Dec 21 2008

Nicolas Bary et les enfants de Timpelbach

Published by at 02:27 under Screening Room

Nicolas Bary a tout juste vingt-huit ans et déjà trois courts et un long métrage au compteur, sans oublier quatre projets à divers stades de développement. A quelques jours de la sortie des Enfants de Timpelbach, son ambitieux premier long, il nous a détaillé son parcours et ses ambitions.

 

Est-ce que tu peux commencer par nous raconter qui est Nicolas Bary, de ta naissance jusqu’aux origines du projet Les Enfants de Timpelbach ?

J’ai grandi à Paris dans une famille de musiciens classiques. J’ai été fils unique jusqu’à l’âge de dix ans, avant d’avoir un petit frère et une petite sœur avec qui j’ai dix et douze ans d’écart. J’ai été du coup un grand frère qui s’est occupé de ses petits frères et sœurs et a développé une complicité avec eux, ce qui a une résonance avec le film. J’ai fait de la musique classique jusqu’à l’âge de seize ans où j’ai eu un déclic pour le cinéma, un art auquel j’avais été initié par ma mère qui m’avait emmené voir beaucoup de films. Tout d’un coup, c’était la synthèse de tout ce qu’aimais : ça racontait de histoires, ça rejoignait les jeux de rôles auxquels je jouais, les univers visuels, les effets spéciaux, la musique… Du coup j’ai commencé à faire des courts métrages avec mes cousins, amateurs mais plutôt organisés (un en Première et un en Terminale). J’ai passé le bac et j’ai fait l’ESRA, avec en parallèle du travail sur des longs métrages en tant que régisseur ou assistant, au totale une dizaine de longs en cinq-six ans. Et en parallèle de ça j’ai fait trois courts métrages, qui eux devenaient vraiment professionnels : Fragile et Before que j’ai autoproduits, etJudasBefore c’était en quelque sorte la préquelle de Timpelbach, déjà avec Armelle. Ce court avait pour but de trouver un producteur et de tester un peu l’univers du film, le travail avec les enfants.

 

 

Dans quelles conditions ont été faits ces deux courts ?

Je me suis fait prêter de l’argent, 20.000 € surBefore. J’ai alors commencé à réaliser des pubs qui ont permis de rembourser les courts : une pour Tabasco, une pour Kinder et une pour Total, tout en continuant à travailler sur des longs. J’ai alors rencontré Dimitri Rassam, qui a produit mon courtJudas, avec Jean-Pierre Cassel, et qui nous a permis de créer une dynamique de travail ensemble pour lancer le développement du long métrage. J’en avais déjà fait une adaptation seul, puis j’ai bossé avec deux scénaristes successifs. Et tout un travail sur le visuel avec des dessinateurs, un travail qu’on avait commencé il y a six-sept ans et qu’on a repris il y a trois ans, le tout pour faire un dossier très complet qui permettrait de financer le film. Dimitri m’a présenté sa maman, Carole Bouquet, et du coup Gérard Depardieu, et donc on a pu bâtir sur un casting de gens avec qui je voulais travailler, tout en commençant le casting des enfants en janvier 2007 sur six mois.

 

 

J’imagine que le financement du film était compliqué, malgré Carole Bouquet et Gérard Depardieu.

Ouais c’était compliqué, parce qu’un premier film à 11M€ c’est quand même dur à monter. Dimitri avait vraiment mis en place une stratégie à l’échelle européenne, avec la Belgique et le Luxembourg, pour avoir Eurimages – qu’on a eu – donc ça impliquait de tourner là-bas. Au départ je voulais tourner en Alsace, mais on a pu retranscrire l’esthétique que j’avais en tête en Belgique. En plus de ça, on avait Pathé pour la distribution salles et étranger, Canal+ et M6 pour les télés.

Il n’a jamais été question de faire le film en anglais ?

On en a parlé un petit peu lorsqu’on s’est demandé si ça ne serait pas plus simple d’aller tourner en Tchéquie ou dans un pays de l’Est. Mais je ne me sentais pas de faire un premier film en langue anglaise.

Préparer un film logistiquement avec trente enfants, ça ne doit pas être simple…

C’était lourd à préparer puisque automatiquement ça doit se concevoir dès le plan de travail, vu qu’on ne peut pas faire les mêmes journées qu’avec des adultes. Ça impliquait de faire une sorte de colo, puisqu’on ne voulait pas que les parents soient sur le plateau. Il fallait qu’il y ait de l’encadrement, donner des cours puisqu’on tournait pendant l’année scolaire, de septembre à décembre, donc ça impliquait des professeurs sur le plateau. Et même dans la méthode de travail, avec les enfants il faut aussi être en captation, en laissant tourner la caméra, travailler avec deux caméras pour avoir le maximum de choses, et beaucoup de répétitions avant, des goûters pour créer une vraie alchimie… Certains avaient déjà une expérience professionnelle, mais il faut quand même qu’une magie prenne, qu’il y ait du plaisir pour eux à être là. Un adulte peut mettre plus facilement ses problèmes perso de côté pendant qu’il joue. Mais les enfants c’est très relié. Il fallait les entourer, les aider quand il y avait des petits coups de spleen à cause de l’absence des parents.

Tu as rêvé de faire Timpelbach toute ta vie ou presque…

C’est vrai que c’est mon projet porteur depuis l’âge de dix-neuf ans.

Est-ce que le fait de le faire en premier film ne te donne pas l’angoisse d’être désormais sur la « pente descendante » ?

(rires) En même temps je m’étais déjà posé la question de savoir si j’essayais de faire d’autres films avant. Vu que c’était longtemps un projet fantasmé, je trouve ça bien pour la suite de m’y être confronté, de l’avoir digéré, d’avoir accouché. J’arrive à une phase de ma vie où, heureusement j’ai déjà amorcé d’autres projets, mais où j’ai l’impression qu’il y a un cycle qui se termine. Et en même temps si je ne devais faire qu’un film, j’aurai bien aimé que ce soit celui-là. Donc pas de regrets.

Et comment tu te sens là, à deux semaines de la sortie ? Honnêtement.

Vu qu’on l’a fini il n’y a pas très longtemps, je n’ai pas eu le temps de vraiment réaliser. Des fois j’ai des prises de conscience. Par exemple hier soir j’étais au Luxembourg pour l’avant-première et on est allé boire un coup avec le directeur de production et tout d’un coup je me dis « C’est dans quinze jours » et on se dit que son sort va être scellé dans deux semaines par le couperet du chiffre du mercredi. En même temps je suis plein d’espoir parce que le film a la sincérité que j’ai voulu mettre dedans depuis le début. Et on ressent également celle de tous les gens qui ont accompagné le projet. Je pense que le film est sincère et qu’il a… comment dire ? Il a plein de couleurs, plein de facettes. Poétique, humoristique, en même temps il y a des choses plus dramatiques, dures, douces… Je pense qu’au niveau émotions c’est allé plus loin que ce que j’imaginais au départ. A l’origine j’étais peut-être plus branché par l’univers, la volonté de faire un truc un peu cartoon… et que j’ai mûri tout au long de ce projet. C’était un beau film pour mûrir et en même temps rester connecté avec mon enfance.

Parle moi du générique de début.

J’avais déjà ce principe de générique, un livre qui s’ouvre avec des images type pop-up, dans mon courtBefore. L’idée était d’optimiser, de le rendre encore plus complet et proche d’un dessin animé. Il devait à l’origine y avoir une séquence en vrai avec le chat avec le réveil attaché à la queue, et comme on a du la supprimer à cause du budget et du temps, j’ai décalé le générique, qui devait être au début, en me disant “On va vraiment utiliser le générique pour raconter les semaines précédentes”. J’ai travaillé avec Gilles Pointeau qui avait déjà supervisé les génériques de mes courts et c’était une grosse énergie pour faire ce générique, une équipe de 5-6 personnes, pour faire quelque chose de très dynamique, très visuel, et qui soit en même temps narratif, pour gagner du temps sur la narration.

Est-ce que tu as vu Big City ?

Non.

Est-ce que ce film t’a fait stresser ?

Quand j’ai découvert que ce projet apparaissait, c’est clair que ça m’a inquiété vu que je développaisTimpelbach depuis longtemps. Tout d’un coup je me suis dit “Ah, il y a quelque chose qui se fait un peu plus tôt”, et j’espérais qu’on ne rentrerait pas en concurrence, même si on avait décidé de décaler le tournage pour avoir un peu plus de temps de maturation. Après j’ai su que le film n’avait pas vraiment fonctionné… Maintenant j’espère que ça va pas empêcher Timpelbach de trouver son public. Je ne l’ai pas vu mais je me suis renseigné et je pense que ce sont deux films très différents au final.

J’ai entendu dire que tu allais adapter la BD Soda. Où en es-tu dans le développement du projet ? Est-ce que ce sera tourné en anglais ?

Ce serait l’idée puisque c’est l’histoire d’un flic à New York qui mène une double vie et qui se fait passer pour un pasteur aux yeux de sa mère. On est sur le scénario qu’on espère avoir fini dans deux-trois mois et on espère le tourner en 2010 entre le Canada et New York.

Un acteur rêvé pour le rôle principal ?

Oui, mais je ne peux pas dire son nom.

Est-ce que, comme tous les jeunes réalisateurs français, tu as reçu des propositions des Etats-Unis ?

J’ai un agent qui m’envoie des scénarios que je lis mais, dans l’absolu, j’ai des projets persos à faire. Ce n’est pas mon objectif. Avec Dimitri, on est d’accord là-dessus : on veut faire des collaborations sur des projets ambitieux tout en essayant que ça reste des films français indépendants. Sur Timpelbach, on s’est approchés d’une méthode de travail qui moi me convient : un rapport de confiance avec le producteur et un vrai travail de développement en amont. C’est sûr qu’un film de commande ça peut être plus confortable aussi. On arrive, le truc est déjà lancé et on est soi-même du coup un peu moins le moteur principal. Quand ce sont des films personnels il faut vraiment y aller, et c’est ça qui me plaît.

De qui te sens-tu proche dans les gens de ta génération en France ?

J’ai rencontré des réalisateurs de ma génération qui finalement ont tous des univers un peu différents. Des orientations différentes. Mais je ne connais pas tous les jeunes réalisateurs. En tout cas je sais que moi j’aime bien l’étape dans laquelle on est : un cinéma en même temps visuel mais avec déjà une digestion de la culture entre les cinémas asiatiques, américains, que ce soit un peu moins complexé. La génération précédente c’étaient des cas plus particuliers et là ça devient plus…

Naturel ?

Oui c’est ça.

C’est vrai qu’avant on sentait plus une volonté d’imiter, de faire pencher la bascule violemment à l’opposé des traditions du cinéma français.

Ouais voilà.

Et tes influences en général. A part, j’imagine, Burton ou Jeunet ?

Ça ce sont les cinéastes qui ont bercé ma jeunesse. Moi j’aime énormément les cinéastes espagnols ou mexicains, toute la team Inarritu, Cuaron, Del Toro. Je sais qu’ils se connaissent bien et je les aime bien. J’aime énormément Andrew Niccol qui a fait Bienvenue à Gattaca, ce type de film. Un film qui m’a vachement plu cette année c’est The Darjeeling Limited ! Mais par rapport à mes projets, je veux vraiment faire des choses très différentes. J’ai quatre projets de longs…

Tu peux les détailler un petit peu ?

Donc Soda. Il y en a un qui est une espèce de film entièrement en plan séquence qui se déroule dans un même endroit sur différentes époques. C’est l’histoire d’un personnage dans un lieu qui va voir l’apogée et le déclin d’un groupe pendant une guerre. Puis un projet pas encore signé qui est tiré du scénario d’une jeune scénariste française…

Quel genre de film ?

C’est… Ça se passe dans une société matriarcale. […] Et un autre projet qu’on a signé avec Dimitri qui est l’adaptation d’un jeu vidéo qui s’appelle Dark Earth, qui est sorti il y a dix ans en jeu vidéo et en jeu de rôle. Ça se passe dans un monde post-apocalyptique où des météorites ont ravagé la Terre et où un nuage noir recouvre la Terre et les survivants se retrouvent dans des puits de lumière. Là ce serait presque de l’anim’. Il y aurait des vrais comédiens, mais ce serait plus en motion capture,motion control, un peu à la300. Ce genre de méthode de fabrication.

Il faut le faire en relief !

(sourire) Ouais.

Tu comptes le faire en 3D ?

Ben pour moi c’est un film “next generation”. Pour moi Timpelbach a été fait comme il devait être fait. Mais sur d’autres projets, je suis vraiment à fond sur une approche jeu vidéo, image hyper sharp, différentes textures, principe de 3D. Ça m’intéresse vraiment de chercher les prochaines techniques de cinéma.

 

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Nicolas Bary a tout juste vingt-huit ans et déjà trois courts et un long métrage au compteur, sans oublier quatre projets à divers stades de développement. A quelques jours de la sortie des Enfants de Timpelbach, son ambitieux premier long, il nous a détaillé son parcours et ses ambitions.

 

Est-ce que tu peux commencer par nous raconter qui est Nicolas Bary, de ta naissance jusqu’aux origines du projet Les Enfants de Timpelbach ?

J’ai grandi à Paris dans une famille de musiciens classiques. J’ai été fils unique jusqu’à l’âge de dix ans, avant d’avoir un petit frère et une petite sœur avec qui j’ai dix et douze ans d’écart. J’ai été du coup un grand frère qui s’est occupé de ses petits frères et sœurs et a développé une complicité avec eux, ce qui a une résonance avec le film. J’ai fait de la musique classique jusqu’à l’âge de seize ans où j’ai eu un déclic pour le cinéma, un art auquel j’avais été initié par ma mère qui m’avait emmené voir beaucoup de films. Tout d’un coup, c’était la synthèse de tout ce qu’aimais : ça racontait de histoires, ça rejoignait les jeux de rôles auxquels je jouais, les univers visuels, les effets spéciaux, la musique… Du coup j’ai commencé à faire des courts métrages avec mes cousins, amateurs mais plutôt organisés (un en Première et un en Terminale). J’ai passé le bac et j’ai fait l’ESRA, avec en parallèle du travail sur des longs métrages en tant que régisseur ou assistant, au totale une dizaine de longs en cinq-six ans. Et en parallèle de ça j’ai fait trois courts métrages, qui eux devenaient vraiment professionnels : Fragile et Before que j’ai autoproduits, etJudasBefore c’était en quelque sorte la préquelle de Timpelbach, déjà avec Armelle. Ce court avait pour but de trouver un producteur et de tester un peu l’univers du film, le travail avec les enfants.

 

 

Dans quelles conditions ont été faits ces deux courts ?

Je me suis fait prêter de l’argent, 20.000 € surBefore. J’ai alors commencé à réaliser des pubs qui ont permis de rembourser les courts : une pour Tabasco, une pour Kinder et une pour Total, tout en continuant à travailler sur des longs. J’ai alors rencontré Dimitri Rassam, qui a produit mon courtJudas, avec Jean-Pierre Cassel, et qui nous a permis de créer une dynamique de travail ensemble pour lancer le développement du long métrage. J’en avais déjà fait une adaptation seul, puis j’ai bossé avec deux scénaristes successifs. Et tout un travail sur le visuel avec des dessinateurs, un travail qu’on avait commencé il y a six-sept ans et qu’on a repris il y a trois ans, le tout pour faire un dossier très complet qui permettrait de financer le film. Dimitri m’a présenté sa maman, Carole Bouquet, et du coup Gérard Depardieu, et donc on a pu bâtir sur un casting de gens avec qui je voulais travailler, tout en commençant le casting des enfants en janvier 2007 sur six mois.

 

 

J’imagine que le financement du film était compliqué, malgré Carole Bouquet et Gérard Depardieu.

Ouais c’était compliqué, parce qu’un premier film à 11M€ c’est quand même dur à monter. Dimitri avait vraiment mis en place une stratégie à l’échelle européenne, avec la Belgique et le Luxembourg, pour avoir Eurimages – qu’on a eu – donc ça impliquait de tourner là-bas. Au départ je voulais tourner en Alsace, mais on a pu retranscrire l’esthétique que j’avais en tête en Belgique. En plus de ça, on avait Pathé pour la distribution salles et étranger, Canal+ et M6 pour les télés.

Il n’a jamais été question de faire le film en anglais ?

On en a parlé un petit peu lorsqu’on s’est demandé si ça ne serait pas plus simple d’aller tourner en Tchéquie ou dans un pays de l’Est. Mais je ne me sentais pas de faire un premier film en langue anglaise.

Préparer un film logistiquement avec trente enfants, ça ne doit pas être simple…

C’était lourd à préparer puisque automatiquement ça doit se concevoir dès le plan de travail, vu qu’on ne peut pas faire les mêmes journées qu’avec des adultes. Ça impliquait de faire une sorte de colo, puisqu’on ne voulait pas que les parents soient sur le plateau. Il fallait qu’il y ait de l’encadrement, donner des cours puisqu’on tournait pendant l’année scolaire, de septembre à décembre, donc ça impliquait des professeurs sur le plateau. Et même dans la méthode de travail, avec les enfants il faut aussi être en captation, en laissant tourner la caméra, travailler avec deux caméras pour avoir le maximum de choses, et beaucoup de répétitions avant, des goûters pour créer une vraie alchimie… Certains avaient déjà une expérience professionnelle, mais il faut quand même qu’une magie prenne, qu’il y ait du plaisir pour eux à être là. Un adulte peut mettre plus facilement ses problèmes perso de côté pendant qu’il joue. Mais les enfants c’est très relié. Il fallait les entourer, les aider quand il y avait des petits coups de spleen à cause de l’absence des parents.

Tu as rêvé de faire Timpelbach toute ta vie ou presque…

C’est vrai que c’est mon projet porteur depuis l’âge de dix-neuf ans.

Est-ce que le fait de le faire en premier film ne te donne pas l’angoisse d’être désormais sur la « pente descendante » ?

(rires) En même temps je m’étais déjà posé la question de savoir si j’essayais de faire d’autres films avant. Vu que c’était longtemps un projet fantasmé, je trouve ça bien pour la suite de m’y être confronté, de l’avoir digéré, d’avoir accouché. J’arrive à une phase de ma vie où, heureusement j’ai déjà amorcé d’autres projets, mais où j’ai l’impression qu’il y a un cycle qui se termine. Et en même temps si je ne devais faire qu’un film, j’aurai bien aimé que ce soit celui-là. Donc pas de regrets.

Et comment tu te sens là, à deux semaines de la sortie ? Honnêtement.

Vu qu’on l’a fini il n’y a pas très longtemps, je n’ai pas eu le temps de vraiment réaliser. Des fois j’ai des prises de conscience. Par exemple hier soir j’étais au Luxembourg pour l’avant-première et on est allé boire un coup avec le directeur de production et tout d’un coup je me dis « C’est dans quinze jours » et on se dit que son sort va être scellé dans deux semaines par le couperet du chiffre du mercredi. En même temps je suis plein d’espoir parce que le film a la sincérité que j’ai voulu mettre dedans depuis le début. Et on ressent également celle de tous les gens qui ont accompagné le projet. Je pense que le film est sincère et qu’il a… comment dire ? Il a plein de couleurs, plein de facettes. Poétique, humoristique, en même temps il y a des choses plus dramatiques, dures, douces… Je pense qu’au niveau émotions c’est allé plus loin que ce que j’imaginais au départ. A l’origine j’étais peut-être plus branché par l’univers, la volonté de faire un truc un peu cartoon… et que j’ai mûri tout au long de ce projet. C’était un beau film pour mûrir et en même temps rester connecté avec mon enfance.

Parle moi du générique de début.

J’avais déjà ce principe de générique, un livre qui s’ouvre avec des images type pop-up, dans mon courtBefore. L’idée était d’optimiser, de le rendre encore plus complet et proche d’un dessin animé. Il devait à l’origine y avoir une séquence en vrai avec le chat avec le réveil attaché à la queue, et comme on a du la supprimer à cause du budget et du temps, j’ai décalé le générique, qui devait être au début, en me disant “On va vraiment utiliser le générique pour raconter les semaines précédentes”. J’ai travaillé avec Gilles Pointeau qui avait déjà supervisé les génériques de mes courts et c’était une grosse énergie pour faire ce générique, une équipe de 5-6 personnes, pour faire quelque chose de très dynamique, très visuel, et qui soit en même temps narratif, pour gagner du temps sur la narration.

Est-ce que tu as vu Big City ?

Non.

Est-ce que ce film t’a fait stresser ?

Quand j’ai découvert que ce projet apparaissait, c’est clair que ça m’a inquiété vu que je développaisTimpelbach depuis longtemps. Tout d’un coup je me suis dit “Ah, il y a quelque chose qui se fait un peu plus tôt”, et j’espérais qu’on ne rentrerait pas en concurrence, même si on avait décidé de décaler le tournage pour avoir un peu plus de temps de maturation. Après j’ai su que le film n’avait pas vraiment fonctionné… Maintenant j’espère que ça va pas empêcher Timpelbach de trouver son public. Je ne l’ai pas vu mais je me suis renseigné et je pense que ce sont deux films très différents au final.

J’ai entendu dire que tu allais adapter la BD Soda. Où en es-tu dans le développement du projet ? Est-ce que ce sera tourné en anglais ?

Ce serait l’idée puisque c’est l’histoire d’un flic à New York qui mène une double vie et qui se fait passer pour un pasteur aux yeux de sa mère. On est sur le scénario qu’on espère avoir fini dans deux-trois mois et on espère le tourner en 2010 entre le Canada et New York.

Un acteur rêvé pour le rôle principal ?

Oui, mais je ne peux pas dire son nom.

Est-ce que, comme tous les jeunes réalisateurs français, tu as reçu des propositions des Etats-Unis ?

J’ai un agent qui m’envoie des scénarios que je lis mais, dans l’absolu, j’ai des projets persos à faire. Ce n’est pas mon objectif. Avec Dimitri, on est d’accord là-dessus : on veut faire des collaborations sur des projets ambitieux tout en essayant que ça reste des films français indépendants. Sur Timpelbach, on s’est approchés d’une méthode de travail qui moi me convient : un rapport de confiance avec le producteur et un vrai travail de développement en amont. C’est sûr qu’un film de commande ça peut être plus confortable aussi. On arrive, le truc est déjà lancé et on est soi-même du coup un peu moins le moteur principal. Quand ce sont des films personnels il faut vraiment y aller, et c’est ça qui me plaît.

De qui te sens-tu proche dans les gens de ta génération en France ?

J’ai rencontré des réalisateurs de ma génération qui finalement ont tous des univers un peu différents. Des orientations différentes. Mais je ne connais pas tous les jeunes réalisateurs. En tout cas je sais que moi j’aime bien l’étape dans laquelle on est : un cinéma en même temps visuel mais avec déjà une digestion de la culture entre les cinémas asiatiques, américains, que ce soit un peu moins complexé. La génération précédente c’étaient des cas plus particuliers et là ça devient plus…

Naturel ?

Oui c’est ça.

C’est vrai qu’avant on sentait plus une volonté d’imiter, de faire pencher la bascule violemment à l’opposé des traditions du cinéma français.

Ouais voilà.

Et tes influences en général. A part, j’imagine, Burton ou Jeunet ?

Ça ce sont les cinéastes qui ont bercé ma jeunesse. Moi j’aime énormément les cinéastes espagnols ou mexicains, toute la team Inarritu, Cuaron, Del Toro. Je sais qu’ils se connaissent bien et je les aime bien. J’aime énormément Andrew Niccol qui a fait Bienvenue à Gattaca, ce type de film. Un film qui m’a vachement plu cette année c’est The Darjeeling Limited ! Mais par rapport à mes projets, je veux vraiment faire des choses très différentes. J’ai quatre projets de longs…

Tu peux les détailler un petit peu ?

Donc Soda. Il y en a un qui est une espèce de film entièrement en plan séquence qui se déroule dans un même endroit sur différentes époques. C’est l’histoire d’un personnage dans un lieu qui va voir l’apogée et le déclin d’un groupe pendant une guerre. Puis un projet pas encore signé qui est tiré du scénario d’une jeune scénariste française…

Quel genre de film ?

C’est… Ça se passe dans une société matriarcale. […] Et un autre projet qu’on a signé avec Dimitri qui est l’adaptation d’un jeu vidéo qui s’appelle Dark Earth, qui est sorti il y a dix ans en jeu vidéo et en jeu de rôle. Ça se passe dans un monde post-apocalyptique où des météorites ont ravagé la Terre et où un nuage noir recouvre la Terre et les survivants se retrouvent dans des puits de lumière. Là ce serait presque de l’anim’. Il y aurait des vrais comédiens, mais ce serait plus en motion capture,motion control, un peu à la300. Ce genre de méthode de fabrication.

Il faut le faire en relief !

(sourire) Ouais.

Tu comptes le faire en 3D ?

Ben pour moi c’est un film “next generation”. Pour moi Timpelbach a été fait comme il devait être fait. Mais sur d’autres projets, je suis vraiment à fond sur une approche jeu vidéo, image hyper sharp, différentes textures, principe de 3D. Ça m’intéresse vraiment de chercher les prochaines techniques de cinéma.

 

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