Sep 27 2009

Land sur “9” de Shane Acker

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fd

SOURCE: www.land.lu

Films made in Luxembourg

Les bons et la Bête

9, le premier long-métrage de Shane Acker, coproduit par Luxanimation, fait preuve d’un enthousiasme qui ne faiblit pas et qui sauve le filmde l’ennui

Marylène Andrin

Quel est le point commun entre Doncols, petit village au nord du grand-duché, et Tim Burton ? Lux­animation ! La société de production spécialisée, comme son nom l’indique, dans le film d’animation, a décidément le vent en poupe ces dernières années. Profitant habilement du système fiscal concernant la production audiovisuelle du Luxembourg, l’entreprise fondée par Lilian Eche multiplie les coproductions euro­pé­ennes, mais aussi internationales, visant de plus en plus haut. Si Bob et Bobette n’a pas bénéficié d’une grande combinaison de salles lors de sa sortie, ce n’est pas le cas de la très ambitieuse production américaine 9. Produit sous le haut patronage de la majesté du royaume de l’étrange, le premier long-métrage de Shane Acker a bénéficié de quelques partenaires habituels de Burton, comme par exemple Pamela Pettler au scénario.

Pourtant, malgré la patte de la scénariste de Corpse Bride (2005), ce n’est pas vraiment par l’histoire que le film se démarque. On y suit l’épopée de 9 (voix d’Elijah Wood), petit personnage fabriqué de bric et de broc par un scientifique désespéré, juste avant que le monde ne s’écroule, terrassé par la « Machine », que les hommes avaient eux-mêmes créée. À son réveil, 9 rencontre quelques semblables, qui vivent reclus pour échapper à la Bête, un résidu des machines malfaisantes. Mais 9 est différent. Il a dans ses mains la solution menant à leur liberté et, téméraire, il les exhorte à affronter les ténèbres, malgré le veto du chef, numéro 1 (voix de Christopher Plum­mer). La quête de l’éradication du Mal par le Bien, avec une petite leçon de moralisme : la fable est assez connue et on ne trouve rien de bien nouveau dans le fond. Ce récit linéaire n’est d’ailleurs pas sans rappeler une autre coproduction de Lux­ani­mation, Chasseurs de dragons (2008).

Mais dans la forme, quelle énergie, quelle originalité ! Un enthousiasme qui ne faiblit pas et qui sauve le film de l’ennui. Surfant sur la mode des anti-héros, les personnages ne manquent pas de personnalité. On s’attache vite à chacune des créatures, faites de boulons, de toiles de jute, de boutons et de fermetures éclairs, qui sollicitent et fixent le spectateur de leurs grands yeux interrogateurs. Ils laissent apparaître leurs faiblesses, leurs limites, et parviennent pourtant de cette manière à se sortir d’une situation apocalyptique. Point de lasers électroniques, d’épées-gadgets ou de potions couleur fluo : leurs armes sont faites de bouts de ferraille. Une ode à la récup’ forcée par l’environnement, car le monde tel que nous le connaissons n’est plus que maisons éventrées, poutrelles par-ci par-là.

L’atmosphère maussade est soulignée par des layouts sombres, parfois glauque. Les couleurs dominantes sont marrons, beige, parfois bleuâtre. Le sentiment d’insécurité flotte, étouffant les poupées de chiffons et les exhortant à se battre davantage. Et lorsque l’on voit ces petites figurines avancer pas à pas dans ce décor délabré, c’est la poésie qui prend le dessus sur la science-fiction.

Le film réussit donc à créer une ambiance visuelle remarquable qui parvient à accrocher l’attention. Mais il a également les défauts de son défi : 9 fut d’abord un court-métrage qui permit à Shane Acker d’être nominée aux Oscar. Passer de onze à 80 minutes est un exercice périlleux qui nécessite plus qu’un feu d’artifice, aussi puissant soit-il : handicapé par un scénario trop banal, le format long-métrage reste loin de l’exceptionnelle pépite que son potentiel pouvait réserver.

18 septembre 2009

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SOURCE: www.land.lu

Films made in Luxembourg

Les bons et la Bête

9, le premier long-métrage de Shane Acker, coproduit par Luxanimation, fait preuve d’un enthousiasme qui ne faiblit pas et qui sauve le filmde l’ennui

Marylène Andrin

Quel est le point commun entre Doncols, petit village au nord du grand-duché, et Tim Burton ? Lux­animation ! La société de production spécialisée, comme son nom l’indique, dans le film d’animation, a décidément le vent en poupe ces dernières années. Profitant habilement du système fiscal concernant la production audiovisuelle du Luxembourg, l’entreprise fondée par Lilian Eche multiplie les coproductions euro­pé­ennes, mais aussi internationales, visant de plus en plus haut. Si Bob et Bobette n’a pas bénéficié d’une grande combinaison de salles lors de sa sortie, ce n’est pas le cas de la très ambitieuse production américaine 9. Produit sous le haut patronage de la majesté du royaume de l’étrange, le premier long-métrage de Shane Acker a bénéficié de quelques partenaires habituels de Burton, comme par exemple Pamela Pettler au scénario.

Pourtant, malgré la patte de la scénariste de Corpse Bride (2005), ce n’est pas vraiment par l’histoire que le film se démarque. On y suit l’épopée de 9 (voix d’Elijah Wood), petit personnage fabriqué de bric et de broc par un scientifique désespéré, juste avant que le monde ne s’écroule, terrassé par la « Machine », que les hommes avaient eux-mêmes créée. À son réveil, 9 rencontre quelques semblables, qui vivent reclus pour échapper à la Bête, un résidu des machines malfaisantes. Mais 9 est différent. Il a dans ses mains la solution menant à leur liberté et, téméraire, il les exhorte à affronter les ténèbres, malgré le veto du chef, numéro 1 (voix de Christopher Plum­mer). La quête de l’éradication du Mal par le Bien, avec une petite leçon de moralisme : la fable est assez connue et on ne trouve rien de bien nouveau dans le fond. Ce récit linéaire n’est d’ailleurs pas sans rappeler une autre coproduction de Lux­ani­mation, Chasseurs de dragons (2008).

Mais dans la forme, quelle énergie, quelle originalité ! Un enthousiasme qui ne faiblit pas et qui sauve le film de l’ennui. Surfant sur la mode des anti-héros, les personnages ne manquent pas de personnalité. On s’attache vite à chacune des créatures, faites de boulons, de toiles de jute, de boutons et de fermetures éclairs, qui sollicitent et fixent le spectateur de leurs grands yeux interrogateurs. Ils laissent apparaître leurs faiblesses, leurs limites, et parviennent pourtant de cette manière à se sortir d’une situation apocalyptique. Point de lasers électroniques, d’épées-gadgets ou de potions couleur fluo : leurs armes sont faites de bouts de ferraille. Une ode à la récup’ forcée par l’environnement, car le monde tel que nous le connaissons n’est plus que maisons éventrées, poutrelles par-ci par-là.

L’atmosphère maussade est soulignée par des layouts sombres, parfois glauque. Les couleurs dominantes sont marrons, beige, parfois bleuâtre. Le sentiment d’insécurité flotte, étouffant les poupées de chiffons et les exhortant à se battre davantage. Et lorsque l’on voit ces petites figurines avancer pas à pas dans ce décor délabré, c’est la poésie qui prend le dessus sur la science-fiction.

Le film réussit donc à créer une ambiance visuelle remarquable qui parvient à accrocher l’attention. Mais il a également les défauts de son défi : 9 fut d’abord un court-métrage qui permit à Shane Acker d’être nominée aux Oscar. Passer de onze à 80 minutes est un exercice périlleux qui nécessite plus qu’un feu d’artifice, aussi puissant soit-il : handicapé par un scénario trop banal, le format long-métrage reste loin de l’exceptionnelle pépite que son potentiel pouvait réserver.

18 septembre 2009

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