Mar 19 2014

« La qualité de l’animation avant tout »

Published by at 00:36 under Mélusine Production

SOURCE: http://www.paperjam.lu

Avec Ernest et Célestine, ils sont passés à un cheveu de l’Oscar. Mais le Studio 352 n’a pas dit son dernier mot et est notamment en train de finirSong of the Sea, qui promet d’être une superbe réalisation. Rencontre avec Stephan Roelants, qui mène l’entreprise depuis 17 ans et nous présente les coulisses de la fabrication d’un film d’animation.

Monsieur Roelants, expliquez-nous d’abord comment s’articule le travail entre Mélusine Productions et le Studio 352.

«Ce sont en effet deux sociétés distinctes. Mélusine Productions s’occupe de la production des films, c’est-à-dire de mettre au point le financement, suivre le développement du projet avec éventuellement des coproducteurs, superviser la fabrication et l’exploitation, garantir la distribution… C’est donc toute la vie du film qui est concernée, des premiers pas jusqu’à la fin de l’exploitation. C’est un travail qui se situe en amont de celui du studio, puis qui perdure. Ce n’est pas différent du travail de producteur dans les films live, mais c’est plus long, plus dur, plus cher. Il faut être capable de maintenir une endurance sur des projets qui sont de longue haleine, parfois trois ans pour un long métrage. D’un autre côté, le Studio 352, qui existe depuis 17ans, est un studio artistique de fabrication de films d’animation.

En quoi le Studio 352 est-il différent d’autres structures du même type en Europe? En d’autres termes, pourquoi fait-on appel à vous?

«Une de nos grandes forces et spécificités est que nous avons une équipe fixe, avec un noyau de 40 personnes, dont 27 sont là depuis plus de 10 ans! Cette équipe fixe est renforcée de talents spécifiques en fonction des projets qui nous sont confiés. Ces apports nous poussent à une remise en question permanente et à une formation continue sur de nouvelles techniques. Par ailleurs, le Studio 352 traite toutes les techniques: 2D ou 3D, traditionnel ou digital, court ou long, série, télévision, cinéma…

Comment choisissez-vous les projets auxquels vous participez?

«On regarde d’abord la qualité du concept et du scénario, mais aussi qu’il y ait une adéquation entre le propos et le choix graphique. Ernest et Célestine est un bon exemple: le choix de l’aquarelle, du dessin à la main, de la 2D traditionnelle correspondait parfaitement à la tendresse de l’histoire et à la poésie du sujet.

Ce film a remporté de nombreux prix, a été nommé aux Oscars… Mais quand vous avez commencé, monter un tel studio tenait presque de l’utopie. Comment le secteur a-t-il évolué? «En effet, c’était assez osé à l’époque. Mais plusieurs éléments m’ont poussé à m’installer au Luxembourg. Il y avait une politique dynamique en matière de création d’entreprise. Et puis, les aides à la production audiovisuelle étaient naissantes et donnaient espoir dans la pérennisation du secteur. Dans un premier temps, il m’importait de garantir du travail à mes équipes. J’ai toujours eu en tête une stratégie qui créait une synergie artistique et une progression de notre travail. On est passés par beaucoup de séries pour la télévision, de plus en plus qualitatives, pour progressivement savoir qu’on était capables artistiquement et financièrement de passer au long métrage et d’entrer dans la cour des grands.

Est-ce qu’il y a un style reconnaissable au Studio 352?

«Comme on mélange les techniques, c’est plutôt le service, l’encadrement, le professionnalisme qui nous sont reconnus. Ce sont l’intelligence et la maturité des artistes du studio, capables de se remettre en question à chaque film, qui sont appréciées. Cela dit, au fur et à mesure des films, on constate que l’on fait appel à nous pour certains types de travaux. Il y a une vague pour l’instant où les décors à l’aquarelle sont très demandés, même s’ils sont utilisés de manières très différentes. Notre point fort est d’ailleurs cet amalgame de techniques, mélanger l’aquarelle, les crayons, la plume…

Justement, quelles sont les étapes de la fabrication d’un film?

«Le Studio 352 est capable de mener un projet en entier, mais par le jeu des coproductions internationales, on n’effectue en général qu’une partie de l’ensemble. On a longtemps été spécialistes de la préproduction, c’est-à-dire la mise en place du monde artistique. En gros, le travail commence par les recherches graphiques et couleurs sur l’univers et les personnages, les décors et les accessoires qui figurent dans le scénario. L’ensemble des personnages principaux et secondaires doit être élaboré. Vient ensuite la création du story-board, c’est-à-dire la mise en images du scénario, le découpage des scènes, le choix des points de vue. C’est comme si le réalisateur réfléchissait à quel endroit il allait placer sa caméra. Une de nos forces, c’est ensuite le layout qui est réalisé: il s’agit de placer les personnages dans un décor, de connaître les étapes principales de son mouvement. Cela pourrait s’apparenter à la direction d’acteurs. Puis l’animateur va travailler pour animer le personnage. Enfin, le composing mettra ensemble les décors, les personnages, les effets, mouvements de caméra…

Pour Ernest et Célestine, vous vous êtes notamment occupés des décors.

«C’était un travail de titan. 1.133 décors ont été réalisés ici. Tous ont été tracés à la plume, au brou de noix, peints à l’aquarelle, puis scannés et retravaillés à l’ordinateur, avant que les personnages y soient intégrés. Notre département décor est de plus en plus reconnu. Sur Tante Hilda, notre responsable des décors était aussi codirecteur artistique. Pour Song of the Sea, que nous sommes en train de finir, l’aquarelle a aussi été utilisée, mais de manière beaucoup plus brute, comme des fonds de couleur pour donner une texture à l’ensemble. À chaque film, il faut une nouvelle dimension, une recherche, un challenge. Le matin, on est enthousiaste, le soir, on se pose des questions. Le seul moyen de durer et d’être reconnu dans le contexte d’un petit pays comme le Luxembourg, c’est la qualité. Parce qu’au niveau de la quantité, on ne pourra jamais lutter face aux géants comme les studios asiatiques et américains.

La nomination aux Oscars montre que la qualité paie…

«Je crois à un rôle fondamental de l’animation dans la formation et l’éducation. Les images animées sont les premières images que l’on montre aux enfants. C’est donc la première éducation culturelle, le premier choix, avant la lecture, avant l’école… Il est donc de notre responsabilité de produire des films intelligents, jolis, qui éduquent le regard à d’autres types d’images. C’est une forme de résistance culturelle à laquelle je veille au niveau du scénario comme du rendu. Il faut aussi se rendre compte que 60% de la production audiovisuelle mondiale est de l’animation… Le public n’est pas idiot, il reconnaît la qualité et les succès que l’on a enregistrés avec nos dernières productions le prouvent. La présence de deux films coproduits au Luxembourg aux Oscars devrait mettre tout le secteur en avant.»

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Avec Ernest et Célestine, ils sont passés à un cheveu de l’Oscar. Mais le Studio 352 n’a pas dit son dernier mot et est notamment en train de finirSong of the Sea, qui promet d’être une superbe réalisation. Rencontre avec Stephan Roelants, qui mène l’entreprise depuis 17 ans et nous présente les coulisses de la fabrication d’un film d’animation.

Monsieur Roelants, expliquez-nous d’abord comment s’articule le travail entre Mélusine Productions et le Studio 352.

«Ce sont en effet deux sociétés distinctes. Mélusine Productions s’occupe de la production des films, c’est-à-dire de mettre au point le financement, suivre le développement du projet avec éventuellement des coproducteurs, superviser la fabrication et l’exploitation, garantir la distribution… C’est donc toute la vie du film qui est concernée, des premiers pas jusqu’à la fin de l’exploitation. C’est un travail qui se situe en amont de celui du studio, puis qui perdure. Ce n’est pas différent du travail de producteur dans les films live, mais c’est plus long, plus dur, plus cher. Il faut être capable de maintenir une endurance sur des projets qui sont de longue haleine, parfois trois ans pour un long métrage. D’un autre côté, le Studio 352, qui existe depuis 17ans, est un studio artistique de fabrication de films d’animation.

En quoi le Studio 352 est-il différent d’autres structures du même type en Europe? En d’autres termes, pourquoi fait-on appel à vous?

«Une de nos grandes forces et spécificités est que nous avons une équipe fixe, avec un noyau de 40 personnes, dont 27 sont là depuis plus de 10 ans! Cette équipe fixe est renforcée de talents spécifiques en fonction des projets qui nous sont confiés. Ces apports nous poussent à une remise en question permanente et à une formation continue sur de nouvelles techniques. Par ailleurs, le Studio 352 traite toutes les techniques: 2D ou 3D, traditionnel ou digital, court ou long, série, télévision, cinéma…

Comment choisissez-vous les projets auxquels vous participez?

«On regarde d’abord la qualité du concept et du scénario, mais aussi qu’il y ait une adéquation entre le propos et le choix graphique. Ernest et Célestine est un bon exemple: le choix de l’aquarelle, du dessin à la main, de la 2D traditionnelle correspondait parfaitement à la tendresse de l’histoire et à la poésie du sujet.

Ce film a remporté de nombreux prix, a été nommé aux Oscars… Mais quand vous avez commencé, monter un tel studio tenait presque de l’utopie. Comment le secteur a-t-il évolué? «En effet, c’était assez osé à l’époque. Mais plusieurs éléments m’ont poussé à m’installer au Luxembourg. Il y avait une politique dynamique en matière de création d’entreprise. Et puis, les aides à la production audiovisuelle étaient naissantes et donnaient espoir dans la pérennisation du secteur. Dans un premier temps, il m’importait de garantir du travail à mes équipes. J’ai toujours eu en tête une stratégie qui créait une synergie artistique et une progression de notre travail. On est passés par beaucoup de séries pour la télévision, de plus en plus qualitatives, pour progressivement savoir qu’on était capables artistiquement et financièrement de passer au long métrage et d’entrer dans la cour des grands.

Est-ce qu’il y a un style reconnaissable au Studio 352?

«Comme on mélange les techniques, c’est plutôt le service, l’encadrement, le professionnalisme qui nous sont reconnus. Ce sont l’intelligence et la maturité des artistes du studio, capables de se remettre en question à chaque film, qui sont appréciées. Cela dit, au fur et à mesure des films, on constate que l’on fait appel à nous pour certains types de travaux. Il y a une vague pour l’instant où les décors à l’aquarelle sont très demandés, même s’ils sont utilisés de manières très différentes. Notre point fort est d’ailleurs cet amalgame de techniques, mélanger l’aquarelle, les crayons, la plume…

Justement, quelles sont les étapes de la fabrication d’un film?

«Le Studio 352 est capable de mener un projet en entier, mais par le jeu des coproductions internationales, on n’effectue en général qu’une partie de l’ensemble. On a longtemps été spécialistes de la préproduction, c’est-à-dire la mise en place du monde artistique. En gros, le travail commence par les recherches graphiques et couleurs sur l’univers et les personnages, les décors et les accessoires qui figurent dans le scénario. L’ensemble des personnages principaux et secondaires doit être élaboré. Vient ensuite la création du story-board, c’est-à-dire la mise en images du scénario, le découpage des scènes, le choix des points de vue. C’est comme si le réalisateur réfléchissait à quel endroit il allait placer sa caméra. Une de nos forces, c’est ensuite le layout qui est réalisé: il s’agit de placer les personnages dans un décor, de connaître les étapes principales de son mouvement. Cela pourrait s’apparenter à la direction d’acteurs. Puis l’animateur va travailler pour animer le personnage. Enfin, le composing mettra ensemble les décors, les personnages, les effets, mouvements de caméra…

Pour Ernest et Célestine, vous vous êtes notamment occupés des décors.

«C’était un travail de titan. 1.133 décors ont été réalisés ici. Tous ont été tracés à la plume, au brou de noix, peints à l’aquarelle, puis scannés et retravaillés à l’ordinateur, avant que les personnages y soient intégrés. Notre département décor est de plus en plus reconnu. Sur Tante Hilda, notre responsable des décors était aussi codirecteur artistique. Pour Song of the Sea, que nous sommes en train de finir, l’aquarelle a aussi été utilisée, mais de manière beaucoup plus brute, comme des fonds de couleur pour donner une texture à l’ensemble. À chaque film, il faut une nouvelle dimension, une recherche, un challenge. Le matin, on est enthousiaste, le soir, on se pose des questions. Le seul moyen de durer et d’être reconnu dans le contexte d’un petit pays comme le Luxembourg, c’est la qualité. Parce qu’au niveau de la quantité, on ne pourra jamais lutter face aux géants comme les studios asiatiques et américains.

La nomination aux Oscars montre que la qualité paie…

«Je crois à un rôle fondamental de l’animation dans la formation et l’éducation. Les images animées sont les premières images que l’on montre aux enfants. C’est donc la première éducation culturelle, le premier choix, avant la lecture, avant l’école… Il est donc de notre responsabilité de produire des films intelligents, jolis, qui éduquent le regard à d’autres types d’images. C’est une forme de résistance culturelle à laquelle je veille au niveau du scénario comme du rendu. Il faut aussi se rendre compte que 60% de la production audiovisuelle mondiale est de l’animation… Le public n’est pas idiot, il reconnaît la qualité et les succès que l’on a enregistrés avec nos dernières productions le prouvent. La présence de deux films coproduits au Luxembourg aux Oscars devrait mettre tout le secteur en avant.»

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