Feb 06 2015

“Mammejong”, tout sur ma mère

Published by at 00:37 under Lucil Film,Reviews

SOURCE: http://www.lequotidien.lu

Le réalisateur luxembourgeois Jacques Molitor est de retour à l’écran avec un premier long métrage de fiction : le très naturaliste, sombre et magnifique “Mammejong”.

Fils à maman ! Ce n’est clairement pas un compliment dans la bouche de ces jeunes qui s’en prennent à Flëpp. Pourtant, il faut bien reconnaître que, malgré ses 20 ans, le garçon reste un “Mammejong” ! Non seulement il vit toujours chez sa mère, travaille dans le tabac-presse-café de sa mère, sort le soir danser avec sa mère, mais en plus, il dort dans le même lit qu’elle. Une mère qui se déshabille devant lui, lui demande d’acheter ses tampons, l’appelle toujours “mon lapin”, le berce, lui chante encore des berceuses, et qui lui téléphone dix fois dans la soirée, au cas où il viendrait à découcher.

On l’aura compris, leur relation, encore plus que symbiotique, est carrément malsaine. L’inceste n’est pas bien loin. D’autant plus que Flëpp fait plus que son âge et que Sophie, la mère de 45 ans, peut facilement en paraître moins. Au point que, quand le jeune homme rencontre la belle et insaisissable Leena, cette dernière prendra Sophie pour la petite amie du garçon. “Au départ, la différence d’âge entre la mère et le fils devait être plus grande, raconte le réalisateur, Jacques Molitor, mais finalement, c’est bien comme cela, c’est encore plus pervers.”

Flëpp subit cette situation en silence tout en étouffant, aussi bien au sens propre – il est lourdement asthmatique – que figuré – il rêve régulièrement qu’il se noie. Le problème vient surtout de la mère, clairement maniacodépressive, qui vit constamment sous pilules. C’est elle qui tente maladivement de remplacer son mari décédé par son propre fils et n’hésite pas à le manipuler affectivement au risque de l’étouffer. Alors quand Leena, une Bosniaque sans domicile fixe, débarque dans la vie de son fils et lui fait ouvrir les yeux sur la situation insensée dans laquelle il se trouve, elle pète les plombs.

> Un film sans tabous

Le sujet est dur, difficile, dérangeant, mais traité avec une grande pertinence et une grande maîtrise par le réalisateur. Sans tabous, ni à l’image, ni dans l’esprit.

Seul petit reproche qu’on pourrait faire au film, la présence de quelques histoires secondaires, certes non totalement dénuées d’intérêt – la proposition d’achat de la boutique par un promoteur immobilier ou la guerre ouverte entre la mère et Josiane, une ancienne maîtresse de son mari – mais qui ne font pas vraiment avancer le récit pour autant. Pour le reste, le film est une belle réussite. De la photographie aux décors, de la musique au montage.

Et puis, il y a le casting et ce trio qui marche à merveille. Max Thommes, au centre, vu dans La Belle Époque d’Andy Bausch ou encore La Symétrie du papillon de Paul Scheuer et Maisy Hausemer, signe là une première performance très réussie dans un rôle principal. À sa gauche, il y a la fraîcheur de Maja Juric, jeune Bosniaque que la production est allée chercher jusqu’aux Balkans dans un souci, sinon de réalisme au moins de naturalisme, aussi secrète que pimpante, aussi belle que délurée. Et puis, à sa droite, il y a Myriam Muller.

La comédienne, réalisatrice et metteuse en scène connue et reconnue au Luxembourg se donne sans compter. Elle incarne cette femme au bord de la folie avec passion et justesse et livre une performance de très haut niveau passant du rire aux larmes, de la joie au désespoir, de l’énervement extrême à la quiétude la plus totale. Une maniacodépressive, “manipulatrice affective” magnifique, qu’on n’arrive jamais à détester.

Le clin d’œil d’elle en train de rouler en scooter avec son fils à l’arrière qui l’enlace n’est pas sans rappeler une scène similaire dans Le Club des chômeurs d’Andy Bausch (2002). À l’époque, c’était elle qui était passagère et “Géronimo”, interprété par le regretté Thierry Van Werveke, qui tenait le guidon. Un peu comme si, à travers la jeune histoire du cinéma grand-ducal, les deux films se répondaient. Et comme si le père que Myriam Muller cherche à remplacer dans ce Mammejong, était finalement le regretté “Johnny Chicago”. Après tout, pourquoi pas ?

De notre journaliste Pablo Chimienti

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SOURCE: http://www.lequotidien.lu

Le réalisateur luxembourgeois Jacques Molitor est de retour à l’écran avec un premier long métrage de fiction : le très naturaliste, sombre et magnifique “Mammejong”.

Fils à maman ! Ce n’est clairement pas un compliment dans la bouche de ces jeunes qui s’en prennent à Flëpp. Pourtant, il faut bien reconnaître que, malgré ses 20 ans, le garçon reste un “Mammejong” ! Non seulement il vit toujours chez sa mère, travaille dans le tabac-presse-café de sa mère, sort le soir danser avec sa mère, mais en plus, il dort dans le même lit qu’elle. Une mère qui se déshabille devant lui, lui demande d’acheter ses tampons, l’appelle toujours “mon lapin”, le berce, lui chante encore des berceuses, et qui lui téléphone dix fois dans la soirée, au cas où il viendrait à découcher.

On l’aura compris, leur relation, encore plus que symbiotique, est carrément malsaine. L’inceste n’est pas bien loin. D’autant plus que Flëpp fait plus que son âge et que Sophie, la mère de 45 ans, peut facilement en paraître moins. Au point que, quand le jeune homme rencontre la belle et insaisissable Leena, cette dernière prendra Sophie pour la petite amie du garçon. “Au départ, la différence d’âge entre la mère et le fils devait être plus grande, raconte le réalisateur, Jacques Molitor, mais finalement, c’est bien comme cela, c’est encore plus pervers.”

Flëpp subit cette situation en silence tout en étouffant, aussi bien au sens propre – il est lourdement asthmatique – que figuré – il rêve régulièrement qu’il se noie. Le problème vient surtout de la mère, clairement maniacodépressive, qui vit constamment sous pilules. C’est elle qui tente maladivement de remplacer son mari décédé par son propre fils et n’hésite pas à le manipuler affectivement au risque de l’étouffer. Alors quand Leena, une Bosniaque sans domicile fixe, débarque dans la vie de son fils et lui fait ouvrir les yeux sur la situation insensée dans laquelle il se trouve, elle pète les plombs.

> Un film sans tabous

Le sujet est dur, difficile, dérangeant, mais traité avec une grande pertinence et une grande maîtrise par le réalisateur. Sans tabous, ni à l’image, ni dans l’esprit.

Seul petit reproche qu’on pourrait faire au film, la présence de quelques histoires secondaires, certes non totalement dénuées d’intérêt – la proposition d’achat de la boutique par un promoteur immobilier ou la guerre ouverte entre la mère et Josiane, une ancienne maîtresse de son mari – mais qui ne font pas vraiment avancer le récit pour autant. Pour le reste, le film est une belle réussite. De la photographie aux décors, de la musique au montage.

Et puis, il y a le casting et ce trio qui marche à merveille. Max Thommes, au centre, vu dans La Belle Époque d’Andy Bausch ou encore La Symétrie du papillon de Paul Scheuer et Maisy Hausemer, signe là une première performance très réussie dans un rôle principal. À sa gauche, il y a la fraîcheur de Maja Juric, jeune Bosniaque que la production est allée chercher jusqu’aux Balkans dans un souci, sinon de réalisme au moins de naturalisme, aussi secrète que pimpante, aussi belle que délurée. Et puis, à sa droite, il y a Myriam Muller.

La comédienne, réalisatrice et metteuse en scène connue et reconnue au Luxembourg se donne sans compter. Elle incarne cette femme au bord de la folie avec passion et justesse et livre une performance de très haut niveau passant du rire aux larmes, de la joie au désespoir, de l’énervement extrême à la quiétude la plus totale. Une maniacodépressive, “manipulatrice affective” magnifique, qu’on n’arrive jamais à détester.

Le clin d’œil d’elle en train de rouler en scooter avec son fils à l’arrière qui l’enlace n’est pas sans rappeler une scène similaire dans Le Club des chômeurs d’Andy Bausch (2002). À l’époque, c’était elle qui était passagère et “Géronimo”, interprété par le regretté Thierry Van Werveke, qui tenait le guidon. Un peu comme si, à travers la jeune histoire du cinéma grand-ducal, les deux films se répondaient. Et comme si le père que Myriam Muller cherche à remplacer dans ce Mammejong, était finalement le regretté “Johnny Chicago”. Après tout, pourquoi pas ?

De notre journaliste Pablo Chimienti

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