Aug 20 2013

Au pays des effets spéciaux

Published by at 01:45 under Nako FX

SOURCE: http://www.lequotidien.lu

Le secteur du cinéma connaît un essor fulgurant au Luxembourg depuis une vingtaine d’années. Chaque semaine, Le Quotidien vous propose de découvrir un métier du cinéma. Rencontre aujourd’hui avec Claude Kongs, superviseur VFX.

Un poteau qui gêne, un paysage censé être sous la neige : c’est le genre de choses auquel peut remédier Claude Kongs, spécialiste en effets spéciaux de postproduction. Même si le métier est encore mal reconnu dans le milieu, les productions y ont de plus en plus recours.

De notre journaliste Audrey Somnard

Cela fait dix ans que Claude Kongs est dans le métier. Après une école de film d’animation au Luxembourg, il s’est spécialisé dans le domaine de l’animation 3D et du compositing, puis aujourd’hui dans les VFX, c’est-à-dire les effets spéciaux. Il a commencé dans la publicité, pour se rapprocher du cinéma. Aujourd’hui, il a installé avec son associé la société NAKO FX au Filmland de Kehlen, la Mecque du cinéma au Luxembourg.

Le superviseur FX, c’est celui qui rattrape les erreurs de tournage : «C’est tout ce qui se voit au montage et qui n’était pas prévu. Le reflet d’un caméraman dans des lunettes, des objets qui ne sont pas d’époque, des choses qui gênent dans le paysage. Nous sommes là pour rattraper les petites erreurs de tournage», explique Claude Kongs. Une des missions de Claude et de son équipe est la composition d’image, où il s’agit d’intégrer, par exemple, des acteurs tournés en studio devant un fond vert, dans un décor naturel qui est filmé séparément, ou dans un décor qui est créé de toutes pièces, en images de synthèse (Matte painting).

Les ordinateurs et les logiciels puissants l’aident à sa tâche. Tout est possible ou presque : «La gestion des budgets est un des éléments les plus compliqués à gérer, car il est difficile d’évaluer à l’avance les besoins réels d’une production. Il y a toujours le côté artistique qui fait que les VFX ne sont jamais vraiment finis, on peut toujours approfondir la recherche du détail et faire mieux. Mais il faut respecter le deadline (NDRL : date limite) et les budgets.» Et souvent, les effets spéciaux arrivent en fin de liste, et donc aussi des budgets : «On nous donne une “shot list”, la liste des choses à faire ou à corriger. Cela représente du savoir-faire et beaucoup de temps, alors que parfois, les délais sont réduits.» Par exemple, incorporer la neige sur un paysage représente plusieurs jours de travail car il faut la dessiner à la main.

Plusieurs jours de travail pour une scène

Mais parfois, les choses se passent idéalement. C’est le cas avec le tournage du film de Donato Rotunno : «Nous avons été consultés pour donner notre avis sur la manière de procéder lors du tournage, et nous allons être présents au tournage pour les scènes-clés qui demandent notre intervention. Il faut faire en sorte que les marqueurs soient bien en place, etc.» Exemple concret : par sécurité, des acteurs sont accrochés à un fil pour une scène un peu sportive. Il faudra donc enlever les fils en post production. Le superviseur FX peut remédier à cela, mais c’est plus simple si la scène a été tournée une autre fois sans les acteurs.

Les films à succès commerciaux utilisent principalement les effets spéciaux. On en est encore loin sur les tournages au Luxembourg, mais Claude Kongs caresse l’idée de travailler sur des films de science-fiction, où les superviseurs FX peuvent laisser exprimer leur créativité. Les aides étatiques du Luxembourg attirent de plus en plus de projets, mais la contrepartie est que le film doit être tourné au Grand-Duché. Cela ne veut pas dire que le décor du film doit être luxembourgeois. Les scènes sont tournées dans les studios de Kehlen, puis des scènes extérieures – par exemple, des décors de la ville de Paris – peuvent être rajoutées par le superviseur FX.

Mais quand les tournages ne se font pas sur place, les choses se compliquent. La communication est permanente entre le réalisateur ou producteur, avec le superviseur FX. «Nous avons un système qui permet de laisser des commentaires, d’une partie comme de l’autre. Mais parfois, avec la barrière de la langue, on peut arriver à des incompréhensions de part et d’autre. Et sans compter le décalage horaire avec des pays lointains qui nous font perdre beaucoup de temps…»

En moins d’un an d’existence, la société NAKO FX a travaillé sur une douzaine de films, que ce soit des films à petits budgets VFX avec une douzaine de plans, ou pour des grands projets comme Möbius d’Eric Rochand, produit par Samsa Film, avec plus de 200 plans truqués. Un avenir plutôt serein s’annonce pour les métiers de réalisateurs d’effets spéciaux, si le cinéma continue de se développer ainsi au Grand-Duché!

Devenir invisible

Les effets spéciaux, quand ils sont réussis, ne sont pas visibles pour le spectateur qui doit être plongé dans le film.

Popularisés par les films fantastiques de science-fiction et de catastrophe, les effets spéciaux font appel à différents procédés liés à l’image et au son : synthèse d’image 3D, traitement numérique, maquettes, animation image par image, ralenti et accéléré, maquillage, bruitage, etc. Ils peuvent être réalisés pendant le tournage ou après (en postproduction), ou par la combinaison des deux.

Les cinéastes utilisent les effets spéciaux pour des besoins divers.

Pour reproduire une atmosphère (pluie, chute de neige, brume, etc.)

Pour créer une réalité visuelle à partir d’éléments imaginaires (monstres, extra-terrestres, soucoupes volantes, univers cosmique, etc.). Ou encore pour préserver la sécurité des acteurs ou des décors (explosions, accidents, violences, catastrophe naturelle, scène d’action, etc).

L’effet spécial doit paraître le plus réel possible. Son but est de s’effacer. En réalité, il a besoin du réel pour exister. Un film qui n’utiliserait que des effets spéciaux, comme dans les dessins animés par exemple, perdrait en réalisme auprès des spectateurs.

Aux États-Unis, certains professionnels de l’audiovisuel appellent souvent les effets spéciaux numériques «effets visuels» (visual effects). Les effets spéciaux mécaniques, eux, restent des «effets spéciaux» (special effects) afin de les différencier plus facilement. Si les effets spéciaux permettent un rendu voulu par le réalisateur, ils permettent aussi de gommer des défauts de tournage ou encore de rendre plus réaliste un film d’époque avec des objets anachroniques effacés du décor. Du film d’auteur aux films de science-fiction, les effets spéciaux sont de plus en plus utilisés.

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SOURCE: http://www.lequotidien.lu

Le secteur du cinéma connaît un essor fulgurant au Luxembourg depuis une vingtaine d’années. Chaque semaine, Le Quotidien vous propose de découvrir un métier du cinéma. Rencontre aujourd’hui avec Claude Kongs, superviseur VFX.

Un poteau qui gêne, un paysage censé être sous la neige : c’est le genre de choses auquel peut remédier Claude Kongs, spécialiste en effets spéciaux de postproduction. Même si le métier est encore mal reconnu dans le milieu, les productions y ont de plus en plus recours.

De notre journaliste Audrey Somnard

Cela fait dix ans que Claude Kongs est dans le métier. Après une école de film d’animation au Luxembourg, il s’est spécialisé dans le domaine de l’animation 3D et du compositing, puis aujourd’hui dans les VFX, c’est-à-dire les effets spéciaux. Il a commencé dans la publicité, pour se rapprocher du cinéma. Aujourd’hui, il a installé avec son associé la société NAKO FX au Filmland de Kehlen, la Mecque du cinéma au Luxembourg.

Le superviseur FX, c’est celui qui rattrape les erreurs de tournage : «C’est tout ce qui se voit au montage et qui n’était pas prévu. Le reflet d’un caméraman dans des lunettes, des objets qui ne sont pas d’époque, des choses qui gênent dans le paysage. Nous sommes là pour rattraper les petites erreurs de tournage», explique Claude Kongs. Une des missions de Claude et de son équipe est la composition d’image, où il s’agit d’intégrer, par exemple, des acteurs tournés en studio devant un fond vert, dans un décor naturel qui est filmé séparément, ou dans un décor qui est créé de toutes pièces, en images de synthèse (Matte painting).

Les ordinateurs et les logiciels puissants l’aident à sa tâche. Tout est possible ou presque : «La gestion des budgets est un des éléments les plus compliqués à gérer, car il est difficile d’évaluer à l’avance les besoins réels d’une production. Il y a toujours le côté artistique qui fait que les VFX ne sont jamais vraiment finis, on peut toujours approfondir la recherche du détail et faire mieux. Mais il faut respecter le deadline (NDRL : date limite) et les budgets.» Et souvent, les effets spéciaux arrivent en fin de liste, et donc aussi des budgets : «On nous donne une “shot list”, la liste des choses à faire ou à corriger. Cela représente du savoir-faire et beaucoup de temps, alors que parfois, les délais sont réduits.» Par exemple, incorporer la neige sur un paysage représente plusieurs jours de travail car il faut la dessiner à la main.

Plusieurs jours de travail pour une scène

Mais parfois, les choses se passent idéalement. C’est le cas avec le tournage du film de Donato Rotunno : «Nous avons été consultés pour donner notre avis sur la manière de procéder lors du tournage, et nous allons être présents au tournage pour les scènes-clés qui demandent notre intervention. Il faut faire en sorte que les marqueurs soient bien en place, etc.» Exemple concret : par sécurité, des acteurs sont accrochés à un fil pour une scène un peu sportive. Il faudra donc enlever les fils en post production. Le superviseur FX peut remédier à cela, mais c’est plus simple si la scène a été tournée une autre fois sans les acteurs.

Les films à succès commerciaux utilisent principalement les effets spéciaux. On en est encore loin sur les tournages au Luxembourg, mais Claude Kongs caresse l’idée de travailler sur des films de science-fiction, où les superviseurs FX peuvent laisser exprimer leur créativité. Les aides étatiques du Luxembourg attirent de plus en plus de projets, mais la contrepartie est que le film doit être tourné au Grand-Duché. Cela ne veut pas dire que le décor du film doit être luxembourgeois. Les scènes sont tournées dans les studios de Kehlen, puis des scènes extérieures – par exemple, des décors de la ville de Paris – peuvent être rajoutées par le superviseur FX.

Mais quand les tournages ne se font pas sur place, les choses se compliquent. La communication est permanente entre le réalisateur ou producteur, avec le superviseur FX. «Nous avons un système qui permet de laisser des commentaires, d’une partie comme de l’autre. Mais parfois, avec la barrière de la langue, on peut arriver à des incompréhensions de part et d’autre. Et sans compter le décalage horaire avec des pays lointains qui nous font perdre beaucoup de temps…»

En moins d’un an d’existence, la société NAKO FX a travaillé sur une douzaine de films, que ce soit des films à petits budgets VFX avec une douzaine de plans, ou pour des grands projets comme Möbius d’Eric Rochand, produit par Samsa Film, avec plus de 200 plans truqués. Un avenir plutôt serein s’annonce pour les métiers de réalisateurs d’effets spéciaux, si le cinéma continue de se développer ainsi au Grand-Duché!

Devenir invisible

Les effets spéciaux, quand ils sont réussis, ne sont pas visibles pour le spectateur qui doit être plongé dans le film.

Popularisés par les films fantastiques de science-fiction et de catastrophe, les effets spéciaux font appel à différents procédés liés à l’image et au son : synthèse d’image 3D, traitement numérique, maquettes, animation image par image, ralenti et accéléré, maquillage, bruitage, etc. Ils peuvent être réalisés pendant le tournage ou après (en postproduction), ou par la combinaison des deux.

Les cinéastes utilisent les effets spéciaux pour des besoins divers.

Pour reproduire une atmosphère (pluie, chute de neige, brume, etc.)

Pour créer une réalité visuelle à partir d’éléments imaginaires (monstres, extra-terrestres, soucoupes volantes, univers cosmique, etc.). Ou encore pour préserver la sécurité des acteurs ou des décors (explosions, accidents, violences, catastrophe naturelle, scène d’action, etc).

L’effet spécial doit paraître le plus réel possible. Son but est de s’effacer. En réalité, il a besoin du réel pour exister. Un film qui n’utiliserait que des effets spéciaux, comme dans les dessins animés par exemple, perdrait en réalisme auprès des spectateurs.

Aux États-Unis, certains professionnels de l’audiovisuel appellent souvent les effets spéciaux numériques «effets visuels» (visual effects). Les effets spéciaux mécaniques, eux, restent des «effets spéciaux» (special effects) afin de les différencier plus facilement. Si les effets spéciaux permettent un rendu voulu par le réalisateur, ils permettent aussi de gommer des défauts de tournage ou encore de rendre plus réaliste un film d’époque avec des objets anachroniques effacés du décor. Du film d’auteur aux films de science-fiction, les effets spéciaux sont de plus en plus utilisés.

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