère du numérique (depuis 1990), au départ fort inspirées (Hans Zimmer, Alan Silvestri, Danny Elfman, James Horner…), les partitions se ressemblent aujourd’hui de plus en plus, en particulier du fait de sociétés de production telles que Media Venture/Remote Control. Mais l’originalité et l’ambition restent encore présentes (notamment grâce à James Newton Howard, Howard Shore et Thomas Newman… ainsi qu’à la nouvelle génération constituée, entre autres, de Harry Gregson-Williams, David Arnold, Michael Giacchino, John Powell, Alexandre Desplat,…). De nombreuses innovations de la musique de film proviennent également de Hans Zimmer (utilisation des chœurs dans des musiques d’action depuis USS Alabama, mixité des musiques électronique et symphonique…).

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