Jul 02 2010

Les Luxembourgeois du bout du monde

Published by at 01:29 under Screening Room

SOURCE: http://www.lequotidien.luPablo Chimienti

«Mir wëlle bleiwe wat mir sinn» (Nous voulons rester ce que nous sommes) dit la devise nationale luxembourgeoise. Une devise que Yann Tonnat et Pascal Becker prennent au (contre)-pied de la lettre dans leur documentaire, Mir wëllen net bleiwen, un raisonnement filmé sur l’identité luxembourgeoise à travers des exemples de grand-ducaux installés aux quatre coins du monde.

L’identité nationale. Vaste débat! Nos voisins français lui ont même créé un ministère. Chez nous, on avait parlé, à une époque, de lui offrir un musée. Celui de la Forteresse, derrière le Mudam, qui reste aujourd’hui encore désespérément vide.
Ce lieu magnifique qui attend toujours le concept qui fera de lui un vrai musée sert de point de départ au documentaire de Yann Tonnar et Pascal Becker, Mir wëllen net bleiwen (Nous ne voulons pas rester). Un titre en pied de nez à la devise nationale et qui colle à merveille à ces histoires de Luxembourgeois installés à l’autre bout du monde et à celle, qui vient boucler la boucle, de ce médecin sud-africain venu s’installer au Grand-Duché après avoir parcouru la planète au sein de Médecins sans frontières.
Le film, produit par Iris, aura mis deux ans à voir le jour. Un an de préparation, de prises de contact, d’écriture et réécritures du scénarios, etc. puis une autre année de production, repérages, tournage, voyages… Le tout avec un budget riquiqui de 350000 euros.
Des 100 contacts réalisés, les cinéastes en ont gardé cinq. Celle de Mariette Braquet, installée au Niger, de la famille Elsen, installée dans le grand nord canadien, de la famille Sternberg, vivant à Jérusalem, de Jos Spartz, riche chef d’entreprise ayant acheté sa propre île en Indonésie et, enfin, celle de Ronny Zachariah, installé à Gasperich. «On a élaboré une série de critères : on ne voulait pas des immigrants “mous”, mais au contraire des gens qui sont partis vraiment loin de chez eux, avec un vrai choix d’émigration et qui ont vraiment coupé les ponts. Il fallait que visuellement, ça apporte une dimension inattendue et surtout que la raison de leur émigration nous renvoie à un sujet de société, à une facette du Luxembourg», explique Pascal Becker.

Une identité encore à construire

Il est donc question dans le film de religion, d’agriculture, de bureaucratie, de matérialisme… C’est souvent intéressant, parfois surprenant, mais long, beaucoup trop long.
Les réalisateurs renoncent à l’utilisation de la voix off pour donner entièrement la parole aux interviewés. Quitte à garder quelques propos choquants dans le film. Un exemple : «Un chrétien qui ne croît pas en Dieu est un luxembourgeois, un juif qui ne croît pas en Dieu reste un juif», lance Claude Sternberg, qui a quitté le Grand-Duché car il ne pouvait pas vivre sa judaïcité comme il l’entendait. «Il continue à faire partie du peuple juif», ajoute-t-il. De quoi mettre de l’huile sur les discours de certains extrémistes. Enfin…
Le film part un peu dans tous les sens. Si on voit clairement le point de départ du projet, on a un peu plus de mal à en suivre le fil rouge pendant l’heure troisquarts du film et on ne perçoit surtout pas le point d’arrivée de cette étrange réflexion. «Il aurait été illusoire de dire qu’on a compris la problématique de l’identité luxembourgeoise», se justifie le producteur, Nicolas Steil. Yann Tonnar ajoute : «On propose des modèles de vie, en conflit ou en accord avec la vie luxembourgeoise, après, le spectateur peut se comparer tout seul avec ces modèles d’identité et d’intégration.»
Le film ne va peut-être pas au fond des choses, mais il a au moins le mérite de participer au débat. Reconnaissons-lui au moins cela. Et comme dit joliment Nicolas Steil : «Le musée de la Forteresse reste vide comme si, pour parler de l’identité nationale, on ne savait pas quoi mettre dedans. Nous, on y a mis ces cinq histoires humaines.»

Mir wëllen net bleiwen,
de Yann Tonnar et Pascal Becker.
Durée : 1h44. En salle à partir
de demain à l’Utopia, au CinéBelval,
à l’Ariston, au Kinosch
et au CinéStarlight.
VO luxembourgeoise st. fr. et all.

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SOURCE: http://www.lequotidien.luPablo Chimienti

«Mir wëlle bleiwe wat mir sinn» (Nous voulons rester ce que nous sommes) dit la devise nationale luxembourgeoise. Une devise que Yann Tonnat et Pascal Becker prennent au (contre)-pied de la lettre dans leur documentaire, Mir wëllen net bleiwen, un raisonnement filmé sur l’identité luxembourgeoise à travers des exemples de grand-ducaux installés aux quatre coins du monde.

L’identité nationale. Vaste débat! Nos voisins français lui ont même créé un ministère. Chez nous, on avait parlé, à une époque, de lui offrir un musée. Celui de la Forteresse, derrière le Mudam, qui reste aujourd’hui encore désespérément vide.
Ce lieu magnifique qui attend toujours le concept qui fera de lui un vrai musée sert de point de départ au documentaire de Yann Tonnar et Pascal Becker, Mir wëllen net bleiwen (Nous ne voulons pas rester). Un titre en pied de nez à la devise nationale et qui colle à merveille à ces histoires de Luxembourgeois installés à l’autre bout du monde et à celle, qui vient boucler la boucle, de ce médecin sud-africain venu s’installer au Grand-Duché après avoir parcouru la planète au sein de Médecins sans frontières.
Le film, produit par Iris, aura mis deux ans à voir le jour. Un an de préparation, de prises de contact, d’écriture et réécritures du scénarios, etc. puis une autre année de production, repérages, tournage, voyages… Le tout avec un budget riquiqui de 350000 euros.
Des 100 contacts réalisés, les cinéastes en ont gardé cinq. Celle de Mariette Braquet, installée au Niger, de la famille Elsen, installée dans le grand nord canadien, de la famille Sternberg, vivant à Jérusalem, de Jos Spartz, riche chef d’entreprise ayant acheté sa propre île en Indonésie et, enfin, celle de Ronny Zachariah, installé à Gasperich. «On a élaboré une série de critères : on ne voulait pas des immigrants “mous”, mais au contraire des gens qui sont partis vraiment loin de chez eux, avec un vrai choix d’émigration et qui ont vraiment coupé les ponts. Il fallait que visuellement, ça apporte une dimension inattendue et surtout que la raison de leur émigration nous renvoie à un sujet de société, à une facette du Luxembourg», explique Pascal Becker.

Une identité encore à construire

Il est donc question dans le film de religion, d’agriculture, de bureaucratie, de matérialisme… C’est souvent intéressant, parfois surprenant, mais long, beaucoup trop long.
Les réalisateurs renoncent à l’utilisation de la voix off pour donner entièrement la parole aux interviewés. Quitte à garder quelques propos choquants dans le film. Un exemple : «Un chrétien qui ne croît pas en Dieu est un luxembourgeois, un juif qui ne croît pas en Dieu reste un juif», lance Claude Sternberg, qui a quitté le Grand-Duché car il ne pouvait pas vivre sa judaïcité comme il l’entendait. «Il continue à faire partie du peuple juif», ajoute-t-il. De quoi mettre de l’huile sur les discours de certains extrémistes. Enfin…
Le film part un peu dans tous les sens. Si on voit clairement le point de départ du projet, on a un peu plus de mal à en suivre le fil rouge pendant l’heure troisquarts du film et on ne perçoit surtout pas le point d’arrivée de cette étrange réflexion. «Il aurait été illusoire de dire qu’on a compris la problématique de l’identité luxembourgeoise», se justifie le producteur, Nicolas Steil. Yann Tonnar ajoute : «On propose des modèles de vie, en conflit ou en accord avec la vie luxembourgeoise, après, le spectateur peut se comparer tout seul avec ces modèles d’identité et d’intégration.»
Le film ne va peut-être pas au fond des choses, mais il a au moins le mérite de participer au débat. Reconnaissons-lui au moins cela. Et comme dit joliment Nicolas Steil : «Le musée de la Forteresse reste vide comme si, pour parler de l’identité nationale, on ne savait pas quoi mettre dedans. Nous, on y a mis ces cinq histoires humaines.»

Mir wëllen net bleiwen,
de Yann Tonnar et Pascal Becker.
Durée : 1h44. En salle à partir
de demain à l’Utopia, au CinéBelval,
à l’Ariston, au Kinosch
et au CinéStarlight.
VO luxembourgeoise st. fr. et all.

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