Apr 28 2010

Réconcilier qualité et système D

Published by at 01:01 under No-Low Budget

SOURCE: http://lequotidien.editpress.lu – Romain Van Dyck

CINÉMA Le réalisateur Adolph El Assal est venu tourner une scène de son nouveau film, hier, à l’aéroport de Luxembourg. Un site de choix pour parler d’immigration…

Comment réaliser un film de qualité professionnelle avec des moyens très limités? En étant débrouillard et très bien entouré, explique le réalisateur…

Oups, pardon!», s’excuse un voyageur un peu penaud, avant de refermer la porte.

C’est sûr, il ne s’attendait pas à découvrir un caméraman, un preneur de son, des acteurs bref, toute une équipe de tournage, en ouvrant… la porte des toilettes!

C’est pourtant dans ce lieu pas très glamour qu’Adolph El Assal, alias Ady, tournait une scène de son dernier film, hier, à l’aéroport de Luxembourg.

Un court-métrage pour être plus précis, intitulé Mano de Dios, ou l’histoire de… «Diego, un jeune argentin de 27 ans, qui habite illégalement au Luxembourg depuis quelque temps, raconte Ady. Un soir, il se rend dans un café pour regarder un match de football, mais il rentre dans une bagarre avec un vieillard saoul. Après une nuit passée au poste de police, il apprend qu’il sera expulsé vers l’Argentine dans les 24 h…»
Serrés entre les toilettes et le lavabo, Ady et son équipe se préparent à tourner une des dernières scènes du film. Diego doit se raser la barbe, un relooking symbolique avant de prendre l’avion et d’entamer sa nouvelle vie. Oui mais voilà… Diego n’a plus vraiment le look prévu. «Bon, à la base, Diego devait avoir une plus grosse barbe, mais il s’est rasé il y a quelques jours sans m’en avertir… C’est pas grave, on va revoir un peu la scène, il faut savoir s’adapter! ,» rigole le réalisateur.

Ce Luxembourgeois n’est pas en effet du genre à se décourager pour une telle broutille. «Moi, je suis un gars optimiste. Je fonctionne au système D. Je veux montrer que l’on peut faire des films de qualité professionnelle avec très peu de moyens. C’est pareil pour le budget. Je n’ai pas la patience d’attendre des aides qui ne viendront peut-être jamais, alors je me débrouille sans. J’y arrive parce que les talents sont là, l’énergie est là.» La preuve autour de lui : le photographe est un rappeur pour qui il a réalisé un clip, la tenue de policier portée par un des acteurs a été prêtée gracieusement par son propriétaire légitime, un ami a ramené son propre steadicam (harnais avec un bras articulé pour stabiliser la caméra)…

Ady cumule pour sa part les casquettes de «réalisateur, éclaireur, accessoiriste, maquilleur, monteur, apporteur de café…» N’en jetez plus!

L’intégration,c’est un peu un loto

Ce fondu de cinéma est né il y a 29 ans à Alexandrie, en Égypte. Enfant, il adorait rejouer des séries américaines avec le caméscope familial. Après un détour par Dubai et Londres, il se pose au Luxembourg. La passion devient métier. Depuis 2003, ce grand voyageur a produit une quarantaine de clips musicaux, huit courts métrages, une douzaine de minidocumentaires et trois longs métrages…

L’un d’eux, Divizionz, qui parle de l’amitié entre des jeunes venus des quatre coins de l’Ouganda, a d’ailleurs gagné une vingtaine de prix, dont trois aux prestigieux African Movie Academy Awards 2008.
Avec Mano de Dios, il aborde un autre thème qui lui tient à cœur, l’immigration. L’histoire est d’ailleurs basée sur des faits réels : « J’ai un ami qui a vécu douze ans en Angleterre. Il était intégré, il se débrouillait bien, mais il a été pris dans une bagarre avec un supporter de foot anglais. Il a été expulsé dans un camp de réfugiés en Jordanie, alors qu’il ne parlait même pas l’arabe. Moi aussi, je suis issu de l’immigration, et je sais combien je suis chanceux. Pour s’intégrer, il faut du mérite c’est sûr, mais il y a aussi une grosse part de hasard, de bonnes ou de mauvaises rencontres… C’est un peu un loto.»
Ce court métrage devrait sortir, espère-t-il, avant un cap symbolique:la prochaine coupe du monde.

Pour la suite, pas d’inquiétude à avoir : «J’ai bien une trentaine de scénarios qui attendent d’être réalisés.»

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SOURCE: http://lequotidien.editpress.lu – Romain Van Dyck

CINÉMA Le réalisateur Adolph El Assal est venu tourner une scène de son nouveau film, hier, à l’aéroport de Luxembourg. Un site de choix pour parler d’immigration…

Comment réaliser un film de qualité professionnelle avec des moyens très limités? En étant débrouillard et très bien entouré, explique le réalisateur…

Oups, pardon!», s’excuse un voyageur un peu penaud, avant de refermer la porte.

C’est sûr, il ne s’attendait pas à découvrir un caméraman, un preneur de son, des acteurs bref, toute une équipe de tournage, en ouvrant… la porte des toilettes!

C’est pourtant dans ce lieu pas très glamour qu’Adolph El Assal, alias Ady, tournait une scène de son dernier film, hier, à l’aéroport de Luxembourg.

Un court-métrage pour être plus précis, intitulé Mano de Dios, ou l’histoire de… «Diego, un jeune argentin de 27 ans, qui habite illégalement au Luxembourg depuis quelque temps, raconte Ady. Un soir, il se rend dans un café pour regarder un match de football, mais il rentre dans une bagarre avec un vieillard saoul. Après une nuit passée au poste de police, il apprend qu’il sera expulsé vers l’Argentine dans les 24 h…»
Serrés entre les toilettes et le lavabo, Ady et son équipe se préparent à tourner une des dernières scènes du film. Diego doit se raser la barbe, un relooking symbolique avant de prendre l’avion et d’entamer sa nouvelle vie. Oui mais voilà… Diego n’a plus vraiment le look prévu. «Bon, à la base, Diego devait avoir une plus grosse barbe, mais il s’est rasé il y a quelques jours sans m’en avertir… C’est pas grave, on va revoir un peu la scène, il faut savoir s’adapter! ,» rigole le réalisateur.

Ce Luxembourgeois n’est pas en effet du genre à se décourager pour une telle broutille. «Moi, je suis un gars optimiste. Je fonctionne au système D. Je veux montrer que l’on peut faire des films de qualité professionnelle avec très peu de moyens. C’est pareil pour le budget. Je n’ai pas la patience d’attendre des aides qui ne viendront peut-être jamais, alors je me débrouille sans. J’y arrive parce que les talents sont là, l’énergie est là.» La preuve autour de lui : le photographe est un rappeur pour qui il a réalisé un clip, la tenue de policier portée par un des acteurs a été prêtée gracieusement par son propriétaire légitime, un ami a ramené son propre steadicam (harnais avec un bras articulé pour stabiliser la caméra)…

Ady cumule pour sa part les casquettes de «réalisateur, éclaireur, accessoiriste, maquilleur, monteur, apporteur de café…» N’en jetez plus!

L’intégration,c’est un peu un loto

Ce fondu de cinéma est né il y a 29 ans à Alexandrie, en Égypte. Enfant, il adorait rejouer des séries américaines avec le caméscope familial. Après un détour par Dubai et Londres, il se pose au Luxembourg. La passion devient métier. Depuis 2003, ce grand voyageur a produit une quarantaine de clips musicaux, huit courts métrages, une douzaine de minidocumentaires et trois longs métrages…

L’un d’eux, Divizionz, qui parle de l’amitié entre des jeunes venus des quatre coins de l’Ouganda, a d’ailleurs gagné une vingtaine de prix, dont trois aux prestigieux African Movie Academy Awards 2008.
Avec Mano de Dios, il aborde un autre thème qui lui tient à cœur, l’immigration. L’histoire est d’ailleurs basée sur des faits réels : « J’ai un ami qui a vécu douze ans en Angleterre. Il était intégré, il se débrouillait bien, mais il a été pris dans une bagarre avec un supporter de foot anglais. Il a été expulsé dans un camp de réfugiés en Jordanie, alors qu’il ne parlait même pas l’arabe. Moi aussi, je suis issu de l’immigration, et je sais combien je suis chanceux. Pour s’intégrer, il faut du mérite c’est sûr, mais il y a aussi une grosse part de hasard, de bonnes ou de mauvaises rencontres… C’est un peu un loto.»
Ce court métrage devrait sortir, espère-t-il, avant un cap symbolique:la prochaine coupe du monde.

Pour la suite, pas d’inquiétude à avoir : «J’ai bien une trentaine de scénarios qui attendent d’être réalisés.»

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