Jun 08 2010

INTERVIEW: Ciné Sura, Echternach

Published by at 02:53 under Screening Room

SOURCE: http://lequotidien.editpress.lu/

cine sure

«Pas de place pour le commerce pur – pas de pop-corn!»

Michael Dohrmann, qui dirige le Ciné Sura à Echternach, est ouvert à toutes les nouveautés cinématographiques.

Michael Dohrmann est un professionnel du cinéma qui a découvert, quelque peu par hasard, le cinéma Sura à Echternach. Il s’attache à revitaliser ce joyau local. -Entretien avec notre journaliste Jean Rhein

Le cinéma a-t-il retrouvé sa vitalité à notre époque?
Michael Dohrmann: On a déjà annoncé plusieurs fois la mort du cinéma. Et j’ai déjà assisté à plusieurs reprises à la mort des salles de projection.
Depuis 1986, je travaille dans le secteur cinématographique. Le cinéma a toujours été ma passion. À l’âge de 16 ans, j’ai voulu gagner ma vie et, à Brême, j’ai commencé à travailler dans un cinéma comme contrôleur des tickets d’entrée. Cette profession, je vous l’assure, existait encore à l’époque.
La technique me passionnait. J’ai changé de métier pour devenir projectionniste. Ce que j’ai fait pendant trois années. Les pellicules étaient acheminées dans de petites boîtes et devaient être collées pour la projection du film. C’étaient les pellicules de 35 mm de largeur. Un format refoulé par le numérique. Avec l’engagement et le goût du travail, toute une équipe de projectionnistes arrivait à tenir le défi de présenter chaque jour un autre film au programme.
Chaque décennie est caractérisée par une hécatombe de salles de projection.

S’agissait-il de crises de surproduction?
Pas toujours. Il y a périodiquement également des problèmes de qualité. À l’heure actuelle, les problèmes sont plutôt dans le domaine du changement technologique constitué par le passage vers la 3D.
Au niveau mondial, on s’aperçoit que le public apprécie ce genre de projections. Pourtant, les gérants des (petites) salles de projection n’ont pas encore pu constituer les ressources nécessaires pour le passage vers cette nouvelle technologique.

La projection nécessite-t-elleun investissement élevé?
En effet, les technologies nouvelles ne peuvent être implémentées sans recours à des capitaux nouveaux, voire l’aide publique. Dans différents pays, comme l’Italie, l’Allemagne et, heureusement le Luxembourg également, les pouvoirs publics ont reconnu cette nécessité.

Chaque entrepreneur fait appelà l’aide publique. Comment se présente votre cas? Relève-t-il d’un secteur économique ou plutôtde la culture?
Je pense que nous devons considérer l’aide que nous toucherions éventuellement comme des aides économiques et non pas comme des subventions culturelles. Le cinéma est un secteur économique.
Tout en sachant que le cinéma est une affaire commerciale, je me déclare un fervent adepte du cinéma sans pop-corn. Je n’ignore pas qu’une machine à pop-corn est une machine à imprimer des billets de banque. Les grandes salles de cinéma, les multiplexes, le savent. Souvent, les petites salles n’ont pas la possibilité d’installer les infrastructures nécessaires pour satisfaire la clientèle qui désirerait consommer une bière, une glace, un paquet de pop-corn.

Vous n’êtes donc pas un adversaire déclaré du pop-corn!
Je me plais à dire à tous ceux qui aiment notre petite salle de cinéma locale, le Sura, qu’il n’y en aura jamais. Face à tous les autres, qui préféreraient même aller dans une autre salle de cinéma, je présente mes excuses, en affirmant que nous n’avons pas l’infrastructure requise.

Vous organisez des projections Open Air. Est-ce que cela se déroule comme dans les films nostalgiques américains des années 1950, où l’on vient en décapotable?
C’est idyllique. J’aimerais bien le réaliser. Il y a des technologies modernes qui permettent de transmettre un son extraordinaire sur le poste radio de la voiture. Pour jouir au mieux du spectacle, il suffirait d’avoir un pare-brise propre.
Le projet de cinéma en plein air se réalise depuis cinq ans avec l’appui de Leader+ Mullerthal. Nous avons entrepris des tournées dans une dizaine de communes, où le cinéma s’est installé pendant quelques jours. Sans le sponsoring de Leader+, nous n’aurions pas pu continuer.
Le programme continue sur le lac d’Echternach où, l’année passée, nous avons accueilli quelque 2500 visiteurs pendant les huit jours de représentations. Un grand succès, d’autant plus que nous avons pu estimer qu’il y avait davantage de spectateurs locaux que de touristes.
Le programme offre un bon mélange familial.

Qu’appelez-vous programme familial?
Ce sont des comédies; dans le jargon cinématographique, on dirait «jusqu’à 6 ans». Le programme prévoit une journée entière dédiée aux films pour enfants, avec des films d’animation, par exemple. Il y a une journée de films d’action, destinée aux jeunes, comme on dirait dans le jargon : “au public pop-corn”. Il y a également une journée “sérieuse”.

De quels films parlez-vous dans ce contexte?
L’année passée, deux spectacles étaient à ranger dans cette catégorie: Gran Torino, de Clint Eastwood, et Young@Heart.
Le public cible pour ce genre de films est difficile à atteindre lors de représentations en plein air, au confort sommaire. Mais les représentations ont été un succès énorme.

Comment êtes-vous venu au Luxembourg?
J’ai atterri au Luxembourg, à Echternach, en accompagnant ma compagne qui avait trouvé un emploi de médecin vétérinaire. Elle avait conclu un contrat de travail pour trois années; cela remonte à six ans déjà.
Nous vivons en fait dans l’Allgäu.
J’ai découvert, un jour, en flânant dans les rues d’Echternach, le Ciné Sura. J’ai appris que la salle devait fermer et que le comité – qui en assurait la gestion depuis le début des années 1990 – était sur le point de se dissoudre. J’avais décidé d’arrêter mon activité professionnelle. Je suis un homme du métier. Et finalement, il m’était insupportable de vivre quelque part où une salle de cinéma allait fermer.

Et qu’en est-il devenu?
Il y a six ans, le chiffre annuel de spectateurs atteignait à peine les 3000 – une situation catastrophique. Aujourd’hui, nous en sommes à quelque 10000 visiteurs. Une goutte d’eau sur une pierre brûlante, pour ainsi dire; j’estime que le seuil de rentabilité s’établit aux alentours de 15000 spectateurs. Le cinéma ne fonctionne pas sur une base commerciale; toute l’activité est bénévole, y compris mon poste de président. Les charges courantes, comme le loyer, les frais de chauffage, d’électricité, sont assumées par les recettes courantes. Les mois d’été sont très difficiles à cet égard et en ce qui concerne la fréquentation de la salle; mais il y a les spectacles en plein air. Pour avoir triplé les entrées sur une période de six années, nous sommes sur une bonne voie.

Continuez-vous une activité professionnelle dans le secteur cinématographique en Allemagne?
J’ai vendu mes participations et, n’étant plus présent directement sur le terrain, je continue à agir comme conseiller. Echternach est devenu le centre de mes intérêts vitaux.
Je fais tout moi-même dans le cinéma Sura. Je vends les tickets, j’assure la projection des films, je distribue également les glaces pendant l’entracte.
Les réactions positives, c’est-à-dire de la part des gens qui manifestent leur satisfaction à l’égard du travail que nous fournissons, nous rendent heureux.

Comment vous procurez-vous les copies des films?
Il y a des problèmes spécifiques au Grand-Duché. Cinq petites salles se sont regroupées en une association pour obtenir elles aussi des copies en fonction des droits de représentation pour le Grand-Duché auprès des distributeurs belges, français ou allemands.
Pour les distributeurs, le statut juridique de la salle de projection n’a plus d’importance. L’essentiel est la fiabilité du décompte et du versement des droits de projection. Nous avons conclu un contrat avec Utopia SA à propos de la prestation de services professionnels.
La situation est plus difficile dans la mesure où sur le marché exigu luxembourgeois, les distributeurs ne sont pas contraints de fournir les copies aux petites salles. C’était la situation, il y a six ans : les copies que nous pouvions avoir à notre disposition avaient déjà circulé parfois plus de douze semaines dans le pays.
Nous sommes loin de nous fâcher seulement : les contacts directs avec les distributeurs se sont améliorés et le groupe Utopia nous soutient également. Ses administrateurs peuvent bien comprendre notre situation, dans la mesure où ils ont commencé au même niveau.

Quelle philosophie soutenez-vous en ce qui concerne le choix des langues de la projection – VO, sous-titrage ou synchronisation – et quelles sont les préférences linguistiques du public à Echternach?
Je visite des festivals où les films sont projetés en version originale. Les synchronisations venant d’Allemagne et de France sont excellentes et le public les apprécie. Plus on s’éloigne de la capitale et du sud du pays, plus les versions en langue allemande ont la préférence.
Quant à la langue luxembourgeoise et l’histoire locale, nous entreprenons un projet d’enregistrement de témoignages audiovisuels.
D’autre part, les projections des récentes productions luxembourgeoises sur l’histoire de la Seconde Guerre mondiale ont attiré en grand nombre des spectateurs plus âgés; cela m’a permis de connaître cette époque dans l’histoire du pays, et c’était très émouvant pour moi, en tant qu’Allemand, de faire la connaissance de ces personnes, de leur parler et d’apprendre davantage sur l’alignement du cinéma local sur la propagande nazie à cette époque.

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SOURCE: http://lequotidien.editpress.lu/

cine sure

«Pas de place pour le commerce pur – pas de pop-corn!»

Michael Dohrmann, qui dirige le Ciné Sura à Echternach, est ouvert à toutes les nouveautés cinématographiques.

Michael Dohrmann est un professionnel du cinéma qui a découvert, quelque peu par hasard, le cinéma Sura à Echternach. Il s’attache à revitaliser ce joyau local. -Entretien avec notre journaliste Jean Rhein

Le cinéma a-t-il retrouvé sa vitalité à notre époque?
Michael Dohrmann: On a déjà annoncé plusieurs fois la mort du cinéma. Et j’ai déjà assisté à plusieurs reprises à la mort des salles de projection.
Depuis 1986, je travaille dans le secteur cinématographique. Le cinéma a toujours été ma passion. À l’âge de 16 ans, j’ai voulu gagner ma vie et, à Brême, j’ai commencé à travailler dans un cinéma comme contrôleur des tickets d’entrée. Cette profession, je vous l’assure, existait encore à l’époque.
La technique me passionnait. J’ai changé de métier pour devenir projectionniste. Ce que j’ai fait pendant trois années. Les pellicules étaient acheminées dans de petites boîtes et devaient être collées pour la projection du film. C’étaient les pellicules de 35 mm de largeur. Un format refoulé par le numérique. Avec l’engagement et le goût du travail, toute une équipe de projectionnistes arrivait à tenir le défi de présenter chaque jour un autre film au programme.
Chaque décennie est caractérisée par une hécatombe de salles de projection.

S’agissait-il de crises de surproduction?
Pas toujours. Il y a périodiquement également des problèmes de qualité. À l’heure actuelle, les problèmes sont plutôt dans le domaine du changement technologique constitué par le passage vers la 3D.
Au niveau mondial, on s’aperçoit que le public apprécie ce genre de projections. Pourtant, les gérants des (petites) salles de projection n’ont pas encore pu constituer les ressources nécessaires pour le passage vers cette nouvelle technologique.

La projection nécessite-t-elleun investissement élevé?
En effet, les technologies nouvelles ne peuvent être implémentées sans recours à des capitaux nouveaux, voire l’aide publique. Dans différents pays, comme l’Italie, l’Allemagne et, heureusement le Luxembourg également, les pouvoirs publics ont reconnu cette nécessité.

Chaque entrepreneur fait appelà l’aide publique. Comment se présente votre cas? Relève-t-il d’un secteur économique ou plutôtde la culture?
Je pense que nous devons considérer l’aide que nous toucherions éventuellement comme des aides économiques et non pas comme des subventions culturelles. Le cinéma est un secteur économique.
Tout en sachant que le cinéma est une affaire commerciale, je me déclare un fervent adepte du cinéma sans pop-corn. Je n’ignore pas qu’une machine à pop-corn est une machine à imprimer des billets de banque. Les grandes salles de cinéma, les multiplexes, le savent. Souvent, les petites salles n’ont pas la possibilité d’installer les infrastructures nécessaires pour satisfaire la clientèle qui désirerait consommer une bière, une glace, un paquet de pop-corn.

Vous n’êtes donc pas un adversaire déclaré du pop-corn!
Je me plais à dire à tous ceux qui aiment notre petite salle de cinéma locale, le Sura, qu’il n’y en aura jamais. Face à tous les autres, qui préféreraient même aller dans une autre salle de cinéma, je présente mes excuses, en affirmant que nous n’avons pas l’infrastructure requise.

Vous organisez des projections Open Air. Est-ce que cela se déroule comme dans les films nostalgiques américains des années 1950, où l’on vient en décapotable?
C’est idyllique. J’aimerais bien le réaliser. Il y a des technologies modernes qui permettent de transmettre un son extraordinaire sur le poste radio de la voiture. Pour jouir au mieux du spectacle, il suffirait d’avoir un pare-brise propre.
Le projet de cinéma en plein air se réalise depuis cinq ans avec l’appui de Leader+ Mullerthal. Nous avons entrepris des tournées dans une dizaine de communes, où le cinéma s’est installé pendant quelques jours. Sans le sponsoring de Leader+, nous n’aurions pas pu continuer.
Le programme continue sur le lac d’Echternach où, l’année passée, nous avons accueilli quelque 2500 visiteurs pendant les huit jours de représentations. Un grand succès, d’autant plus que nous avons pu estimer qu’il y avait davantage de spectateurs locaux que de touristes.
Le programme offre un bon mélange familial.

Qu’appelez-vous programme familial?
Ce sont des comédies; dans le jargon cinématographique, on dirait «jusqu’à 6 ans». Le programme prévoit une journée entière dédiée aux films pour enfants, avec des films d’animation, par exemple. Il y a une journée de films d’action, destinée aux jeunes, comme on dirait dans le jargon : “au public pop-corn”. Il y a également une journée “sérieuse”.

De quels films parlez-vous dans ce contexte?
L’année passée, deux spectacles étaient à ranger dans cette catégorie: Gran Torino, de Clint Eastwood, et Young@Heart.
Le public cible pour ce genre de films est difficile à atteindre lors de représentations en plein air, au confort sommaire. Mais les représentations ont été un succès énorme.

Comment êtes-vous venu au Luxembourg?
J’ai atterri au Luxembourg, à Echternach, en accompagnant ma compagne qui avait trouvé un emploi de médecin vétérinaire. Elle avait conclu un contrat de travail pour trois années; cela remonte à six ans déjà.
Nous vivons en fait dans l’Allgäu.
J’ai découvert, un jour, en flânant dans les rues d’Echternach, le Ciné Sura. J’ai appris que la salle devait fermer et que le comité – qui en assurait la gestion depuis le début des années 1990 – était sur le point de se dissoudre. J’avais décidé d’arrêter mon activité professionnelle. Je suis un homme du métier. Et finalement, il m’était insupportable de vivre quelque part où une salle de cinéma allait fermer.

Et qu’en est-il devenu?
Il y a six ans, le chiffre annuel de spectateurs atteignait à peine les 3000 – une situation catastrophique. Aujourd’hui, nous en sommes à quelque 10000 visiteurs. Une goutte d’eau sur une pierre brûlante, pour ainsi dire; j’estime que le seuil de rentabilité s’établit aux alentours de 15000 spectateurs. Le cinéma ne fonctionne pas sur une base commerciale; toute l’activité est bénévole, y compris mon poste de président. Les charges courantes, comme le loyer, les frais de chauffage, d’électricité, sont assumées par les recettes courantes. Les mois d’été sont très difficiles à cet égard et en ce qui concerne la fréquentation de la salle; mais il y a les spectacles en plein air. Pour avoir triplé les entrées sur une période de six années, nous sommes sur une bonne voie.

Continuez-vous une activité professionnelle dans le secteur cinématographique en Allemagne?
J’ai vendu mes participations et, n’étant plus présent directement sur le terrain, je continue à agir comme conseiller. Echternach est devenu le centre de mes intérêts vitaux.
Je fais tout moi-même dans le cinéma Sura. Je vends les tickets, j’assure la projection des films, je distribue également les glaces pendant l’entracte.
Les réactions positives, c’est-à-dire de la part des gens qui manifestent leur satisfaction à l’égard du travail que nous fournissons, nous rendent heureux.

Comment vous procurez-vous les copies des films?
Il y a des problèmes spécifiques au Grand-Duché. Cinq petites salles se sont regroupées en une association pour obtenir elles aussi des copies en fonction des droits de représentation pour le Grand-Duché auprès des distributeurs belges, français ou allemands.
Pour les distributeurs, le statut juridique de la salle de projection n’a plus d’importance. L’essentiel est la fiabilité du décompte et du versement des droits de projection. Nous avons conclu un contrat avec Utopia SA à propos de la prestation de services professionnels.
La situation est plus difficile dans la mesure où sur le marché exigu luxembourgeois, les distributeurs ne sont pas contraints de fournir les copies aux petites salles. C’était la situation, il y a six ans : les copies que nous pouvions avoir à notre disposition avaient déjà circulé parfois plus de douze semaines dans le pays.
Nous sommes loin de nous fâcher seulement : les contacts directs avec les distributeurs se sont améliorés et le groupe Utopia nous soutient également. Ses administrateurs peuvent bien comprendre notre situation, dans la mesure où ils ont commencé au même niveau.

Quelle philosophie soutenez-vous en ce qui concerne le choix des langues de la projection – VO, sous-titrage ou synchronisation – et quelles sont les préférences linguistiques du public à Echternach?
Je visite des festivals où les films sont projetés en version originale. Les synchronisations venant d’Allemagne et de France sont excellentes et le public les apprécie. Plus on s’éloigne de la capitale et du sud du pays, plus les versions en langue allemande ont la préférence.
Quant à la langue luxembourgeoise et l’histoire locale, nous entreprenons un projet d’enregistrement de témoignages audiovisuels.
D’autre part, les projections des récentes productions luxembourgeoises sur l’histoire de la Seconde Guerre mondiale ont attiré en grand nombre des spectateurs plus âgés; cela m’a permis de connaître cette époque dans l’histoire du pays, et c’était très émouvant pour moi, en tant qu’Allemand, de faire la connaissance de ces personnes, de leur parler et d’apprendre davantage sur l’alignement du cinéma local sur la propagande nazie à cette époque.

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One Response to “INTERVIEW: Ciné Sura, Echternach”

  1. Schuberton 08 Jun 2010 at 07:30

    Interessant photo. Waat well de photograaf soen? Dat déi kleng Kino’en nemme matt Subsiden – “Other people’s money” – funktionéieren? An dass den Michael Dohrmann wéi den Danny DeVito ausgesait? :) More power to the photographers!

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