Jan 25 2015

Mammejong

Published by at 01:48 under Lucil Film,Reviews

SOURCE: http://www.luxuriant.lu

Il était une fois un endroit que seuls les bons et les braves, dôtés d’un cœur pur, pouvaient atteindre. Cet endroit se situait en haut des collines du Grand-Duché, à travers les bois, à droite de la prairie puis encore à droite, après l’étang. Juste là. On l’appelait le Royaume d’Ailleurs. Ce royaume, c’est le cinéma de Jacques Molitor. Avec son premier long métrage, Mammejong (2014), il signe un hypnotique conte moderne.

Mammejong est un « coming of age » film qui tire le portrait de Flepp (Max Thommes), le fils. À vingt ans, Flepp souffre d’asthme, mais l’amour fou que sa mère, Sophie (Myriam Muller), éprouve pour lui l’étouffe plus encore que sa maladie respiratoire et les brimades des jeunes de son village réunies. À la mort de son père, noyé, Flepp endosse si bien le rôle de la figure paternelle que sa mère tombe amoureuse de lui. Elle les condamne à vivre ensemble à jamais. Flepp c’est Peau d’Ane 2.0 et ce n’est pas pour nous déplaire.

Les personnages du film sont fragiles et appeurés et tous, ou presque, rêvent d’une meilleure version d’eux même. Aussi, ils nous rappellent la condition animale : certains sont inoffensifs, d’autres sont carnassiers, tous sont instinctifs. Comme chez les animaux, la dimension de survie est importante dans l’histoire. À l’état sauvage, comme ici, la loi du plus fort est reine, mais dans les contes réussis, ceux qui ont le courage de braver leurs plus ravageuses angoisses finissent toujours récompensés. Ainsi, c’est dehors, et une fois la nuit tombée seulement, que Flepp aperçoit Leena (Maja Juric) pour la première fois. Derrière cette jeune Bosniaque en exil se cache une créature de la mythologie. Leena a les cheveux rouges feu d’Arielle, la sirène du film éponyme de Disney et le bleu de ses yeux nous noient dans les eaux troubles qui hantent les nuits de Flepp dans ses cauchemars. Elle le fascine. Elle représente tout ce qu’il n’est pas et l’ailleurs dont il rêve. Leur amour maintenant consommé, les jeunes amants vont réveiller la colère de la Reine Mère…

Jacques Molitor peint une fresque dérangeante et actuelle dans un genre et un paysage familier : le conte, la famille et le Luxembourg. Sur fond de tragédie œdipienne, il met en lumière une jeunesse qui fait de son mieux, livrée à elle-même quand les adultes sont absents ou destructeurs. On pense à Aronofsky, Desplechin, Demy et Polanski parfois, puis on en revient à Molitor parce que sa caméra jusqu’au-boutiste ne fait pas de compromis et que comme le personnage principal de son film, il a une envie d’ailleurs et de raconter son histoire qui transparait à l’écran.

On dit déjà dans la forêt, et c’est le cerf qui serait à l’origine de la rumeur, que les Fées présagent le succès de Mammejong dans les salles obscures. Il paraît que les braves gens des villes s’y réchauffent l’hiver venu.

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Il était une fois un endroit que seuls les bons et les braves, dôtés d’un cœur pur, pouvaient atteindre. Cet endroit se situait en haut des collines du Grand-Duché, à travers les bois, à droite de la prairie puis encore à droite, après l’étang. Juste là. On l’appelait le Royaume d’Ailleurs. Ce royaume, c’est le cinéma de Jacques Molitor. Avec son premier long métrage, Mammejong (2014), il signe un hypnotique conte moderne.

Mammejong est un « coming of age » film qui tire le portrait de Flepp (Max Thommes), le fils. À vingt ans, Flepp souffre d’asthme, mais l’amour fou que sa mère, Sophie (Myriam Muller), éprouve pour lui l’étouffe plus encore que sa maladie respiratoire et les brimades des jeunes de son village réunies. À la mort de son père, noyé, Flepp endosse si bien le rôle de la figure paternelle que sa mère tombe amoureuse de lui. Elle les condamne à vivre ensemble à jamais. Flepp c’est Peau d’Ane 2.0 et ce n’est pas pour nous déplaire.

Les personnages du film sont fragiles et appeurés et tous, ou presque, rêvent d’une meilleure version d’eux même. Aussi, ils nous rappellent la condition animale : certains sont inoffensifs, d’autres sont carnassiers, tous sont instinctifs. Comme chez les animaux, la dimension de survie est importante dans l’histoire. À l’état sauvage, comme ici, la loi du plus fort est reine, mais dans les contes réussis, ceux qui ont le courage de braver leurs plus ravageuses angoisses finissent toujours récompensés. Ainsi, c’est dehors, et une fois la nuit tombée seulement, que Flepp aperçoit Leena (Maja Juric) pour la première fois. Derrière cette jeune Bosniaque en exil se cache une créature de la mythologie. Leena a les cheveux rouges feu d’Arielle, la sirène du film éponyme de Disney et le bleu de ses yeux nous noient dans les eaux troubles qui hantent les nuits de Flepp dans ses cauchemars. Elle le fascine. Elle représente tout ce qu’il n’est pas et l’ailleurs dont il rêve. Leur amour maintenant consommé, les jeunes amants vont réveiller la colère de la Reine Mère…

Jacques Molitor peint une fresque dérangeante et actuelle dans un genre et un paysage familier : le conte, la famille et le Luxembourg. Sur fond de tragédie œdipienne, il met en lumière une jeunesse qui fait de son mieux, livrée à elle-même quand les adultes sont absents ou destructeurs. On pense à Aronofsky, Desplechin, Demy et Polanski parfois, puis on en revient à Molitor parce que sa caméra jusqu’au-boutiste ne fait pas de compromis et que comme le personnage principal de son film, il a une envie d’ailleurs et de raconter son histoire qui transparait à l’écran.

On dit déjà dans la forêt, et c’est le cerf qui serait à l’origine de la rumeur, que les Fées présagent le succès de Mammejong dans les salles obscures. Il paraît que les braves gens des villes s’y réchauffent l’hiver venu.

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