Apr 13 2008

Schein Sein de Bady Minck

Published by at 18:34 under Uncategorized

Am Land ennersicht den Stéphane Roussel dem Bady Minck sain Schein Sein:

« Ici le temps devient espace »
Schein Sein de Bady Minck interroge à plusieurs niveaux l’acte de composition et les potentialités de la musique

Après une première mondiale fort remarquée à la Berlinale allemande en février dernier, Bady Minck présente ce week-end à la Philharmonie du Kirchberg son nouveau film Schein Sein (Être paraître), dans le cadre d’une soirée de films d’avant-garde intitulée Free Radicals. Pour suivant un travail des plus poussés sur les interactions entre le visuel et le sonore, la réalisatrice luxembourgeoise bien connue du grand public, propose à nouveau une œuvre subtile et maîtrisée.

Qui connaît sa précédente réalisation Das Sein und das Nichts (L’Être et le Néant, 2007), retrouvera dans ce nouvel opus les mêmes fils conducteurs. D’une durée ramassée, le déroulement se construit sur la musique remarquable et trop méconnue de Morton Feldman, compositeur américain mort en 1987. Ce choix philosophique s’avère d’autant plus judicieux que l’univers sonore de Feldman entretient des correspondances ténues avec les arts plastiques, tel qu’en témoigne entre autres sa superbe pièce Rothko Chapel, sorte de mélopée calquée sur un cycle de peintures du peintre Mark Rothko. Interprétée par le Klangforum Wien sous la direction de Beat Furrer, c’est à la partition Madame Press Died Last Week at Ninety qu’a fait appel Bady Minck. Intercalés dans un jeu de plans et de reliefs architecturaux, les instrumentistes du fameux ensemble, la musique aux allures « becketiennes » et le public constituent les principaux protagonistes d’une véritable fiction synesthésique.

Sans dévoiler ici la trame de ce film à découvrir absolument et qui occupe le centre d’une longue soirée de concerts et de projections avec, en prélude, une table ronde sur les interactions entre les arts dans la culture contemporaine, Schein Sein interroge à plusieurs niveaux l’acte de composition et les potentialités de la musique. Comment le son devient espace par le truchement de l’image ? Un projet traversant de manière sinu euse tout le XXe siècle. Ainsi, déjà Richard Wagner en 1882 invoquait explicitement ce théorème en faisant déclarer à l’un des personnages de son dernier festival sacré Parsifal « Ici le temps devient espace ». Plus tard, l’éminent compositeur et maître à penser Arnold Schönberg, lorsqu’il décrira en fin de carrière la genèse et la table des lois de son procédé d’écriture dodécaphonique, expliquera quant à lui : « L’unité de l’espace musical exige une perception absolue et unitaire. Dans cet espace, il n’existe pas de dessous, pas de droite ou de gauche, ni de marche avant ou arrière. Chaque configuration musicale, chaque mouvement de sons doit être compris avant tout comme un rapport interchangeant de sonorités, d’oscillations apparaissant en différents endroits et à différents moments ». Sans appartenir a priori à telle ou autre filiation, la recherche de Bady Minck s’inscrit toutefois dans cette longue histoire, que le cinéma expérimental des premières décennies du siècle passé ou de la période psychédélique autour de 1968 aura lui aussi amplement brassé, et qu’elle pousse dans de nouveaux retranchements.

En cette phase actuelle marquée par la réaffirmation des catégories artistiques, telle que la peinture, au sein d’un questionnement toujours aussi insistant sur les frontières entre chaque disciplines, des oeuvres comme Das Sein und das Nichts ou Schein Sein, sortes de manifestes compacts, montrent que le débat est loin d’être clôt.

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Am Land ennersicht den Stéphane Roussel dem Bady Minck sain Schein Sein:

« Ici le temps devient espace »
Schein Sein de Bady Minck interroge à plusieurs niveaux l’acte de composition et les potentialités de la musique

Après une première mondiale fort remarquée à la Berlinale allemande en février dernier, Bady Minck présente ce week-end à la Philharmonie du Kirchberg son nouveau film Schein Sein (Être paraître), dans le cadre d’une soirée de films d’avant-garde intitulée Free Radicals. Pour suivant un travail des plus poussés sur les interactions entre le visuel et le sonore, la réalisatrice luxembourgeoise bien connue du grand public, propose à nouveau une œuvre subtile et maîtrisée.

Qui connaît sa précédente réalisation Das Sein und das Nichts (L’Être et le Néant, 2007), retrouvera dans ce nouvel opus les mêmes fils conducteurs. D’une durée ramassée, le déroulement se construit sur la musique remarquable et trop méconnue de Morton Feldman, compositeur américain mort en 1987. Ce choix philosophique s’avère d’autant plus judicieux que l’univers sonore de Feldman entretient des correspondances ténues avec les arts plastiques, tel qu’en témoigne entre autres sa superbe pièce Rothko Chapel, sorte de mélopée calquée sur un cycle de peintures du peintre Mark Rothko. Interprétée par le Klangforum Wien sous la direction de Beat Furrer, c’est à la partition Madame Press Died Last Week at Ninety qu’a fait appel Bady Minck. Intercalés dans un jeu de plans et de reliefs architecturaux, les instrumentistes du fameux ensemble, la musique aux allures « becketiennes » et le public constituent les principaux protagonistes d’une véritable fiction synesthésique.

Sans dévoiler ici la trame de ce film à découvrir absolument et qui occupe le centre d’une longue soirée de concerts et de projections avec, en prélude, une table ronde sur les interactions entre les arts dans la culture contemporaine, Schein Sein interroge à plusieurs niveaux l’acte de composition et les potentialités de la musique. Comment le son devient espace par le truchement de l’image ? Un projet traversant de manière sinu euse tout le XXe siècle. Ainsi, déjà Richard Wagner en 1882 invoquait explicitement ce théorème en faisant déclarer à l’un des personnages de son dernier festival sacré Parsifal « Ici le temps devient espace ». Plus tard, l’éminent compositeur et maître à penser Arnold Schönberg, lorsqu’il décrira en fin de carrière la genèse et la table des lois de son procédé d’écriture dodécaphonique, expliquera quant à lui : « L’unité de l’espace musical exige une perception absolue et unitaire. Dans cet espace, il n’existe pas de dessous, pas de droite ou de gauche, ni de marche avant ou arrière. Chaque configuration musicale, chaque mouvement de sons doit être compris avant tout comme un rapport interchangeant de sonorités, d’oscillations apparaissant en différents endroits et à différents moments ». Sans appartenir a priori à telle ou autre filiation, la recherche de Bady Minck s’inscrit toutefois dans cette longue histoire, que le cinéma expérimental des premières décennies du siècle passé ou de la période psychédélique autour de 1968 aura lui aussi amplement brassé, et qu’elle pousse dans de nouveaux retranchements.

En cette phase actuelle marquée par la réaffirmation des catégories artistiques, telle que la peinture, au sein d’un questionnement toujours aussi insistant sur les frontières entre chaque disciplines, des oeuvres comme Das Sein und das Nichts ou Schein Sein, sortes de manifestes compacts, montrent que le débat est loin d’être clôt.

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