Jun 12 2009

Réfractaire en salle

Published by at 01:51 under Screening Room

source: http://www.cinealliance.fr/index.php/movies/fiche/Réfractaire.html

Réfractaire est le genre de film que l’on a peu l’occasion de voir au cinéma. Tout d’abord parce que le thème du film parle des Luxembourgeois pendant la seconde guerre mondiale. Peu évoqués dans l’histoire, les jeunes Luxembourgeois avaient été « enrôlés de force » et envoyés sur
le front russe. Ils devaient décider de tuer les Alliés (russes…) ou déserter et  se cacher jusqu’à la fin de la guerre. Ce sont ces derniers qui ont été surnommés les réfractaires. Ils étaient protégés par les résistants qui les cachaient là où ils le pouvaient. De plus, les conséquences étaient assez graves pour un réfractaire car sa famille se retrouvait le plus souvent déportée.

Dès les premières images la caméra suit un jeune garçon prénommé François et qui est le personnage central du film. Afin de faire ressentir le sentiment de claustrophobie et de la perte des repères temporels dans la mine (en effet il y fait toujours nuit), le réalisateur perd volontairement le spectateur en enlevant tout ses repères. Comme le disait Kant Le temps n’est autre chose que la forme du sens interne, c’est-à-dire de l’intuition de nous-mêmes et de notre état intérieur. 
Le personnage central évolue donc très vite passant du stade de victime subissant et sans prise de position précise à quelqu’un de plus mâture. On peut comparer cela au passage du stade de l’enfance à l’âge adulte ou encore à une quête. D’ailleurs afin d’accentuer cette modification, le réalisateur utilise la musique et se permet aussi d’ajouter une pointe de sexualité dans laquelle notre héro connaîtra quelques amourettes pour finir vers un amour plus charnel.  

Le manque de profondeur de certains personnages est à la fois un regret mais aussi une  qualité que l’on peut attribuer à ce film. Cela apparaît à l’écran par peu de transmission de sentiments entre l’acteur et le spectateur. Mais c’est aussi une très grande qualité car cela donne  un aspect quasi documentaire. Le spectateur peut ainsi prendre un peu de recul sans haïr telle ou telle personne, lui permettant une analyse du film avec un flot de questions qui lui viennent à l’esprit sur les effets pervers de la guerre et ainsi pouvoir se comparer aux dilemmes de François. D’ailleurs on le voit bien dans une séquence où il décide de tuer un homme puis se résigne …

Le réalisateur apporte aussi bon nombre de situations, de personnages ou d’événements  pour continuer à pousser les spectateurs à s’interroger sur les choix à faire en pareille situation car personne n’est vraiment mauvais. Nous avons par exemple le collaborateur et sa femme, le communiste, l’artiste, … On peut même y retrouver une certaine thématique avec l’insouciance (sa maison) qui représente la vie humaine, le purgatoire (la mine) afin de laver les péchés,  la tentation (avec Malou) et le choix final entre l’enfer (la dénonciation) ou la paix (ne rien avouer).  Il faut dire que Nicolas Steil très avisé avait vraiment une grande liberté d’expression car il est à la fois co-scénariste, réalisateur et producteur.
Comme disait Descartes sur les choix :
Si je connaissais toujours clairement ce qui est vrai et ce qui est bon, je ne serais jamais en peine de délibérer quel jugement et quel choix je devrais faire et ainsi je serais entièrement libre sans être jamais indifférent.

Une autre chose qui est très intéressante à noter c’est la méfiance qu’ont les personnes envers François car son géniteur supposé est un collaborateur de l’Allemagne Nazie. Le terme ‘tel père tel fils’ revient assez souvent. C’est assez contemporain de comparer avec ce qui se passe encore de nos jours dans certains pays. En Chine par exemple, les enfants de meurtriers sont mis à l’écart de la société car l’Etat a peur que ces enfants soient comme leurs parents !!!

On peut ressortir « grandi » après avoir vu ce film. Un bon long métrage n’est pas uniquement un divertissement mais il peut permettre aux spectateurs de réfléchir et de s’intéresser à l’histoire d’un pays. Réfractaire remplit tout à fait ce rôle  et nous félicitons d’ailleurs son réalisateur Nicolas Steil.

Nous espérons que la diffusion de ce film sera tournée vers toute l’Europe et non pas limitée au Luxembourg et à la Suisse.

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source: http://www.cinealliance.fr/index.php/movies/fiche/Réfractaire.html

Réfractaire est le genre de film que l’on a peu l’occasion de voir au cinéma. Tout d’abord parce que le thème du film parle des Luxembourgeois pendant la seconde guerre mondiale. Peu évoqués dans l’histoire, les jeunes Luxembourgeois avaient été « enrôlés de force » et envoyés sur
le front russe. Ils devaient décider de tuer les Alliés (russes…) ou déserter et  se cacher jusqu’à la fin de la guerre. Ce sont ces derniers qui ont été surnommés les réfractaires. Ils étaient protégés par les résistants qui les cachaient là où ils le pouvaient. De plus, les conséquences étaient assez graves pour un réfractaire car sa famille se retrouvait le plus souvent déportée.

Dès les premières images la caméra suit un jeune garçon prénommé François et qui est le personnage central du film. Afin de faire ressentir le sentiment de claustrophobie et de la perte des repères temporels dans la mine (en effet il y fait toujours nuit), le réalisateur perd volontairement le spectateur en enlevant tout ses repères. Comme le disait Kant Le temps n’est autre chose que la forme du sens interne, c’est-à-dire de l’intuition de nous-mêmes et de notre état intérieur. 
Le personnage central évolue donc très vite passant du stade de victime subissant et sans prise de position précise à quelqu’un de plus mâture. On peut comparer cela au passage du stade de l’enfance à l’âge adulte ou encore à une quête. D’ailleurs afin d’accentuer cette modification, le réalisateur utilise la musique et se permet aussi d’ajouter une pointe de sexualité dans laquelle notre héro connaîtra quelques amourettes pour finir vers un amour plus charnel.  

Le manque de profondeur de certains personnages est à la fois un regret mais aussi une  qualité que l’on peut attribuer à ce film. Cela apparaît à l’écran par peu de transmission de sentiments entre l’acteur et le spectateur. Mais c’est aussi une très grande qualité car cela donne  un aspect quasi documentaire. Le spectateur peut ainsi prendre un peu de recul sans haïr telle ou telle personne, lui permettant une analyse du film avec un flot de questions qui lui viennent à l’esprit sur les effets pervers de la guerre et ainsi pouvoir se comparer aux dilemmes de François. D’ailleurs on le voit bien dans une séquence où il décide de tuer un homme puis se résigne …

Le réalisateur apporte aussi bon nombre de situations, de personnages ou d’événements  pour continuer à pousser les spectateurs à s’interroger sur les choix à faire en pareille situation car personne n’est vraiment mauvais. Nous avons par exemple le collaborateur et sa femme, le communiste, l’artiste, … On peut même y retrouver une certaine thématique avec l’insouciance (sa maison) qui représente la vie humaine, le purgatoire (la mine) afin de laver les péchés,  la tentation (avec Malou) et le choix final entre l’enfer (la dénonciation) ou la paix (ne rien avouer).  Il faut dire que Nicolas Steil très avisé avait vraiment une grande liberté d’expression car il est à la fois co-scénariste, réalisateur et producteur.
Comme disait Descartes sur les choix :
Si je connaissais toujours clairement ce qui est vrai et ce qui est bon, je ne serais jamais en peine de délibérer quel jugement et quel choix je devrais faire et ainsi je serais entièrement libre sans être jamais indifférent.

Une autre chose qui est très intéressante à noter c’est la méfiance qu’ont les personnes envers François car son géniteur supposé est un collaborateur de l’Allemagne Nazie. Le terme ‘tel père tel fils’ revient assez souvent. C’est assez contemporain de comparer avec ce qui se passe encore de nos jours dans certains pays. En Chine par exemple, les enfants de meurtriers sont mis à l’écart de la société car l’Etat a peur que ces enfants soient comme leurs parents !!!

On peut ressortir « grandi » après avoir vu ce film. Un bon long métrage n’est pas uniquement un divertissement mais il peut permettre aux spectateurs de réfléchir et de s’intéresser à l’histoire d’un pays. Réfractaire remplit tout à fait ce rôle  et nous félicitons d’ailleurs son réalisateur Nicolas Steil.

Nous espérons que la diffusion de ce film sera tournée vers toute l’Europe et non pas limitée au Luxembourg et à la Suisse.

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