May 15 2012

Tip Top

Published by at 01:30 under Iris Production

SOURCE: http://www.theirisgroup.eu
La production TIP TOP de Serge Bozon avec Isabelle Huppert produit par IRIS Production vient de commencer le tournage cette semaine à Namur.

Une petite butte, un petit lac, une petite banlieue, des intérieurs blancs, des extérieurs nocturnes, deux femmes en butte à l’hostilité extérieure et à leurs démons intérieurs. En se jouant de ces éléments, dans la veine de « « Mais Qui A Tué Harry », de Alfred Hitchcock, Serge Bozon nous plonge dans un univers jubilatoire et récréatif, une comédie policière à l’anglaise.

Pugnace, expérimentée et retorse, Esther Lafarge (Isabelle Huppert), commissaire divisionnaire à l’IGPN, est connue pour ses méthodes atypiques.
Peu importent les moyens, seul compte le résultat.
S’il le faut, elle n’hésite pas à adopter un comportement étrange, parfois violent, pour déstabiliser ses interlocuteurs lors d’interrogatoires qui prennent alors un tour légèrement surréaliste.
Sa vie privée est tout aussi agitée, sinon scandaleuse.
Mariée à un musicien d’orchestre, elle se livre avec lui à des jeux érotiques où les caresses laissent progressivement la place à des coups de plus en plus violents pour leur plus grand plaisir. Cette violence contrôlée semble être un meilleur excitant sexuel pour le couple que les jeux érotiques plus classiques.
L’ennui est que cela laisse des traces, qu’il faut assumer le lendemain !

Esther vient d’être chargée d’enquêter sur un éventuel cas de corruption au sein d’un commissariat de la banlieue grenobloise. La demande d’enquête a été déclenchée après le meurtre de Farid Benamar, un informateur important, dont le corps a été retrouvé dans une décharge. C’est sa femme qui a fini par révéler au juge que son mari était un indic.
Elle a le sentiment qu’il a été « balancé » afin de protéger un dealer important.

Pour la seconder dans sa tâche, Esther a choisi le commandant Sally Marinelli (Sandrine Kiberlain), une jeune femme brillante, mais dont la carrière a été freinée en raison d’un « comportement privé contraire à l’éthique de la police » selon son dossier professionnel. Sally est une mateuse et cela n’est pas toujours bien vu comme chacun sait.
Pour elle, cette mission est une opportunité de relancer sa carrière. Elle voue à Esther des sentiments mêlés de gratitude, d’admiration et de fascination grandissante, qui l’amènent à développer un mimétisme comportemental troublant.
D’emblée, Esther et Sally se heurtent à l’hostilité générale au sein du commissariat, et tout particulièrement à celle du référent de l’indic mort, Robert Mendès (François Damiens), un policier au comportement ambigu.

En quelques jours, les enjeux de carrière et de vie privée des deux femmes vont se combiner pour devenir une épreuve commune. Déterminées à mener leur enquête jusqu’au bout, elles vont aller de surprise en surprise.
Les apparences sont parfois trompeuses…

Note d’intention du réalisateur

Tip Top est une adaptation d’un livre de Bill James, un auteur-phare du polar

contemporain qui a reçu de nombreux prix. La force de ses livres n’est pas l’intrigue, mais le

ton et les personnages. Les personnages principaux sont ici deux inspectrices de la police des

polices qui débarquent dans une banlieue pour enquêter sur la mort d’un indic. Le ton repose

lui sur un balancement constant entre le comique et le dramatique. Car l’intransigeance

professionnelle des deux femmes se double pour chacune d’un vice privé (l’une tape, l’autre

mate), vice qui est source de situations comiques. Ainsi la violence d’Esther est pour moi

comique, et non dramatique : si Esther tape son mari, ce n’est pas parce qu’elle est triste,

frustrée, jalouse… c’est par joie. Je voudrais faire résonner cette joie avec celle de son éthique

professionnelle : pas question pour Esther d’accepter la moindre compromission. Mais une

telle « ligne dure » est-elle possible quand il s’agit du travail des indics, plein d’inévitables

zones d’ombre ?

La personnalité atypique, la vitalité et l’énergie joyeuse d’Esther se retrouvent aussi

dans sa vie professionnelle, par la manière dont elle mène les auditions. Au lieu de poser des

questions concrètes directement liées à l’enquête, elle se lance dans des torrents de dialogues

portant sur des questions abstraites et indirectement liées à l’enquête, par exemple la question

du « protocole ». Cette excentricité n’est pas gratuite mais tactique, car elle permet à Esther

de déstabiliser ceux qu’elle auditionne. En même temps, cette excentricité permet des

numéros d’acteurs jubilatoires, un peu comme ceux de Jane Lynch dans la série américaine

Glee (sur-autorité et circonvolutions langagières).

Par opposition à Esther, qui porte haut et fort sa singularité, Sally est au début timide

et silencieuse, comme une page blanche qui va se remplir au seul contact de sa supérieure.

Car Sally, cette placardisée de l’IGPN, est profondément fascinée par Esther. Pourquoi ? Le

scénario, qui est pour moi un document de travail et non un objet définitif, ne permet pas de

répondre. Mon espoir est que le jeu mutuel des deux actrices fasse sentir au spectateur, sans

l’expliciter par des dialogues, que cette fascination touche à un mélange d’intime (violence

physique d’Esther) et de travail (intransigeance morale d’Esther). Le film n’est ni une histoire

d’amitié entre femmes, ni une histoire d’amour entre femmes, mais une histoire de mimétisme

féminin, plus intense que l’amitié, mais moins apparent que l’amour. Disons une fusion en

douce et sans passage à l’acte : comment ne faire qu’un sans se toucher ? Tout le film est en

effet guidé par un jeu mimétique simple : Sally se transforme peu à peu en Esther. Au

moment où elle va jusqu’au bout, en faisant avec son petit ami la nuit ce qu’Esther fait avec

son mari la nuit (à savoir se battre amoureusement), le film peut s’arrêter. L’imitation entre

les deux femmes est le sablier qui guide le film et en dicte la durée.

Ce qui m’a excité, c’est le pari suivant. Garder la force du roman, c’est-à-dire l’excès

jubilatoire des personnages, le jeu mimétique féminin et le mélange des tons permanent, mais

en les plongeant dans un milieu contemporain qui annule la possible artificialité de cet excès,

de ce jeu et de ce mélange. Un milieu, au sens social et spatial, qui me permette pour la

première fois de filmer mon époque dans ce qu’elle a de trouble. Le roman se passe en

Angleterre, chez des gens aisés. Dans le scénario, pas du tout. En terme social, il s’agit ici

d’un milieu d’origine algérienne : l’indic tué, le nouvel indic, la chef du réseau de drogue, le

contrôleur général de l’IGPN, le petit copain de Sally… sont tous d’origine algérienne. Et

l’histoire se passe en janvier 2011, pendant les émeutes en Algérie, qu’observent de près

plusieurs personnages centraux comme Rozynski ou Younès. Enfin et surtout, l’enquête

autour du personnage de l’indic tué va peu à peu dévoiler un passé algérien douloureux et

complexe. La figure de l’indic mort monte progressivement en puissance car tous les

personnages vont se révéler obsédés par lui.

En terme spatial, il s’agit d’une petite banlieue où tout se passe dans un nombre réduit

de décors (essentiellement l’hôtel, le commissariat, la butte, le lac) et où tous ces décors

pourraient être visibles dans un même plan. Non seulement il y a peu de décors, mais ces

décors se touchent et se ressemblent. Un exemple : en jouant juste sur les murs blancs, il

s’agit de faire en sorte que les bureaux du commissariat ressemblent aux chambres de l’hôtel

d’Esther et Sally.

En quoi un tel milieu (social et spatial) permet-il de contrebalancer ce que le livre

pourrait avoir de théâtral ou d’artificiel ? L’idée est simple : les personnages sont rapprochés

sentimentalement par le mystère grandissant autour de la figure de Benamar comme ils sont

rapprochés physiquement par les décors récurrents de l’histoire. Les personnages se

retrouvent dans les mêmes lieux, soumis aux mêmes obsessions. Obsession, et même désarroi.

Car c’est la solitude cachée de chacun qui remonte en même temps, mettant les personnages à

égalité dans ce qu’ils ont de plus démuni : Bontemps est seul, Mendes aussi, Rozinski aussi,

Nadal aussi, Virginie aussi, etc.

Pour le casting, Isabelle Huppert me semble parfaite pour le jeu sur l’autorité et la

démesure propre à Esther. C’est la jubilation morale et sexuelle qui doit être au centre de son

autorité. Ce qui change tout, je crois, c’est le jeu à trois : Esther, son double godiche (Sandrine

Kiberlain) et son flic « crado » (François Damiens). Il s’agit d’un trio nordique, taches de

rousseur et blondeur, où Isabelle Huppert n’est pas seule d’un côté, les autres personnages de

l’autre. D’où la possibilité de retrouver la sève comique qu’elle pouvait avoir dans certains de

ses duos comme celui avec Serrault dans Rien ne va plus de Chabrol. Sandrine Kiberlain me

semble particulièrement douée dans la fausse passivité, je veux dire dans la manière de faire

exister les moments creux, d’attente ou de silence. Le film joue là-dessus pour en faire le

tremplin d’un parcours « maximal » : du canard boiteux au double d’Esther qui la « dépasse

sur sa gauche » (voir la dernière scène). Enfin, qui d’autre que François Damiens pourrait

porter la démesure du « beauf » que semble être Mendès (corrompu, raciste, homophobe…)

avant que le spectateur ne découvre peu à peu qu’il s’agit d’un romantique paumé et éperdu ?

Comme Sally, l’émotion repose sur le parcours du personnage, et sur la surprise de ce

parcours. Il en va de même pour Virginie, à laquelle Julie Dreyfus prêtera ses traits de belle

brune classique à l’opposé du trio nordique. Elle qui semble, au début, si douce et effacée face

aux excès d’Esther ou de Mendès va être la seule à agir violemment au final, en commettant

un meurtre. Encore un personnage qui bouge diamétralement en cours de film.

Pour conclure, j’ai envie, après un film stylisé et calme (La France), de faire un film

moins stylisé et moins calme. C’est-à-dire : moins de contemplation et de silence, plus de

ruptures et de paroles ; moins de nature, plus de banlieue ; moins d’hommes, plus de femmes.

En termes de mise en scène : moins de plan-séquences immobiles, plus de heurts dans le

découpage. En terme d’époque, moins de patrimoine, plus de présent. Il s’agit d’enraciner la

démesure de l’histoire dans un possible « air du temps » que je n’anticipe pas encore

vraiment. Je le vois juste algérien, cet air. Un air, ou une chanson, ou un voile.

Serge Bozon

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SOURCE: http://www.theirisgroup.eu
La production TIP TOP de Serge Bozon avec Isabelle Huppert produit par IRIS Production vient de commencer le tournage cette semaine à Namur.

Une petite butte, un petit lac, une petite banlieue, des intérieurs blancs, des extérieurs nocturnes, deux femmes en butte à l’hostilité extérieure et à leurs démons intérieurs. En se jouant de ces éléments, dans la veine de « « Mais Qui A Tué Harry », de Alfred Hitchcock, Serge Bozon nous plonge dans un univers jubilatoire et récréatif, une comédie policière à l’anglaise.

Pugnace, expérimentée et retorse, Esther Lafarge (Isabelle Huppert), commissaire divisionnaire à l’IGPN, est connue pour ses méthodes atypiques.
Peu importent les moyens, seul compte le résultat.
S’il le faut, elle n’hésite pas à adopter un comportement étrange, parfois violent, pour déstabiliser ses interlocuteurs lors d’interrogatoires qui prennent alors un tour légèrement surréaliste.
Sa vie privée est tout aussi agitée, sinon scandaleuse.
Mariée à un musicien d’orchestre, elle se livre avec lui à des jeux érotiques où les caresses laissent progressivement la place à des coups de plus en plus violents pour leur plus grand plaisir. Cette violence contrôlée semble être un meilleur excitant sexuel pour le couple que les jeux érotiques plus classiques.
L’ennui est que cela laisse des traces, qu’il faut assumer le lendemain !

Esther vient d’être chargée d’enquêter sur un éventuel cas de corruption au sein d’un commissariat de la banlieue grenobloise. La demande d’enquête a été déclenchée après le meurtre de Farid Benamar, un informateur important, dont le corps a été retrouvé dans une décharge. C’est sa femme qui a fini par révéler au juge que son mari était un indic.
Elle a le sentiment qu’il a été « balancé » afin de protéger un dealer important.

Pour la seconder dans sa tâche, Esther a choisi le commandant Sally Marinelli (Sandrine Kiberlain), une jeune femme brillante, mais dont la carrière a été freinée en raison d’un « comportement privé contraire à l’éthique de la police » selon son dossier professionnel. Sally est une mateuse et cela n’est pas toujours bien vu comme chacun sait.
Pour elle, cette mission est une opportunité de relancer sa carrière. Elle voue à Esther des sentiments mêlés de gratitude, d’admiration et de fascination grandissante, qui l’amènent à développer un mimétisme comportemental troublant.
D’emblée, Esther et Sally se heurtent à l’hostilité générale au sein du commissariat, et tout particulièrement à celle du référent de l’indic mort, Robert Mendès (François Damiens), un policier au comportement ambigu.

En quelques jours, les enjeux de carrière et de vie privée des deux femmes vont se combiner pour devenir une épreuve commune. Déterminées à mener leur enquête jusqu’au bout, elles vont aller de surprise en surprise.
Les apparences sont parfois trompeuses…

Note d’intention du réalisateur

Tip Top est une adaptation d’un livre de Bill James, un auteur-phare du polar

contemporain qui a reçu de nombreux prix. La force de ses livres n’est pas l’intrigue, mais le

ton et les personnages. Les personnages principaux sont ici deux inspectrices de la police des

polices qui débarquent dans une banlieue pour enquêter sur la mort d’un indic. Le ton repose

lui sur un balancement constant entre le comique et le dramatique. Car l’intransigeance

professionnelle des deux femmes se double pour chacune d’un vice privé (l’une tape, l’autre

mate), vice qui est source de situations comiques. Ainsi la violence d’Esther est pour moi

comique, et non dramatique : si Esther tape son mari, ce n’est pas parce qu’elle est triste,

frustrée, jalouse… c’est par joie. Je voudrais faire résonner cette joie avec celle de son éthique

professionnelle : pas question pour Esther d’accepter la moindre compromission. Mais une

telle « ligne dure » est-elle possible quand il s’agit du travail des indics, plein d’inévitables

zones d’ombre ?

La personnalité atypique, la vitalité et l’énergie joyeuse d’Esther se retrouvent aussi

dans sa vie professionnelle, par la manière dont elle mène les auditions. Au lieu de poser des

questions concrètes directement liées à l’enquête, elle se lance dans des torrents de dialogues

portant sur des questions abstraites et indirectement liées à l’enquête, par exemple la question

du « protocole ». Cette excentricité n’est pas gratuite mais tactique, car elle permet à Esther

de déstabiliser ceux qu’elle auditionne. En même temps, cette excentricité permet des

numéros d’acteurs jubilatoires, un peu comme ceux de Jane Lynch dans la série américaine

Glee (sur-autorité et circonvolutions langagières).

Par opposition à Esther, qui porte haut et fort sa singularité, Sally est au début timide

et silencieuse, comme une page blanche qui va se remplir au seul contact de sa supérieure.

Car Sally, cette placardisée de l’IGPN, est profondément fascinée par Esther. Pourquoi ? Le

scénario, qui est pour moi un document de travail et non un objet définitif, ne permet pas de

répondre. Mon espoir est que le jeu mutuel des deux actrices fasse sentir au spectateur, sans

l’expliciter par des dialogues, que cette fascination touche à un mélange d’intime (violence

physique d’Esther) et de travail (intransigeance morale d’Esther). Le film n’est ni une histoire

d’amitié entre femmes, ni une histoire d’amour entre femmes, mais une histoire de mimétisme

féminin, plus intense que l’amitié, mais moins apparent que l’amour. Disons une fusion en

douce et sans passage à l’acte : comment ne faire qu’un sans se toucher ? Tout le film est en

effet guidé par un jeu mimétique simple : Sally se transforme peu à peu en Esther. Au

moment où elle va jusqu’au bout, en faisant avec son petit ami la nuit ce qu’Esther fait avec

son mari la nuit (à savoir se battre amoureusement), le film peut s’arrêter. L’imitation entre

les deux femmes est le sablier qui guide le film et en dicte la durée.

Ce qui m’a excité, c’est le pari suivant. Garder la force du roman, c’est-à-dire l’excès

jubilatoire des personnages, le jeu mimétique féminin et le mélange des tons permanent, mais

en les plongeant dans un milieu contemporain qui annule la possible artificialité de cet excès,

de ce jeu et de ce mélange. Un milieu, au sens social et spatial, qui me permette pour la

première fois de filmer mon époque dans ce qu’elle a de trouble. Le roman se passe en

Angleterre, chez des gens aisés. Dans le scénario, pas du tout. En terme social, il s’agit ici

d’un milieu d’origine algérienne : l’indic tué, le nouvel indic, la chef du réseau de drogue, le

contrôleur général de l’IGPN, le petit copain de Sally… sont tous d’origine algérienne. Et

l’histoire se passe en janvier 2011, pendant les émeutes en Algérie, qu’observent de près

plusieurs personnages centraux comme Rozynski ou Younès. Enfin et surtout, l’enquête

autour du personnage de l’indic tué va peu à peu dévoiler un passé algérien douloureux et

complexe. La figure de l’indic mort monte progressivement en puissance car tous les

personnages vont se révéler obsédés par lui.

En terme spatial, il s’agit d’une petite banlieue où tout se passe dans un nombre réduit

de décors (essentiellement l’hôtel, le commissariat, la butte, le lac) et où tous ces décors

pourraient être visibles dans un même plan. Non seulement il y a peu de décors, mais ces

décors se touchent et se ressemblent. Un exemple : en jouant juste sur les murs blancs, il

s’agit de faire en sorte que les bureaux du commissariat ressemblent aux chambres de l’hôtel

d’Esther et Sally.

En quoi un tel milieu (social et spatial) permet-il de contrebalancer ce que le livre

pourrait avoir de théâtral ou d’artificiel ? L’idée est simple : les personnages sont rapprochés

sentimentalement par le mystère grandissant autour de la figure de Benamar comme ils sont

rapprochés physiquement par les décors récurrents de l’histoire. Les personnages se

retrouvent dans les mêmes lieux, soumis aux mêmes obsessions. Obsession, et même désarroi.

Car c’est la solitude cachée de chacun qui remonte en même temps, mettant les personnages à

égalité dans ce qu’ils ont de plus démuni : Bontemps est seul, Mendes aussi, Rozinski aussi,

Nadal aussi, Virginie aussi, etc.

Pour le casting, Isabelle Huppert me semble parfaite pour le jeu sur l’autorité et la

démesure propre à Esther. C’est la jubilation morale et sexuelle qui doit être au centre de son

autorité. Ce qui change tout, je crois, c’est le jeu à trois : Esther, son double godiche (Sandrine

Kiberlain) et son flic « crado » (François Damiens). Il s’agit d’un trio nordique, taches de

rousseur et blondeur, où Isabelle Huppert n’est pas seule d’un côté, les autres personnages de

l’autre. D’où la possibilité de retrouver la sève comique qu’elle pouvait avoir dans certains de

ses duos comme celui avec Serrault dans Rien ne va plus de Chabrol. Sandrine Kiberlain me

semble particulièrement douée dans la fausse passivité, je veux dire dans la manière de faire

exister les moments creux, d’attente ou de silence. Le film joue là-dessus pour en faire le

tremplin d’un parcours « maximal » : du canard boiteux au double d’Esther qui la « dépasse

sur sa gauche » (voir la dernière scène). Enfin, qui d’autre que François Damiens pourrait

porter la démesure du « beauf » que semble être Mendès (corrompu, raciste, homophobe…)

avant que le spectateur ne découvre peu à peu qu’il s’agit d’un romantique paumé et éperdu ?

Comme Sally, l’émotion repose sur le parcours du personnage, et sur la surprise de ce

parcours. Il en va de même pour Virginie, à laquelle Julie Dreyfus prêtera ses traits de belle

brune classique à l’opposé du trio nordique. Elle qui semble, au début, si douce et effacée face

aux excès d’Esther ou de Mendès va être la seule à agir violemment au final, en commettant

un meurtre. Encore un personnage qui bouge diamétralement en cours de film.

Pour conclure, j’ai envie, après un film stylisé et calme (La France), de faire un film

moins stylisé et moins calme. C’est-à-dire : moins de contemplation et de silence, plus de

ruptures et de paroles ; moins de nature, plus de banlieue ; moins d’hommes, plus de femmes.

En termes de mise en scène : moins de plan-séquences immobiles, plus de heurts dans le

découpage. En terme d’époque, moins de patrimoine, plus de présent. Il s’agit d’enraciner la

démesure de l’histoire dans un possible « air du temps » que je n’anticipe pas encore

vraiment. Je le vois juste algérien, cet air. Un air, ou une chanson, ou un voile.

Serge Bozon

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