Jan 08 2011

Crise d’identité

Published by at 01:45 under Français,No-Low Budget

SOURCE: http://www.lequotidien.lu

indentiteit

Mis sur pied en six mois, ce minifilm d’une quarantaine de minutes a été réalisé par des étudiants et jeunes «théâtreux» du Luxembourg, comme un pied de nez au nationalisme. De notre journaliste Grégory Cimatti

Sur l’écran, bien enfoncés dans leur siège, deux hurluberlus se donnant des airs de critiques de cinéma, faussement intellectuels, promettent une soirée «patriotique». Et c’est le moins que l’on puisse dire… Dédicacé au Grand-Duc – «qui défend nos idéaux dans le monde entier» (sic) – Ons Identitéit se veut une farce, décapitant l’idée d’identité nationale, porteur d’un racisme latent, toujours inhérent à cette philosophie conservatrice.
C’est suite à la décentralisation, décidée et prononcée par la multinationale AB InBev, début 2010, des activités de la firme Diekirch vers la Belgique, qu’une bande de jeunes s’est emparée de l’affaire, étonnée de l’impact que cette décision a généré chez leurs concitoyens. La bière, culture nationale? Le raccourci fait sourire, mais n’est pas dénué de sens.
Ainsi, le film fait avec les moyens du bord par ces étudiants et autres personnes aux affinités théâtrales, met en scène de «courageux patriotes», assumant parfaitement leur identité nationale et essayant d’éviter la délocalisation de la boisson nationale, le Lëtzebeier… Le tout dans un cri de guerre qu’ils veulent fédérateur : le Luxembourg aux Luxembourgeois! Tout est dit.

«Bonne nuit, les enfants»…

Et à partir de là, tout le monde en prend pour son compte. Les ultralibéraux et décideurs, dont le leader, affublé d’une belle moustache carrée, tient des discours rageurs, bien droit derrière son pupitre. Qu’on se le dise, toute ressemblance avec des personnes ou des situations existantes ou ayant existé ne saurait être que fortuite… Les membres du Parlement, modèles d’incompétence, sont eux aussi moqués, occupés à tenter de configurer leur GPS en luxembourgeois…
Que dire alors du Grand-Duc qui, quasiment à chaque plan, apparaît sur une photo ou une affiche, récoltant au passage chewing-gum et quelques comparaisons peu gratifiantes. Et c’est peu dire. Sans oublier les médias, avec RTL terminant son journal télévisé par un «bonne nuit, les enfants»… «Attention, ce n’est pas une production d’un parti de gauche!», se défendent les auteurs. Seulement un coup de gueule, tout en humour, en ironie… et en chanson, réclamant fraternité et tolérance, plutôt que des débats sans fond sur l’appartenance ou non à une nation.
Après une première au cinéma Sura, à Echternach, en novembre dernier, suivie de trois autres séances, c’est sur internet, depuis le 1er décembre, que le film poursuit son aventure. Et avec brio, avec près de 3 000 visionnages en deux semaines. Un chiffre qui devrait gonfler avec les prochaines traductions en portugais et anglais. Si, il faut le reconnaître, la réalisation n’est pas vraiment à la hauteur (montage scabreux, scènes interminables), c’est pour le fond qu’Ons Identitéit vaut le détour. Un message d’ouverture dans un monde qui ne cesse de stigmatiser les étrangers.

Ons Identitéit, de Jacques Schiltz & Lars Schmitz. En VO et VO st. fr. www.onsidentiteit.wordpress.com

«Une satire doit marquer les esprits»

Jacques Schiltz est l’un des deux auteurs de ce minifilm satirique.
Il évoque le racisme populaire latent et la crainte «irrationnelle» de la disparition de la culture luxembourgeoise. Entretien.

Les références redondantes au nazisme, le nationalisme primaire et ces moqueries, parfois assez rudes, sur le Grand-Duc… Vous n’y êtes vraiment pas allé avec le dos de la cuillère!
Jacques Schiltz :
Mais une bonne satire doit frapper. Marquer les esprits pour provoquer la réflexion, telle est notre intention avec ce film. Notre objectif est qu’il contribue aux discussions actuelles, qui ont commencé en début d’année avec l’affaire de la bière Diekirch et se poursuivent toujours avec les récentes décisions politiques.
Ici, vous jouez énormément avec les clichés que l’on peut avoir sur le Grand-Duché.
Oui, on ne s’en est pas privé (rire). Mais, finalement, le tout est dilué dans le sujet principal, qui est le nationalisme, qui n’est pas exclusif au Luxembourg, mais qui existe dans de nombreux pays en Europe. Preuve en est avec la récente loi en Suisse, sur l’expulsion systématique et manu militari des étrangers accusés de délits graves. C’est ce racisme populaire, enraciné et reconnu que l’on voulait mettre en avant…
… Mais aussi la crainte de la disparition de l’identité luxembourgeoise, qui revient régulièrement sur le tapis, ces derniers temps.
Bien sûr, c’est pour cela que notre film s’intitule Ons Identitéit – Mir hunn se fonnt (Notre identité- Nous l’avons trouvé). En réalité, on ne l’a pas trouvé du tout, mais qu’importe, tout cela est superflu. Sérieusement, où est le danger? L’idée est seulement propagée par certains partis politiques, comme l’ADR mais, personnellement, je ne vois pas les signes d’un quelconque problème. L’identité nationale n’existe pas, ce qui n’empêche pas le pays d’être riche avec ces multiples nationalités et sa population bigarrée. C’est bien là l’essentiel.

G. C.

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Mis sur pied en six mois, ce minifilm d’une quarantaine de minutes a été réalisé par des étudiants et jeunes «théâtreux» du Luxembourg, comme un pied de nez au nationalisme. De notre journaliste Grégory Cimatti

Sur l’écran, bien enfoncés dans leur siège, deux hurluberlus se donnant des airs de critiques de cinéma, faussement intellectuels, promettent une soirée «patriotique». Et c’est le moins que l’on puisse dire… Dédicacé au Grand-Duc – «qui défend nos idéaux dans le monde entier» (sic) – Ons Identitéit se veut une farce, décapitant l’idée d’identité nationale, porteur d’un racisme latent, toujours inhérent à cette philosophie conservatrice.
C’est suite à la décentralisation, décidée et prononcée par la multinationale AB InBev, début 2010, des activités de la firme Diekirch vers la Belgique, qu’une bande de jeunes s’est emparée de l’affaire, étonnée de l’impact que cette décision a généré chez leurs concitoyens. La bière, culture nationale? Le raccourci fait sourire, mais n’est pas dénué de sens.
Ainsi, le film fait avec les moyens du bord par ces étudiants et autres personnes aux affinités théâtrales, met en scène de «courageux patriotes», assumant parfaitement leur identité nationale et essayant d’éviter la délocalisation de la boisson nationale, le Lëtzebeier… Le tout dans un cri de guerre qu’ils veulent fédérateur : le Luxembourg aux Luxembourgeois! Tout est dit.

«Bonne nuit, les enfants»…

Et à partir de là, tout le monde en prend pour son compte. Les ultralibéraux et décideurs, dont le leader, affublé d’une belle moustache carrée, tient des discours rageurs, bien droit derrière son pupitre. Qu’on se le dise, toute ressemblance avec des personnes ou des situations existantes ou ayant existé ne saurait être que fortuite… Les membres du Parlement, modèles d’incompétence, sont eux aussi moqués, occupés à tenter de configurer leur GPS en luxembourgeois…
Que dire alors du Grand-Duc qui, quasiment à chaque plan, apparaît sur une photo ou une affiche, récoltant au passage chewing-gum et quelques comparaisons peu gratifiantes. Et c’est peu dire. Sans oublier les médias, avec RTL terminant son journal télévisé par un «bonne nuit, les enfants»… «Attention, ce n’est pas une production d’un parti de gauche!», se défendent les auteurs. Seulement un coup de gueule, tout en humour, en ironie… et en chanson, réclamant fraternité et tolérance, plutôt que des débats sans fond sur l’appartenance ou non à une nation.
Après une première au cinéma Sura, à Echternach, en novembre dernier, suivie de trois autres séances, c’est sur internet, depuis le 1er décembre, que le film poursuit son aventure. Et avec brio, avec près de 3 000 visionnages en deux semaines. Un chiffre qui devrait gonfler avec les prochaines traductions en portugais et anglais. Si, il faut le reconnaître, la réalisation n’est pas vraiment à la hauteur (montage scabreux, scènes interminables), c’est pour le fond qu’Ons Identitéit vaut le détour. Un message d’ouverture dans un monde qui ne cesse de stigmatiser les étrangers.

Ons Identitéit, de Jacques Schiltz & Lars Schmitz. En VO et VO st. fr. www.onsidentiteit.wordpress.com

«Une satire doit marquer les esprits»

Jacques Schiltz est l’un des deux auteurs de ce minifilm satirique.
Il évoque le racisme populaire latent et la crainte «irrationnelle» de la disparition de la culture luxembourgeoise. Entretien.

Les références redondantes au nazisme, le nationalisme primaire et ces moqueries, parfois assez rudes, sur le Grand-Duc… Vous n’y êtes vraiment pas allé avec le dos de la cuillère!
Jacques Schiltz :
Mais une bonne satire doit frapper. Marquer les esprits pour provoquer la réflexion, telle est notre intention avec ce film. Notre objectif est qu’il contribue aux discussions actuelles, qui ont commencé en début d’année avec l’affaire de la bière Diekirch et se poursuivent toujours avec les récentes décisions politiques.
Ici, vous jouez énormément avec les clichés que l’on peut avoir sur le Grand-Duché.
Oui, on ne s’en est pas privé (rire). Mais, finalement, le tout est dilué dans le sujet principal, qui est le nationalisme, qui n’est pas exclusif au Luxembourg, mais qui existe dans de nombreux pays en Europe. Preuve en est avec la récente loi en Suisse, sur l’expulsion systématique et manu militari des étrangers accusés de délits graves. C’est ce racisme populaire, enraciné et reconnu que l’on voulait mettre en avant…
… Mais aussi la crainte de la disparition de l’identité luxembourgeoise, qui revient régulièrement sur le tapis, ces derniers temps.
Bien sûr, c’est pour cela que notre film s’intitule Ons Identitéit – Mir hunn se fonnt (Notre identité- Nous l’avons trouvé). En réalité, on ne l’a pas trouvé du tout, mais qu’importe, tout cela est superflu. Sérieusement, où est le danger? L’idée est seulement propagée par certains partis politiques, comme l’ADR mais, personnellement, je ne vois pas les signes d’un quelconque problème. L’identité nationale n’existe pas, ce qui n’empêche pas le pays d’être riche avec ces multiples nationalités et sa population bigarrée. C’est bien là l’essentiel.

G. C.

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