Oct 15 2011

Certains l’aiment (très) chaud

Published by at 07:50 under Reviews,Samsa

SOURCE: http://www.lequotidien.lu

De notre journaliste Pablo Chimienti

Il aura coûté près de 3,5 millions d’euros, mais Hot Hot Hot, de Beryl Koltz, produit par Samsa film, est sans aucun doute la plus belle production luxembourgeoise qu’on ait vue depuis un moment. Aussi profond que drôle, aussi coquin que sérieux, ce film inclassable est également magnifiquement maîtrisé, tant au niveau de la direction d’acteurs que de la bande originale, du montage, des décors, etc.

On le savait depuis un moment, Hot Hot Hot est un film avec plein d’images de nu. Ça suffit à faire le buzz. Mais pas à faire un bon film. Avec ce premier long métrage de fiction, la réalisatrice et scénariste Beryl Koltz risque donc de décevoir les voyeurs de tout poil, mais réjouir les cinéphiles de tous genres.
Car dans son Finnish-Turkish Delight, sauna et hammam faisant partie du parc de loisirs Worlds Apart, la plupart des clients se promènent effectivement nus, mais une fois la surprise passée, pour le personnage principal, Ferdinand, comme pour le spectateur, cela devient anecdotique. «On s’habitue très vite à la nudité», souligne la réalisatrice en parlant de son tournage. Une phrase qui vaut aussi bien pour le film. Elle ajoute : «Finalement, c’est naturel.»
Dans cet univers de chaleur humide où les gens semblent redevenir autant d’Adam et d’Ève, Ferdinand, fraîchement débarqué de son Fish Land, fermé temporairement pour travaux, va se reconstruire. Lui qui mène une vie pour le moins monotone – pas impossible que le garçon soit vierge malgré ses 44 ans – va apprendre à s’accepter, à accepter les autres et va même commencer à intéresser les filles.

Ode à la différence

«Cette histoire, pour moi, est une ode à la différence et à la diversité des corps dans un univers où tout est de plus en plus pareil, reprend Beryl Koltz, c’est pour ça que ça se passe dans ce parc de loisirs globalisé où tout est nivelé.»
Rien de tout ça dans l’univers artistique, qu’il soit musical ou filmique, de Beryl Koltz. Chez elle, point de platitude, pas de nivellement vers le bas. Le film est très visuel sans pour autant reléguer les dialogues à un rôle accessoire. La réalisatrice se permet même des délires oniriques et ces phases dansées. Et c’est une réussite. «J’ai toujours dans mes films une petite scène de danse, en plus, Hot Hot Hot traite des corps et de la musique, il fallait donc un peu de corps qui bougent.» Des scènes chorégraphiées par Jean-Guillaume Weis. Comme lui, toute l’équipe technique du film est grand-ducale. «Mon équipe depuis toujours»: Jako Raybaut à la photo, Carlo Thoss au son, Christina Schaffer aux décors, Uli Simon aux costumes, Amine Jaber au montage. Des chefs de postes qui ont mis merveilleusement en forme l’univers de la réalisatrice.
C’est beau, c’est drôle et très touchant. Une phrase tirée du film pourrait le résumer à merveille: «C’est bizarre, mais super frais.» Ceux qui «l’aiment chaud», voir «hot, hot, hot» ont bien raison!

«J’ai écrit 17 versions du scénario»

Rencontre avec Beryl Koltz, la réalisatrice et scénariste de Hot Hot Hot.
L’idée : «Tout a commencé parce que, il y a cinq ans, j’ai arrêté de fumer. Je me suis mise à boire beaucoup de thé et à aller au sauna pour détendre mes muscles. Là, j’ai sursauté la première fois que j’ai croisé un homme nu sous la lumière des néons, mais rapidement, je suis complètement rentrée dans cet esprit et j’ai commencé à apprécier cet univers où l’on côtoie toutes sortes de corps. J’y allais trois fois par semaine et c’est comme ça que j’ai commencé à imaginer cette histoire.»
L’écriture : «Ça a mis beaucoup de temps, je ne suis ni rapide, ni disciplinée. Je me suis assise à ma table tous les jours pendant près de trois ans pour écrire. Mais il y a des jours où je ne rédigeais aucune ligne. J’ai écrit 17 versions du scénario. Et je trouve qu’il y a encore des choses à redire.»
La musique : «Pour moi, la musique symbolise, pour mon personnage, l’héritage familial; un héritage encombrant qu’il n’arrive ni à rejeter, ni à accepter. Je voulais qu’il l’accepte et qu’il le fasse évoluer. Et pour cela, qu’il le transfère en MP3 et que, au fur et à mesure, il se détache de la musique classique pour quelque chose de plus actuel, le jazz, le pop. Je suis aussi musicienne, la musique est donc toujours très importante dans mes films.»

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SOURCE: http://www.lequotidien.lu

De notre journaliste Pablo Chimienti

Il aura coûté près de 3,5 millions d’euros, mais Hot Hot Hot, de Beryl Koltz, produit par Samsa film, est sans aucun doute la plus belle production luxembourgeoise qu’on ait vue depuis un moment. Aussi profond que drôle, aussi coquin que sérieux, ce film inclassable est également magnifiquement maîtrisé, tant au niveau de la direction d’acteurs que de la bande originale, du montage, des décors, etc.

On le savait depuis un moment, Hot Hot Hot est un film avec plein d’images de nu. Ça suffit à faire le buzz. Mais pas à faire un bon film. Avec ce premier long métrage de fiction, la réalisatrice et scénariste Beryl Koltz risque donc de décevoir les voyeurs de tout poil, mais réjouir les cinéphiles de tous genres.
Car dans son Finnish-Turkish Delight, sauna et hammam faisant partie du parc de loisirs Worlds Apart, la plupart des clients se promènent effectivement nus, mais une fois la surprise passée, pour le personnage principal, Ferdinand, comme pour le spectateur, cela devient anecdotique. «On s’habitue très vite à la nudité», souligne la réalisatrice en parlant de son tournage. Une phrase qui vaut aussi bien pour le film. Elle ajoute : «Finalement, c’est naturel.»
Dans cet univers de chaleur humide où les gens semblent redevenir autant d’Adam et d’Ève, Ferdinand, fraîchement débarqué de son Fish Land, fermé temporairement pour travaux, va se reconstruire. Lui qui mène une vie pour le moins monotone – pas impossible que le garçon soit vierge malgré ses 44 ans – va apprendre à s’accepter, à accepter les autres et va même commencer à intéresser les filles.

Ode à la différence

«Cette histoire, pour moi, est une ode à la différence et à la diversité des corps dans un univers où tout est de plus en plus pareil, reprend Beryl Koltz, c’est pour ça que ça se passe dans ce parc de loisirs globalisé où tout est nivelé.»
Rien de tout ça dans l’univers artistique, qu’il soit musical ou filmique, de Beryl Koltz. Chez elle, point de platitude, pas de nivellement vers le bas. Le film est très visuel sans pour autant reléguer les dialogues à un rôle accessoire. La réalisatrice se permet même des délires oniriques et ces phases dansées. Et c’est une réussite. «J’ai toujours dans mes films une petite scène de danse, en plus, Hot Hot Hot traite des corps et de la musique, il fallait donc un peu de corps qui bougent.» Des scènes chorégraphiées par Jean-Guillaume Weis. Comme lui, toute l’équipe technique du film est grand-ducale. «Mon équipe depuis toujours»: Jako Raybaut à la photo, Carlo Thoss au son, Christina Schaffer aux décors, Uli Simon aux costumes, Amine Jaber au montage. Des chefs de postes qui ont mis merveilleusement en forme l’univers de la réalisatrice.
C’est beau, c’est drôle et très touchant. Une phrase tirée du film pourrait le résumer à merveille: «C’est bizarre, mais super frais.» Ceux qui «l’aiment chaud», voir «hot, hot, hot» ont bien raison!

«J’ai écrit 17 versions du scénario»

Rencontre avec Beryl Koltz, la réalisatrice et scénariste de Hot Hot Hot.
L’idée : «Tout a commencé parce que, il y a cinq ans, j’ai arrêté de fumer. Je me suis mise à boire beaucoup de thé et à aller au sauna pour détendre mes muscles. Là, j’ai sursauté la première fois que j’ai croisé un homme nu sous la lumière des néons, mais rapidement, je suis complètement rentrée dans cet esprit et j’ai commencé à apprécier cet univers où l’on côtoie toutes sortes de corps. J’y allais trois fois par semaine et c’est comme ça que j’ai commencé à imaginer cette histoire.»
L’écriture : «Ça a mis beaucoup de temps, je ne suis ni rapide, ni disciplinée. Je me suis assise à ma table tous les jours pendant près de trois ans pour écrire. Mais il y a des jours où je ne rédigeais aucune ligne. J’ai écrit 17 versions du scénario. Et je trouve qu’il y a encore des choses à redire.»
La musique : «Pour moi, la musique symbolise, pour mon personnage, l’héritage familial; un héritage encombrant qu’il n’arrive ni à rejeter, ni à accepter. Je voulais qu’il l’accepte et qu’il le fasse évoluer. Et pour cela, qu’il le transfère en MP3 et que, au fur et à mesure, il se détache de la musique classique pour quelque chose de plus actuel, le jazz, le pop. Je suis aussi musicienne, la musique est donc toujours très importante dans mes films.»

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