Jun 26 2010

Rester ou partir?

Published by at 01:26 under Screening Room

SOURCE: http://www.lequotidien.lu – Christiane Kleer

Mir wëllen net bleiwen. Nous ne voulons pas rester. Le titre du nouveau documentaire luxembourgeois – en salle depuis jeudi – ne pourrait pas être plus accrocheur. La preuve : l’avant-première, en présence des réalisateurs Pascal Becker et Yann Tonnar, a attiré les foules à l’Utopolis, au Kirchberg, au point que la salle était occupée jusqu’à la dernière place.
mwnb
Ah, pour une fois, un film qui se penche sur l’identité luxembourgeoise! Loin de Johnny Chicago et de Chuck Moreno, voilà enfin une œuvre cinématographique qui s’intéresse à cette identité mystérieuse! En effet, l’allusion du titre à la devise nationale Mir wëlle bleiwe wat mir sinn (Nous voulons rester ce que nous sommes) n’est pas le fruit du hasard. Dès avant la sortie du film, les réalisateurs avaient clairement indiqué qu’ils avaient eu l’intention de toucher les Luxembourgeois à un point sensible : voulons-nous vraiment rester ce que nous sommes?

Sur The Internet Movie Database, une des plateformes cinématographiques du web, Mir wëllen net bleiwen est même vendu comme un film qui aiderait à comprendre et à définir ce pays auquel ses protagonistes sont tous liés. Toutefois, après le générique de fin du film, des interrogations persistent. Les portraits de plusieurs nationaux expatriés aux quatre coins de la planète consistent surtout en l’énumération de destins d’hommes, qu’on pourrait, en caricaturant, qualifier d’aventuriers. Plutôt que de tourner le dos au Grand-Duché par lassitude, ils sont partis par envie d’épanouissement personnel. Comme Claude, qui s’est installé en Israël pour y vivre pleinement ses origines juives. Ou Mariette, qui ne voulait pas rester, parce qu’elle préférait se consacrer à l’aide humanitaire au Niger.
Certes, tout comme Jos en Indonésie et la famille Elsen au Canada, ils n’ont pas trouvé leur bonheur au Luxembourg. Mais le fait d’en conclure à une remise en question de l’identité luxembourgeoise – et même à la négation du pays esquissée dans le titre du film – paraît surprenant. Surtout à une époque où les continents se rapprochent grâce à des distances toujours plus courtes et des frontières toujours plus floues. Car si l’émigration choisie (non liée à la guerre ou la misère) reste une entreprise hasardeuse, elle ne peut aujourd’hui plus être vue comme un exploit. Suivre, en tant qu’Européen, ses envies et ses passions, en traversant, si nécessaire, des frontières ou même des océans, est devenu un jeu d’enfant. Avec ou sans crise identitaire.

Seule une séquence de Mir wëllen net bleiwen, celle du début, confronte directement le spectateur à l’identité luxembourgeoise : la visite au musée de la Forteresse. Justement prévu pour donner un jour un cadre à l’identité luxembourgeoise par le biais d’expositions, l’endroit est pour l’instant une coquille vide. L’identité luxembourgeoise : une feuille vierge ou, au mieux, un croquis? C’est en tout cas ce que le film tente de montrer, que ce soit intentionnellement ou pas. Le plurilinguisme du pays, sa multiculturalité et sa richesse pécuniaire, qui ne sont d’ailleurs guère évoqués dans le film, représentent sans doute quelques pièces d’un puzzle identitaire difficile à assembler. Et? Voulons-nous rester ce que nous sommes? Chapeau à celui qui trouvera une réponse! Enfin, partir ou rester est avant tout une décision individuelle.

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Mir wëllen net bleiwen. Nous ne voulons pas rester. Le titre du nouveau documentaire luxembourgeois – en salle depuis jeudi – ne pourrait pas être plus accrocheur. La preuve : l’avant-première, en présence des réalisateurs Pascal Becker et Yann Tonnar, a attiré les foules à l’Utopolis, au Kirchberg, au point que la salle était occupée jusqu’à la dernière place.
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Ah, pour une fois, un film qui se penche sur l’identité luxembourgeoise! Loin de Johnny Chicago et de Chuck Moreno, voilà enfin une œuvre cinématographique qui s’intéresse à cette identité mystérieuse! En effet, l’allusion du titre à la devise nationale Mir wëlle bleiwe wat mir sinn (Nous voulons rester ce que nous sommes) n’est pas le fruit du hasard. Dès avant la sortie du film, les réalisateurs avaient clairement indiqué qu’ils avaient eu l’intention de toucher les Luxembourgeois à un point sensible : voulons-nous vraiment rester ce que nous sommes?

Sur The Internet Movie Database, une des plateformes cinématographiques du web, Mir wëllen net bleiwen est même vendu comme un film qui aiderait à comprendre et à définir ce pays auquel ses protagonistes sont tous liés. Toutefois, après le générique de fin du film, des interrogations persistent. Les portraits de plusieurs nationaux expatriés aux quatre coins de la planète consistent surtout en l’énumération de destins d’hommes, qu’on pourrait, en caricaturant, qualifier d’aventuriers. Plutôt que de tourner le dos au Grand-Duché par lassitude, ils sont partis par envie d’épanouissement personnel. Comme Claude, qui s’est installé en Israël pour y vivre pleinement ses origines juives. Ou Mariette, qui ne voulait pas rester, parce qu’elle préférait se consacrer à l’aide humanitaire au Niger.
Certes, tout comme Jos en Indonésie et la famille Elsen au Canada, ils n’ont pas trouvé leur bonheur au Luxembourg. Mais le fait d’en conclure à une remise en question de l’identité luxembourgeoise – et même à la négation du pays esquissée dans le titre du film – paraît surprenant. Surtout à une époque où les continents se rapprochent grâce à des distances toujours plus courtes et des frontières toujours plus floues. Car si l’émigration choisie (non liée à la guerre ou la misère) reste une entreprise hasardeuse, elle ne peut aujourd’hui plus être vue comme un exploit. Suivre, en tant qu’Européen, ses envies et ses passions, en traversant, si nécessaire, des frontières ou même des océans, est devenu un jeu d’enfant. Avec ou sans crise identitaire.

Seule une séquence de Mir wëllen net bleiwen, celle du début, confronte directement le spectateur à l’identité luxembourgeoise : la visite au musée de la Forteresse. Justement prévu pour donner un jour un cadre à l’identité luxembourgeoise par le biais d’expositions, l’endroit est pour l’instant une coquille vide. L’identité luxembourgeoise : une feuille vierge ou, au mieux, un croquis? C’est en tout cas ce que le film tente de montrer, que ce soit intentionnellement ou pas. Le plurilinguisme du pays, sa multiculturalité et sa richesse pécuniaire, qui ne sont d’ailleurs guère évoqués dans le film, représentent sans doute quelques pièces d’un puzzle identitaire difficile à assembler. Et? Voulons-nous rester ce que nous sommes? Chapeau à celui qui trouvera une réponse! Enfin, partir ou rester est avant tout une décision individuelle.

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